A partir d'une émission sur KTO : théologie dogmatique versus théologie spirituelle.

Le Forum Catholique

Imprimer le Fil Complet

Scrutator Sapientiæ -  2011-04-30 10:01:41

A partir d'une émission sur KTO : théologie dogmatique versus théologie spirituelle.

Bonjour à tous,

Tout d'abord, voici de quelle émission il s'agit :

L'Esprit des Lettres Diffusé le 28/04/2011 / Durée 90 mn

" Au sein de la librairie de La Procure à Paris, Jean-Marie Guénois rencontre ce mois-ci le père Jean-Yves Ducourneau pour son livre Les cloches sonnent aussi à Kaboul aux éditions des Béatitudes. L'invité, aumônier militaire, ayant effectué deux missions de six mois en Afghanistan, témoigne, avec une rare densité, de son quotidien de prêtre parmi les soldats. L'Esprit des Lettres accueille également Jean Duchesne pour son livre Louis Bouyer, édité chez Artège. L'auteur veut nous donner des clés de lecture pour comprendre et approfondir la pensée puissamment originale du père Louis Bouyer, souvent considéré comme l'un des grands théologiens du XXe siècle. Enfin, le père Joël Guibert nous parle de la divine miséricorde, manifestation personnelle de l'Amour de Dieu, avec son livre Que vienne ta miséricorde, aux éditions de l'Emmanuel. "

Invités

- Jean-Yves Ducourneau, Les Cloches sonnent aussi à Kaboul, Béatitudes
- Joël Guibert, Que vienne ta miséricorde, l'Emmanuel
- Jean Duchesne, Louis Bouyer, Artège

A peu près au milieu de cette émission, le Père Joel GUIBERT, après avoir parlé de l'importance de la miséricorde, chez Soeur FAUSTINE, et chez JEAN-PAUL II, a affirmé en substance, avec l'appui un peu plus discret et prudent de Jean DUCHESNE, que Dieu merci, après plusieurs siècles de montée en puissance, à partir du XVII° siècle, la théologie spirituelle, synonyme de libération du coeur et de la foi, est parvenue à se substituer, a réussi à supplanter, la théologie dogmatique, synonyme d'encombrement de l'esprit et de la raison.

Dans son esprit, ce n'était pas une hypothèse, mais une affirmation et une constatation, et pour lui, manifestement, ce n'était pas une source d'inquiétude, mais un motif de satisfaction.

Pourquoi à partir du XVII° siècle, alors que la spiritualité rhéno-flamande s'est affirmée avant le XV° siècle, et que la spiritualité carmélitaine s'est affirmée au cours du XVI° siècle ? Peu importe, en un sens, ce qui a retenu mon attention, ce n'est pas l'aspect chronologique, mais l'enjeu théologique, d'une telle affirmation ou constatation.

Tout d'abord, cette opinion personnelle est-elle une opinion répandue ? Ensuite, cette opinion personnelle, si elle est répandue, est-elle représentative de toute une « génération Jean-Paul II » ? Enfin, si cette opinion personnelle est à la fois une opinion répandue et l'opinion dominante de toute une génération, et, en particulier, de toute une génération de prêtres, est-ce perçu comme un problème, ou comme la solution, par celui qui constitue la figure éponyme de la « génération Benoît XVI » ?

Je m'explique rapidement : il ne s'agit pas pour moi de tirer une affirmation générale de son contexte, ni d'extrapoler ou d'interpréter "à charge", d'autant plus que cette phrase a été prononcée par une personne à la cheville de laquelle je n'arrive évidemment pas, mais ce type d'affirmation ou de constatation n'est-il pas quelque peu "le reflet de son époque", et n'est-il pas « la clef de compréhension » de la grande capacité de « relativisation » de bon nombre de catholiques "charismatisants", face aux conséquences confessionnelles, aux répercussions intellectuelles, dans l'Eglise et dans le monde, des ambivalences magistérielles et approximations théologiques qui fragilisent la spécificité de la foi catholique, notamment vis-à-vis des confessions non catholiques et des religions non chrétiennes, depuis, à présent, un demi-siècle ?

Connaître Dieu, connaître Dieu, Père, Fils, Esprit, en esprit, bien sûr, mais aussi en vérité, est nécessaire, mais n'est pas suffisant, car il s'agit de le connaître pour l'aimer, afin et avant d'agir, dans Son Amour et dans Sa Lumière, dans Sa direction et dans celle des êtres humains, qui sont tous nos prochains.

N'y-a-t-il pas un risque, à faire entendre ou à laisser entendre que la théologie doctrinale ou dogmatique n'est qu'une théologie de la connaissance conceptuelle ou théorique, donc abstraite et impersonnelle, désincarnée ou asservissante, de la Foi en Dieu, alors que la théologie pneumatique ou spirituelle est la théologie de la connaissance empirique ou perceptible, donc concrète et plus personnelle, authentique ou libératrice, de l'Amour de Dieu ?

