Même avec ce critère la distinction reste compliquée, exemples
Le Forum Catholique
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Jean-Baptiste Cybo - 2026-08-18 16:15:09
Même avec ce critère la distinction reste compliquée, exemples
I - Marseille
Je prends le Missale Massiliense de 1530. Il se présente expressément comme Missale secundum usum ecclesiae cathedralis Massiliensis et comprend, outre le calendrier et le sanctoral, la préparation et la vêture du célébrant, l’aspersion, l’ordinaire de la messe et les cérémonies particulières de l’année.
Si on examine le rituel eucharistique lui-même, sa parenté avec l’Ordo Missæ romain est immédiatement reconnaissable. L’entrée à l’autel suit le cursus Introibo ad altare Dei – Iudica me – Confiteor – Misereatur – Aufer a nobis – Oramus te ; après Kyrie, Gloria, lectures et Credo, l’Offertoire est construit autour des mêmes grandes prières que le romain : Suscipe sancte Pater, Offerimus tibi Domine calicem salutaris, In spiritu humilitatis, Veni sanctificator, Suscipe sancta Trinitas et Orate fratres. Le Canon est le Canon romain et l’enchaînement demeure fondamentalement romain.
Marseille possède cependant de véritables variantes à l’intérieur de l’Ordo. À l’Offertoire s’ajoute notamment Grata tibi sit Domine haec nostra oblatio ; pour le mélange de l’eau au vin apparaît la formule Ex latere Domini…, avec Deus qui humanae substantiae comme autre possibilité. La manipulation de la patène au Libera nos comporte une gestuelle particulière liée aux mentions de Pierre, Paul et André. Surtout, les ablutions sont beaucoup plus développées que dans le romain : après Quod ore sumpsimus et Corpus tuum Domine, le célébrant récite notamment le Nunc dimittis lors de l’ablution des doigts, puis Agimus tibi gratias, des versets et une oraison supplémentaire avant le Placeat.
Ce sont de véritables coutumes eucharistiques, mais elles s’insèrent dans un Ordo qui reste celui de Rome. Marseille se situe donc au-dessus d’un simple propre diocésain.
Doit on simplement parler d’un usage marseillais fortement particularisé du rite romain, plutôt que d’un rite autonome ?
II - Braga:
Le Missale Bracarense de 1558i possède une identité institutionnelle plus affirmée. Pourtant, l’examen de l’Ordinarium Missæ de 1558 montre une remarquable proximité avec Rome. Le célébrant commence par Introibo ad altare Dei, récite le psaume Iudica me, puis Adiutorium nostrum, Confiteor, Misereatur, Indulgentiam, Deus tu conversus, Ostende nobis, Domine exaudi, avant Aufer a nobis et Oramus te. À l’Offertoire, Braga connaît des formules alternatives ou particulières, mais conserve notamment Suscipe sancte Pater pour l’offrande du pain et Offerimus tibi Domine calicem salutaris pour le calice. Le Canon est romain et l’organisation après celui-ci demeure construite à l'identique,.
Braga se distingue néanmoins davantage que Marseille par la codification globale de la célébration : rubriques propres, interventions du diacre et du sous-diacre, cérémonial de la messe solennelle et tradition capitulaire forment un système cohérent. Mais si on s'en tient à l'offertoire, le Bracarense du XVIe siècle demeure très proche du romain.
Doit on simplement parler d’un usage doté d’une identité liturgique locale très forte, plutôt que d’un rite autonome ?
III - Lyon:
Le premier Missale Lugdunense imprimé, en 1487, fixe une tradition déjà attestée par plusieurs manuscrits antérieurs. La préparation lyonnaise ne reproduit ainsi pas simplement le cursus romain. On note des variations autour du Confiteor apparaissent. Plus décisif encore est l’Offertoire lyonnais. Pour l’hostie, au lieu du Suscipe sancte Pater romain, le célébrant emploie Dixit Iesus discipulis suis: Ego sum panis vivus… ; le vin est accompagné de De latere Domini nostri Iesu Christi exivit sanguis…, l’eau de Et aqua pro redemptione… ; en découvrant le calice apparaît Quid retribuam Domino… Calicem salutaris accipiam, puis Hanc oblationem quaesumus omnipotens Deus…. Ce n’est donc plus simplement l’Offertoire romain augmenté d’une oraison locale.
Après le Canon — qui demeure bien le Canon romain — Lyon conserve donc des particularités très forte et des prières propres entourant la communion.
Selon le critère des variations de rites d’offertoire différents du romain, on serait alors ici dans le cas d'un vrai rite propre. Moins évident certes que le rite ambrosien.
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