C'est la réponse de la bergère à celui qui devrait être son berger.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2011-10-21 22:21:02

C'est la réponse de la bergère à celui qui devrait être son berger.

Bonsoir Sam Gamegie,

C'est la réponse de la bergère : la hiérarchie de l'Eglise qui est en France, à celui qui devrait être son berger : le Souverain Pontife.

Celui-ci, le 22 décembre 2005, a commis une erreur, en employant le mot "herméneutique" : il sait sûrement, de par sa formation, que toute herméneutique est personnelle ou subjective, mais je n'ai pas dit particulière ni subjectiviste.

Adepte, depuis le début, de ce que j'ai appelé l'herméneutique du renouveau SANS la continuité, comme je l'ai plusieurs fois expliqué, je redoute par avance une tentative, qui serait mise en oeuvre par des catholiques horizontalistes et humanitaristes, une tentative de détournement de finalité de l'herméneutique du renouveau DANS la continuité chère à Benoît XVI.

L'herméneutique du renouveau SANS la continuité n'est pas l'herméneutique d'une rupture totalement englobante, fondatrice, intégrale, organique, qui aurait été mise en forme par le Concile, puis mise en oeuvre par l'après Concile, car je reconnais volontiers la présence d'éléments de continuité dans le Concile et dans l'après Concile, même si à mes yeux ces éléments ont été dominés, au Concile et après lui, par une intention de renouveau des plus (dé)structurante.

L'herméneutique "bénédictine" du renouveau DANS la continuité est une herméneutique de la réforme conciliaire et de la suture conciliaire entre l'avant et l'après Vatican II ; eh bien, voyez-vous, je fais toute confiance aux catholiques horizontalistes et humanitaristes (qui ont encore, au sein et à la tête de l'Eglise qui est en France, une superficie ecclésiastique, voire aussi une influence intellectuelle), pour nous dire, dès à présent, et en substance :

"nous aussi, nous sommes des adeptes de l'herméneutique du renouveau dans la continuité, plus que jamais favorables aux réformes conciliaires, et aux très nombreux points de suture qui existent entre le Concile et l'après Concile ; pour cette raison et en ce sens, personne ne pourra nous reprocher d'avoir une interprétation du Concile différente de celle du Saint Père, initiateur de l'herméneutique du renouveau dans le continuité !"

Il y aura ainsi

- des "continuistes" vraiment "bénédictins" qui mettront sous l'expression "renouveau dans la continuité" le recentrage homéopathique qui constitue, de mon point de vue, la marque de fabrique de Benoît XVI ;

- des "rupturistes" faussement "bénédictins" qui profiteront de la même expression pour pousser les avantages qui leur restent, en direction de la réactivation ou de la consolidation de l'assez grande part de décentrement doctrinal, liturgique, pastoral, que comportent le Concile et surtout l'après Concile.

L'Eglise catholique n'a pas avant tout besoin d'une herméneutique ; elle a avant tout besoin d'être à nouveau ou pleinement elle-même, pour exhorter (avec astuce et audace, sans complexes ni d'infériorité, ni de supériorité, sans crainte de scandaliser ou de traumatiser qui que ce soit) les hommes et les femmes, y compris les catholiques, à la conversion, sous la conduite et en direction de Jésus-Christ, au lieu de continuer à se faire "compréhension, conversation, coopération, dialogue", au service d'une "humanité" presque indifférenciée ou indéterminée, appelée à "la dignité, à la liberté, à la responsabilité et à la solidarité".

L'Eglise a besoin d'une propédeutique au service d'une thérapeutique, de ce que j'appelle souvent une axiomatique, et non d'une herméneutique, expression sous laquelle le risque est vraiment que chacun mette ce qu'il croit ou sait devoir ou pouvoir mettre.

La démarche de Benoît XVI est encourageante, enrichissante, enthousiasmante, intelligente et intéressante à plusieurs titres, mais comme il a voulu une stratégie oblique, un recentrage en douceur, et non une stratégie frontale, une restauration en force, il est normal qu'il s'expose aux avantages, mais aussi aux inconvénients, de la stratégie qu'il a choisie ; l'autre stratégie a elle aussi ses avantages et ses inconvénients, au surplus, elle n'est pas très bien en phase, ni avec sa génération, ni avec son tempérament.

Bonne soirée à vous ; ce qui précède n'est qu'une tentative de contribution, par nature amendable ou perfectible, comme je l'écris souvent ; disons que j'ai essayé de faire droit à la complexité du moment présent, et à une partie des virtualités intra-ecclésiales qui sont susceptibles de se concrétiser, dans un assez proche avenir.

Scrutator.

PS : il nous faut de toute urgence un réapprentissage, au service de la réappropriation du patrimoine de la Tradition : c'est ce que j'entends par propédeutique au service d'une thérapeutique ; je ne dis pas que Benoît XVI n'y travaille pas, mais j'affirme que la porte d'entrée qu'il a choisie, à travers le recours à la notion d'herméneutique, l'expose, d'une manière non négligeable, au risque de subir l'habileté manoeuvrière et les tentatives de neutralisation de son propre dessein, depuis l'intérieur même de l'Eglise, ce dont il a, au demeurant, pleinement conscience, en tout cas, j'en suis convaincu.
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