Un entretien avec Jean Raspail
Le Forum Catholique
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XA - 2011-04-01 12:45:24
Un entretien avec Jean Raspail
Un entretien avec Jean Raspail
Les Veuves de Santiago
Le dynamique directeur des éditions Via Romana, Benoît Mancheron, a retrouvé un jour dans une bibliothèque un livre oublié de Jean Raspail, Les Veuves de Santiago et, séduit, il a aussitôt contacté son auteur qui en avait presque oublié l’existence. Aujourd’hui Benoît Mancheron publie dans une superbe édition illustrée par Yan Méot ce roman étonnant qui nous emporte « au galop en terre indienne » et nous met face à la déchéance des grands féodaux propriétaires d’haciendas. Un roman où les résistantes sont trois femmes dans un monde en déréliction. Le roman commence par la prophétie d’un bossu. On sait que le drame est inéluctable. On découvre dans Les Veuves de Santiago un Raspail, le narrateur, sous un angle inattendu. Surprenant. – C.R.
— Votre roman de jeunesse Les Veuves de Santiago a paru aux éditions Via Romana. Pourriez-vous nous en dire deux mots ?
— Pour se changer les idées, c’est un livre épatant et brillamment illustré par Yan Méot. C’est ce que j’ai fait et cela m’a rajeuni, car ce roman est très ancien. Il a paru le 13 septembre 1962 et il a été écrit en 1960. Je l’ai commencé alors que j’étais envoyé spécial du Figaro au Congo Belge qui était alors à feu et à sang. J’étais bloqué avec mon assistant dans une petite gare en pleine forêt dans le Katanga. Nous avons attendu le train pendant trois jours et sur un banc des quais de la gare j’ai commencé ce livre. Le terreau du roman provient d’un long voyage que j’avais fait sur l’altiplano au Pérou en 1954. Ce n’est pas un livre de voyage, j’insiste, c’est un roman. L’action se passe dans une hacienda qui est la parfaite réplique d’une hacienda dans laquelle j’avais séjourné avec mon équipe à 250 kilomètres au nord-ouest du lac Titicaca dans une parfaite solitude. Les deux propriétaires de cette hacienda étaient deux frères, Hernando et Umfredo de Macedo, issus d’une vieille famille aristocratique péruvienne qui était arrivée avec Pizarro. De cette hacienda dépendait, comme au Moyen-âge, une vingtaine de villages. Les seigneurs, propriétaires des terres, protégeaient les résidents de ces villages et les populations vouaient une dévotion totale aux propriétaires de l’hacienda. La réforme agraire du général A. Odria a jeté à bas tout ce système féodal, mettant fin aux latifundios et expropriant les grands propriétaires étrangers. Nous étions une équipe de trois et nous possédions un camion tout-terrain qui ne pouvait pas circuler partout, alors nous montions à cheval et chacun d’entre nous était accompagné par cinq ou six cavaliers. Chacun de ces cavaliers avait une tâche qui lui était dévolue, l’un d’eux croisait les mains pour que nous puissions mettre le pied et monter à cheval, un autre s’occupait des mulets et du matériel, un troisième portait l’eau et ainsi tous avaient une tâche particulière. A trois nous traînions derrière nous une cavalerie de dix-huit personnes. Mais en dehors de l’hacienda et de la réforme agraire, l’intrigue est inventée.
— Pourquoi cette réédition ?
— J’avais oublié ce livre, qui n’est pas un mauvais livre. Il ne figurait même plus dans mes bibliographies et finalement Benoît Mancheron, le sympathique éditeur des éditions Via Romana, a décidé de le rééditer. Ce n’est pas une œuvre majeure mais elle est curieuse car elle est inscrite dans une période. C’est de l’avant-Raspail.
— Quelle est la part autobiographique de ce roman où les femmes sont les héroïnes ?
— Le narrateur. Avec les Yeux d’Irène, Les Veuves de Santiago est le seul livre ou les personnages féminins sont en majorité. A l’hacienda, Hernando de Macedo qui n’était pas marié avait pour servante maîtresse une magnifique indienne quechua dotée d’une grâce et d’une distinction étonnantes. Elle m’avait fortement impressionné. Les Quechuas sont les descendants d’un empire important et ils peuvent être d’une grande noblesse. Une de mes trois héroïnes, Aurora, ressemble également à la femme d’Umfredo.
— L’homme de l’avenir y est un métis, le lieutenant Mendoza, garderiez-vous le même type de héros aujourd’hui ?
— A l’occasion, certes oui, car il incarne, sans que je l’aie voulu, avec ses qualités et ses défauts, toute l’ambiguïté et la complexité du basculement démographique de notre vieux monde occidental.
Propos recueillis par Catherine Robinson
Les Veuves de Santiago par Jean Raspail, aux éditions Via Romana. 28 euros.
Entretien publié dans Présent daté du 2 avril 2011
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