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3. Une problématique « anti-islam », développée par des intellectuels catholiques
Des articles, interviews ou livres attaquent l’attitude des responsables catholiques engagés dans la rencontre et le dialogue avec les musulmans en les qualifiant de naïfs, coupables « d’affectivisme » et, sur le plan doctrinal, de méconnaissance de l’islam ou de la théologie chrétienne. Leurs auteurs des universitaires, des prêtres, religieux, personnes diplômées en islamologie utilisent leurs titres d’enseignant en université catholique ou d’expert au synode romain sur le Moyen Orient. Ces personnes sont régulièrement interviewées dans des revues catholiques. La nouveauté tient au fait que ces polémistes catholiques ne se situent pas dans des courants en rupture avec l’Eglise catholique et que leurs propos sont repris par des curés de paroisse et touchent un public catholique ordinaire.
L’argumentation développée par plusieurs d’entre eux repose d’abord sur la distinction entre les musulmans et l’islam. Cette distinction pertinente les conduit à souligner le respect chrétien pour les personnes mais la réfutation de l’islam comme tradition religieuse respectable. Les musulmans sont des créatures de Dieu pour lesquelles le Christ a donné sa vie, il convient donc de les respecter comme personnes mais l’islam n’est pas respectable et doit être réfuté. Dans un cas extrême, cela conduit Joseph Fadelle, irakien musulman converti à la foi chrétienne au prix de sa vie, auteur de « Le prix à payer », livre vendu à plus de 70 000 ex dans les milieux catholiques, à déclarer dans une interview à « L’homme nouveau » : « Il faut détruire l’islam pour sauver les musulmans. »
Un autre élément de l’argumentation repose sur la distinction entre vraie religion et fausses religions. Selon ce raisonnement, il n’y a qu’une seule vraie religion, la religion catholique et les autres religions sont fausses. Le témoignage rendu à la vérité auquel le chrétien est tenu c’est tenir fermement cette position, dénoncer l’islam comme fausse religion. Cette problématique n’a jamais était celle du Magistère de l’Eglise catholique depuis le concile Vatican II.
Ces auteurs dénoncent alors le dialogue islamo-chrétien comme inutile voire infidèle à la foi chrétienne. Les textes de référence du Magistère à propos de l’islam soit ne sont jamais cités soit sont dénoncés comme le résultat de pressions politiques et de compromis que le Concile a dû accepter pour éviter des ennuis aux communautés chrétiennes arabes et à leurs évêques. Les textes mis en cause sont Nostra Aetate ou Lumen Gentium, 16 : « … les musulmans qui professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour. »