Peut-on consacrer validement en dehors de la messe ?

Le Forum Catholique

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N.M. -  2011-10-11 12:19:36

Peut-on consacrer validement en dehors de la messe ?

Il me semble que la question posée doit être reformulée. Et reformulée comme suit : peut-on consacrer validement en dehors de la célébration du sacrifice de la messe ?

Pour qu'il y ait messe, il faut et il suffit qu'ait été réalisée la double consécration.


"Pour réaliser le sacrifice, la double consécration est nécessaire, parce que le Christ l'a faite à la dernière Cène. Sans compter l'exemple du Christ, la double consécration est nécessaire pour représenter sacramentellement la séparation réelle du corps et du sang du Christ. [...]

"L'oblation extérieure consiste dans la séparation sacramentelle mystique du corps et du sang du Christ, qui est réalisée ex vi verborum par la double consécration, et qui est une représentation objective de la séparation historique réelle réalisée sur la croix."

Louis Ott, Précis de Théologie dogmatique, 2e éd. fr., pp. 563-564.



En sens contraire ("la séparation mystique du corps et du sang par la double consécration" n'est pas strictement nécessaire à l'oblation, mais doit être regardée "seulement comme une condition de l'oblation"), certains pourraient (à partir de là) soutenir que la seule Présence Réelle déjà réalisée avec la première consécration constitue déjà le Sacrifice (déjà, c'est-à-dire avant la seconde consécration, voire abstraction faite de la seconde consécration).

A ce compte-là, la première consécration suffirait pour qu'il y ait messe. Donc, dans le cas de l'Abbé Renard (au camp de Dora) il y aurait messe et (par conséquent) il n'y aurait pas de question à se poser sur la validité. Mais cela ne tient pas...


"Mais comme il appartient aussi à l'essence du sacrifice cultuel d'être un acte sacrificiel extérieur, dans lequel les sentiments internes de sacrifice ["l'acte intérieur d'oblation du Christ"] sont perceptibles par les sens, il faut considérer comme aussi nécessaire à l'essence du sacrifice de la croix la séparation réelle du corps et du sang du Christ permise par lui avec la plus grande liberté, et comme nécessaire à l'essence du sacrifice de la messe la séparation mystique du corps et du sang du Christ, opérée par la double consécration. Cette dernière n'est pas seulement une condition de l'oblation, mais un élément essentiel du sacrifice."

Id., p. 566.



Et Louis Ott ajoute (ce qui n'est pas sans intérêt) :


"C'est pourquoi les théories du sacrifice de la messe, qui unissent ensemble l'immolation sacramentelle mystique par la double consécration et l'acte intérieur d'oblation du Christ possèdent le plus de vraisemblance (N. Gihr, L. Billot, Fr. Diekamp etc.)."



Donc l'Abbé Renard (au camp de Dora) ne célébrait pas la messe lorsqu'il se contentait de prononcer les paroles "Hoc est enim corpus meum" sur du pain (sans procéder à la seconde consécration).

Etait-ce cependant valide ? C'est-à-dire (retour à la case départ) : peut-on consacrer validement en dehors de la célébration du sacrifice de la messe, c'est-à-dire en dehors de la double consécration ?

Certes, la première consécration n'a pas besoin de la seconde pour être valide. On adore le Corps du Christ aussitôt après l'émission des paroles "Hoc est enim corpus meum" (cf. IIIa, q. 78, a. 6).

Voilà pourquoi, si la messe était interrompue à ce moment précis (cf. les cas envisagés par le De Defectibus), il y aurait bien la Présence Réelle. Cependant le sacrifice de la messe ne serait pas alors réalisé.

Mais il y a et il y aurait Présence Réelle, sans réalisation du Sacrifice, dans le cadre de la messe. Or dans le cas de l'Abbé Renaud, nous ne sommes pas dans le cadre de la messe.

Le prêtre qui célèbre sa messe et a procédé à la première consécration a l'intention de procéder à la deuxième consécration (précisément parce qu'il célèbre et a l'intention de célébrer la messe). Le prêtre qui à ce moment précis est victime d'un malaise (et ne peut continuer à célébrer) avait l'intention de procéder à la deuxième consécration. Rien de tel dans le cas de l'Abbé Renaud.

Donc pour que l'Abbé Renaud ait alors consacré validement, il faudrait que la transsubstantiation puisse être purement et simplement indépendante de la messe... ce qui semble (à tout le moins) une monstruosité, et pour tout dire une impossibilité.






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