Quand la réforme dépasse ses premiers artisans

Le Forum Catholique

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Réginald -  2026-09-06 14:13:52

Quand la réforme dépasse ses premiers artisans

Le nouveau Missel a été reçu par Paul VI et très largement par l’épiscopat comme une mise en œuvre légitime de SC. On ne saurait donc opposer terme à terme « le Concile » et le NOM.

Il faut noter cependant qu'une bonne partie de la minorité conciliaire elle-même choisit d’accepter la réforme en cherchant à l’interpréter et à l’appliquer dans un sens de continuité avec la tradition antérieure. Le cardinal Siri en offre un bon exemple. Son décret du 8 décembre 1974, qui règle à Gênes l’application de la réforme en matière de culte eucharistique et d’aménagement des églises, accepte explicitement les autels versus populum, mais les encadre étroitement : toute transformation doit être autorisée ; les autels doivent conserver en permanence leurs chandeliers ; le maintien du crucifix au centre de l’autel est fortement recommandé ; les autels provisoires placés devant l’ancien maître-autel sont en principe interdits. Si le tabernacle est séparé de l’autel, il doit conserver une place éminente et être disposé de manière à dominer visuellement le célébrant. Surtout, Siri prescrit que les fidèles reçoivent la communion à genoux et interdit dans l’archidiocèse la communion debout.

Mgr Proença Sigaud, l’un des principaux animateurs du Coetus, accepta lui aussi la réforme liturgique de Paul VI — son soutien à celle-ci fut même l’un des points de rupture avec la TFP en 1970. Seuls Mgr Lefebvre et Mgr Castro Mayer suivirent, parmi les principales figures de cette minorité, une voie différente.

D'autre part, il faut distinguer le Missel lui-même des pratiques qui se sont ensuite généralisées autour de lui. La célébration face au peuple n’est prescrite nulle part par SC. L’usage exclusif du vernaculaire va au-delà de sa lettre, qui prévoyait le maintien du latin ; quant à la communion dans la main, le cas est plus net encore, puisqu’en 1969 la majorité des évêques consultés s’y était déclarée opposée.

On peut donc parler d’un processus historique qui a, sur plusieurs points, dépassé ce qu’envisageaient explicitement les textes et nombre de leurs premiers acteurs. Le phénomène n’a rien d'étonnant. Je parle ici sous le contrôle de notre cher Luc Perrin : une réforme enclenche une dynamique qui, par le jeu des habitudes, des décisions locales et des validations successives de l’autorité, peut finir par aller sensiblement plus loin que son point de départ. C’est en ce sens seulement — et l’analogie a évidemment ses limites — qu’on pourrait rapprocher ce processus de celui de la Révolution française : les hommes de 1789 n’avaient pas tous en vue 1793, mais la dynamique qu’ils avaient engagée produisit des développements que beaucoup d’entre eux n’avaient ni prévus ni souhaités.
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