Je laisse la parole...

Le Forum Catholique

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Athanasios D. -  2026-08-25 22:12:53

Je laisse la parole...

... à Mgr Bugnini (pardonnez-moi, je n'ai pas le temps de reproduire la mise en forme):


13. LES OBSERVATEURS AU CONSILIUM

Une particularité des réunions du Consilium était la participation d’observateurs de communautés non catholiques. C’était une réalité amicale, fraternelle et pacifique mais, à l’extérieur, cela donna aussi prise à des insinuations et à des interprétations arbitraires et parfois malveillantes (279).
Voici comment cette initiative naquit, et quelles sont ses limites (280).
À l’audience du 2 décembre 1965, le Cal Lercaro, président du Consilium, donna au Saint-Père un exposé dans lequel il était dit que quelques membres de l’Église anglicane, engagés dans la révision de la liturgie de cette Église, avaient fait savoir, par une voie indirecte, qu’ils s’intéressaient aux travaux du Consilium et aimeraient les suivre.
Une connaissance mutuelle des études et des schémas de chacun ne serait peut-être pas mauvaise. Cela aurait pu être un élément positif de rapprochement.
Pour certaines parties de la liturgie, ajoutait-on, la voie semblait accessible. Par exemple, si l’on pouvait arriver à un schéma commun du psautier pour l’office divin et ses lectures, on pourrait spirituellement et psychologiquement contribuer à une union.
D’autres confessions encore montrèrent leur intérêt pour la réforme liturgique de l’Église romaine.
Le 14 décembre suivant arriva la réponse positive du Saint-Père. Il a été demandé au Consilium d’établir les normes appropriées en collaboration avec le Secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens, la secrétairerie d’État et la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
De décembre 1965 jusqu’en août 1966, il y eut un échange mutuel de points de vue et d’informations entre les bureaux mentionnés ci-dessus et le Consilium, ainsi qu’entre le Secrétariat pour l’unité des chrétiens et les différentes communautés ecclésiales intéressées, avec pour but de définir des noms et des conditions de participation.
Enfin, le 23 août 1966, la liste des « observateurs » approuvés par la secrétairerie d’État et par la S. Congrégation pour la Doctrine de la Foi était composée comme suit :
La communauté anglicane désigna (le 1er juillet) :
1. Révérend Ronald C. D. Jasper, D. D., de Londres, président de la commission liturgique de l’Église anglicane d’Angleterre.
2. Dr Massey H. Shepherd, Jr., de Californie, professeur à la Church Divinity School of the Pacific.
Le Conseil œcuménique des Églises nomma (12 août) :
3. Pr A. Raymond George, membre de la Conférence méthodiste,
directeur du Wesley College de Headingley, Leeds, Angleterre.
La Fédération luthérienne mondiale choisit (12 août) :
4. Pasteur Friedrick-Wilhelm Künneth, de Genève, secrétaire de la commission « for Worship and Spiritual Life », remplacé en 1968 par :
5. Révérend Eugene L. Brand, méthodiste luthérien de New York.
Enfin, la communauté de Taizé choisit :
6. Pasteur Max Thurian, sous-prieur.
On proposa d’inviter comme observateur un représentant de l’Église orthodoxe, mais cette initiative n’eut aucune suite.
Quel était le rôle de ces « observateurs » au Consilium ? Ils n’en avaient d’autre que, précisément, celui d’« observer ». Leur présence aux réunions du Consilium était d’une incomparable discrétion. Aucun d’eux n’intervint jamais dans une discussion ni ne demanda la parole.
Ils étaient les premiers à arriver pour les réunions et les derniers à quitter la salle, toujours affables, doux, sobres et disposés à écouter aimablement les conversations en cours.
Le Consilium ne demanda qu’une seule fois l’avis « collégial » des observateurs, lors de la discussion sur les problèmes du cycle des lectures dans la célébration eucharistique.
Le cycle sur trois ans ayant été admis, la question se posa de savoir s’il fallait conserver celui qui existait déjà dans le missel romain, ou s’il devait être entièrement repensé.
