L'animation de l'univers

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le torrentiel -  2011-10-25 19:57:22

L'animation de l'univers

La "physis" (ou nature pour l'Antiquité grecque) était moins la nomenclature raisonnée des fonctions d'un monde cycliquement déterminé, éthiquement normé et connaissant sa fin, qu'un processus dont le mouvement constituait la voie de réalisation : moins "nature naturée" que "nature naturante". C'est ce spinozisme avant la lettre, c'est cet antifixisme paradoxal de la nature se mouvant sous une idée morale et du mouvement constituant l'action du devenir qui auraient pu être à la base philosophique de la rencontre entre les sagesses grecques et hébraïques. Ce n'est que par la suite que l'univers a été mis à l'Effigie. Autrement dit, si le chanoine Copernic avait contrebattu le géocentrisme du temps que l'univers était en mouvement, il n'eût pas été mise à l'index. L'index est le doigt qui veut figer la planisphère, cartographier la terre et mettre carte sur table, sans hydrographie, légende ni relief.
- La mise à l'effigie de l'univers, qui a pris prétexte de ce que l'homme était censé dominer à son sommet et avoir été créé à l'Image et à la Ressemblance de Dieu, s'est faite par assimilation de la nature à une idée morale. A la fixation de l'univers répond une moralisation de Dieu. Aujourd'hui, l'histoire des sciences a échangé la planisphère contre la noosphère. La noosphère est l'abandon de la platitude pour le triomphe de la croyance en un univers qui serait plein d'âme. Or l'âme, c'est de l'air. L'air était selon Porphyre l'élément qui, étant commun à la terre et au ciel, les reliait par conséquent. Depuis le remplacement de la planisphère par la noosphère, l'animation de l'univers et la démoralisation de Dieu (deux représentations qui se sont données concertantes, comme si l'âme ne pouvait avoir de morale), nous vivons dans un univers extrêmement spatialisé. Or l'espace est censé commencer avec la cessation de l'atmosphère et de l'air qui en forme la couche. Si l'âme est pleine d'air, l'espace a dépassé le mur du son. Le règne du son est le contraire d'un lieu muré. Là où n'entre pas le son, c'est le mur du silence. Le contraire du silence, c'est le murmure. Si l'espace commence où il n'y a plus de son ni d'air, c'est, ou bien qu'il n'est pas animé, ou bien qu'il est éthéré, voire, pire, que dans l'espace, règne la vacuité. Cessation de l'air dans l'espace, étouffement dans le vide, engouffrement, angoisse. L'angoisse est un goulot d'étranglement qui ne pressent pas la tombée dans le vide sous une autre modalité que celle de la chute des corps. Il ne faut jamais laisser quelqu'un dans le vide.
- - La tombée de l'univers dans la servitude de l'effigie avait cela de conceptuellement supérieur qu'elle savait imaginer Dieu comme ultramondain ou extrauniversel et envisager l'univers comme n'étant pas réductible à l'espace et au temps. La démoralisation de Dieu et l'animation de l'univers, avec pour corrolaire la relativisation de l'Absolu, ont essayé de faire respirer ce qui étouffait de distance dans l'extrauniversel. Avec l'infusion de Dieu dans l'univers qui ne connaissait plus que l'espace et le temps, s'ouvrait pour l'homme, sortant de sa crise d'asthme comme après une prise de ventoline, un monde de correspondances où chaque élément du domaine planétaire pouvait retrouver son double dans le ciel. La divinisation de l'homme était une sorte de recouvrement de l'androgynie divine primitive, une espèce d'hermaphroditisme initial où, après qu'à la division des sexes, se fût superposée la désagrégation de l'homme, la faiblesse de celui-ci, au lieu de se compenser en épousant Dieu , se serait émancipée en retrouvant son point fort en son double céleste. La relativité générale ne fut que le couronnement d'une mise en relation commencée depuis la mise en correspondance de l'univers, dont le point paroxystique et poétique de redoublement dans l'Invisible des éléments du visible fut périodisé avec le changement de paradigme de l'humanisme, où la justification par la Foi de l'homme et l'Incarnation de Dieu était comme précédée et anticipée par la réparation de cette blessure de la Création, aux moitiés séparées de l'humanoïdivin.
