De quelques mots choisis pour désigner la chose.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2011-11-08 07:49:47

De quelques mots choisis pour désigner la chose.

Bonjour et merci à Introibo,

Voici les quelques mots auxquels je pense, merci beaucoup de me dire si vous les trouvez appropriés et proportionnés, pour rendre compte de la substance même de la mentalité dont il est question ici.

1. Antagophobie : détestation, par principe, non seulement de tout conflit sanglant et violent, mais aussi de tout antagonisme doctrinal, spirituel, pastoral, en l'occurrence en matière religieuse, même quand l'explicitation d'un antagonisme a pour origine ou pour conséquence la révélation ou le rappel d'une vérité première.

2. Irénolâtrie : amour de la paix, par principe, mais aussi adoration de l'irénisme, mise en scène, voire mise en cène, de cette adoration de l'irénisme, annoncée, diffusée, partagée, propagée, par localisation et ritualisation "liturgiques".

3. Conception et déploiement d'une intention, d'une volonté et d'un horizon de sagesse situés par delà le vrai et le faux en matière religieuse.

4. Assimilation du fait qu'il existe plusieurs religions à un polymorphisme religieux, à peu près consensuel et plus ou moins exhaustif,

- hétérogène, dans ses formes, multi-confessionnelles, pluri-traditionnelles,

- homogène, dans son fond : une "monovalence" sapientielle et / ou spirituelle.

5. Considération de chaque religion ou tradition

- comme une approximation ascendante, commune à toutes les religions, par émanation, d'origine humaine, de la vérité montant vers Dieu

et non

- comme une exactitude descendante, propre à la seule vraie religion, par inspiration, d'origine divine, de la vérité descendant de Dieu.

6. Croyance selon laquelle

- la plus petite dénomination possible de la vérité divine commune à toutes les religions et traditions, voire à l'areligion,

serait équivalente à / génératrice de

- la plus grande multiplication possible de la charité humaine commune à tous les croyants et non croyants.

7. Exposition à un risque de sécularisation de la notion de pèlerinage, qui plus est avec le sous-entendu selon lequel tous les itinéraires confessionnels et traditionnels, tous les chemins sapientiels et spirituels, doivent pouvoir mener, non à Rome, mais à l'Homme, non explicitement au Christ, mais implicitement à Dieu.

8. Exposition à un risque d’oubli de la primauté de l’auto-manifestation divine,

- avant tout au moyen du Logos divin, Créateur et Rédempteur,

et non

- avant tout à travers l’éthos humain, même animé, éclairé, inspiré, orienté, unifié, par ce courant « fraternitaire universel ».

9. Euphémisation ou minimisation des divergences doctrinales et religieuses et euphorisation ou maximisation des convergences « pastorales » et « spirituelles ».

10. Mise en avant, en forme et en œuvre d’une « altéronomie », c’est-à-dire d’une normativité construite à partir de l’amplitude maximale donnée à l’ouverture

- sur l’autre, le non catholique, le non chrétien, le non croyant

Et

- sur l’estime de ses convictions (a)religieuses, de ses croyances (a)spirituelles,

cette ouverture étant considérée comme le moyen d’accès optimal au nomos humain commun à tous les êtres humains.

11. Bien entendu, le risque que l’on passe de l’altéronomie à l’altéropraxie, mais aussi à l’altérodoxie, est couru, si j’ose dire, dans la même foulée : Mgr Vingt-Trois ne dit pas autre chose, sauf qu’il y voit non un risque, mais une chance, quand il dit, en substance, que, grâce au dialogue interreligieux, il est possible d’exhorter les musulmans (non, bien sûr, à la conversion au christianisme), mais à l’adoucissement, à la purification, de leur propre religion.

12. A la limite,

- l’exigence de solidarité spirituelle interreligieuse, entre les différentes populations de croyants, entre toutes les religions,

l’emporte ici sur

- l’exigence de solidarité doctrinale intrareligieuse, entre les différentes générations de croyants, au sein d’une même religion.

13. La conséquence potentielle de toute cette climatisation par induction thermique, c’est l’hébétude, l’endormissement ou l’engourdissement des aptitudes et des aspirations intellectuelles, en l’occurrence dans le domaine de l’analyse critérisée des doctrines religieuses non chrétiennes, de leurs mérites ET de leurs limites.

14. C’est en effet

- le sentiment en direction des personnes qui risque fort de se substituer au jugement en direction des doctrines

- la vocation au dialogue qui risque fort de se substituer à la vocation à la conversion.

15. Pour terminer ce message sur une note un peu "technique", je dirai qu’il y a ici, dans toute cette affaire, un risque d’assimilation

- d’une inspiration d’origine bio-cosmologique : la vie du monde

- à une inspiration pneumato-théologique : l’Esprit de Dieu.

Nous sommes ici en présence d’un jeu de mots que je crois riche de sens : le "digne" du temps, la "ligne" du temps, le "signe" du temps, la "vigne" du temps, c’est le dialogue interreligieux "ouvert" donc potentiellement "fécond", ce qui laisse entendre, à la limite, que le dialogue entre l’homme et Dieu, au sein de ce qui est, du point de vue surnaturel et théologal, et non psychologique et sociologique, la seule vraie religion, est en fait un monologue, sinon égoiste, du moins insulaire, qui risque d'enfermer ou d'isoler, car il est potentiellement "fermé" donc potentiellement "stérile".

Pour toutes ces raisons, il devient urgent, et je suggère que l’on envisage sérieusement, de passer

- de la notion de tradition vivante, souvent comprise, à tort, pour des raisons de jure, mais à raison, pour des raisons de facto, en tant que tradition changeante et mouvante,

- à la notion de tradition ouverte, ouverte sur toutes les autres religions et traditions.

La "foi en la paix" du non catholique va-t-elle devenir « la route de l’Eglise » ?

Bonne journée.

Scrutator.

PS : Entendons-nous bien : je ne m'en prends ici pas à une ni à des personnes, mais à un état d'esprit, que je n'attribue, dans sa globalité, à aucune personne, en particulier, mais que je me suis efforcé de décrire, de la manière la plus complète et la plus précise.
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