Royauté sociale, de quoi parle-t-on au juste?
Le Forum Catholique
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baudelairec2000 - 2011-12-06 23:36:26
Royauté sociale, de quoi parle-t-on au juste?
Il me semblait - le philosophe que je suis a dû prendre du retard sur des mentalités qui évoluent au rythme de la modernité - que la royauté était un type de régime politique au même titre que la démocratie ou l'aristocratie. Point n'était besoin d'affubler la royauté du vocable "politique". Pourquoi l'obligation de qualifier la royauté du Christ de "sociale" est-elle apparue dans le courant du XX e siècle?
C'est que le vocable "social" n'est pas innocent -je me suis à plusieurs reprises expliqué ici même sur ce terme. On parle de "doctrine sociale" ou de "discours social" de l'Eglise; après le triomphe de la Révolution, en lien avec la disparition de notions fondamentales, de vertus, comme la justice légale, une nouvelle vertu est née dans le sillage de Pie XI et de son successeur Pie XII: la "justice sociale". L'Eglise depuis Rerum Novarum (1891)serait-elle devenue travailliste?
L'Eglise, on le sait, a pris conscience, dans la deuxième moitié du XIX e siècle, du sort misérable de la classe ouvrière, elle se penchait enfin sur la question ouvrière. Elle entendait, par la voie du magistère, apporter une réponse à la "question sociale". Il faudra attendre Pie XII pour que cet enseignement qui entend traiter des désordres qui sont nés des bouleversements politiques et idéologiques du XIX e siècle soit qualifié de "social". La notion de "doctrine sociale" a vu le jour en Italie sous le pontificat de Pie XII. Celui-ci précise que la doctrine sociale est une partie spécifique de l'enseignement de l'Eglise; elle serait, selon les termes de Calvez et Perrin (Eglise et société économique, ouvrage indispensable paru chez Aubier en 1959)qui résument assez bien les propos du pape, "l'application aux rapports sociaux de la règle de la foi et de la règle des moeurs." Pie XII déclare en 1956: "L'Eglise peut, le front haut, montrer les valeurs qu'elle a forgées et qu'elle tient à la disposition de tous pour la solution de la question sociale." Tout l'enseignement social de l'Eglise, poursuivent Calvez et Perrin, vise cette situation proprement moderne, dans laquelle certains rapports entre hommes et entre groupes, issus de la vie économique, font l'objet d'une considération particulière, relativement indépendante de la considération des rapports familaux et politique. On l'aura compris, l'Eglise, dans le cadre de son enseignement social, prend acte de l'émancipation de l'économie par rapport au politique et des désordres sociaux qu'entraîne cette inversion des deux domaines. "L'Eglise tient compte de ces conditions imposées à l'homme d'aujourd'hui quand elle formule une doctrine sociale ou une doctrine en matière économique et sociale... La doctrine sociale de l'Eglise, concluent nos deux auteurs, est une prise de position dans le débat historique qu'ont engendré sur le plan social la civilisation industrielle et le capitalisme moderne."
Si nous considérons à présent l'encyclique de Pie XI Quas Primas du 11 décembre 1925, encyclique dont on ne cesse de répéter qu'elle expose les principes de la royauté "sociale" du Christ, on sera très surpris, votre serviteur le fut en son temps, de constater que le pape, pas une seule fois, n'emploie l'expression "règne social" ou "royauté sociale" du Christ. Etrange en effet que le pape qui a contribué de matière déterminante à l'élaboration de l'enseignement social de l'Eglise avec notamment Quadragesimo Anno ou Divini Redemptoris et qui a imposé l'usage de l'expression "justice sociale", n'ait pas songé un seul instant à badigeonner le règne de Notre Seigneur d'une touche "sociale". C'est l'éditeur qui a imposé comme sous-titre malheureux et malhonnête: "De la royauté sociale du Christ". Je vous laisse imaginer le bazar, la forme, que pourrait prendre un règne effectif du Christ dans le contexte actuel...
Sur la royauté du Christ, je ne saurai trop conseiller aux liseurs la lecture de Quas Primas, encyclique assez courte et facile à lire de Pie XI; de Dom Jean Leclercq, L'idée de la royauté du Christ au Moyen Age (Le cerf, 1959), Le sacerdoce royal des fidèles dans la tradition ancienne et moderne de Paul Dabin (Desclée, 1950) ou bien encore l'ouvrage d'un historien du droit, Yves Sassier, Royauté et idéologie au Moyen Age, ouvrage dont le succès ne se dément pas (Armand Colin, 2002).
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