Il n'y a pas que l'autorité et la discipline.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2011-07-27 12:13:57
Il n'y a pas que l'autorité et la discipline.
Bonjour Luc PERRIN,
A l'origine de cette anarchie, de cette fragmentation ou de ce localisme, il n'y a pas qu'un manque d'affirmation, d'approbation et d'acceptation de l'autorité et de la discipline, que ce soit dans le domaine dogmatique ou doctrinal ou en matière liturgique ou pastorale.
Il y a aussi toute une vulgate conciliaire, qui s'inspire plus ou moins des ambiguités, des équivoques de la doctrine conciliaire au sens strict.
Et il y a surtout un mode de raisonnement qui fonctionne à grands coups
- d'antinomies imaginaires, comme la prétendue antinomie entre le respect dû à la vérité de la loi divine et le respect dû à la "liberté" de la personne humaine, antinomie qui aboutit fréquemment à ce que le respect dû à l'autorité de la loi divine soit conçu comme du facultatif conjoncturel ou contextuel, là où le respect dû à "l'autonomie" de la personne humaine est pensé comme un impératif supérieurement inconditionnel ;
- de complémentarités fantasmagoriques, comme la prétendue complémentarité entre la foi du catholique et la "foi" du croyant non chrétien, complémentarité qui peut aller jusqu'à faire dire qu'un catholique "intégriste" est plus éloigné de Dieu qu'un bouddhiste ou qu'un musulman, puisque, si, dans l'ordre de la foi, tout le monde est beau, tout le monde est gentil, seuls sont laids et méchants ceux qui font remarquer que ce n'est absolument ou évidemment pas toujours vrai ;
- d'assimilations ou d'équivalences, stigmatisatrices ou survalorisantes, par identifications progressives et successives, telle que l'assimilation du catholique traditionaliste à "l'intégriste", de "l'intégriste" au fanatique, du fanatique au terroriste, toujours en puissance, sinon toujours en acte.
Face à ce mode de raisonnement, encouragé et légitimé par la plupart des "églises cathodiques", nous sommes fréquemment impuissants,
- d'abord parce que les catholiques humanitaristes fonctionnent, non à l'argument objectif, propagé et réfléchi, mais au sentiment subjectif, partagé et ressenti ;
- ensuite parce qu'ils acceptent (rarement) que leur démarche "ecclésiale" soit, en quelque sorte, évaluée, mais toujours davantage en fonction de leurs intentions "authentiques", qu'à partir de ses conséquences désastreuses ;
- enfin, parce que, ce qui pour nous est un problème (comme la diminution du nombre de fidèles, de vocations et de prêtres, les errements de certaines autorités ou les manquements à certaines autorités), est bien, pour eux, la confirmation éclatante du fait que les individus n'ont plus besoin, aujourd'hui, d'appartenir, d'obéir, de se référer à l'institution ecclésiale (et notamment à la liturgie, aux sacrements, dans ce qu'ils ont de plus normatif et objectif), pour vivre pleinement leur foi adulte, leur foi en l'Homme, dans le Christ omniprésent, mais pas nécessairement dans l'Eglise visible.
" Benoît XVI vient de préciser ou de rappeler qu'il se maintenait sur la même ligne que celle exprimée en 1968, dans Humanae Vitae : il est donc le troisième pape consécutif à trahir, sur cette question, l'esprit du Concile " :
cette dernière phrase, je viens de l'inventer, mais ne traduit-elle pas, pour le coup, sans le trahir, le fond de la pensée de bon nombre de catholiques qui ne le sont que de par leur appartenance apparente ou officielle à une institution qu'ils veulent subvertir, transformer depuis l'intérieur, au lieu de la quitter pour l'extérieur, bien qu'ils ne soient pas ou plus en accord avec elle ?
Si nos évêques voulaient excommunier tous les "sabordeurs" ou "saboteurs", dans certains diocèses (notamment ceux dans lesquels ce que je déplore a été encouragé par certains de leurs prédécesseurs), il leur resterait peut-être un peu moins de fidèles et encore moins de prêtres, ce qui pourrait faire passer ces même diocèes, plus vite que prévu, en quelque sorte, sous le seuil de viabilité.
Tel est bien là tout le drame de la situation actuelle, face à laquelle le recentrage est nécessaire, mais n'est pas, apparemment, suffisant ; je dirai même, c'est ma modeste théorie, qu'un recentrage sans restauration risque fort de créer toutes les conditions d'installation dans la longue durée de la crise qui fragilise la Foi dans l'Eglise, à tout le moins en Europe occidentale.
Je vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.
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