Ce n'est pas Gagarine, mais Khrouchtchev

Le Forum Catholique

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Jean Kinzler -  2011-07-14 09:26:12

Ce n'est pas Gagarine, mais Khrouchtchev

Gagarine se serait exclamé après ce vol autour de la terre : « J’étais dans le ciel et j’ai bien regardé partout : je n‘ai pas vu Dieu. » En réalité c’est le dirigeant communiste Nikita Khrouchtchev qui a prêté ces paroles à Youri Gagarine pour motif de propagande lors d’une réunion plénière du parti communiste Soviétique.

28 ans après la mort du cosmonaute , son ami le Colonel et Pilote Chrétien Valentin Petrov, a démenti publiquement cette citation attribuée à Gagarine : « Youri n’a pas pu dire une chose pareille, car il était croyant et il était baptisé Orthodoxe . »
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Interfax, 12 Avril 2006, 13:21, Moscou : L'histoire des relations entre l'Église Orthodoxe de Russie et les cosmonautes russes a commencé au moment où le premier être humain a été envoyé en orbite dans l'espace. Ces relations se sont développées malgré que l'État soviétique livrait une guerre sans merci contre la religion. Au cours des récentes années, ces relations ont reçu une impulsion positive particulière. Certains épisodes de la coopération entre l'Église Orthodoxe et des cosmonautes russes ont été rapportés à Interfax-Religion par un de ses principaux témoins oculaires, le Colonel Valentin Petrov, professeur associé à l'Académie Gagarine de l'Armée de l'Air.


- Valentin Vasilyevich, Youri Gagarine et vous étiez proches amis. Le premier cosmonaute est rapporté pour avoir été un croyant, bien qu'il ne l'ait jamais manifesté. Est-il possible de dire que la foi était une de ces parties privées de votre relation d'amitié en tant que jeunes pilotes soviétiques vivant pendant les difficiles années de l'athéisme d'État?


- Youri Gagarine, comme tout Russe, était baptisé, et pour autant que je puisse le savoir, il était croyant. Ce qui me reste de tout à fait mémorable avec lui, c'est notre voyage ensemble à la Laure de la Trinité-Saint-Serge, en 1964, le jour même où Gagarine fêtait son 30ème anniversaire. Lui, un homme plein d'entrain, me demanda ce jour-là, de manière très directe, si j'avais déjà été à la Laure. Ayant répondu par l'affirmative, il suggéra que nous y allions, et nous y sommes partis, le soir même, après avoir échangé notre uniforme pour une tenue "civile." Nous étions sots, car Gagarine pouvait bien s'habiller comme il voulait... Des foules de gens à la Laure auraient aussitôt commencé à s'attrouper autour de lui, pour avoir un autographe. A peine l'Office était-il achevé à l'église que tout le monde, ayant appris sa présence, se pressa vers lui. Le peuple aimait Youri à ce point, et lui ne savait repousser personne.
Youri avait une personnalité unique. Il ne se vanta jamais de sa célébrité. Si vous l'approchiez, il ne voyait plus personne d'autre et n'écoutait plus que vous. Et ses enfants, eux aussi, ne se sont jamais vantés d'être les enfants du premier cosmonaute de l'histoire.
A ce moment-là, dans la Laure, le père supérieur nous a sauvés, Gagarine en premier. Il nous prit dans sa cellule et, selon la coutume russe, remplit les verres et après le troisième petit godet, il dit "hé bien, qui croira que Gagarine est venu dans ma cellule?" Et Gagarine lui répondit sur le même ton "Et bien voici pour ceux qui ne le croiront pas", et il sortit une photo de lui de sa poche et écrivit dessus "au père supérieur, de la part de Gagarine, avec mes meilleurs souhaits." Le père supérieur répondit "Hé bien, fêtons-ça en levant le verre!" Et nous avons bien entendu bu un verre!
Ensuite le père supérieur suggéra que nous allions rendre visite au TsAG. Surpris, nous lui avons demandé "pourquoi, père? Nous avons été au TsAGI!", c'est-à-dire notre Institut Central d'Aéro-hydrodynamique. Par la suite, nous avons compris qu'il voulait dire le Musée d'Archéologie ecclésiale, à l'Académie Théologique de Moscou. Bien entendu, nous y avons été, et quelque chose s'y est produit, qui m'a totalement surpris. Lorsque nous nous y sommes retrouvés devant une maquette de l'église du Christ Sauveur, Youri regarda à l'intérieur, puis me dit "Valentin, regarde un peu la magnifique oeuvre qu'ils ont détruite!" Il la contempla un bon bout de temps.
Rentrant de la Laure cette fois-là, nous étions si impressionné par ce que nous avions vu que nous conduisions comme en transe hypnotique. Soudain Youri dit "Valentin, pense un peu à ces paroles 'Qui es aux Cieux." Je le regardai, "Youri, tu ne connais pas la prière?!" Il répondit, "Tu crois peut-être que tu es seul à la connaître? Bien, tu sais comment garder le silence." En effet, c'était en 1964, à l'époque où Khrouchtchev avait promis "d'exposer le dernier prêtre."
Ce voyage avait eu des répercussions pour moi. Je fus accusé d'avoir "attiré Gagarin dans la religion." Ce fut Gagarin lui-même qui me sauva en déclarant "Comment un capitaine pourrait-il attirer un colonel dans la religion? Ce n'est pas lui qui m'y a emmené, mais nous avons voyagé avec ma voiture." Suite à cela, le Parti m'adressa une réprimande "pour avoir attiré Youri dans l'Orthodoxie", et à présent, j'en suis fier.
Quelque temps après notre voyage, Youri Gagarine, s'adressant au Comité Central réunit pour la session plénière d'éducation de la jeunesse, suggéra ouvertement que l'église du Christ Sauveur soit restaurée comme monument de gloire militaire et de chef d'oeuvre Orthodoxe. En même temps, il proposa de restaurer l'Arc de Triomphe, qui gisait en ruines à l'époque. La motivation de Gagarine était très simple : le patriotisme ne saurait être promu sans la connaissance de ses racines. Puisque l'église du Christ Sauveur était un monument de gloire militaire, ceux qui s'en allaient pour défendre leur mère patrie devaient la connaître.
Personne au Comité ne s'attendait à une telle déclaration du premier cosmonaute. La réponse fut incroyable, un torrent d'applaudissements. Le Présidium en fut bien entendu grandement perturbé, mais n'aurait certainement rien osé faire contre Youri Gagarine.
- Et qu'en est-il de cette célèbre phrase attribuée à Gagarine : " J'ai été dans l'espace mais je n'ai pas vu Dieu " ?

