une vraie question le torrentiel
Le Forum Catholique
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Luc Perrin - 2011-10-27 10:58:21
une vraie question le torrentiel
Peut-être que celui qui a dit cela était (est ?) prisonnier d'une vision un peu archaïque de l'histoire.
L'histoire "immédiate" n'est plus contestée sérieusement aujourd'hui dans le milieu historien. Elle a ses limites évidemment comme d'ailleurs celle qui ne veut traiter que des périodes lointaines type Moyen Age ou premiers siècles chrétiens. A force de recul, on finit par devenir myope ou sourd : l'objet étudié est si loin, sa forme devenue si floue, l'écho transmis à travers les siècles si distordu qu'il n'est pas facile d'en faire l'histoire. Mes collègues antiquistes et médiévistes n'ont pas la vie facile, en dépit de l'énorme recul dont ils sont supposés bénéficier.
Aujourd'hui, on s'accorde plutôt sur l'intérêt de la réflexion de type historique à chaud, sachant qu'en effet le manque de recul peut amener à revoir par la suite l'importance de tel fait, la force de telle tendance. Considérons que Benoît XVI a déjà passé les années du pontificat de Jean XXIII : cela donne un recul.
"Il est précisément de ces hommes dont on ne comprendra vraiment l'oeuvre que plus tard." (le torrentiel)
Vous pensez que Benoît XVI est obscur ? Indéchiffrable ? Ou pire qu'il agirait secrètement ??? C'est une idée bien étrange et peu flatteuse pour le Saint-Père, idée que je ne partage aucunement.
L'idée est d'autant plus bizarre que, par essence, un pape est un homme public dont les actes sont tournés vers le public et qui a l'ambition de parler et d'agir ... pour être compris hic et nunc, par nous ses contemporains. Quel curieux prêtre ferait une prédication pour dans 100 ans en se rendant incompréhensible pour son auditoire ?
Le discours à la Curie du 22 décembre 2005 a mis du temps à être répercuté comme, sans doute, l'acte ou un des actes majeurs de ce pape : l'Église de France l'a bien longtemps mis sous le boisseau, pour ne parler que d'elle. Je me souviens que mes étudiants de Master deux ans après n'en avaient aucune idée, ce qui n'est plus vrai aujourd'hui. Mais, pour ma part et je ne suis pas seul, il ne m'a pas fallu deux, dix ou cent ans pour en saisir l'importance. Précisément parce qu'étant au fait du débat ecclésial sous Jean-Paul II, il était facile d'inscrire ce document dans une tendance lourde.
A contrario, l'élan du Renouveau charismatique depuis le milieu des années 1970 a pris une certaine ampleur dans les années 1980 et début 1990. On voit aujourd'hui qu'il est retombé en Occident au moins et en France en particulier ; l'embellie relative des vocations en France à la même époque est retombée depuis le début de ce siècle. L'historien du très contemporain repère ces grands mouvements mais il ne peut bien sûr savoir si ces courants seront durables ou pas.
Je ne vois pas de grand courant neuf s'être levé depuis 2005 ni un changement radical d'équilibre par rapport aux dernières années du pontificat précédent si on scrute la catholicité dans son ensemble ou si l'on prend la seule Église de France. Même la réconciliation avec la F.S.S.P.X, ô combien souhaitable !, ne modifierait pas non plus avant longtemps ces équilibres et les grands courants qui animent l'Église. La réforme traditionnelle de la néo-liturgie porterait sur un bien plus grand nombre et c'est un chantier qui, à ce jour, n'a pas été véritablement entamé.
Pour reprendre votre remarque de départ, nos contemporains catholiques ne vivent pas un renouveau liturgique dans la Forme ordinaire qui concerne plus de 90% d'entre eux. Un historien de 2060 pourra dire que Benoît XVI a été un timide précurseur par quelques gestes de cette grande réforme si et seulement si ... elle est intervenue entre temps. En 2011, je peux juste constater ces quelques gestes symboliques et leur impact réduit dans la vie des fidèles, c'est la limite du contemporanéiste. Ce faisant, je rends service à mes collègues du futur car je les aide ainsi, par avance, à pondérer l'événement et pour eux, à mieux étalonner dans le temps le mouvement et sa force sans anachronisme.
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