La preuve, s’il le fallait, en est la conception pour le moins étrange que les rédacteurs de la Lettre ont des ministères dans l’Eglise. On les voit en effet affirmer :
Nous souhaitons que l’on dynamise fortement l’appel de diacres permanents, trop peu nombreux aujourd’hui, en particulier dans notre diocèse. C’est un acquis de Vatican II, insuffisamment exploité actuellement.
Il y a dans ces deux phrases tout ce que le manifeste rouennais contient de révolutionnaire, de négateur de l’autorité divine. Car voilà le diaconat, qui est tout de même un ordre sacré, désigné comme un acquis. Si l’on en croit le dictionnaire, un acquis est un « ensemble de bénéfices obtenus d'une action ». On ne saurait mieux dire l’invraisemblable renversement opéré par nos laïcs. De vocation de service[7], reçue surnaturellement de Dieu et de l’ordination conférée par l’évêque, le diaconat devient une conquête, un ensemble de bénéfices, dont l’on apprend de surcroît qu’il est « insuffisamment exploité » : c’est-à-dire insuffisamment mis en œuvre en vue de la prise de pouvoir dans les « communautés chrétiennes » par les « laïcs engagés et formés ».
Raisonner en terme d’ « acquis », c’est reprendre la dialectique révolutionnaire qui scrute l’histoire en y distinguant une succession d’avantages inaliénables retirés de haute lutte au patronat. Il y avait les « acquis sociaux », les acquis obtenus dans la lutte pour la « libération » des femmes ; il faudra y ajouter désormais les acquis ecclésiaux. Voilà le diaconat mis au service d’une singulière lutte des classes introduites dans l’Eglise – comme si le prolétariat laïc était en lutte contre le patronat clérical. Il faut bien croire que le communisme demeure dans l’Eglise l’horizon indépassable de la pensée.
A la place du service, de la charité, de l’esprit de sacrifice, les « laïcs catholiques du diocèse de Rouen » ont donc mis un ministère privé de toute attache surnaturelle, conçu seulement comme le moyen de leur influence, qu’il convient d’exploiter davantage – que l’on considère seulement les mots employés par la Lettre. On ne pouvait mieux pervertir l’idée chrétienne de ministère, si clairement exprimée par Notre-Seigneur Jésus-Christ : Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir (Mt XX, 28). On ne pouvait en un mot mieux substituer à l’esprit de l’Evangile celui de la Révolution.