Le Forum Catholique
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origenius - 2011-07-17 21:53:41
(Suite)..
La réduction de l'homme à l'individu, si caractéristique de la mentalité moderne est étroitement liée à cette idée de progrès dont nous parlions plus haut : en effet, cette humanité qui, selon les théoriciens et les adeptes du progrès, évolue sans cesse, n'est jamais considérée comme une entité invariable et une, procédant d'un type et participant (en puissance) d'un archétype.
Les matérialistes conserveront une vague notion d’"espèce", qui satisfait à la manie du classement, mais non aux principes d'une évolution "absolue" qu'ils soutiendraient volontiers par ailleurs. Tantôt ils tronçonnent le grand Phylum en un tas de branches dûment étiquetées pour l'édification des collégiens. Tantôt ils se considèrent eux-mêmes comme les petits fils de l'amibe et les pères de ce mutant qui, sans doute, viendra demain combler leur attente.
Pour les spiritualistes, le changement est proprement radical, et il n'est pas trop facile de savoir ce qu'ils désignent par le mot homme. Réincarnationistes, on ne sait ce qui pour eux voyage et grimpe, du caillou au "dieu" ; est-ce une identique conscience, qui appréhende le monde diversement selon les corps où elle est infuse et selon les moyens sensoriels qui lui sont offerts ? Ils laissent alors aux physiologistes le soin de définir l'enveloppe humaine, et l'homme, en fin de compte, n'est pas considéré dans leur système.
Teilhardiens ou "gnostiques de Princeton", ils placent volontiers l'homme "là où cela change", au lieu où le grand chaos se spiritualise sans cesse d'avantage, allant d'on ne sait quoi vers on ne sait quoi puisque rien ne jalonne ou n'arrête ce parcours fantastique de l'Univers.
Rien, à vrai dire ne démontre en effet la réalité de cette ascension cosmique, ni le changement lui-même, en sorte que ce "là" où cela change pourrait bien n'être absolument rien.
Les uns et les autres vous accorderont bien qu'il y a dans l'homme une manière de finalité, digne de tous les respects, mais ce qui est l'homme en soi, ils veulent l'ignorer ; ce que l'on désigne improprement comme "genre humain", n'est jamais en effet pour eux qu'une collection indéfinie d'individus. C'est à l'individu que s'adresse le respect généralement proclamé pour la dignité humaine.
Mais comme l'individu n'est qu'un être de raison, comme ce Protée n'est que perpétuel changement, constante évolution d'un agrégat indéfinissable d'accidents passagers, ce respect d'un rien est rigoureusement nul.
Rien ni personne n'est véritablement respecté, et la "fraternité humaine" ne parait rien d'autre qu'une éphémère conformité d’appétits et d'opinions entre celui-ci et celui-là, entre tel et tel groupe d'individus, etc.
En sorte que les règles des "nations" par exemple, ne sont jamais que celles des associations de malfaiteurs ou de négociants, ce qui est à peu près la même chose. Que ces complicités éphémères pour l'obtention de biens matériels, étrangères en fait au véritable bien commun, se parent de noms magnifiques de peuple, patrie, race, ne change rien à ce qu'elles sont en réalité.
Que sont donc ces groupes humains, pris hors de toutes considérations de l’homme véritable ? l’ivresse d'un prétendu "idéal" peut les agréger un temps, mais quelle est la cause, et quels sont les effets de cette ivresse ? Ces foules assemblées sont jetées dans une guerre injuste, ou le seront un jour ; et une fois dissipées les fureurs de la crapule, une fois rendus au néant les idéaux menteurs de la tyrannie démocratique, chacun verra ce qu'il a perdu ; le tyran lui-même, cette émanation de Démos ne trouvera plus entre ses mains, au lieu d'un millénium de gloire que le prix dérisoire des pactes : une poignée de feuilles mortes que lui arrache le vent de la mort.
Et que dire quand l'aventure des "nations" s'avère parodique du destin des nations véritables ?
