L'émancipation en lieu et place de l'édification.

Le Forum Catholique

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Scrutator Sapientiæ -  2011-06-17 22:36:33

L'émancipation en lieu et place de l'édification.

Bonsoir Philippe F,

1. Il y a, à mon sens, deux conceptions de la culture et de l'éducation qui sont totalement opposées l'une à l'autre ;

- la conception traditionnelle a pour objectif préalable l'édification, dans l'humilité et le respect, au contact des oeuvres du passé ;

- la conception rénovatrice a pour objectif préalable l'émancipation, dans l'arrogance et le dédain, vis-à-vis des oeuvres du passé.

2. Dans cet ordre d'idées, force est de constater que, dans le système éducatif incarné par l'Education nationale, comme dans le système confessionnel incarné par l'Eglise catholique, la conception traditionnelle a été prédominante, à peu près jusqu'à la fin des années 1950.

3. A partir du début des années 1960, deux préjugés destructeurs ont en effet commencé à apparaître :

A- le premier préjugé est formulable dans les termes suivants :

"si certains jeunes élèves ont un travail intellectuel plus régulier que d'autres, sont plus savants, plus studieux que d'autres, c'est une inégalité illégitime ;

- en effet, ces jeunes élèves, conditionnés sans le savoir, et leurs parents, qui les conditionnent, plus ou moins consciemment, n'ont pas plus de vertu que les autres, malgré tous leurs efforts apparents ;

- le fait que des jeunes élèves soient plus savants, plus studieux que d'autres, ne repose donc pas sur du MERITE personnel ou familial, situé dans l'ordre intellectuel et moral, mais sur une INJUSTICE collective et structurelle, située dans l'ordre économique et social".

B- le deuxième préjugé est résumable en des termes à peu près équivalents :

"si certains jeunes croyants ont une pratique confessionnelle plus régulière que d'autres, sont plus assidus, plus fidèles que d'autres, dans l'ordre de la Foi, c'est une inégalité illégitime ;

- en effet, ces jeunes croyants, conditionnés sans le savoir, et leurs parents, qui les conditionnent, plus ou moins consciemment, n'ont pas plus de vertu que les autres, malgré tous leurs efforts apparents ;

- le fait que des jeunes croyants soient plus pratiquants que d'autres ne repose donc pas sur de la PIETE personnelle ou familiale, située dans l'ordre moral et spirituel, mais sur du PASSEISME collectif et structurel, situé dans l'ordre social et culturel".

4. C'est à peu près à ce moment que commence à apparaître l'idéologie "bourdivinenne" selon laquelle il ne faut plus que les parents puissent aider leurs enfants à faire leurs devoirs, après l'école, à la maison, pour que les enfants dont les parents ont le plus de capital culturel ne soient pas avantagés, par rapport aux enfants dont les parents en ont moins.

5. A l'Ecole, au sens large, cette idéologie s'est traduite par une inflation de méthodologie pédagogisante, psychologico-sociologisante, qui a abouti à la diabolisation de l'effort intellectuel désintéressé, à la diabolisation de l'apprentissage traditionnel de la lecture, de l'écriture, du calcul, de la dictée, de la grammaire, de la récitation, de la composition, de la dissertation.

6. En d'autres termes, il y a eu démantèlement des dispositifs et des procédures d'émission et de réception, en un mot : de transmission, du goût pour la concentration et la discipline et du sens de la concentration et de la discipline, dispositifs et procédures en l'absence desquels on s'approprie peu et mal les catégories et les comportements

- qui obligent un enfant à être assidu, attentif, concentré, disponible, motivé, régulier, studieux, travailleur,

mais aussi

- qui permettent au même enfant de commencer puis de continuer à se construire, pour devenir par la suite un adulte, libre et responsable.

7. A un système éducatif vraiment "élitiste", qui n'aurait pas pu mais qui aurait dû être assoupli, élargi, dès 1945, (mais d'une manière patiente et prudente) et que je n'idéalise absolument pas, mais dans lequel, pour les enfants issus de milieux modestes, l'ascenseur scolaire fonctionnait mieux et plus qu'aujourd'hui, a succédé un système éducatif faussement "accessible", à la tête duquel les corps d'inspection pédagogique ont tout tenté, et presque tout réussi, pour qu'il y ait

- le plus possible d'élèves, puis d'étudiants, très diplômés, dans l'acception rénovatrice, spécialisée, technicienne, du terme,

et

- le moins possible d'enfants, puis de futurs parents, très cultivés, dans l'acception traditionnelle, généraliste, humaniste du terme.

8. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est ceci : au bout de trente ans, de la loi Haby (1975) à la loi Fillon (2005), on est enfin passé du bilan globalement positif à la reconnaissance officielle de très graves dysfonctionnements systémiques ; lisez le rapport de la Cour des Comptes de mai 2010, et vous verrez même qu'on en est arrivé à un véritable constat officiel d'échec englobant, à une faillite éducative, à une impasse pédagogique.

9. Mais, un peu comme dans l'Eglise, on veut bien déplorer les effets, mais on ne veut pas dénoncer les causes, ou alors on le fait, mais d'une manière homéopathique, oblique, palliative, et non d'une manière allopathique, frontale, curative.

10. Qui a laissé dire à des inspecteurs, à des enseignants, que les apprentissages intellectuels traditionnels nuisaient à la créativité des jeunes élèves ?

Qui a laissé dire à des évêques, à des prêtres, que les apprentissages confessionnels traditionnels nuisaient à l'authenticité des jeunes croyants ?

Je n'aimerais pas être à la place des ministres et du ou des pontifes qui ont laissé dire et faire cela ; je pense surtout à ceux d'entre eux qui ont osé appelé "libération des intelligences", "progrès social", la plus formidable régression mentale, le plus formidable asservissement des esprits, depuis, de mon point de vue, le début du XIX° siècle.

Que voulez-vous, le sensualisme techniciste s'est substitué à l'intellectualisme humaniste comme la lumière s'est substituée aux ténèbres...

Bonne nuit, Philippe F.

Scrutator.
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