Rupture ou réforme

Le Forum Catholique

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Réginald -  2026-09-06 18:13:39

Rupture ou réforme

L’histoire de la rédaction des textes est fort intéressante, et le livre de Roberto de Mattei apporte beaucoup de matériaux. Mais une formule de compromis volontairement ouverte et la dissimulation calculée d’une doctrine moderniste sont deux choses différentes. Curieusement, de Mattei rejoint d’ailleurs, quoique pour en tirer une conclusion exactement inverse, l’école de Bologne sur un point essentiel : l’idée que Vatican II constitue historiquement un événement de rupture. Les deux camps ont besoin de la rupture, l'un pour s'en réjouir comme d'une libération par rapport à un catholicisme figé, l'autre pour la dénoncer comme une trahison. Mais cette convergence structurelle entre extrêmes opposés n'est pas une preuve de leur justesse commune...

Or la clef de lecture du Concile ne peut précisément pas être celle d’une rupture supposée d’avance. Elle doit être celle indiquée par Benoît XVI : non pas « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture », mais « l’herméneutique de la réforme », c’est-à-dire du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Église. C’est une exigence ecclésiologique fondamentale. Si l’Église d’après Vatican II n’était plus substantiellement la même que celle d’avant Vatican II, c’est l’identité même de l’Église qui serait mise en cause.

Bien entendu, il y a des ambiguïtés, des maladresses ou des équilibres discutables dans certains textes. Si l’on veut être un peu provocateur, on pourrait d’ailleurs faire une remarque analogue à propos de Vatican I. Isolées de l’ensemble de l’ecclésiologie catholique et poussées dans un sens maximaliste, certaines de ses affirmations sur la primauté et l’infaillibilité pontificales ont pu nourrir une forme de papolâtrie qui mène sédévacantisme. Cf. Adrien Abauzit.

A Vatican II, Gaudium et spes est sans doute l’un des meilleurs exemples de texte dont certains équilibres peuvent être discutés. Ratzinger lui-même qualifiait le schéma XIII de « Sorgenkind des Konzils », l’« enfant à problèmes » du Concile, et ses réserves à son égard furent réelles et durables. Ses réserves portaient surtout sur l'anthropologie du chapitre I et sur une certaine confiance dans l'autonomie des réalités terrestres qui, selon lui, risquait de sous-estimer la portée du péché et de verser dans un optimisme historique difficilement tenable après 1968.
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