Le führer du peuple allemand pouvait dauber sur les néo-païens dont il voyait bien le ridicule. Ce sont les mêmes dieux morts qu'il invoque, les mêmes cultes abolis qu'il prétend relever. Ce génie de la race qu'il essaie de rappeler du fond des âges, cet inconscient collectif n'est pas l'ange de sa nation ou le gage d'un destin messianique ; c'est un délégué des puissances qu'il prétend combattre, et qui détruira l'élite de ses peuples.
Il est permis de dire en passant que l'erreur nationale socialiste est moins pseudo-scientifique, comme on l'a dit, que pseudo spirituelle, ce qui explique l'affreux cataclysme qui a désolé le monde, et mis en place la lie de 1 'humanité. Cette aventure est parodique en tout point : on a voulu substituer le "peuple allemand" au "peuple juif" en adoptant en fait les pires erreurs de celui-là, ses déviations les plus caractéristiques : messianisme temporel et racisme, inversion d'une fonction spirituelle bien réelle, mais de longtemps abolie dans la masse du "peuple juif" qui n'a de réalité que dans le souvenir, ou dans les spirituels qui demeurent encore, persécutés par le prétendu "État d'Israël".
Sans doute, cette "jalousie" étrange non par la haute fonction, mais par l'abaissement triomphant des juifs n'est pas le propre des théoriciens de l'Allemagne moderne. Luther, antisémite obnubilé par le biblisme littéral, n'est pas d'avantage l'"inventeur" de pareilles tendances, encore qu'il leur ait donné une "doctrine" bien caractéristique ; si l'on parle d'inversion, il est toujours bon de considérer qu'il y a inversion de "quelque chose", sans jamais imaginer que les instruments de perdition soient autre chose que des
instruments, quel que soit leur "génie".
Ce "quelque chose" est évidemment ici la mission impériale dont le siège fut un temps la véritable nation allemande qui pouvait reconnaître dans un Othon le dépositaire authentique du "mandat du ciel". Il serait sans doute d'un haut intérêt de développer ici dans quelles conditions ce mandat fut confié puis retiré, ce que furent les raisons véritables de la "lutte de l'Empire et de la Papauté" ; et quel était le sens véritable des armoiries "légendaires" de Charlemagne.
Mais nous n'examinons ce cas spécial que sous l'aspect parodique moderne : ce qui nous permet tout de même de faire remarquer que l'attachement des nationaux-socialistes à "leur passé", attachement dépourvu de tout fondement spirituel, ne pouvait devenir qu'une véritable "nécromancie", ce qu'il fut en effet, et dans le détail. Si nous laissons ce cas extrême de l'Allemagne, il suffira de dire qu'une nation véritable n'a de fondement que spirituel, et que celui-ci n'a rien à voir avec l'unanimité de passions collectives qui ne spécifie aucune autre descendance que celle de Caïn.
Les doctrines "nationalistes" modernes, affichées par beaucoup qui se veulent traditionalistes, ne tiennent aucun compte de cette réalité, ce qui conduit à d'extraordinaires paradoxes : on ne voit pas sans stupéfaction, par exemple nombre de monarchistes contemporains faire de conceptions purement jacobines la règle de leur programme politique, et proclamer avec candeur que la nation qu'ils servent n'est rien plus que celle des sociologues, des historiens et des ethnographes.
Un pareil aveuglement, si les circonstances le permettaient, pourrait devenir extrêmement néfaste, et il faut voir dans les "affaires" Naundorf et Vintras, un avertissement extrêmement sérieux, dont il y a lieu de tenir le plus grand compte. Il y a dans l'interprétation abusive des "prophéties" du Grand Pape et du Grand Roi, qui circulent dans certains milieux, le germe d'une inversion au moins aussi grave que l'inversion allemande, et cela d'autant plus que ces mêmes milieux manifestent un attachement irraisonné pour les doctrines étranges de Léon Bloy, autrement dangereuses que celles de Vintras.
Mais ici encore, s’il est bon de dénoncer la parodie, il est encore meilleur d’attirer l’attention vers le modèle, ce qui est après tout le meilleur moyen de combattre l’erreur : sans cela toute réfutation serait, comme l’erreur, indéfinie et nous ne conseillerions à personne de s’engager dans un tel dédale.
Cordialement et bonne soirée
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