La première solution était soutenue par un groupe emmené par le Cal Augustin Bea. Leur principal argument était œcuménique : l’ordre traditionnel des lectures dans la célébration eucharistique est utilisé dans nombre de communautés non catholiques, notamment chez les luthériens. Il semblait donc plus prudent de ne pas abandonner cet élément d’union.
La deuxième solution était celle du groupe d’étude qui menait les travaux du lectionnaire, dirigé par le P. Vagaggini.
La majorité des membres se prononça en faveur de la deuxième solution.
Toutefois, pour s’assurer que la thèse respecte réellement la pensée des autres confessions chrétiennes, on décida d’assembler en une réunion mixte les cinq « observateurs » et les experts du Consilium.
Cette réunion se tint dans l’après-midi du 8 octobre 1966, au sein de la résidence Sainte-Marthe. Le 10 octobre, au début de l’assemblée générale, le révérend Jasper, anglican, lut une déclaration dans laquelle il était dit que les « observateurs » :
a) ne pouvaient prendre aucune décision, parce qu’aucun d’entre eux ne pouvait s’engager au nom de sa communauté ;
b) ne voulaient pas que des raisons œcuméniques empêchent l’abandon du lectionnaire traditionnel. Eux aussi, de fait, désiraient une révision semblable et attendaient les résultats de la vénérable Église romaine ;
c) soumettaient la proposition que le nouveau lectionnaire romain soit éprouvé pour un temps raisonnable et que, dans l’intervalle, on puisse prendre les dispositions nécessaires pour parvenir à un lectionnaire concordé entre l’Église romaine et d’autres communautés chrétiennes.
Ce fut l’unique intervention voulue par les Pères, acceptée par les observateurs et conclue avec politesse, respect et discrétion (281).
Quelques observateurs exprimèrent, au terme des travaux du Consilium,
leur désir de pouvoir continuer à prendre part aux réunions plénières de la Congrégation pour le Culte divin. Cependant, les autorités compétentes refusèrent cette requête.
___
Notes :
279. Les adversaires de la réforme de la messe en profitaient pour affirmer que celle-ci était protestante. Une des preuves principales en serait la participation des protestants dans sa préparation. On abusa aussi d’une photographie prise à la fin des travaux, où le Saint-Père voulut poser avec les observateurs en signe de bienveillance fraternelle.
280. Cf. N 10 (1974) 249-252.
281. Dans les groupes d’étude, on demanda la collaboration des observateurs pour connaître leurs expériences dans leurs Églises à propos des preces de l’office divin. Puisqu’il s’agissait d’un élément nouveau, dont la communauté de Taizé avait fait l’expérience, le groupe d’étude 12 bis profita de la collaboration précieuse et aimable du révérend Max Thurian.
Au contraire, l’accusation selon laquelle la troisième prière eucharistique avait été composée en collaboration avec les protestants est fausse. Une précision à ce sujet est donnée dans Notitiae 10, 1974, p. 252 : « La rédaction du schéma de base de la troisième prière eucharistique s’est effectuée, en trois mois de travail (été 1965), dans la bibliothèque de l’abbaye du MontCésar à Louvain, par un des plus vaillants consulteurs du Consilium, maintenant membre de la Commission théologique internationale, dont tous reconnaissent la compétence théologique de premier ordre accompagnée d’une connaissance peu commune de la liturgie. Le schéma a ensuite été minutieusement examiné et perfectionné, à plusieurs reprises, par le groupe d’étude chargé de la réforme du rite de la messe. Chacun peut voir dans l’Elenchus les noms du personnel du Consilium. Des changements ultérieurs furent apportés quand le schéma passa aux Pères du Consilium (session VIII, avril 1967).
Il y eut ensuite l’examen réalisé par les autres institutions compétentes du Saint-Siège. C’est de cette quadruple tamisage que sortit le texte de la troisième prière eucharistique qui, enfin approuvée par le Saint-Père Paul VI, est entrée dans le missel.
Toute autre affirmation est le fruit de l’imagination, de préjugés ou d’insinuations malveillantes, et ne repose sur aucun fondement. »

(La Réforme de la Liturgie (1948-1975))



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