Il faudrait que l'individualisme soit dans les gènes arabes et que ce soit une bonne chose dans l'absolu

Le Forum Catholique

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le torrentiel -  2011-12-21 12:23:58

Il faudrait que l'individualisme soit dans les gènes arabes et que ce soit une bonne chose dans l'absolu

Cher scrutator,

Je ne sais pas de qui est cet article, pour autant que le reproduise l'analyse que j'ai lue intégralement sans cliquer sur votre lien, ce que je ferai ultérieurement.


Si cet auteur veut sensibiliser les egyptiens d'alexandrie à la modernité, il faudrait qu'il soit plus précis et moins approximatif.


Tout d'abord, il n'avance pas de date précise concernant l'abrogation des sourates meckoises auxquelles continuent de se référer de pieux musulmans, y compris radicaux.


Il ne dit pas non plus dans quelle mesure l'abrogation des sourates meckoises n'aurait pas fait l'objet d'un débat, dont je gage, en fonction des contacts que j'entretiens personnellement avec des musulmans cultivés et radicaux, qu'il sévit encore aujourd'hui.


Je rappelle également que le processus d'abrogation des lois coraniques est beaucoup plus complexe que ce qu'on en présente en Occident.


Par exemple, contrairement à un vain préjugé, si l'observation d'un fait contredit manifestement le coran, c'est l'observation qui doit l'emporter et la loi coranique qui doit être abrogée.



C'est en partie ce qui peut expliquer que, même là où la charia a été proclamée "l'une des sources" ou source unique du droit, elle n'a jamais été appliquée intégralement.


C'est aussi ce qui explique qu'on s'est moqué à bon compte de la réponse de tarik Ramadan à Nicolas sarkozy lorsque celui-ci, l'enjoignant de se prononcer contre la lapidation des femmes, tarik Ramadan s'est prononcé contre à titre personnel, en ajoutant qu'il faudrait proposer un moratoire à cette pratique, afin que l'on s'interroge entre savants théologiens sur sa pertinence à l'heure actuelle.


De même, la question de savoir si le coran est incréée demeure une question disputée.


Il est vrai que l'islam revêt à nos yeux l'aspect d'un totalitarisme, dans la mesure où il se présente lui-même comme un holisme, où la conscience individuelle est ordonnée au groupe et où, surtout, la loi est toute-puissante, qu'elle soit la stricte application de la charia ou qu'elle résulte d'une réflexion autour d'elle.


Je consens également que, de ce fait, l'islam maintient l'individu en minorité. Mais le refus du primat de l'individu ne va pas nécessairement de paire avec l'absence de promotion individuelle.


Par exemple, le nombre de députées femmes qui ont été élues sous la bannière d'ennadah (excusez une orthographe phonétique) frise la parité que nous, français, inscrivons dans nos lois (encore la loi), mais n'atteignons jamais.


D'autre part, on sait que les femmes sont très nombreuses dans les universités iraniennes ou algériennes, deux fronts islamiques très différents.


C'est pourquoi il paraît largement inexact de supposer a priori que "les femmes", catégorie communautariste ou plus exactement minoritarisme sécrétée précisément par notre individualisme moderniste, se coalisent entre elles pour lutter contre l'islamisme des "frères musulmans", qui ne sont pas présents en Algérie, que je sache!


"Les femmes" comme "les jeunes" n'existent en tant que communautés ou minorités que dans notre logique individualiste où ces regroupements sexuels, voire sexistes, et générationnels, voire ennemis de la génération précédente, sont promues en vue d'une émancipation individuelle indépendante de l'intérêt général, voire à laquelle l'intérêt général serait hostile.


Associer Internet à la libération ou à la révolution des consciences me paraît également relever de la chimère d'un matérialisme exacerbé, car c'est confondre la conscience, qui est le sanctuaire de la personne, avec un outil qui, en soi, est neutre.


Un outil, même sous contrôle, ne saurait véhiculer une idéologie univoque. La preuve par ce forum ! Même s'il peut, évidemment, médiatiser une idéologie majoritaire, ce pourquoi il lui faut sauvegarder des espaces de "contre-idéologie" ou de contre-pouvoir.


Dire enfin que la révolution tunisienne et la révolution égyptienne ont été confisquées aux démocrates qui les avaient organisées, relève de la pétition de principe selon laquelle seuls des démocrates pourraient être révolutionnaires.


Car ce qui semble relever des faits, c'est que la révolution égyptienne est partie de la goutte d'eau, ou plus exactement de la cendre de feu qui a fait déborder un brasier ou un vase de lassitude.


La révolution égyptienne a sans doute suivi comme un effet de propagation. Il ne faut pas oublier que sadate, s'il a institutionalisé la charia comme "la source unique du droit en egypte", a surtout été considéré comme un traître par son peuple du fait de la signature des accords de camp David.


Ce qui interroge est évidemment l'ingérance occidentale, à des degrés divers, dans ce que l'Occident a voulu récupérer comme son bien sous le nom de "printemps arabe".


Tout d'abord, on peut se demander si les stratégies sont vraiment efficaces. La politique semble bel et bien toujours précéder l'histoire, puisque les stratégies n'atteignent presque jamais les buts qu'elles poursuivent.


On peut observer que, partout où les Etats-Unis ont exercé leur influence, cela a abouti sous prétexte de démocratie à mettre au pouvoir les éléments les plus radicaux, peut-être supposés les moins aptes à leur résister. Or c'est faire fi de l'intelligence des islamistes que relève à juste titre l'auteur de cet article.


Que les démocrates soient peu généreux autrement qu'en paroles avec "les groupuscules libéraux" qui se réclament de la même idéologie qu'eux, cela ne fait jamais que confirmer qu'on traite moins bien ses amis que ses ennemis.


Est-ce que les chancelleries occidentales pouvaient ne pas savoir à quoi aboutiraient ces révolutions? On peut en effet en douter. Il s'exprimait, précisément sur Internet, entre autres, de façon très forte, que l'insurrection contre les tyrannies arabes, que le soulèvement ou que le relèvement arabe ne pourrait aboutir qu'à une réappropriation de l'identité arabe, c'est-à-dire, in fine, à une islamisation du pouvoir et une reprise du pouvoir par les islamistes, sur le modèle iranien, mais plus encore turc.


Ceci était-il dans l'intérêt des occidentaux et obéissait-il à "l'organisation du chaos"? Chacun sait pourtant que "la politique du pire est la pire des politiques". Ce qui me fait en revenir à l'inefficacité des stratégies d'un Occident à la fois "dupe et complice".


Ou alors, que l'on m'explique quel intérêt avait l'Occident dans son entier, Etats-Unis, Israël et europe compris, à l'émergence des pouvoirs islamistes! Il y a naturellement des intérêts qui peuvent m'avoir échappé.


La vraie question demeure de savoir comment faire accéder l'islam, sinon à l'individualisme et à la modernité, du moins à une plus grande ouverture de ses structures à un état de paix plus durable avec ses voisins et, en interne, à des sociétés qui soient moins en proie aux factions et guérillas, et à la querelle des islams qui ne persécutent pas que des chrétiens, mais tue beaucoup d'autochtones, à quelque confession qu'ils appartiennent.


Cordialement

Le torrentiel


Cet article a posé là une bonne question, je ne crois pas qu'il y ait, à travers la modernité, apporté une réponse adéquate.

Est-ce que l'Occident est intervenu en amont ou en aval de ces révolutions? Il semble assez évident qu'il n'a en tout cas pas pu prévoir le moment où elles surgiraient.


http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=619542