Très rapidement, quelques remarques.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2011-07-28 10:20:53

Très rapidement, quelques remarques.

Bonjour, le torrentiel,

I. Sur la notion de crise dans l'Eglise :

- en un sens, cela fait 2 000 ans que l'Eglise est en crises, au pluriel ; je veux dire par là qu'il serait utopique, et, pour le coup, ce serait une utopie rétrospective, de considérer que tout s'est bien passé, pendant dix-neuf siècles et demi, et que rien ne va plus depuis, par exemple, l'élection de Jean XXIII.

- en un autre sens, cela fait à peu près 50 ans que l'Eglise est en crise, en ce sens

1. qu'un mouvement philosophique et théologique, qu'il ne m'appartient pas de juger ici, un mouvement condamné ou dénoncé, une première fois, sous Saint Pie X, une deuxième fois, sous Pie XII, a inspiré les textes les plus porteurs de ce que j'appelle le spécifique du Concile,

et

2. que la transformation de ce verbe doctrinal en geste pastoral a donné lieu, depuis lors, dans l'Eglise, à des manifestations de créativité épiscopales et pontificales de nature à démotiver ou à désorienter bon nombre de clercs et de fidèles, et surtout de nature à conforter les non catholiques dans leur "positionnement" (a)confessionnel ou (a)religieux.

II. Le catholicisme contemporain est certainement resté "confessant", à l'intérieur de l'Eglise, mais n'est-il pas devenu avant tout "dialoguant", en direction de l'extérieur de l'Eglise ?

Cette mystique du dialogue

1. consiste-t-elle à exhorter les non catholiques, les non chrétiens, les non croyants, à se mettre à l'école et à l'écoute du Christ et de Son Eglise, dans la Foi, l'Espérance, et la Charité,

ou

2. ne consiste-t-elle pas plutôt à les exhorter à considérer, pour aller vite, les vertus anthropologales de dignité, de liberté, de fraternité, de responsabilité, de solidarité, qui sont déjà présentes en eux, d'une manière patente ou à l'état latent, un peu comme si ces vertus faisaient office ou tenaient lieu de préparation évangélique, peut-être nécessaire, mais sans doute pas suffisante ?

III. Sur les critères d'appréciation de la situation actuelle :

1. en ce qui concerne la dimension quantitative, il serait inexact de dire qu'en amont immédiat du Concile, les séminaires et les presbytères étaient encore pleins "à ras bords", puisque le mouvement de diminution du nombre d'ordinations sacerdotales avait déjà commencé à s'affirmer, mais il n'est pas inexact de dire que ce mouvement a pris une tournure proprement dramatique après et depuis la clôture du Concile, sans que l'Eglise - institution donne l'impression de réagir, au plus vite ou aussitôt, pour se (re)mettre à encourager, au niveau et au sein même des diocèses, des paroisses, des familles, entre autres choses,

- les formes d'expression de la pensée et de la vie chrétiennes, en ce qu'elles sont radicalement et spécifiquement "contra-positionnelles", par rapport à la pensée et à la vie "mondaines",

- les formes d'expression de la Foi, en ce qu'elle est avant tout "descendante" ou inspirée par Dieu, et de la Charité, en ce qu'elle est avant tout "montante" ou dirigée vers Dieu,

- les formes de fidélité et de piété les plus propices à l'éclosion de vocations religieuses ou sacerdotales (j'ai bien dit : propices, je n'ai pas dit : productrices, car il n'y a pas d'automaticité en la matière)

2. pour ce qui a trait à la dimension qualitative : on dit souvent que, depuis le Concile ou grâce au Concile (ce qui n'est pas tout à fait la même chose), l'Eglise est devenue plurielle, dans la mesure où il y a eu un élargissement de la marge d'appréciation et d'initiatives laissée aux acteurs sur le terrain, au sein même des diocèses, comme on ne l'a que trop vu, en matière liturgique ; il semble que cela soit vrai pour presque toutes les mouvances et tendances, sauf pour la tendance catholique traditionnelle ; n'est-ce pas parce que ses représentants ou responsables ont, à tout le moins,

- non une attitude archaique, nostalgique, passéiste ou rétrograde (je ne vois pas en quoi le fait d'adhérer, au XX° siècle, à une christologie anthropocentrique, même modernisée par l'idéalisme allemand, ne le serait en rien)

- mais le courage et la franchise de dénoncer, d'une manière frontale, et non oblique, les apories, les impensés, les ambiguités, les équivoques inhérentes au dispositif ET à la mentalité conciliaires, et surtout le fait que celle-ci doit tout de même "un petit quelque chose" à celui-là ?

III. Sur le "basisme" pastoral et le "consumérisme" liturgique : je suis sensible à l'argument, et il ne faudrait pas que le critère d'appréciation des choses devienne, en positif, ce qui plaît, en négatif, ce qui déplaît, à l'endroit ou au moment où l'on parle.

Mais en même temps, comment ne pas voir que les fidèles ont été encouragés à penser, à croire, à juger et à vivre sous ce régime, à cause de la fortune singulière du mot "sensibilité", au sein même de l'Eglise ? Comment ne pas voir que la seule "sensibilité", pour ainsi dire, frappée d'illégitimité congénitale, est précisément celle qui s'insurge le plus contre les origines et les conséquences de ce sensibilisme, en prenant appui sur un corpus textuel d'inspiration thomiste qui est situé aux antipodes de tout idéalisme théorique et de tout sensibilisme pratique ?

Je suis contraint de mettre "un terme soudain" à ce message ; je vous en souhaite une bonne réception, bien qu'il comporte certainement des imperfections ou des imprécisions, et je vous souhaite une bonne journée.

Scrutator.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=603161