DH, la conscience faussée et l'apostasie des catholiques
Le Forum Catholique
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N.M. - 2012-01-25 11:07:07
DH, la conscience faussée et l'apostasie des catholiques
1. Vous m'invitez à relire DH. Fort bien. Je vous renvoie la pareille.
En effet, vous ne voyez pas où DH enseigne le droit d'un chacun à ne pas être empêché par la puissance publique (j'insiste, car c'est bien vis-à-vis d'elle qu'il y a - ou qu'il n'y a pas - pareil droit) de faire la promotion et de chercher à répandre la religion qu'il professe.
Je vous invite donc à y aller voir d'un peu plus près...
DH, § 4 :
"La liberté ou immunité de toute contrainte en matière religieuse qui revient aux individus doit aussi leur être reconnue lorsqu'ils agissent ensemble [je précise]. [...]
"Les groupes religieux ont aussi le droit ne pas être empêchés d'enseigner et de manifester leur foi publiquement, de vive voix et par écrit. Mais, dans la propagation de la foi et l'introduction des pratiques religieuses, on doit toujours s'abstenir de toute forme d'agissements ayant un relent de coercition, de persuasion malhonnête ou peu loyale, surtout s'il s'agit de gens sans culture ou sans ressources. Une telle manière d'agir doit être regardée comme un abus de son propre droit et une entorse au droit des autres."
Donc le droit à la liberté religieuse défini par DH implique le droit à ne pas être empêché de propager sa religion, sous réserve d'un éventuel abus dans l'exercice ce droit... d'où la possibilité que l'exercice de ce droit (en cas d'abus) soit légitimement limité par la puissance publique... ce qui laisse intact le droit en lui-même à ne pas être empêché de propager sa religion.
Anton dixit :
Je pense qu' il vous faut relire attentivement DH, parfois plusieurs lectures peuvent être nécessaires.
Dont acte. Il vous faut très attentivement relire DH !
2. DH et la conscience
Meneau et quelques autres vous ont déjà dit et répété que ni eux ni personne de censé ne contestaient dans DH le droit à ne pas être contraint de professer une autre religion que la sienne, à condition cependant que ne soit pas en cause le cas où un catholique abandonnerait la religion catholique pour en professer publiquement une autre (cf. notamment l'histoire de la sainte inquisition).
Merci de bien vouloir suivre (ou à tout le moins d'essayer).
Ce que nous contestons c'est le droit (objectif) à ne pas être empêché (par la puissance publique) de professer/pratiquer/propager publiquement sa religion.
En effet, seule la profession/pratique/propagation de la vraie religion peut être l'objet d'un tel droit (de la personne) car...
"Ce qui ne répond pas à la vérité et à la loi morale n'a objectivement aucun droit à l'existence, ni à la propagande, ni à l'action."
Pie XII, Allocution aux juristes italiens, 6 décembre 1953.
Par défintion une fausse religion (schisme, hérésie, infidélité, idolâtrie) "ne répond pas [à des titres divers] à la vérité et à la loi morale" et "n'a [donc] objectivement aucun droit à l'existence, ni à la propagande, ni à l'action".
Et il ne suffit pas de prétendre s'en tirer en soulignant que DH parle d'un droit de la personne et non pas d'un droit des religions, donc y compris les fausses, car DH ne parle pas d'un droit qui ne serait qu'une simple faculté abstraction faite de son objet concret (ce serait alors un droit subjectif) mais au contraire DH parle d'un d'un droit objectif de la personne : un droit qui a pour objet la pratique publique des religions.
Il ne suffit pas non plus de prétendre réduire le droit défini par DH au seul droit à ne pas être empêché d'agir selon sa conscience.
a) Tout d'abord, parce que DH enseigne que le droit qu'elle définit et promeut existe indépendamment des dispositions de la personne, donc non seulement lorsque la personne agit conformément à sa conscience incoupablement erronée, mais même lorsque la personne agit conformément à sa conscience coupablement erronée.