- En fait, ce n'est pas Gagarine mais Khrouchtchev qui l'a prononcée. Ca s'est passé au cours de l'assemblée plénière du Comité Central qui s'occupait de la propagande anti-religieuse. Khrouchtchev y donna au Parti et aux organisations des Komsomol le devoir de s'engager dans cette propagande, et déclara : Pourquoi vous soucieriez-vous de Dieu? Nous avons ici Gagarine qui a volé dans l'espace et il n'y a pas vu Dieu.
Mais quelque temps après, ces paroles furent présentées d'une autre manière. On les commença à dire qu'elles n'étaient pas de Khrouchtchev mais de Gagarine, car ce dernier, étant aimé du peuple, une telle déclaration de sa part serait d'une importance capitale. Ils se disaient que bien peu croiraient Khrouchtchev, mais tout le monde croirait assurément Gagarine. Cependant Gagarine n'a jamais dit cela, il n'aurait jamais pu proférer une telle chose.



- Est-ce que ce voyage avec Gagarine a inauguré votre tradition d'emmener vos étudiants de l'Académie de l'Armée de l'Air vers des lieux saints?


- A vrai dire, oui, après que j'ai été à la Laure avec Germain Titov qui, à propos, était aussi Orthodoxe. Alors que nous étions à Saint-Petersbourg, il me demanda tout d'abord de l'emmener à la Laure Saint Alexandre Nevsky. Et par la suite, touché par sa visite à la Laure, Germain me demanda de l'emmener à Zagorsk. Soit dit en passant, Titov et moi avons rendu ensemble visite au futur patriarche Alexis II, bien avant qu'il ne soit patriarche, quand sa sainteté servait comme métropolite de Saint-Petersbourg.
Une autre occasion remarquable, ce fut lorsqu'un message de salutation nous parvint de l'espace à l'occasion du millénaire du Baptême de la Russie. Lorsque Volodya Titov fut préparé pour s'envoler pour l'espace et y rester une année entière, je l'ai en premier lieu emmené au TsAK puis au monastère Danilov. Il s'envola en l'année du millénaire du Baptême de la Russie. Le lancement était prévu pour le 21 décembre 1987, et le retour sur terre 12 mois plus tard, ce qui veut dire qu'il resta en orbite toute l'année du millénaire. Lorsqu'il a reçu son approbation pour cette mission, il voulut recevoir une bénédiction pour ce vol. Tard dans la soirée, je l'ai emmené auprès de celui qui était alors le président du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou, son éminence Philarète. Nous avons vécu une rencontre étonnante. Volodya reçut un calendrier liturgique spécial pour ce millénaire du Baptême de la Russie et nombre d'Icônes. Volodya apprécia aussi beaucoup le thé que nous y avons bu, de sorte que le métropolite ordonna que plusieurs paquets lui soient spécialement préparés, et tout au long de son année dans l'espace, mon ami apprécia un "thé épiscopal."
Lorsque Volodya félicita depuis son orbite terrestre toute l'Union Soviétique à l'occasion du millénaire du Baptême de la Russie, tout le monde ici en fut stupéfait : comment savait-il cela? C'est simple, n'est-ce pas, car n'avait-il pas avec lui en orbite un calendrier liturgique? J'ai subit de sérieuses remontrances, j'ai été viré de divers endroits, mais le lendemain, Gorbatchev rencontra le patriarche Poemen et d'autres hiérarques à l'occasion de ce millénaire, et les accusations ont perdu beaucoup de leur force.
