La libération chrétienne n'est pas la libération kantienne.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2011-12-25 10:49:55
La libération chrétienne n'est pas la libération kantienne.
Bonjour et Joyeux Noel à Ion, et aux autres liseurs aussi, bien sûr.
La libération chrétienne n'est pas la libération kantienne :
- le "sapere aude" kantien signifie, en substance : ose savoir, au sens de : ose savoir par toi-même, ose connaître et reconnaître tout ce que tu peux savoir par toi-même, par la puissance de ta raison ;
- mais il signifie également, implicitement et indirectement : ose ne pas connaître, ose ne pas reconnaître, ce que tu ne peux pas savoir par toi-même, par la puissance de ta raison.
En ce sens, le "sapere aude" kantien est un mot-valise à double fond, qui signifie autant "ose savoir" que "ose ne pas croire".
Je me permets de vous renvoyer à ce sujet en direction de Wikipédia :
" "Qu'est-ce que les Lumières ?" est une œuvre du philosophe allemand Emmanuel Kant datant de 1784. Son titre complet est Réponse à la question : qu'est ce que les Lumières ? (Beantwortung der Frage : Was ist Aufklärung?).
Kant écrit ce texte en expliquant combien il est bénéfique à l'Homme de penser par lui-même, sans préjugés. Pour ce faire, il reprend ainsi la maxime de l'Aufklärung, « Sapere aude ! » (Aie le courage de savoir ! / Ose savoir !), empruntée au poète latin Horace.
Cette maxime est commune à la métaphysique dogmatique wolffienne, objet de la critique kantienne, et à Kant lui-même parce qu'elle est l'expression d'une volonté de raison qui caractérise toute philosophie comme telle.
Le dogmatisme métaphysique est l'illusion d'une raison qui présume de ses propres forces, illusion rationaliste qui est philosophique, tandis que l'extravagance (Schwärmerei) et le mysticisme sont une renonciation à la raison qui met en cause la liberté : en effet, si nous n'écoutions pas notre raison, que croirions-nous ?
Et, sous prétexte d'institution ou de génie, ne risquerions-nous pas de nous assujettir à la loi d'un autre, quand obéir à la raison est obéir à la loi qu'on s'est prescrite ? "
Voici deux extraits de ce texte de KANT :
"Les Lumières se définissent comme la sortie de l'homme hors de l'état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. La minorité est l'incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute quand elle résulte non pas d'un manque d'entendement, mais d'un manque de résolution et de courage pour s'en servir sans être dirigé par un autre. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières."
" La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchis depuis longtemps de toute direction étrangère, restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit si facile à d’autres de se poser comme leurs tuteurs. Il est si commode d’être mineur. Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui juge de mon régime à ma place, etc., je n’ai pas besoin de me fatiguer moi-même. Je ne suis pas obligé de penser, pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront pour moi de cette besogne fastidieuse. Que la plupart des hommes finissent par considérer le pas qui conduit vers sa majorité, et qui est en soi pénible, également comme très dangereux, c’est ce à quoi ne manquent pas de s’employer ces tuteurs qui, par bonté, ont assumé la tâche de veiller sur eux. Après avoir rendu tout d'abord stupide leur bétail domestique, et soigneusement pris garde que ces paisibles créatures ne puissent oser faire le moindre pas hors du parc où ils les ont enfermées, ils leur montrent ensuite le danger qu'il y aurait à essayer de marcher tout seul. Or le danger n’est sans doute pas si grand que cela, étant donné que quelques chutes finiraient bien par leur apprendre à marcher ; mais l'exemple d'un tel accident rend malgré tout timide et fait généralement reculer devant toute autre tentative. Il est donc difficile pour chaque individu de sortir de la minorité, qui est presque devenue pour lui nature. "
La libération chrétienne, non mineure, mais adulte, passe par la subordination des lumières de la raison à la Lumière de la Foi, aux antipodes de la libération kantienne : là où il y a, dans la conception biblique de la libération de l'homme, une hétéronomie affichée et assumée, il y a, dans la conception critique de la libération de l'homme, une autonomisation de la conscience, qui affiche toutes ses origines, dans l'ordre de la connaissance intellectuelle, mais qui n'assume pas toutes ses conséquences, dans l'ordre de l'action morale.
Il y a un "credere aude" chrétien : ose croire, ose croire en la rréalité, en la solidité, en la valité, du surnaturel, de la transcendance, même si tu ne peux pas savoir par toi-même quoi que ce soit sur elle, ce qui ne signifie pas que tu ne peux rien savoir sur elle.
Ce credere aude n'est absolument pas obscurantiste, puisqu'il ne nous dispense pas de la connaissance de ce que nous pouvons connaître par nous-mêmes, dès lors que la connaissance des réalités naturelles, accessibles à la raison, est, en un sens, non affranchie de, mais ordonnée à la connaissance des réalités surnaturelles, accessibles, dans certaines limites, et dans une certaine mesure, à la raison ET à la Foi.
Il devient urgent et vital, dans l'ordre d'idées qui est le mien, de redécouvrir ce que j'appelle le credere aude chrétien, beaucoup plus cohérent et pertinent que le sapere aude kantien, d'autant plus que celui-ci constitue, paradoxalement, non un acte de confiance, mais, au contraire, un acte de défiance, à l'égard de la raison, comme si celle-ci était congénitalement impuissante, incapable de faire bon accueil, dans sa vie intérieure, à la Lumière de la Foi, située en amont et en surplomb, par rapport à elle.
Bonne journée de Noel et à bientôt.
Scrutator.
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