A mes yeux, mais ce n'est pas original, c'est sur la philosophie et sur la théologie, mais pas n'importe lesquelles, que l'on peut et doit prendre appui, pour que des connaissances et du discernement solides constituent un socle, au service de convictions chrétiennes, mais aussi au service de toute une attitude devant la vie, dans la relation aimante à Dieu comme dans la relation aimante aux êtres humains.

Par ailleurs, la connaissance empirique ou perceptible de l'Amour de Dieu me semble être, je sais que je risque de choquer, une réalité susceptible de donner lieu à des manifestations aléatoires : elle est un don de Dieu, elle n'est pas un dû pour l'homme, en outre, qui n'en a déjà fait l'expérience concrète et personnelle, dans ce domaine, le moins que l'on puisse dire est qu'il y a "des jours avec", mais aussi "des jours sans".

Alors, je m'interroge : certes, la crise de foi que connaît l'Eglise doit beaucoup aux à l'importance et à l'influence des idées philosophiques et théologiques des décennies 1950, 1960, 1970, et a été prise en charge, à partir du début du pontificat de Jean-Paul II, par le déploiement d'une stratégie, non de restauration, mais de recentrage (sauf, « évidemment », dans le domaine de l'oecuménisme et de l'interreligieux), avec les résultats contrastés que l'on connaît.

Mais cette prise en charge est-elle d'autant plus vouée à l'insuccès OU au succès qu'elle ne repose pas sur une volonté effective, de la part du pontife et des évêques, de mettre en forme puis en œuvre une véritable restauration intellectuelle, philosophique et théologique, d'inspiration thomiste, laquelle serait désormais dépassée, périmée, inadaptée, obsolète, au contact de l'individu contemporain, de la mentalité contemporaine ?

Il me semble, je vais essayer de conclure là-dessus, que l'alternative est située à peu près entre les deux branches suivantes :

- c'est une chose de dire : il s'agit de connaître Dieu, pour savoir en qui et en quoi nous croyons, mais aussi pour pouvoir l'aimer, Lui, et aimer les autres êtres humains, encore mieux et plus, en bonne connaissance, sinon "en toute connaissance", de son être et de son agir, de ce qui contribue mais aussi de ce qui contrevient à la propagation du rayonnement de son être et de son agir ;

- c'est une autre chose de dire : il s'agit de se laisser aimer par Dieu, pour faire l'expérience concrète et personnelle du fait qu'Il nous aime, malgré nos limites, nos pauvretés, du fait qu'Il se donne et nous pardonne, non pour que nous le gardions pour nous, mais pour que nous communiquions aux autres son Amour, d'autant plus que quand nous le faisons, c'est Lui qui se communique, à travers nous.

L'idéal, j'en conviens, ce serait d'articuler, de combiner, de concilier l'un et l'autre ; en chacun d'entre nous, l'une de ces deux branches constitue plus ou moins un critère dominant, ou un critère récessif, par rapport à l'autre, en fonction de certaines circonstances, de notre entendement ou de notre tempérament.

Mais l'Eglise-institution est quelque peu interrogée dans son avenir ou son devenir, au contact et au moyen d'une affirmation telle que celle qui a servi de point d'appui à la présente tentative de contribution.

Or, que je sache, la dimension intellectuelle, philosophique et théologique, de l'intelligence de la Foi en Dieu, ne constitue un obstacle à l'épanouissement de la dimension relationnelle, pneumatique ou spirituelle, de l'expérience de l'Amour de Dieu, que quand elle est mal comprise ou mal conçue, mal transmise ou mal reçue, par ceux qui en sont les émetteurs, ou par ceux qui en sont les récepteurs (et nous avons tous vocation à être, en fonction des circonstances, tantôt des émetteurs, tantôt des récepteurs), que quand elle est mal comprise, donc, et non en elle-même ou par elle-même.

Bonne journée à tous, j'espère que ce que j'ai essayé de formuler n'est ni excessif, ni inexact, ni, surtout, injuste, mais je crois qu'il ne faudrait pas que l'on s'imagine sortir de la crise actuelle, dont les fondements sont avant tout intellectuels, au moyen, en quelque sorte, d'un néo-fidéisme post-scolastique qui nous dispenserait de redécouvrir et de réactiver, y compris dans le domaine de la Foi, en matière confessionnelle et intellectuelle, religieuse et spirituelle, toute l'importance de l'exhortation de chacun d'entre nous, mais aussi des chrétiens non catholiques et des croyants non chrétiens, à l'appropriation de la dimension normative et objective de l'intelligence de la Foi catholique, pour mieux connaître et aimer le seul vrai Dieu, la seule véritable Eglise, et nos frères humains.

Et cela aussi, cette exhortation, c'est une œuvre, non d'intransigeance doctrinale, mais de miséricorde spirituelle.

Scrutator.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=593647