Un Concile d'autant moins infaillible qu'il est plus falsifiable.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2011-12-29 09:36:27
Un Concile d'autant moins infaillible qu'il est plus falsifiable.
Bonjour,
I. Ce qui suit ne constitue qu'une hypothèse ; certes, j'ai quelques exemples en tête, susceptibles de venir à l'appui de cette hypothèse, mais je ne suis pas sûr de disposer de suffisamment de temps pour les rédiger, aussi, par modestie, car j'ai conscience de mes limites, et par prudence, car j'ai conscience des limites de mon hypothèse, je vais essayer de rédiger ce qui suit avec le plus de précautions et de précisions possible, quant aux termes utilisés.
II. Mon hypothèse est la suivante : une assez grande partie du corpus textuel du Concile Vatican II est d'autant moins "non faillible" qu'elle est plus falsifiable, y compris par le Concile lui-même.
III. Quand j'écris que le Concile est, au moins partiellement, falsifiable, je ne veux pas dire que sa fausseté globale éventuelle peut être aisément démontrée, mais je veux dire que plusieurs éléments qui le constituent sont falsifiables,
1 - OU BIEN en ce qu'ils sont DEFORMABLES,
A - de par leur mode de rédaction, certes programmatique, mais adogmatique, au sens de
a -non catégorique ni définitif, car pas assez explicitement au-dessus de la conjoncture ou du provisoire,
b - non déterminant ni discriminant, car pas assez explicitement à la fois pour le vrai ET contre le faux,
ce qui nuit à leur autorité intrinsèque ;
ou
B - de par leur mode de réception puis de transmission, au sens où ils sont potentiellement manipulables et dirigeables, mobilisables et orientables, dans des direction potentiellement ambivalentes, voire tendanciellement ou tendancieusement erronées.
2 - OU BIEN en ce qu'ils sont REFUTABLES :
- d'une part, au contact d'une partie du Magistère antérieur au Concile, qui n'annonce pas, ou évoque en des termes différents, voire opposés, des novations marquantes, dont on essaie aujourd'hui de minimiser le caractère interrupteur de la continuité du Magistère,
- d'autre part, au moyen d'extraits du Concile, qui en contredisent d'autres, ou qui se démarquent d'autres,
- enfin, au contact d'une partie du Magistère postérieur au Concile, Magistère fréquemment formulé en fonction du discours à tenir ET du positionnement, notamment confessionnel, du destinataire, face auquel on veut, le plus possible, éviter de contrarier ou de déplaire,
il n'est pas impossible de montrer que le Concile est susceptible d'être mis en présence de ses anomalies ou imprécisions, au point ou au risque d'être REFUTABLE dans son fond, sur telle ou telle question.
IV. Doctrinalement et historiquement, il y a une des premières traces de la FALSIFIABILITE du corpus textuel du Concile, dans le Concile lui-même, plus précisément dans les célèbres notifications faites par le secrétaire général du Concile, au cours de la 125 ème congrégation générale, le 16 novembre 1964, à propos de la portée théologique de la constitution De Ecclesia (Lumen Gentium) et au sujet du sens de la collégialité épiscopale.
V. D'une manière générale, tout texte dont le début est rédigé comme celui qui va suivre, est aisément FALSIFIABLE, au sens de DEFORMABLE ou REFUTABLE, dans la mesure où il se prête aisément aux déformations et aux réfutations au sein de sa mise en forme ou autour de sa mise en oeuvre.
" Face aux nouveautés sans précédent qui caractérisent la conjoncture contemporaine, nouveautés au contact desquelles la charité commande de s'adapter et de se rénover, d'une manière appropriée et en permanence, il convient d'être à la fois ceci et cela, sans exclure d'être plutôt ceci que cela, ni s'interdire d'être plutôt cela que ceci, compte tenu des circonstances, changeantes et mouvantes, et en fonction des contextes, appréhendés dans leur complexité et dans leur diversité.
Cependant...
Néanmoins...
Pour autant...
Toutefois..."
Je ne dis pas que l'ensemble du Concile est rédigé ainsi, mais je dis qu'au Concile, la ligne magistérielle, qui aurait dû et pu être plus rectiligne, a été rendue falsifiable par la ligne rédactionnelle, qui a été et est toujours curviligne.
VI. La question majeure, dans cet ordre d'idées,
- n'est donc pas celle de l'adhésion à ou de la critique de la réaffirmation ecclésiastique contemporaine de la non faillibilité officielle du Concile, ce qui ne lui donne pas davantage d'autorité
- mais est bien celle de sa rectification effective, au vu du fait que sa forme et son fond se prêtent à bien des falsifications, dans les deux sens de ce terme, tel qu'il est employé ici même.
VII. Dans le cadre du présent message, je ne me prononce pas sur des arguments relatifs à tel ou tel texte du Concile ; j'ai déjà dit, pour ma part, dans quelle mesure, pour quelles raisons, il est difficilement envisageable que des textes tels que DV, UR, NA, DH, soient pleinement conformes au Magistère antérieur, sur les sujets dont ils traitent.
VIII. Je me contente juste de poser une question préjudicielle, celle de la falsifiabilité d'un corpus textuel dans lequel il a été prévu et voulu qu'il n'y aurait aucune définition, faisant autorité, accompagnée de la condamnation, faisant autorité, des positions contraires.
Bonne journée.
Scrutator.
PS : j'ajoute ici les points suivants.
1. La question la plus fréquemment posée est celle de la falsifiabilité, le plus souvent au sens de : REFUTATION, du Concile, compte tenu des enseignements doctrinaux antérieurs au Concile.
Mais l'autre preuve de la falsifiabilité, au minimum au sens de : DEFORMATION, du corpus textuel conciliaire, ne réside t-elle pas dans la majorité des expériences pastorales postérieures au Concile ?
En d'autres termes, ce ne sont pas les traditionalistes qui ont le mieux montré l'excédent de falsifiabilité, le déficit d'infaillibilité, en brandissant, dans leur main droite, telle ou telle encyclique de Saint Pie X ou de Pie XII, dans leur main gauche, telle ou telle constitution ou déclaration conciliaire.
Ce sont les "horizontalistes humanitaristes" qui l'ont le mieux montré, non seulement par leurs abus et leurs excès, mais aussi en montrant que le corpus textuel, au minimum de par sa ligne rédactionnelle, est bien plus propice à une falsification d'inspiration "horizontaliste humanitariste" qu'à une rectification d'inspiration traditionnelle.
2. Il me semble que, dans l'état actuel des choses, et par exemple,
- envisager d'organiser une conférence favorable à la conception implicitement inclusiviste, actuellement dominante, du dialogue interreligieux, en prenant appui sur la première partie de NA, n'est pas, pour l'instant, considéré comme contraire à l'interprétation officielle du Concile ;
- envisager d'organiser une conférence favorable à une conception explicitement exclusiviste, actuellement dominée, du dialogue interreligieux, en prenant appui sur le deuxième chapitre de LG, n'est pas, pour l'instant, considéré comme conforme à l'interprétation officielle du Concile.
Sauf, en un sens, dans le document Dominus Iesus, que le Saint-Siège lui-même semble avoir oublié, et qui montre bien A QUEL PRIX le Concile, falsifiable, est rectifiable : au prix d'un dissensus nécessaire et salutaire, avec lequel il devient vraiment urgent de renouer : la Foi catholique comporte ELLE AUSSI des points non négociables, à préciser ou à rappeler, à l'attention du monde entier.
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