"Le Vatican a procédé à un vote secret sur les apparitions de Medjugorje : les deux tiers les ont rejetées."

Le Forum Catholique

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Vistemboir2 -  2026-08-15 19:07:49

"Le Vatican a procédé à un vote secret sur les apparitions de Medjugorje : les deux tiers les ont rejetées."

Traduction de l’article de Gaetano Masciullo paru le 15 août 2026 sur The Remnant sous le titre : « Vatican Held Secret Vote on Medjugorje Apparitions: Two-Thirds Rejected it »
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Pendant des années, l’enquête du Vatican sur Medjugorje est restée secrète. Aujourd’hui, le verdict de la Commission Ruini a été rendu public : les deux tiers des votants ont rejeté le caractère surnaturel des apparitions. Dès lors, pourquoi l’Église a-t-elle opté pour une approche pastorale plutôt que pour un jugement définitif ? Il s’agit en fin de compte de discernement, d’obéissance, de Tradition… et de la nouvelle logique, pour le moins étrange, de l’Église synodale.

L’Église synodale et Međugorje : Histoire d’une relation éloquente


Le 6 août dernier, le journaliste italien David Murgia a publié un reportage exclusif concernant les votes secrets de 33 théologiens et hauts dignitaires ecclésiastiques appartenant à la Commission internationale présidée par le cardinal Camillo Ruini et mandatée par le pape Benoît XVI en 2010 pour étudier et évaluer la crédibilité des apparitions mariales présumées de Međugorje, en Bosnie‑Herzégovine.

Les apparitions de Međugorje ont débuté le 24 juin 1981, lorsque six jeunes gens du petit village de Međugorje, en Bosnie‑Herzégovine, ont affirmé avoir vu la Vierge Marie, qui se serait présentée comme la « Reine de la Paix ». Depuis lors, les voyants affirment avoir reçu des messages spirituels et des appels à la conversion, à la prière et à la pénitence, dont certains se poursuivent encore aujourd’hui.

Bien que ces phénomènes n'aient pas été officiellement reconnus comme surnaturels par l'Église catholique, et malgré les fortes réserves des ordinaires locaux – je pense notamment aux évêques de Mostar‑Duvno, Pavao Žanić (1980-1993) et Ratko Perić (1993-2020) –, ce phénomène d'origine mariale présumée a donné naissance à un mouvement de foi international et à un pèlerinage mondial. Chaque année, des millions de personnes se rendent à Međugorje en quête de renouveau spirituel ou de réconciliation.

Inévitablement, un important marché spirituel et religieux s'est développé autour de ce phénomène, principalement constitué d'activités liées au tourisme. Selon les estimations du sociologue Vencel Čuljak, ce marché a généré plus de 11 milliards d'euros entre 1981 et 2013. Chaque année, Međugorje génère un revenu total de 90 millions d'euros.

De ce chiffre d'affaires, seuls 3 milliards environ sont restés dans la ville de Međugorje et encore moins – 290 millions d'euros, dons exclus – dans le diocèse local. Bien que la gestion financière soit largement autonome et locale, cela s'explique aussi par le fait que le Saint‑Siège n'a pas pris position officiellement sur le sujet. L'impact économique considérable est en même temps mal encadré, ce qui engendre des contributions financières importantes qui parviennent indirectement, mais constamment, à l'Église, au sens universel du terme.

Je n'ai pas apporté cette précision économique dans le but d'alimenter des polémiques idéologiques pseudo-socialistes stériles, selon lesquelles les phénomènes religieux n'existeraient que pour générer du profit ou (pire encore) selon lesquelles ils ne devraient en aucun cas générer de profit, pas même indirectement : un raisonnement typique de quelqu'un qui ne comprend pas grand-chose à l'économie et, plus généralement, au fonctionnement du monde.

Il est en effet inévitable, et même légitime, qu'un segment de marché se développe autour des grands événements spirituels, comme c'est le cas, entre autres, pour les sanctuaires de Fatima, de Guadalupe ou de Lourdes. En clair : là où il y a demande, il y a offre. Toutefois, s'attarder sur les données économiques concernant Međugorje est utile, car leur importance peut nous aider à comprendre certains des choix stratégiques opérés par François ces dernières années : j'y reviendrai prochainement.

21 des 33 membres de la Commission Ruini auraient voté contre le caractère surnaturel de Medjugorje.

Ce ne serait d'ailleurs pas la première fois que le Vatican, sous le pontificat de Bergoglio (lui aussi marqué par une profonde crise financière, comme chacun sait), se laisse influencer par des considérations économiques, tout en continuant hypocritement de dénoncer la société de marché et la propriété privée.

Le cas allemand en est un exemple emblématique : une Église extraordinairement riche, capable d'exercer un pouvoir immense et d'agir en contradiction flagrante avec la doctrine catholique et les actes de l'autorité papale, comme l'ont démontré, par exemple, les initiatives du cardinal Marx et de la Conférence des évêques allemands concernant les bénédictions des homosexuels et la pastorale des personnes LGBTQ+.

