Le symbole et le symptôme du "parti pris" : Nostra Aetate.
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
Scrutator Sapientiæ - 2011-05-19 23:59:36
Le symbole et le symptôme du "parti pris" : Nostra Aetate.
Bonsoir Gentiloup,
Très rapidement :
1. Pourquoi, dans NA,
- la présentation "iréniste" des "mérites" des "dif-errantes" religions non chrétiennes, présentation qui se termine par cette phrase :
"L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions",
- n'a t'elle pas été suivie par une phrase comme celle-ci, moins "iréniste" et plus réaliste :
"Mais l'Église catholique n'ignore pas pour autant tout ce qui est faux et malsain dans ces religions",
phrase qui aurait introduit à une présentation, de même longueur, des "limites", de ces "dif-errantes" religions non chrétiennes ?
2. Il y a eu, au Concile, dans NA, un véritable détournement de sens des notions de "rayons de vérité" et surtout de "semences du verbe", car cette notion, à l'origine, dans l'esprit de Saint Justin (non cité dans NA), renvoyait à la lumière et aux semences de la seule raison naturelle, chez les philosophes et les poètes de l'Antiquité, et non aux mythologies et religions paiennes.
3. Si vous relisez attentivement NA, ce dont je ne doute pas, vous pouvez remarquez ceci, à la fin du numéro 2 :
"L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes.
Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses [4].
Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux."
Vous avez ainsi :
- "la thèse" : "l'Eglise ne rejette rien", "considère avec un respect sincère" ;
- "l'antithèse" : "TOUTEFOIS, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse" (...), "dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse" (...), "dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses" ;
- "la synthèse", le dépassement de l'antinomie : "Elle exhorte DONC (?!) ses fils pour que,
- avec prudence et charité,
- par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions,
- et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes,
ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles (?), morales (?) et socio-culturelles (?) qui se trouvent en eux"
- "en eux", en tant qu'êtres humains, certes plus ou moins éclairés par la raison naturelle, mais qui ont encore pleinement vocation, non encore satisfaite, à la réception de la Lumière surnaturelle ?
OU
"en eux", en tant qu'êtres humains déjà bien éclairés par telle ou telle religion erronée, et qui ont donc déjà presque d'autant moins vocation, non encore satisfaite, à la réception de la Lumière surnaturelle ?
Cette rédaction de NA est d'autant plus équivoque qu'elle entre en contradiction indirecte, mais réelle, avec ce que l'on trouve, au sein même du corpus conciliaire, dans d'autres passages : en LG 17, LG 25, GS 28, GS 43, GS 58, CD 11, DH 14, passages dans lesquels on évoque bien plus clairement l'articulation, la complémentarité, entre l'annonce de la vérité, la promotion de la vérité, et la dénonciation des erreurs, la protection contre les erreurs.
4. Et pour finir, une petite précision : pourquoi est-il question ici, mais sous ma plume, des "dif-errantes" religions non chrétiennes ?
Voici pourquoi :
- elles sont toutes plus ou moins dif-errantes de la religion chrétienne ;
- elles sont toutes plus ou moins dif-errantes les unes des autres,
- et surtout, elles sont toutes plus ou moins errantes, chacune errant différemment, de telle ou telle manière, sur telle ou telle matière.
Bonne nuit, Gentiloup.
Scrutator.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=596015