DH, § 2 (à la fin dudit §) :
"Ce n'est donc pas sur une disposition subjective de la personne, mais sur sa nature même qu'est fondé le droit à la liberté religieuse. C'est pourquoi cette immunité ["à l'égard de toute contrainte extérieure"] persiste en ceux-là mêmes qui ne satisfont pas à l'obligation de chercher la vérité et d'y adhérer ; son exercice ne peut être entravé, dès lors que demeure sauf un ordre public juste."
L'exercice de ce droit, selon DH, est donc limité seulement par l'"ordre public juste" et non pas lorsque la conscience est coupablement erronée. Les personnes qui refusent consciemment la vérité (pourtant) appréhendée comme telle ont droit - dixit DH - à l'exercice de leur (prétendue) liberté religieuse : même dans ce cas, ils ont le droit de ne pas être empêchés de pratiquer leur fausse religion.
"En d'autres termes également le droit de celui qui erre de mauvaise foi reste complètement sauf, à condition de respecter l'ordre public, condition qui vaut pour l'exercice de n'importe quel droit, comme on verra plus loin. Et le document conciliaire en donne cette raison péremptoire : ce droit "ne se fonde pas [...] sur une disposition subjective de la personne mais sur sa nature" ; il ne peut donc pas se perdre à cause de certaines conditions subjectives qui ne changent ni ne peuvent changer la nature de l'homme."
Cardinal Bea, secrétaire du Secrétariat pour l'unité des chrétiens (chargé(s) de la préparation et de la rédaction de DH), in La Documentation catholique, 3 juillet 1966, col. 1186.
"Ce droit est un droit humain et donc universel car il ne découle pas de l'action honnête des personnes ou de leur conscience droite, mais des personnes mêmes, c'est-à-dire de leur être intime, qui, dans ses composantes constitutives, est enssentiellement identique dans toutes les personnes. C'est un droit qui existe dans chaque personne et qui existe toujours, même dans l'hypothèse où il ne serait pas exercé ou violé par les sujets mêmes où il est inné."
Jean-Paul II, Discours au cinquième colloque international d'études juridiques, 10 mars 1989, in La Documentation catholique n° 1974, p. 511.
b) Et précisément, dans leur erreur (le droit objectif à ne pas être empêché de pratiquer publiquement sa religion), Vatican II et tutti quanti ont raison de ne pas limiter ce faux droit à la conscience qui est objectivement dans le vrai et à la conscience incoupablement erronée, car un droit objectif ne saurait être en tout et pour tout fondé sur les dispositions subjectives de la personne.
"Pour bien agir, l'homme doit suivre sa conscience, pourvu qu'elle ne soit pas coupablement erronée (I-II, q. 19, a. 5 & a. 6). L'erreur non coupable excuse de la faute, mais elle ne rend pas bon ni licite un acte en soi mauvais (I-II, q. 19, a. 6, ad. 1)."
Dubia sur la déclaration conciliaire sur la liberté religieuse prsentés à la S.C.R. pour la Doctrine de la Foi par S. Exc. Mgr Marcel Lefebvre ("La liberté en général").
Celui qui agit selon sa conscience ne pèche pas, à condition que ladite conscience ne soit pas coupablement erronée. On ne commet pas de péché si l'on suit sa conscience incoupablement erronée : l'erreur non coupable excuse de la faute. Cependant l'erreur non coupable, si elle excuse de la faute, n'a pas la vertu de rendre objectivement bon ce qui a été commis et qui est et demeure objectivement mauvais de par sa nature.
"Comme le dit Denys : "La cause du bien doit être parfaite, tandis que le mal résulte d'un défaut quelconque." Par suite, pour qu'on dise que l'objet vers lequel se porte la volonté est mauvais, il suffit qu'il soit tel de sa nature ou que la raison le considère comme tel ; mais pour être bon, il est nécessaire qu'il soit bon sous ce double rapport."
Saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique, Ia-IIae, q. 19, art. 6.
Et dans l'ordre du droit, seul ce qui est bon de par sa nature peut être l'objet d'un droit objectif (citons à nouveau !) :
"Ce qui ne répond pas à la vérité ou à la loi morale n'a objectivement aucun droit à l'existence, ni à la propagande, ni à l'action."
Pie XII, Discours aux juristes catholiques italiens, 6 décembre 1953.
L'ignorance non coupable excuse du péché, mais cela regarde de soi le for interne (cad la conscience personnelle de l'individu et elle seule). L'objet objectivement mauvais vers lequel la personne se porte, lors même qu'il n'y a pas de péché de la part de la personne en question en raison de son ignorance non coupable, ne change pas de nature pour autant (c'est-à-dire en raison des dispositions internes de la personne) ! L'objet mauvais demeure mauvais.
Et même dans le cas où les dispositions personnelles (supposées non mauvaises) des personnes considérées seraient en quelque façon manifestées extérieurement (au for exetrne), l'objet mauvais vers lequel elles se porte resterait inchangé (et de toutes les façons il ne s'agirait là que de juger de cas individuels : il n'y a là aucun fondement pour une législation générale, et encore moins pour une déclaration de droits de la personne humaine).
Et comme l'objet mauvais demeure mauvais, il n'y a toujours pas de fondement à quelque droit naturel en faveur de l'exercice dudit objet.
Donc seule la vraie religion révélée de Dieu, qui est la religion catholique, peut être, pour la personne, l'objet d'un droit objectif à ne pas être empêchée d'être pratiquement pratiquée, et non pas mêmement les autres religions qui sont des fausses religions.
Donc un droit (DH) qui reconnaît à toutes les religions, la vraie comme les fausses et donc aussi les fausses, la garantie de ne pas être empêchées par la puissance publique d'être publiquement pratiquées par les personnes qui y adhèrent ne peut être reconnu comme un droit naturel objectif.
Où l'on voit que l'erreur de DH est gravissime et porte en réalité atteinte à ce que l'on pourrait appeler la vraie liberté religieuse, sachant que la liberté est par définition la faculté de se mouvoir dans le bien (Léon XIII dixit, notamment - cf. encyclique Libertas).
En effet, l'interdiction qui doit être faite à la profession et pratique publique des fausses religions est une exigence du Bien commun (voir ici) : parce que la possession commune et paisible de la vraie religion qui est la religion catholique fait partie intégrante du Bien commun.
Mais de surcroît, dans le cas de l'ignorance non-coupable, l'interdiction qui est faite à la personne de pratiquer publiquement la fausse religion qu'elle professe a également comme finalité de l'amener à comprendre que l'objet vers lequel tend sa volonté est faux et mauvais : que c'est une fausse religion. Bref, l'interdiction qui lui est faite est pour elle l'occasion de rectifier sa conscience objectivement faussée (mais non coupablement) en l'ordonnant désormais vers un objet bon, en l'espèce la vraie religion.
Inversement, le régime de non-coaction (qui plus en est en contexte non-confessionnel) amène depuis beau temps les catholiques à penser que les religions non-catholiques sont bonnes et vraies (même si les catholiques libéraux et Vatican II n'enseignent pas exactement cela) compte tenu du fait que leur exercice public n'est pas proscrit par principe. Par étapes, ils en viennent ainsi insensiblement à croire que toutes les religions se valent. Par conséquent, et même si ses promoteurs n'en voient ni n'en souhaitent les conséquences, la liberté religieuse des catholiques libéraux avant-hier et de DH aujourd'hui est cause de l'apostasie des masses.
DH est la machine à tromper ceux qui errent objectivement mais qui sont de bonne foi, c'est la machine à encourager les hommes de mauvaise foi, et c'est la machine à faire apostasier les catholiques.
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