Si, si, caricatural.

Le Forum Catholique

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Bertrand Decaillet -  2011-05-16 17:15:27

Si, si, caricatural.

Merci pour cette réponse détaillée, et éclairante.

Je serais ravi, en effet, que la question sujette à multiples cautions de la légitimité puisse être passée sous silence, car ce sera désormais la pierre d'achoppement... et la prochaine lettre de mon évêque me fera assurément à nouveau le procès d'Ecône. Mais c'est le texte lui-même de la note explicative qui sort cette hache de guerre (et le P. Lombardi nous dit que c'est par souci d'unité - ben voyons!) C'est de toute évidence, une nouvelle impasse qui fera le pain béni, comme vous le relevez si justement, des détracteurs. Concrètement la foire d'empoigne n'est pas finie, hélas, hélas, en raison même de tant d'ambiguïtés sensées ménager les uns, les autres, et les autres encore. C'est pour cela que je me posais la question de l'incidence pratique de la qualification du NOM comme légitime ou illégitime. Vous préconisez le silence. Je vous suis en courant sur cette prudence, mais... sera-ce possible?

Sur le fond, je maintiens que conclure de l'illégitimité du rite au sédévacantisme relève d'un angle de vue qui n'est pas rigoureux et méchamment caricatural. Il est évident que Mgr Gamber n'écrit pas un livre pour débattre de la légitimité de l'autorité du Pape (quant à la réforme), mais de la réforme liturgique elle-même. Aussi la question de la légitimité n'est pas envisagée d'abord du point de vue de l'autorité ou de la promulgation, mais de l'existence même du rite: sa légitimité en tant que produit homogène de la tradition (ou non).

Sa conclusion est simple: si un rite (au sens précisément de tradition liturgique) n'est pas ancré dans une tradition de manière substantielle, il y a simplement contradiction dans les termes, et un tel rite ne peut prétendre au statu de rite liturgique (aucune légitimité, de facto).
Elle rejoint votre propre conclusion : Une fabrication ex nihilo sans recours à l'ancien serait sans doute "illégitime" dites-vous. Votre précision ex nihilo, force le trait, la notion de fabrication suffit.

Pour ma part je nuancerais votre formule en précisant qu'une fabrication "ex nihilo" est une possibilité impossible qui sera toujours infirmable... On trouvera en effet toujours une frange de phylactère qui relève de fouilles dans le désert de la mer morte, par exemple, et qui, réinjectée sur la manche d'une diaconesse-lectrice-distributeuse de communion, infirmera avantageusement l'accusation de fabrication "ex nihilo". Plus sérieusement, les exemples sont abondants, dont la fameuse communion dans la main "comme les premiers chrétiens" ...

Dans le cas du nouveau rite, il n'y a pas de fabrication ex nihilo, mais il y a eu rupture du principe de développement organique (pratique, historique) et de réforme par l'autorité légitime contrôlant ce développement, le sanctionnant, le remodelant. La réalité de l'existence du novus ordo releve d'abord de la table rase, et ensuite de la reconstruction cérébrale; reconstruction non pas ex nihilo au sens strict, mais éventuellement à partir d'éléments éparses de telle ou telle tradition liturgique, ce qui ne donne guère plus de légitimité à la re-fabrication.

Votre conclusion ("ce n'est pas le cas" pas de fabrication ex nihilo), diffère en cela de celle de Mgr Gamber qui précise:
"Il résulte de tout cela qu'on peut se poser la question : un remodelage aussi radical se maintient-il encore dans le cadre de la tradition de l'Église ? Il ne suffit pas que quelques parties du missel antérieur aient été conservées dans le nouveau, comme nous l'avons vu au début, pour parler d'une continuité du rite romain, même si l'on essaie sans cesse d'en apporter la preuve.
[...]
Cependant ajoutons aussi : si par exemple le pape, à la suite des décisions du Concile Vatican II, avait autorisé ad libitum ou ad experimentum quelques nouveautés, sans que le rite en lui-même en eût été modifié, il n'y aurait rien eu à objecter quant au développement organique à long terme du rite.
Il y a eu changement de rite non seulement à cause du nouvel ordo missæ de 1969, mais aussi à cause de la large réorganisation de l'année liturgique et du sanctoral. Ajouter ou supprimer l'une ou l'autre fête - comme on le faisait jusqu'ici - ne change certainement pas le rite. Mais celui-ci a été changé du fait des innombrables innovations survenues à la suite de la réforme liturgique, ne laissant presque rien subsister de l'état antérieur.
"

Le vrai questionnement sur la légitimité du rite n'est donc pas lié en premier lieu à "l'autorité" du pape, mais à l'existence du ritus modernus, en amont de la décision du pape de promulguer, en tant qu'héritage de la Tradition.

Si le pape ensuite promulgue un "rite" qui n'existe pas en tant que rite de l'Eglise, il est évident qu'il y a vice de forme et que la promulgation est nulle, restant par ailleurs sauf le principe de l'autorité du Pontife Suprême.

Pour ma part, je ne vois rien dans le ritus modernus qui (dans le détail comme dans l'ensemble) échappe à cette logique d'une fabrication conceptuelle (on fait table rase et on recolle les morceaux sur papier avec plein "de bonnes idées" - pour cela, il lui manquera toujours la vie.

Un autre argument (symptôme) en faveur (si j'ose dire) de la rupture, est le bras de fer qui, historiquement, a imposé la "réforme" dans les paroisses, comme jamais l'Eglise ni aucun Pape n'a imposé une réforme liturgique. Cela aussi, Mgr Gamber le relève.

Difficile, vraiment, de ce point de vue, de sauver la légitimité (=l'existence légitime) du nouveau rite, le Pape n'ayant pas le pouvoir de "fabriquer" une tradition liturgique.

Mais ce qui est le plus intéressant, derrière ce débat, c'est qu'il révèle deux conceptions de la liturgie elle-même, qu'il serait bien intéressant d'éclairer.
Dans l'acceptation d'une re-fabrication possible, ou un remodelage complet possible (légitime), la liturgie est un langage, un moyen pastoral qui doit (dans le meilleur des cas) enseigner la Foi, évangéliser le peuple, un catéchisme en image.

Dans l'autre conception, la liturgie est "reçue" comme un héritage apostolique et la refabrication en serait un non-sens: "la Liturgie est la tradition même à son plus haut degré de puissance et de solennité" (Dom Guéranger, Institutions Liturgiques, t. I, p.3), celle-ci étant la norme qui fixe la manière de croire, ce qui est l'exacte contraire de la première conception (la norme de croire fixe-fabrique la manière de prier) : Legem credendi statuat lex supplicandi.

Bien cordialement.


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