une présentation biaisée

Le Forum Catholique

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Luc Perrin -  2011-10-28 19:11:55

une présentation biaisée

Mes 2 collègues belges font une présentation historique fortement biaisée dans leurs deux premiers points que ne relève pas La Paix liturgique.

Nul ne conteste, en effet, une certaine continuité entre les travaux conciliaires et le Mouvement liturgique depuis s. Pie X. Mais cela n'invalide en rien l'affirmation bien étayée d'une néo-liturgie "fabriquée", pour citer J. Ratzinger. Mes collègues en appellent à l'histoire mais les témoins et acteurs de premier plan leur donnent tort : le P. Bouyer a écrit déjà et ses mémoires inédits montreront à quel point les "experts" ont bien "fabriqué" le Novus Ordo entre 1964 et 1969. Les pages ayant été sauvées de la destruction du Journal du cardinal Antonelli ofm l'ont bien prouvé et il y a d'autres témoignages.
Le travail en catimini pour les traductions, si fautives en langue vernaculaire que Rome a fini par s'en apercevoir, ont bien été le fait d'experts mal intentionnés.
Cette présentation escamote aussi le clivage fondamental au sein du Mouvement liturgique, entre la tendance Guardini-Antonelli-Bouyer à laquelle se rattache J. Ratzinger et la ligne dominante autour du terrible Mgr Bugnini. Pourquoi la masse des tradis suit-elle la Semaine Sainte réformée, façon Antonelli, alors qu'elle repousse - sauf quelques partisans de "1965" - le missel bugninien ?
Il faut aussi beaucoup de mauvaise foi si l'on a lu le texte de 1963 pour prétendre que le missel "ordinaire" répond exactement à ce que les Pères avaient voté. Mes collègues savent qu'au pire, les Pères comme le cardinal Montini n'envisageaient, avec prudence, qu'un recours au vernaculaire, plutôt pour les jeunes Eglises, que pour la liturgie de la Parole. Le dynamitage des rubriques, l'explosion des prières eucharistiques, le remodelage de fond en comble, la quasi-disparition via les Conférences épiscopales du latin et du chant grégorien, rien de tout cela n'est prévu par Vatican II.

Mes deux collègues s'interrogent sur la notion d'abus liturgique en ne parvenant pas à voir de quoi il s'agit. On atteint un nouveau seuil dans la cécité volontaire car enfin ce que les deux professeurs ne voient pas tous l'observent : il suffit de voir les photos, de lire les témoignages d'époque et postérieurs, les vidéos désormais où s'exposent ces abus manifestes.
Il suffirait à mes 2 collègues de parcourir les textes magistériels romains qui périodiquement stigmatisent tel abus ou tel autre et souvent de manière répétitive, signe de la persistance des problèmes. Même des défenseurs du nouveau rit romain admettent avoir été témoins de ces abus, ils tentent souvent de dire que sous Jean-Paul II tout a été aplani ... mais aller jusqu'à nier les faits avec un tel aplomb, il fallait oser.

Allons Messieurs, vous n'aimez pas la Forme extraordinaire, c'est votre droit et je pense un mauvais jugement mais ne réécrivez pas une histoire lisse de la révolution néo-liturgique, en effaçant artificiellement toutes ses aspérités. Je ne suis pas le seul universitaire à ne pas souscrire à vos deux affirmations biaisées.

Je n'épilogue pas sur l'erreur factuelle courante en France, mais donc aussi en Belgique, d'oublier que le rit romain traditionnel s'est épanoui en Amérique du Nord et en Australie. J'ai pourtant écrit là-dessus et dans des publications scientifiques mais on ne peut pas tout lire, je sais bien.


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