Je n'employais pas de mots à contre-sens
Le Forum Catholique
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le torrentiel - 2011-09-18 09:43:52
Je n'employais pas de mots à contre-sens
et il fallait prendre mon accroche sur le modernisme pour argent comptant, mais non pas pour argent tout à fait comptant, précisément parce qu'une pensée ne se résume pas plus à une formule qu'un homme ne se réduit à une étiquette.
J'ai confessé mon admiration pour l'analyse très fouillée de saint Pie X, mais l'anathème n'est pas à la hauteur, lorsque Saint Pie X considère le modernisme comme "l'égoût collecteur de toutes les hérésies".
C'est certes un anathème qui tient compte du progrès technique et de ceux qu'on a fait dans la collecte des eaux usées, mais vous n'avez jamais entendu, dans l'histoire de l'Eglise, prononcer un anathème ordurier, dégoûtant ni égoûtier. Sans doute allez-vous, dans les cinq minutes, trouver la citation qui démentira cette assertion un peu trop rapide et méconnaissante de toute la bibliothèque magistérielle que vous avez en mémoire, comme un juif orthodoxe possède son talmud. Mais même lorsqu'on les brocardait avec un zèle d'admonester tout à fait patristique, il ne me souvient pas, ni qu'on ait fait l'économie d'un dialogue public avec les hérétiques, dialogue que fermait a priori le prononcé du "serment antimoderniste", ni qu'on ait employé des métaphores qui les assimilait à des évacuateurs de latrines. Ce type de comparaison "fleurie" a plutôt commencé d'apparaître sous l'influence du XIXe siècle et des deux Léon, Blois et Daudet, Rabelais en ayant fait l'usage à part que l'on sait.
Vous écrivez:
"Que de vrais catholiques aient pu, avant la condamnation du modernisme par l’Église, se décrire eux-mêmes comme “modernistes” par réaction contre la nostalgie du passé de certains de leurs contemporains, je n’y vois a priori aucun inconvénient. Mais qu’ils persistent à employer cette étiquette après la condamnation, c’est totalement contre-productif."
La condamnation, parlons-en ! Elle fut un de ces actes magistériels qui vous est si cher, mais a-t-elle été efficace? Le serment antimoderniste a-t-il résolu quoi que ce soit? La preuve que non par ce que vous appelez "la crise de l'Eglise" qui a suivi ! Donc mon admiration pour Saint Pie X n'est pas à tempérer, ce n'est pas ça. Simplement, elle est à situer où je l'ai toujours fait, dans la force d'analyse de ce pape, dans sa capacité à mettre le doigt sur les vrais problèmes ou de poser les bonnes questions, pas d'y apporter des réponses pertinentes.
Est-ce que l'impertinence de la réponse apportée à une mentalité que le progrès du scientisme faisait devenir plus "libre exaministe", doit nous obliger pour l'éternité et nous forcer, sous prétexte que cette réponse était un acte du magistère, à nous y accrocher? Regardez le serment antimoderniste, il est totalement tombé en désuétude, à part dans les ordinations faites par les différents instituts traditionalistes. Personne ne s'élève vraiment pour qu'il soit à nouveau prêté ! J'entends rarement une fraternité ou un Institut traditionaliste mettre en avant ce "préalable", mais je ne voudrais pas mettre la puce à l'oreille à la Fraternité saint Pie X pour qu'elle trouve un nouveau prétexte pour ne pas signer le "préambule doctrinal" que Rome lui propose !
D'ailleurs, qu'est-ce que le modernisme? Le mot lui-même n'est pas choisi de manière à pouvoir être compris immédiatement du plus grand nombre. Le modernisme n'est pas le fait de "vivre avec son temps". Le modernisme est plutôt la substitution individuelle d'un "modus orandi" ou d'un "modus credendi" à la "lex orandi" et à la "lex credendi" qui cimentaient l'Eglise de jadis.
Le ciment de l'Eglise est dans l'attachement de tous ses membres à la famille chrétienne ou catholique. Ce n'est pas le rattachement corps et biens sous la contrainte à une seule et même sensibilité qui n'a jamais pu unifier les fidèles dans l'histoire de l'eglise. L'antimodernisme primaire de la condamnation a désigné certains membres de l'Eglise comme des "ennemis de l'intérieur". On a vu mieux pour cimenter.
En surface, le modernisme a l'air de favoriser l'individualisme; mais mieux vaut des individus épanouis dans un Corps Mystique qui a toujours fait place à leurs talents et charismes personnels que des individus comprimés et corsetés par un nivellement qui rendra inévitable qu'ils fassent tout pour sortir de leur gangue. Analogie ne valant pas comparaison, l'antimodernisme, c'est un peu comme le collège unique: même pas le nivellement par le bas, mais le nivellement par la médiocrité, le nivellement qui fait que vous n'avez plus d'enfants deFrance qui choisissent de devenir médecins ou manoeuvres, comme s'il y avait de sauts métiers ou que l'effort intellectuel nécessaire à soigner ses semblables était à proscrire.
Mais surtout, je crois très sain à des affranchis de la loi de vouloir substituer une mesure individuelle dont la somme servira d'instrument d'évaluation collective de la qualité de la foi, à une loi d'application prétendument collective qui, par essence, porte à la transgression, Saint-Paul a très manifestement montré ce phénomène psychologique.
C'est condamner la substitution de cette mesure individuelle à la norme collective qui s'est révélé contre-productif, à l'examen des conséquences historiques que cette condamnation a portées.
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