Réponse à vos réserves

Le Forum Catholique

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Meneau -  2011-09-02 12:00:13

Réponse à vos réserves

A / Réserve de formulation:

Dieu n'est pas mû par un bien quelconque à vouloir ce qu'il veut parce qu'il est acte pur et premier moteur. Mais il ordonne ses oeuvres à une fin dernière. La façon dont Il a "pensé" cet ordre ne nous apparaît pas toujours clairement. Il aurait donc pu ne pas créer l'enfer, certes. Mais il a vu, dans Son plan divin, qu'il était mieux de le faire. Et ceci ne peut être opposable à l'Amour divin, car en définitive ce n'est pas Dieu, mais bien l'homme qui fait le choix de se détourner du bien. Dieu pourrait sauver les hommes malgré eux, mais quid dans ce cas de leur libre arbitre ? Non, dans son plan d'Amour infini, il a jugé meilleur de les doter de libre arbitre, et il a voulu l'enfer pour quelque "perfection spéciale supérieure" qui nous échappe. Cependant, l'argument de Justice et d'Amour à l'égard des justes me paraît déjà une voie de réflexion : quelle justice y aurait il, quel amour particulier y aurait-il à l'égard des justes, si le juste et le non-juste (du coup je peux pas dire "damné") avaient droit l'un comme l'autre à la même récompense éternelle ?

B / Réserves de causalité

B.1 : hiérarchisation péché / enfer.

Premièrement, l'enfer, en tant que peine du dam, existait avant Adam et Eve, puisque le péché des anges était déjà commis.
Deuxièmement, la génèse ne nous parle explicitement que des peines temporelles liées au péché originel, mais le péché originel lui-même est un rejet volontaire de la grâce, et donc de la vision divine à laquelle l'homme est ordonné par la grâce, en sorte qu'il n'y a pas exacerbation de la peine dans le fait qu'en plus de la mort il y a le dam, mais en quelque sorte adhésion volontaire de l'âme à ce dam par le fait même du péché.
Quant à la peine du sens, l'opinion commune selon saint Thomas est qu'elle n'est pas dûe au péché originel (De malo, q5, a2)

B.2 : Le "Dieu de l'impossible" a fixé les règles.

La mort d'un homme fixe son âme dans un état de connaissance et de volonté qui fait qu'il "veut" ou "ne veut plus" à jamais. La cause efficiente est donc bien l'homme, qui au départ a voulu ou n'a pas voulu. Dieu n'a fait que fixer les règles qui régissent la nature humaine, qui fait que cet état demeure ensuite figé. Mais au départ c'est bien le pécheur qui se détourne de Dieu et se fixe sur la créature de façon désordonnée. Et là encore on ne peut opposer à cela l'Amour divin, car Dieu l'a dit lui-même : il donne en ce monde toutes les grâces nécessaires, pendant que l'homme, selon les lois de la nature qu'Il a fixées, peut encore "vouloir" ou "ne pas vouloir".


C / Réserves de conséquence

C.1 : la vengeance au centre le l'économie du salut

La persécution démoniaque n'est qu'une peine supplémentaire aux autre peines selon le DTC. L'exercice de cette vengeance des démons n'est donc pas "au centre de l'économie du salut". D'autre part, le péché des anges ayant été au départ une révolte contre le plan de Dieu concernant la Rédemption du genre humain, il serait logique, du point de vue des anges déchus, que l'état dans lequel ils se trouvent fixés pour l'éternité soit justement l'état où ils font obstacle au bonheur éternel de l'homme voulu par Dieu, et donc participent au tourment des damnés. Ce n'est pas une vengeance, c'est la conséquence logique, la mise en acte, de leur péché.

C.2 : les propositions que vous recevez

En fait, elles se rapportent essentiellement au point B ci-dessus. Dieu ne donne que le bien possible selon les règles de la nature humaine qu'Il a fixées, en sorte que s'Il est cause efficiente, cela ne peut être que de façon indirecte au sens où il a fixé les règles de notre nature.

Cordialement
Meneau
PS : pour le CEC concernant l'enfer : là.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=606425