Un jour, j'ai eu l'idée d'emmener des Américains à la Laure, ça devait être en 1975, l'année de la rencontre Soyuz-Appolo. Nous, première équipe mixte de cosmonautes et d'astronautes Américains, nous y avons été ensemble avant le lancement. Nous avons tellement servit à boire à l'interprète que pour finir, il fallut qu'il soit remplacé par un des pères. Nous avons pris une photo incroyable de ce voyage et l'avons accrochée au patriarcat de Moscou. Lorsque des délégations étrangères venaient et disaient que nous étions un État athée, nous répondions "mais comment pouvez-vous dire cela? Regardez cette photo, là ce sont nos cosmonautes, et là ce sont des astronautes Américains!" Ils ne savaient plus que dire après ça.
Pour résumer, cette tradition a commencé dans les années 60', quand j'ai commencé à emmener à la Laure de la Trinité-Saint-Serge les équipages que j'entraînais, ainsi qu'au monastère de Saint Daniel. Le père supérieur du monastère Danilov était mon ami. J'étais un catéchiste enseignant à des gamins et moi-même j'apprenais.

- Mais pendant la période athée, de tels voyages ne pouvaient rester impunis, vous étiez un pilote militaire...


- Le Parti m'a sans cesse réprimandé. Mais ils ne pouvaient me virer, car à l'époque j'étais devenu un formateur réputé, et les cosmonautes me défendaient de toutes leurs forces. Un jour où j'étais sur le point d'être mis à la porte, ils ont dit "virez qui vous voulez, mais pas lui." Et pourtant, j'ai bien des fois manqué d'être mis à la porte. Quand un jour, le commandant des équipes de cosmonautes apprenait que moi, un gars si sympa, j'avais emmené tout le monde dans des monastères, je me faisais bien enguirlander. Encore plus parce que je donnais un corps de philosophie à l'Académie de l'Armée de l'Air à cette époque. C'était quelque chose de mortellement risquer de parler d'Orthodoxie alors que l'athéisme était l'idéologie officielle. Et malgré ça, comme instructeur des cosmonautes, j'ai continué à les emmener dans les monastères.

- Mais à présent, après toutes ces années, vous pouvez parler librement de culture Orthodoxe avec vos étudiants.


- Quelque temps après, notre patriarche organisa avec le ministre de la culture l'enseignement de la culture Orthodoxe dans les académies militaires. Je suis le seul représentant militaire a avoir été le premier à être amis au département de catéchèse de l'Institut Saint-Tikhon. Cette année marquera le 10ème anniversaire de mon diplôme des cours de catéchisme. Sa sainteté m'a remis mon certificat.
Globalement, je crois qu'il est impossible d'étudier l'histoire russe en négligeant l'histoire de l'Église Orthodoxe de Russie et les bases de la Foi Orthodoxe. Vous pouvez trouver autant d'exemples que vous le voulez démontrant la nécessité de cette étude. Cette même Laure de la Trinité-Saint-Serge a soutenu un siège des Polonais durant 16 mois. Comment un militaire pourrait ignorer cela?

- En tant que colonel d'aviation et enseignant, avec 40 ans d'expérience, comment pouvez-vous expliquer le besoin particulier de croyance religieuse ressenti par ceux qui sont engagés dans le service armé?


- Un pilote risquant constamment sa vie, volens nolens, il en vient au Seigneur. C'est exactement dans ce contexte que le militaire conçoit une vraie Foi. Je considère qu'il est de mon devoir d'éduquer mes étudiants à l'esprit Orthodoxe. Je ne les prend pas par la main et amène aux fonts baptismaux. Car il est impossible de forcer quelqu'un à croire, tout autant qu'à aimer. Mais nombre d'étudiants de notre académie en viennent d'eux-mêmes au baptême durant leurs études.
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