Oui : le capitalisme industriel et productif n'était pas hédoniste-libertaire.
Le Forum Catholique
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Scrutator Sapientiæ - 2011-06-19 22:52:31
Oui : le capitalisme industriel et productif n'était pas hédoniste-libertaire.
Bonsoir Aigle,
1. Le capitalisme "industrialiste", productiviste, celui du XIX° siècle et de la première moitié du XX° siècle, n'était pas "hédoniste-libertaire" ; il reposait davantage sur la liberté responsable des employeurs, et sur la servitude responsable des employés, que sur l'irresponsabilité morale et sociale des uns et des autres, qui est la marque de fabrique du capitalisme d'aujourd'hui.
Je ne sais pas s'il était pleinement "humaniste-libéral", mais il était certainement plus conforme à l'inspiration originelle, mais en partie erronée, du capitalisme industriel (telle que celle-ci est apparue, dans sa version laisser-fairiste et libre-échangiste, en Europe occidentale, au XVIII° siècle), que le capitalisme actuel.
2. Le capitalisme "financiarisé", spéculateur, ne vise pas à satisfaire les besoins rationnels du plus grand nombre possible, mais à satisfaire les désirs irrationnels du plus petit nombre possible.
Ce qui est proprement diabolique, dans cet ordre d'idées, c'est le conditionnement du plus grand nombre possible, par le plus petit nombre possible, au moyen de la publicité, afin que "la plèbe" considère comme somme toute normal de faire prévaloir la satisfaction des désirs les plus "futilitaires" sur celle des besoins les plus élémentaires.
3. Ces deux capitalismes sont en effet opposés l'un à l'autre : ce n'est pas parce que le capitalisme spéculateur est chronologiquement consécutif au capitalisme productiviste qu'il lui est axiologiquement subordonné en totalité.
Le moment du passage effectif de l'un à l'autre n'est pas très difficile à fixer, avec l'arrivée au pouvoir de Mrs THATCHER et de Mr REAGAN, et avec l'accélération et l'amplification de l'endettement volontaire des Etats, "justificateur" des privatisations ultérieures.
En ce sens, la mondialisation néo-libérale ou ultra-libérale est tout sauf un processus "naturel" qui est tombé du ciel, ou qui a jailli du sol, contrairement à ce que disent en substance les détracteurs de toute dé-mondialisation, ou de toute re-régulation de l'économie mondiale qui serait un tant soit peu protectrice des populations et des territoires.
4. Vous soulevez par ailleurs, me semble-t-il, un problème passionnant : puisque le capitalisme a changé de "format", puisqu'il est permis de penser qu'une partie des critiques du capitalisme antérieur au "format" actuel est frappée de caducité, quel peut être le corpus économique sociologique ou philosophique, actuel ou récent, le plus propice à un diagnostic éclairant sur le processus-collapsus actuellement en cours ?
Je vous recommande, avec autant de modestie que de prudence (il y a peut-être de meilleurs auteurs, et il est possible de ne pas être d'accord avec tout ce qu'ils écrivent) : Vincent de GAULEJAC, Jacques GENEREUX, Christian LAVAL, Jean-Claude MICHEA, entre autres auteurs.
Bonne nuit et bon début de semaine.
Scrutator.
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