- - Mais voici que l'excès de spatialisation de l'univers qu'a permis l'introduction, dans une civilisation devenue voyageuse à force d'avoir accompli sa révolution des transports, de la théorie de la relativité, est en passe de créer un nouvel étouffement où, si l'espace manque d'air dans le transpercement de la couche d'osone, ne pas avoir le mal du vide n'est pas à la portée du premier venu. N'est pas hindouiste qui veut, toujours partant pour quitter l'atmosphère ! La seule manière de sauver la noosphère ou animation de l'univers étymologiquement formée par attraction sémantique du nous et de la gnose dans une représentation scientifique du monde, consiste à se rappeler que la théorie de la relativité n'a pas seulement pour conséquence l'excès de spatialisation de l'univers, moins intense depuis qu'il est plus étendu, mais est aussi sa densification par la mise en relation de l'espace et du temps à travers la vitesse, qui apporte chez nous la lumière de l'ailleurs et exporte dans l'ailleurs saturé de lumière l'air de chez nous.
- - A la plante, pour qu'elle vive, il faut de l'eau, de l'air et de la lumière. L'âme ou l'aura seraient-elles tellement végétative qu'où surabonde la lumière, où il manque d'air, elles ne pourraient que s'embraser ? La relativité n'échappe au nouvel étouffement qui la menace qu'en assurant le transport de l'air.
- - De nature, l'âme est plus près de l'air que de la lumière. Si la lumière n'était pas essentiellement déplacement, elle aurait été faite pour l'embrasement de l'âme. Mais, quoiqu'étant plus près de l'air que de la lumière, l'âme est l'eau de synthèse de l'air et de la lumière qui permet à la plante du corps de prendre racines. L'âme est le sang pacifié en eau qui naît de la rencontre de l'air et de la lumière, ainsi que le lévitique disait que "l'âme de la chair, c'est le sang" ! de soi-même, la lumière transpercerait l'air comme la chair et en ferait jaillir l'eau comme le sang.
- - La lumière est la chair de l'air. Elle est de l'énergie qui s'est déjà laissée violenter en se laissant prendre de vitesse. Elle est de la prématière ou de l'énergie en trompe-l'oeil. Elle est l'illusion d'optique d'un déplacement.
- - L'amour et la vie, comme l'air qui a toujours l'air d'être là, aspirent à la fois à être figés ou définis et à subir l'effet d'entraînement qui fait de la vie un courant et de l'amour un vecteur : moins un sentiment qu'un changement de position, non de l'aimé, mais de l'amant qui, sous l'influence de l'aimé, semble devoir être défini autrement, avoir une autre identité. Mais ce déplacement d'être qui n'est qu'un brassement d'air n'est en outre qu'une nouvelle illusion d'optique.
- - L'irruption du temps dans l'espace est de la lumière qui n'est que de la vitesse laisse absolument intacte ce qu'ils déplacent, et pourtant ce qu'ils déplacent ne saurait vivre sans être déplacé. La vie est un mouvement déplacé au regard de l'idéal d'immobilité, mais sans ce déplacement qui est mouvement, il n'y aurait que le raidissement de la mort, et c'en serait fini de l'idéal infini d'immobilité s'amortissant s'il n'y avait pas de mouvement pour y chercher le repos, car l'idéal qui est figé ne peut s'éprouver qu'en relation avec ce qui est en mouvement. C'est pourquoi dieu a décidé de sortir de la moralité en justifiant son vis-à-vis. Dieu est sorti de la moralité en créant de la polarité. L'amour, l'air, la lumière et la vie, à la fois assurent la circulation entre les polarités et subissent l'attraction des polarités.
- - L'amour est à l'aimantation. Il est le promenoir magnétique d'un champ focal de polarisations. L'amour veut être changé en son pôle. Il veut trouver son Pigmallion ou le devenir dans une exaltation de soi. Dieu S'est Fait MOuvement pour sortir de l'immobilisme en nous donnant Son Effigie. L'univers et nous sommes le mobile de Dieu.

Julien Weinzaepflen
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