Assise dans sa perspective originelle

Le Forum Catholique

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jejomau -  2011-10-17 15:01:31

Assise dans sa perspective originelle

J'ai trouvé un ouvrage du R.P. Thomas PÈGUES,(0.P.) dont je vous livre la dernière partie consacrée à "La Paix".

En vue de Assise III, les diocèses se préparent en réunissant des responsbles religieux divers afin de "prier pour la paix". N'était ce pas l'intention de départ du pape Jean-Paul II qui..... ne l'oublions pas également..... a été très frappé par la seconde guerre mondiale et l'emprise soviétique dans son pays ensuite ?

Le R.P Bègues souligne que (avec Saint Thomas d'Aquin) l'Eglise voit - je cite - dans la "guerre le plus grave des péchés contre l'amour du prochain, dans l'ordre des biens temporels, et la paix, au contraire.... un acte d'amour et, quand l'intention est surnaturelle, un acte de la plus divine des vertus : la charité"

Avec Assise, Jean-Paul II n'a-t-il pas voulu (intention) que l'Eglise prenne les devants en 1986 pour initier ... la paix ? Etant un "clerc" et non un politicien, n'est-il pas évident que sa démarche s'inscrive avec d'autres chefs religieux ? N'est-ce pas celà qu'il faut voir en Assise : la démarche pleine de bonté d'un homme(le Saint-Père) qui ne veut plus voir la guerre... sachant pertinnement que la prochaine amènerait l'humanité dans le chaos ? (rappelons qu'à cette époque le monde soviétique argue de sa supériorité nucléaire et que le contexte est inquiétant)


Voilà l'extrait tiré de l'ouvrage du R.P Pègues :

