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Le Forum Catholique

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Signo -  2026-08-29 21:29:49

[réponse]

Je vous avoue être fatigué d’avoir sans cesse à remettre sous les yeux de mes interlocuteurs les mêmes évidences sur les mêmes sujets, et à être confronté à des gens qui sont dans le déni et l’aveuglement.

Je vais néanmoins faire un nouvel effort pour rappeler ce qui a déjà été dit cent fois sur ce forum.

Vous écrivez:

De ce constat historique, que nous partageons, vous passez à des formules comme « destruction totale », « dévastation sans précédent » ou encore « destruction de la vie catholique ». Ces expressions, fort polémiques, me paraissent difficilement soutenables car, prises à la lettre, elles impliqueraient que l’Église, en donnant à ses fidèles cette liturgie, leur aurait donné une pierre lorsqu’ils lui demandaient du pain (Lc 11, 11).



Le problème, voyez-vous, c’est que les termes de « destruction », de « dévastation » ne sont ni de moi, ni de personnalités impliquées dans le mouvement lefebvriste. Le même diagnostic, avec le même vocabulaire radical, a été posé par les personnalités les plus éminentes de la nouvelle théologie et du mouvement liturgique. Je les remets une dernière fois sous vos yeux pour clore définitivement le débat.

- ainsi le P. Gélineau, grande figure du mouvement liturgique:

“Que ceux qui, comme moi, ont connu et chanté une messe solennelle grégorienne en latin s’en souviennent, s’ils le peuvent. Qu’ils la comparent avec la messe que nous avons maintenant. Non seulement les paroles, les mélodies et certains gestes sont différents mais, à dire la vérité, il s’agit d’une liturgie différente de la messe. Ceci doit être dit sans ambiguïté : le rite romain tel que nous l’avons connu n’existe plus : il est détruit”.

In. Joseph GELINEAU, Demain la Liturgie, Paris 1976, p. 10.



-de même, Joseph Ratzinger, dans la préface de l’ouvrage de Klaus Gamber consacré à la réforme liturgique, écrivait:

« la réforme liturgique, dans sa réalisation concrè­te, s'est éloignée toujours davantage de cette origine [le premier mouvement liturgique]. Le résultat n'a pas été une réanimation, mais une dévastation.



- faisait lui aussi le même diagnostic, le P. Louis Bouyer écrivait dans La Décomposition du catholicisme:

La culture proprement chrétienne, et sa capacité de s'ouvrir à la culture humaine en général, ne repose pas seulement sur des recherches savantes, quelque importantes qu'elles soient. Elle suppose un soubassement, ou plutôt un humus vital, où tous, les chrétiens les plus cultivés comme les plus ignorants, doivent plonger leurs racines, et qui est lui-même le terrain de base de cette culture. Ce soubassement, cet humus, c'est la vie liturgique seule, dans toute sa plénitude humaine et sacrale, avec l'interprétation vécue de la Parole de Dieu qu'elle seule nous procure, qui peut le constituer. Une fois de plus, ici, il faut dire les choses sans ambages : il n'y a pratiquement plus de liturgie digne de ce nom, à l'heure actuelle, dans l'Eglise catholique. La liturgie d'hier n'était plus guère qu'un cadavre embaumé. Ce qu'on appelle liturgie aujourd'hui n'est plus guère que ce cadavre décomposé. Une fois de plus, il y aurait trop à dire sur ce sujet. Nulle part peut-être la distance n'est plus grande, voire l'opposition formelle, entre ce que le Concile avait produit sur ce sujet et ce qu'on en a fait. Sous le prétexte d' « adapter » la liturgie, on a simplement oublié qu'elle est et ne peut être que l'expression traditionnelle du mystère chrétien dans toute sa plénitude de source jaillissante. J'ai passé la plus grande partie peut-être de ma vie sacerdotale à tâcher de l'expliquer. Mais j'ai maintenant l'impression, et je ne suis pas le seul, que ceux qui ont pris en main d'autorité l'application (?) des directives du Concile sur ce point ont tourné le dos délibérément à tout ce qu'un Beauduin, un Casel, un Pius Parsch avaient entrepris, et à quoi j'avais essayé vainement d'ajouter ma petite pierre. Je ne veux pas apporter ou paraître apporter plus longtemps ma caution, si peu qu'elle vaille, à ce reniement et cette imposture. S'il y en a que la chose intéresse encore, ils peuvent lire les livres que j'ai écrits là-dessus, il n'y en a que trop ! Ou mieux, ceux des maîtres que je viens de citer, auxquels on a pu tourner le dos, bien que le Concile eût canonisé l'essentiel de leur œuvre, mais auxquels on n'a rien ajouté qui vaille, ces derniers temps. Quand on aura tout mis par terre, il faudra bien y revenir.



Et je vous fait grâce de ce qu’écrivait dans ses Mémoires le P. Bouyer sur la réforme elle-même…

Voilà pour le diagnostic.

Ensuite je ne sais pas pourquoi vous m’accusez de faire du nouveau missel la source de tous les maux, alors que j’ai justement fait l’effort dans le message auquel vous répondez de longuement préciser dans le détail comment le nouveau rite a non pas causé mais échoué à résoudre la crise, tout en faisant entrer les principes de la révolution dans le cadre normatif de la liturgie officielle. Une tactique pour épuiser vos interlocuteurs en les contraignant à se répéter sans cesse sans doute?

Enfin, votre dernière remarque est tout bonnement incompréhensible. Je n’ai jamais dénié à quiconque le droit d’assister au nouveau rite. Une fois de plus on est dans l’inversion accusatoire: on accuse le condamné d’être le bourreau. Vous savez pertinemment que c’est l’inverse qui est vrai: ce sont les autorités actuelles de l’Eglise qui veulent nous priver de la liturgie qui nous nourrit, et non pas nous qui voulons empêcher les autres d’aller à la nouvelle messe.

Franchement les remarques de mes interlocuteurs sont parfois tellement étranges, tellement décalées, que je suis bien obligé de me poser la question sur ce que ces mêmes âneries ou contre-vérités sans cesse assénées comme si on y avait jamais répondu signifient….
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