enfouissement ou témoignage une fois encore
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
Luc Perrin - 2011-11-02 11:43:14
enfouissement ou témoignage une fois encore
On retrouve ici, hélas hélas, l'approche "enfouissante" appliquée à la culture : le christianisme doit être incolore et passe-muraille, enfoui dans la société moderne sécularisée ; au plus, il est une pommade de justice sociale et encore sans jamais remettre en cause les bases du libéralisme.
C'est exactement la position défendue en matière d'art contemporain par NNSS Rouet et Louis en leur temps dans un ouvrage qui avait fait polémique, L’Eglise et l’art d’avant-garde – De la provocation au dialogue – La chair et Dieu (Albin Michel, 2002). J'emprunte la citation à une recension parue sur le site Liberté politique :
"La thèse du livre repose sur une distinction entre l'art moderne, prolongement de l'art de tous les temps, et " l'art contemporain ", fondé sur la rupture et la transgression, démarche critique dénonçant un monde exclusivement marqué par le mal. Pour Mgr Rouet, seul cet art est légitime. Il rejette comme " non-contemporains " l'art de ceux qui n'admettent pas cette conception unilatérale de la réalité : " dompté, alphabétisé, policé, converti... [cet art] n'apporte rien, il illustre. Il ne dit rien en propre, il agence. Il ne crée rien, il modernise. Circulez ! Il n'y a rien à voir... C'est sans danger, donc c'est mort. "
L'ouvrage est un éloge de la provocation en matière d'art et une défense du "Piss Christ" ... Il me semble éclairant d'y voir le sempiternel "dialogue" - indéfini, aussi ambigu que la pièce de Castellucci - mit ici encore au pinacle. Derrière ce mot valise se cachent plusieurs conceptions dont celle de l'enfouissement que Mgr Rouet reprend et "modernise" mais qui n'est pas nouvelle. Le "dialogue" est alors une capitulation devant l'anomie libérale : le christianisme n'a presque plus rien à dire en propre, il n'est que questionnement sans réponse.
J'ai essayé de trouver ce que la C.E.F., en dehors de son président qui parlait d'abord comme Ordinaire du lieu, pouvait dire et c'est très ... enfoui. Quelques déclarations ponctuelles de Mgr Podvin mais très peu en matière de culture. Il existe aussi un site art-culture et foi dans les diocèses mais non entretenu au niveau national : silence sur le site parisien. Il existe un Observatoire Foi et Culture, organisme officiel de la CEF sous la direction de Mgr Wintzer (administrateur apostolique de Poitiers) mais là encore motus et bouche cousue : rien dans les actualités sur la pièce ni sur Golgotha picnic.
Au moins, pour contestable qu'elle soit, la position de Mgr Rouet a une cohérence mais il est difficile de voir comment les autres évêques français en collectif ou séparément se déterminent : condamnation vigoureuse via Mgr Podvin de Golgotha picnic mais silence sur Piss Christ et rejet de la contestation de la pièce de Castellucci (qui ne dit mot consent dit-on ?).
Par sa structure même, on perçoit une difficulté et presque une réticence à s'exprimer de la part de la hiérarchie française dans le domaine culturel. Cela tient sans doute à l'indétermination de la notion de dialogue qui tend à générer une sympathie automatique envers les partenaires. Mais ne faut-il pas élever la voix, protester parfois ? Le christianisme n'a-t-il plus rien à dire en "contre" ?
Rien pourtant dans la société laïque n'empêche de s'exprimer "contre" (à condition de ne pas le faire comme les incendiaires (islamistes ?) de Charlie-Hebdo).
Le témoignage est pourtant réclamé par le Magistère, témoignage explicite demande Evangelii nuntiandi (1975).
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=613811