La Paix

"La guerre, même juste, et sage, et honnête, et sainte, ne saurait être une fin pour elle-même. Elle n'est jamais qu'un moyen, moyen parfois nécessaire, bien que toujours déplorable en raison des terribles maux qu'il entraîne, mais qui est destiné à une fin autre que lui-même, une fin pour laquelle seule il a droit d'être pris. Cette fin, c'est la paix.
Saint Thomas, dans sa question de la paix, a une admirable parole. Il déclare que même ceux qui font la guerre ne font la guerre qu'en vue de la paix et pour la paix. Si, en effet, ils rompent la paix qu'ils avaient jusque-là et font la guerre, c'est parce qu'ils estiment que leur première paix n'était point bonne. Ils la tenaient pour trop peu fructueuse, ou trop peu sûre, ou parfois aussi trop onéreuse. C'est que toute paix, nous l'avons déjà dit, implique un rapport de divers mouvements affectifs. Quand ces divers mouvementssont ordonnés entre eux, en telle sorte que nul n'empiète sur l'autre, mais demeure à sa place et, loin de nuire au voisin, l'aide plutôt et le soutient, alors c'est la paix, la paix parfaite. Si, au contraire, tel mouvement affectif est gêné par un autre, s'il est comprimé ou contrarié par lui, à supposer que la lutte n'éclate pas entre eux, elle est pour ainsi dire à l'état latent et fatalement elle éclatera à la première occasion propice. Or, quand elle éclatera, elle n'aura point d'autre but que de libérer celui des deux mouvements qui s'estimait opprimé, à moins qu'elle n'ait aussi pour but, du côté adverse, d'ajouter encore à la répression et de la rendre plus absolue à l'effet de briser pour jamais toute possibilité de résistance. Mais, on le voit, c'est toujours parce que quelque mouvement affectif se trouve insatisfait et pour le satisfaire plus pleinement que la lutte se produit.
S'il en est ainsi, il devient d'une importance extrême, quand une guerre est déclarée, qu'elle se termine comme il convient, c'est-à-dire à une paix parfaite, harmonisant du mieux possible les volontésjusque-là opposées. Sans cela, elle ne serait point finie qu'on se préparerait à la recommencer et le mal se continuerait sans remède. Il est très vrai, nous l'avons dit aussi, qu'il n'est point possible, dans les conditions où l'humanité se trouve, d'aspirer à une paix absolue et qui serait à tout jamais définitive nedevant plus être troublée par aucune guerre. Mais faut-il, du moins, s'appliquer à ne pas laisser subsister ou à ne pas créer des causes de conflit, quand il s'agit de causes injmédiates et qu'il est en notre pouvoir de les dissiper. Or, c'est là le propre des traités depaix.
Dans ces sortes de traités, il s'agit d'établir ou de rétablir des conditions de vie, parmi les nations et entre les divers Etats, qui permettent aux volontés de ces Etats ou de ces nations de se tenir pour satisfaites. Le problème est d'autant plus délicat que si la guerre a eu lieu, c'était précisément parce que d'une part ou de l'autre, sinon des deux à la fois, on estimait, à tort ou à raison, avoir des motifs de se plaindre. Ces motifs, semble-t-il, n'auront fait que s'accroître, en raison même des horreurs de la guerre. Comment, dès lors, ariver à s'entendre? La solution, ici, dépendra nécessairement de la tournure qu'auront prise les événements au cours de la guerre qui s'est faite. Il est des droits de fait que lavictoire donne, alors même que cette victoire ne serait pas du côté du belligérant qui avait pour lui la justice.
La fortune des armes s'étant prononcée contre lui, il devra subir les conditions du plus fort. Mais c'est dans ce cas surtout qu'il importera que le plus fort n'abuse pas de son triomphe insolent. Il pourra même, s'il a le sens de la mesure, compenser, par la manière dont il usera de la victoire, ce qui manquait d'abord a la justice de sa cause et incliner en sa faveur la volonté de l'adversaire jusque-là trop justement irritée contre lui. Que si la victoire s'est prononcée en faveur du droit, des conditions extrêmement délicates et de la plus haute importance pourront alors se poser. Ilfaudra, avant toutes choses, considérer la nature de l'injustice qui a provoqué la guerre; puis, le mode dont la guerre a été menée; enfin, les dispositions ou, si Ton peut ainsi dire, les conditions et l'état d'Ame du vaincu. Si, par exemple, il s'agissait d'une guerre qui aurait débuté par une agression injuste, préméditée, préparée avec des moyens accusant l'intention formelle de faire une guerre non seulement de conquête, mais de destruction autour de soi, ruinant et faisant disparaître ou absorbant à son profit tout cequi serait un obstacle à la réalisation de son propre rêve de domination universelle; si, de par ailleurs, une telle guerre avait, été menée en foulant aux pieds toutes les lois de l'humanité, avec des procédés ou des ressources d'organisation matérielle qui auraientfait courir aux autres nations un péril de mort; et si, enfin, l'Etat qui aurait fait cette guerre constituait par la manière dont il est formé, par la mentalité qui est la sienne, par les ressources qu'il peut utiliser encore, une sorte de péril permanent contre les autres nations, et, aussi, à vrai dire, contre lui-même, par l'impossibilité où il est de subordonner à la loi morale et au respect du droit des gens, les poussées de son ambition et de son orgueil, un devoir de haute justice et de haute police internationale s'imposerait aux nations victorieuses. Il faudrait d'abord que fussent punis comme ils l'auraient mérité, les crimescommis contre le genre humain au cours de cette guerre. Il faudrait aussi que fussent réparés les dommages causés par cette même guerre. Et, enfin, l'on devrait prendre toutes les mesures nécessaires pouren empêcher le retour.
Ces mesures, assurément, ne seraient point faites pour plaire à l'Etat vaincu. Mais sa volonté, ou plutôt la volonté de la nation qui demeureraiL après la transformation de cet Etat, n aurait qu'à se plier aux conditions que la conduite de cet Etat aurait renduesnécessaires. Le vrai bien de cette nation s'en trouverait lui-même assuré en même temps que îe bien du genre humain tout entier. Et à l'effroyable guerre pourrait succéder une longue période de paix véritable parmi les nations.
A l'effet d'obtenir ce résultat quand une guerre est engagée, on ne saurait trop rappeler que si la guerre injuste, troublant du dehors la paix des cités et des nations, est le plus grave des péchés contre l'amour du prochain, dans l'ordre des biens temporels, lapaix, au contraire, et la guerre juste qui par des moyens honnêtes et proportionnés ne vise qu'à assurer de nouveau la paix injustement troublée, sont, au plus haut point, des actes d'amour et, quand l'intention est surnaturelle, des actes de la plus divine des vertus : la charité. Même quand on use de juste et sainte rigueur envers son ennemi, c'est encore un acte d'amour, non seulement enverssoi et les siens que l'on défend, mais aussi envers cet ennemi injuste que l'on empêche, à tout le moins, de progresser dans la voie du mal. Une seule chose est requise ici : c'est qu'on ne haïsse dans son ennemi que le mal; mais ce mal doit être haï dans lamesure même où nous voulons le bien"

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