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.................Attribuer à la « violence originaire » d’un « mécanisme sacrificiel » le rôle de fondement des sociétés humaines n’est en effet pas du tout la même chose que faire reposer ce fondement sur le péché (originel) commis par un homme ayant fait un mauvais usage de son libre-arbitre. C’est là une approche beaucoup plus anthropologique que proprement religieuse. En toute rigueur, ce que montre (ou plutôt croit montrer) Girard, c’est que les anciennes sociétés ont divinisé des victimes innocentes qu’elles avaient tenu pour coupables, méritant la mort, tandis que le christianisme a divinisé une victime que ses partisans ont d’emblée tenu pour innocent. En quoi cela démontre-t-il que le Crucifié était à la fois Dieu et fils de Dieu –ou que ses disciples avaient raison de le tenir pour tel ? « Chez Girard, l’ordre de la grâce n’est-il pas assumé par un système anthropologique qui, tout en montrant sa pertinence, le dénature ? » demande Thibaud Collin qui ajoute « Le salut apporté par Dieu est d’être introduit dans la communion divine par la grâce et d’être racheté par le péché. Or, le péché ne se réduit pas à la seule violence mimétique quand bien même celle-ci tient une place non négligeable »
Le théologien Emmanuel Perrier remarque de son côté que Girard ne donne aux mots qu’il emploie qu’une définition purement technique : « A aucun moment n’intervient {chez lui} la relation à une réalité transcendante : le religieux, le sacrifice et le sacré n’impliquent pas dans leur définition le rapport avec Dieu……........
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......On constate en fait que la mise en parallèle du « sacrifice du Christ » avec le sacrifice dans les anciennes religions est dès le début bancale. Parler, comme le fait Girard, de « ressemblances évidentes » entre les rituels religieux archaïques et le « drame chrétien essentiel de la Crucifixion » est de ce point de vue totalement abusif. On a déjà vu que Girard n’a pas compris la nature du sacrifice dans les anciennes religions. Ce qu’il dit de la Passion
est tout aussi contestable. Même si l’on en tient pour l’historicité des textes évangéliques, ce que l’on n’est évidemment pas obligé de faire, le Christ n’y apparaît nullement comme « sacrifié ».
Il est seulement injustement condamné à mort et exécuté. Malgré l’interprétation tardive de Jean 18,14, ceux qui ont voulu sa mort ont cherché à se débarrasser d’un perturbateur, non à fonder une société ou à mettre un terme par son intermédiaire à une rivalité qui leur serait devenue insupportable. Le récit de la mort de Jésus, en d’autres termes, est l’histoire banale d’une erreur judiciaire, qui ne devient par métaphore un « auto-sacrifice ») que parce que le croyant veut la considérer comme telle.
Mais bien entendu, la bonne nouvelle évangélique n’a pas mis un terme à la violence…...