Frontières

Le Forum Catholique

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bbdg -  2011-05-22 18:58:19

Frontières


Quand le bourgeois eut été bien isolé du gentilhomme, et le paysan du gentilhomme et du bourgeois ; lorsque, un travail analogue se constituant au sein de chaque classe, il se fut fait dans l'intérieur de chacune d'elles de petites agrégations particulières presqu'aussi isolées les unes des autres que les classes l'étaient entre elles, il se trouva que tout ne composait plus qu'une masse homogène, mais dont les parties n'étaient plus liées. [...] De sorte que l'édifice entier [...] put s'écrouler tout ensemble en un moment, dès que la société qui lui servait de base s'agita.

Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution, Gallimard, 1967, page 225



L'obsolescence des clivages qui ont structuré la société française depuis plusieurs décennies explique pour une grande part la complexité de la période que nous traversons. La volonté farouche de les porter à bout de bras ne fait que rajouter de la confusion à la complexité.

Patronat contre salariat ? Les "patrons" ne sont, le plus souvent, que les salariés surpayés de grands groupes apatrides, tandis que les systèmes de retraite par capitalisation et autres dispositifs d'épargne fondés sur la bourse ont rendu beaucoup de salariés parties prenantes du capitalisme financier qui les opprime. Propriétaires contre locataires ? L'immense majorité des "primo-accédants" ne doivent leur statut qu'à un endettement sur vingt ou trente ans, si bien que la France ressemble désormais à un vase kolkhoze détenu par les banquiers. Riches contre pauvres ? En généralisant l'accès aux produits de haute technologie, tout en rendant de plus en plus malaisée la satisfaction de certains besoins élémentaires (logement, transport), la société consommation a brouillé jusqu'aux critères de la richesse et de la pauvreté. On peut très bien, dans la société française d'aujourd'hui, être riche en ne possédant rien (le cadre supérieur qui dispose d'un appartement de fonction au centre de Paris), ou pauvre en possédant son outil de travail (le paysan qui perd de l'argent en cultivant son exploitation...). Symétriquement, l'équivalence des statuts ne garantit plus celle des conditions. Quel rapport y a-t-il entre un médecin généraliste qui exerce dans une zone rurale en voie de désertification économique et son confrère cardiologue, salarié d'une clinique privée ?
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