« Notre-Dame des Douleurs et le sens perdu de la souffrance »
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
Vistemboir2 - 2026-09-16 09:41:09
« Notre-Dame des Douleurs et le sens perdu de la souffrance »
Traduction d’un article d’Angeline Tan paru le 16 septembre 2026 sur le site The Remnant sous le titre : « Our Lady of Sorrows and the Lost Meaning of Suffering »
------------------------------------------
Notre-Dame n'a pas fui la Croix, et nous ne le pouvons pas non plus, surtout dans un monde qui a perdu le sens de la souffrance. Le « Fiat » de Marie, son union au Christ au Calvaire et sa participation douloureuse à son sacrifice révèlent comment la souffrance peut devenir prière, don de soi et espérance lorsqu'elle est unie à Jésus-Christ sur la croix.
Le 15 septembre, l’Église catholique commémorait les Sept Douleurs de la Bienheureuse Vierge Marie. En plaçant cette célébration immédiatement après la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix (le 14 septembre), le calendrier liturgique nous offre une profonde leçon théologique : la douleur de Marie était indissociablement liée au sacrifice de Notre‑Seigneur Jésus‑Christ sur la Croix, et le sens de la souffrance chrétienne ne peut être compris qu’à la lumière du sacrifice du Christ au Calvaire.
Notre‑Dame des Douleurs n’est pas simplement l’emblème d’une affliction passive. Elle est la Femme vaillante qui se tenait au pied de la Croix, unie par la foi à la mission rédemptrice de son divin Fils. Elle n’a ni fui la souffrance, ni cherché à la justifier par des explications, ni exigé que la Croix soit retirée. Au contraire, elle est demeurée présente jusqu’à la fin.
La Bienheureuse Vierge Marie comme Corédemptrice
Comme tous les catholiques le professent, Notre‑Seigneur Jésus‑Christ est le seul Rédempteur. Jésus‑Christ étant véritablement Dieu fait homme, Sa souffrance, Sa mort et Sa résurrection constituent l'unique Sacrifice parfait qui sauve l'humanité. Aucune créature — y compris Sa propre Mère, la Bienheureuse Vierge Marie — ne peut partager Sa condition divine ni revendiquer un rôle distinct et autonome dans l'accomplissement de notre rédemption.
Pourtant, le rôle de la Bienheureuse Vierge Marie dans l'histoire du salut ne saurait être réduit à un simple symbole poétique ou à l'expression d'un sentiment maternel. Son assentiment à Dieu lors de l'Annonciation — son « Fiat » qui a changé le cours de l'histoire — a marqué le début d'une participation, librement consentie et poursuivie tout au long de sa vie, à la mission de Jésus‑Christ. En devenant Sa Mère, Notre-Dame a donné au Sauveur la nature humaine par laquelle il allait racheter le monde ; elle a accepté, comme Siméon l'avait prophétisé, la douleur déchirante qui accompagnerait cette vocation. De Nazareth au Calvaire, elle est demeurée unie à Lui tout au long de Sa vie cachée, de Son ministère public, de Son rejet, de Sa souffrance et de Sa mort.
Par conséquent, les catholiques peuvent légitimement soutenir le titre historique de « Corédemptrice », pourvu que sa signification soit soigneusement expliquée dans l'acception catholique. Ce terme ne place pas la Bienheureuse Vierge Marie sur un pied d'égalité avec Jésus‑Christ ; il reconnaît plutôt que Notre‑Dame a été unie de manière unique à Notre‑Seigneur dans Sa mission rédemptrice, toujours par Sa grâce et dans une totale dépendance à Son égard. La Bienheureuse Vierge Marie n'a pas offert un sacrifice rival qui lui serait propre. Au contraire, sa participation douloureuse découlait de sa foi et de son union maternelle à Jésus‑Christ, et s'unissait à l'unique sacrifice salvateur qu'Il a offert sur la Croix.
À cet égard, les catholiques ne doivent pas minimiser la réalité et la portée que ce titre de « Corédemptrice » a traditionnellement exprimées. Ainsi, le document Mater Populi Fidelis, publié par le Dicastère pour la doctrine de la foi (DDF) — qui exprime des réserves sur ce titre marial et met en garde contre une interprétation susceptible d'amoindrir le rôle unique de Jésus‑Christ comme Médiateur — fait malheureusement fausse route.
La souffrance et la culture de mort
Dans la présence inébranlable de la Bienheureuse Vierge Marie au pied de la Croix, l'Église trouve un défi constant lancé à une culture qui, si souvent, cherche à fuir toute forme de souffrance ou de désagrément.
