est-ce vraiment "autre chose" ?
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
Luc Perrin - 2012-01-17 23:34:04
est-ce vraiment "autre chose" ?
"Autre chose toutefois est une tolérance de fait, voire une liberté civile, et autre chose d’affirmer que l’homme par nature, posséderait un droit à une telle liberté." (abbé de Cacqueray)
Oui bien sûr, dans un traité de théologie, celui qu'on ne lit guère et qui se couvre de poussière sur le rayonnage inaccessible d'une bibliothèque de séminaire ou de Faculté, c'est "autre chose". Les Syllabusiens ne pourront qu'être difficilement contestés sur le fait. Dom Basile y a dépensé beaucoup d'énergie, quelques autres aussi du côté de Chémeré-le-Roi si mes souvenirs sont bons, mais la grande majorité des théologiens et canonistes ratifie cette nouveauté apparente du principe de D.H.
Les Pères conciliaires n'ont d'ailleurs jamais prétendu qu'il y avait stricte continuité terme à terme : ils ont dit que les grands principes demeuraient valables mais que certaines affirmations (Grégoire XVI, Pie IX et Léon XIII) étaient liées à une époque et n'engageaient pas l'Église ad vitam eternam.
Maintenant les papes de Pie VI à Pie XII ont-ils agi différemment de leurs successeurs en matière de "liberté religieuse" ? Ont-ils jeté l'interdit sur les pays catholiques, tous, qui reconnaissaient la liberté religieuse (même si le terme n'est pas en usage) ?
Ont-ils repris les appels des papes d'autrefois à faire juger et brûler les hérétiques par le bras séculier ?
Ont-ils rompu toute relation diplomatique avec ces Etats où régnaient la liberté religieuse ?
Le cardinal Pacelli, qui ne passe pas pour un parangon de néo-libéralisme, a visité comme Légat pontifical de nombreux pays qui ont la liberté religieuse comme principe constitutionnel : Etats-Unis et France par ex. Son grand discours de 1937 à Notre-Dame de Paris pourrait être repris sans y changer un mot après D.H.
In fine, les Pères de Vatican II en passant de la tolérance généralisée couplée à une condamnation théorique jamais mise en oeuvre et sans conséquence pastorale à la reconnaissance d'un droit naturel n'ont sûrement pas pensé qu'ils faisaient, en pratique, "autre chose" que ce qui s'était, de facto et non de jure, pratiqué de Pie VI à Pie XII.
Autant énoncer le "respect religieux" des religions non chrétiennes induit des comportements différents, nourrit la confusion des esprits, affaiblit potentiellement la dynamique missionnaire qui est vitale pour l'Église (cf. la définition de Paul VI en 1975), autant justement D.H. n'induit pas "autre chose" dans les rapports Église-État que ce qui se pratiquait auparavant.
Bref la novation de Nostra aetate sur ce point me paraît un meilleur terrain pour porter la critique, une critique plus adaptée aux errements contemporains qu'on observe un peu partout.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=622164