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De ce constat historique, que nous partageons, vous passez à des formules comme « destruction totale », « dévastation sans précédent » ou encore « destruction de la vie catholique ». Ces expressions, fort polémiques, me paraissent difficilement soutenables car, prises à la lettre, elles impliqueraient que l’Église, en donnant à ses fidèles cette liturgie, leur aurait donné une pierre lorsqu’ils lui demandaient du pain (Lc 11, 11).
“Que ceux qui, comme moi, ont connu et chanté une messe solennelle grégorienne en latin s’en souviennent, s’ils le peuvent. Qu’ils la comparent avec la messe que nous avons maintenant. Non seulement les paroles, les mélodies et certains gestes sont différents mais, à dire la vérité, il s’agit d’une liturgie différente de la messe. Ceci doit être dit sans ambiguïté : le rite romain tel que nous l’avons connu n’existe plus : il est détruit”.
In. Joseph GELINEAU, Demain la Liturgie, Paris 1976, p. 10.
« la réforme liturgique, dans sa réalisation concrète, s'est éloignée toujours davantage de cette origine [le premier mouvement liturgique]. Le résultat n'a pas été une réanimation, mais une dévastation.
La culture proprement chrétienne, et sa capacité de s'ouvrir à la culture humaine en général, ne repose pas seulement sur des recherches savantes, quelque importantes qu'elles soient. Elle suppose un soubassement, ou plutôt un humus vital, où tous, les chrétiens les plus cultivés comme les plus ignorants, doivent plonger leurs racines, et qui est lui-même le terrain de base de cette culture. Ce soubassement, cet humus, c'est la vie liturgique seule, dans toute sa plénitude humaine et sacrale, avec l'interprétation vécue de la Parole de Dieu qu'elle seule nous procure, qui peut le constituer. Une fois de plus, ici, il faut dire les choses sans ambages : il n'y a pratiquement plus de liturgie digne de ce nom, à l'heure actuelle, dans l'Eglise catholique. La liturgie d'hier n'était plus guère qu'un cadavre embaumé. Ce qu'on appelle liturgie aujourd'hui n'est plus guère que ce cadavre décomposé. Une fois de plus, il y aurait trop à dire sur ce sujet. Nulle part peut-être la distance n'est plus grande, voire l'opposition formelle, entre ce que le Concile avait produit sur ce sujet et ce qu'on en a fait. Sous le prétexte d' « adapter » la liturgie, on a simplement oublié qu'elle est et ne peut être que l'expression traditionnelle du mystère chrétien dans toute sa plénitude de source jaillissante. J'ai passé la plus grande partie peut-être de ma vie sacerdotale à tâcher de l'expliquer. Mais j'ai maintenant l'impression, et je ne suis pas le seul, que ceux qui ont pris en main d'autorité l'application (?) des directives du Concile sur ce point ont tourné le dos délibérément à tout ce qu'un Beauduin, un Casel, un Pius Parsch avaient entrepris, et à quoi j'avais essayé vainement d'ajouter ma petite pierre. Je ne veux pas apporter ou paraître apporter plus longtemps ma caution, si peu qu'elle vaille, à ce reniement et cette imposture. S'il y en a que la chose intéresse encore, ils peuvent lire les livres que j'ai écrits là-dessus, il n'y en a que trop ! Ou mieux, ceux des maîtres que je viens de citer, auxquels on a pu tourner le dos, bien que le Concile eût canonisé l'essentiel de leur œuvre, mais auxquels on n'a rien ajouté qui vaille, ces derniers temps. Quand on aura tout mis par terre, il faudra bien y revenir.