Cette vérité interpelle directement une culture qui considère de plus en plus la douleur et le déclin comme des expériences dépourvues de sens. Les débats publics sur l'euthanasie et le suicide assisté présentent souvent les souffrances graves comme une indignité devant être éradiquée, la mort étant alors présentée comme la réponse la plus « compatissante ». Le Canada a déjà mis en place un cadre juridique autorisant l'aide médicale à mourir (AMM). De l'autre côté de l'Atlantique, les législateurs britanniques ont récemment rejeté un projet de loi qui aurait permis à certaines personnes en phase terminale, en Angleterre et au Pays de Galles, d'obtenir de l'aide pour mettre fin à leurs jours.
En effet, la réponse catholique face aux souffrances graves doit être imprégnée de la vertu surnaturelle de la charité. Or, la véritable « compassion » implique de traiter les malades, les personnes âgées, les personnes handicapées et les mourants avec tendresse, en assurant un soulagement adéquat de la douleur et des soins professionnels qui affirment la valeur de la vie, dans la conviction que leur existence demeure précieuse. Il convient de noter que l'Église catholique a toujours distingué le fait de provoquer intentionnellement la mort de celui d'accepter les limites de la médecine tout en dispensant des soins palliatifs proportionnés.
Une compassion authentique ne peut décréter qu'une vie humaine ne vaut plus la peine d'être vécue. De plus, elle ne saurait consister à dire à la personne qui souffre — implicitement ou explicitement — que la mort est la meilleure option parce qu'elle est devenue gênante pour la société, dépendante ou coûteuse. Une société qui offre la mort plus volontiers que la présence et l'accompagnement n'a pas résolu le problème de la souffrance ; elle a capitulé devant le culte de la mort.
À cet égard, Notre‑Dame des Douleurs propose une autre vision. Elle n'enseigne pas que la souffrance est bonne en soi. Elle enseigne que la souffrance peut être transformée lorsqu'elle est unie aux souffrances de Jésus‑Christ. Par la grâce (et non par le seul effort humain), la douleur peut devenir prière, l'impuissance peut se muer en don de soi, le lit du malade peut devenir un autel d'offrande, et l'heure ultime peut devenir une rencontre avec le Seigneur crucifié et ressuscité.
Envisager la souffrance à la lumière de l'éternité ne revient pas à prétendre que la douleur est irréelle, ni à refuser compassion et soins médicaux appropriés. C'est croire que, lorsqu'elle est unie à la Passion de Jésus‑Christ, l'angoisse elle-même peut être orientée vers un dessein divin qui dépasse la personne elle‑même. La douleur de la Bienheureuse Vierge Marie est devenue féconde parce que son Fils est entré pleinement dans la souffrance humaine. De même, les catholiques ne sont jamais abandonnés dans l'affliction, et tout sacrifice accompli par amour et dans la foi a une valeur éternelle.
La Messe traditionnelle et le Calvaire
Par ailleurs, le lien que la Messe traditionnelle en latin (MTL) établit entre la Croix et Notre‑Dame des Douleurs est particulièrement saisissant. Le Saint Sacrifice de la Messe est une représentation de l’unique sacrifice sanglant de Jésus‑Christ au Calvaire. L’autel est bien plus qu’un cadre pour un culte partagé ou une communion fraternelle ; c’est le lieu sacré où l’Église s’unit à l’offrande que Jésus‑Christ fait de lui-même au Père. De même, la MTL offre bien plus qu’une beauté esthétique ou une continuité historique. Elle constitue une véritable école du sacrifice, et le silence qui règne durant la Messe favorise l’examen de conscience, détournant le cœur humain de lui‑même pour le tourner vers Dieu.
Lors de la Messe, la Bienheureuse Vierge Marie est intimement associée au mystère célébré, tout comme elle est demeurée intimement unie au sacrifice de son Fils au Calvaire. Son exemple enseigne aux catholiques à aborder la liturgie non pas en spectateurs en quête de stimulation spirituelle, mais en humbles disciples adorant avec révérence l’Agneau de Dieu offert pour le salut du monde. Avec l’aide de Marie, Mère des Douleurs, se forment des âmes capables de résister à l’esprit du temps — cet esprit de confort, d’autonomie et de mort.
En définitive, la fête de Notre‑Dame des Douleurs est une fête de l’espérance. Les douleurs de la Bienheureuse Vierge Marie n’ont pas eu le dernier mot dans le plan salvifique de Dieu. Après tout, la Croix a conduit à la Résurrection, et le Cœur transpercé de Jésus‑Christ a mené à Son triomphe sur le péché et la mort.
À une époque où l’on dit à beaucoup que la souffrance est dénuée de sens et que la mort est la réponse, les catholiques doivent retrouver l’espérance surnaturelle et le courage de proclamer l’Évangile de la Croix, sous la conduite et l’intercession de la Mère des Douleurs ; c’est elle qui apprendra à chacun de ses enfants à se tenir au pied de la Croix sans crainte, à assister au Saint Sacrifice avec révérence et à reconnaître Jésus‑Christ en toute personne qui souffre.
Marie, Notre-Dame des Douleurs, Reine des Martyrs, Corédemptrice, priez pour nous.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=1006692