Malgré la désobéissance manifeste au pape Léon XIV et le veto du cardinal Fernández, aucune menace d'excommunication ni d’autre sanction canonique n'a été proférée à leur encontre. En effet, le cardinal Parolin a même modéré publiquement ses propos (incidemment : à la veille de l'excommunication de la FSSPX), en déclarant : « [J'espère] ne jamais avoir à recourir à des sanctions, que les problèmes puissent être résolus pacifiquement, comme il se doit dans l'Église. »

La Commission Ruini et la déclaration des évêques

Pour revenir à l'actualité du jour, la révélation de Murgia (il est important de noter qu'il s'agit d'un journaliste qui croit en l'authenticité des apparitions de Medjugorje et qui, par conséquent, ne peut être accusé de partialité) est utile pour mieux comprendre le programme du pape François concernant les apparitions et les phénomènes mystiques.

Le 17 mars 2010, le pape Benoît XVI a confié au cardinal Ruini la direction de la commission internationale d'enquête sur Medjugorje. Dans un premier temps, la commission semblait favorable, du moins quant à la validation des premières apparitions. En réalité, comme nous le verrons, ces premiers épisodes sont les plus problématiques. Très vite, plusieurs anomalies ont commencé à apparaître.

Il est impossible de rassembler dans un seul article toutes les erreurs théologiques, les contradictions dissimulées dans les milliers de messages que la Gospa aurait continuellement transmis aux voyants, les nombreuses implications profondément problématiques pour la vie spirituelle et ecclésiale qu'implique une éventuelle acceptation de ce qui a été « communiqué » aux six voyants bosniens, ou encore le contexte culturel et spirituel dans lequel le phénomène de Međugorje est né et s'est développé. Je me limiterai ici à présenter trois aspects qui, à mon sens, sont les plus problématiques de toute cette affaire.

A) L'apparition du Diable

Un aspect souvent négligé dans les cercles de Međugorje concerne le caractère anormal des premières manifestations. Le cycle des apparitions présumées n'a en réalité pas débuté dans une atmosphère de sérénité spirituelle, comme à Lourdes ou à Fatima, mais dans un contexte de terreur authentique.

Selon le mariologue René Laurentin, favorable à l'authenticité du phénomène (cf. La Vierge Apparaît-Elle à Međugorje ?, 1984), la première vision – le 24 juin 1981 – fut celle d'une créature noire qui terrifia les voyants, les forçant à fuir. Ce n'est que plus tard, lorsque les voyants retournèrent sur la colline, qu’apparut la figure qui s'identifia par la suite comme la Vierge Marie.

D'autres témoignages, comme celui de Donal Foley (cf. Međugorje Revisited: 30 years of Visions or Religious Fraud ?, 2011), décrivent la Gospa (« Notre‑Dame ») avec des traits anormaux, voire inquiétants.

« Lors des premières apparitions, la Gospa surgit d'un nuage de lumière qui prend peu à peu l'apparence d'une jeune femme d'une vingtaine d'années. Elle a les yeux bleus et porte une robe grise. Elle semble tenir dans ses bras ce qui ressemble à un bébé, mais aucun trait de ce dernier n'est visible. Ses mains tremblent. Elle rit. Les voyants peuvent la toucher et l'embrasser, mais ses vêtements sont froids comme de l’acier. Lorsqu'une femme médecin lui demanda si elle pouvait la toucher elle aussi, la Gospa accepta, mais se plaignit des "Judas incrédules". »


Le 26 juin 1981, alors que Marija redescendait de la montagne après l'apparition, elle fut mystérieusement poussée au bord du sentier par une force invisible.

La question n'est plus simplement de savoir si Medjugorje est authentique, mais si l'Église moderne sait encore juger.

Le 2 août 1981, l'apparition aurait permis aux personnes présentes de la toucher. Cependant, tandis qu'elles la « touchaient » (quel que soit le sens de ce terme), la Vierge prit une apparence de plus en plus sombre. La voyante Marija expliqua que cela était dû aux péchés de ceux qui l'avaient touchée.

Une autre fois, le 25 décembre 1982, la voyante Mirjana déclara avoir eu, au lieu de la Vierge Marie, l'apparition d'une créature monstrueuse lui promettant succès et richesse. Soudain, cette apparition se « transforma » en l'image de la Vierge, qui s'excusa auprès de la voyante et lui expliqua qu'elles avaient vu le diable et qu'il s'agissait d'une épreuve.

La présence de la peur, de la métamorphose, du rire et des ténèbres contraste assurément avec la tradition mystique catholique, qui associe les manifestations mariales authentiques à des signes de grâce et de sérénité surnaturelle, et non à des phénomènes ambigus ou de terreur.

B) Examens médicaux contradictoires

Un autre élément intéressant concerne les examens médicaux auxquels les voyantes étaient régulièrement soumises. Là encore, le récit proposé par les cercles de Međugorje présente les voyantes comme totalement déconnectées de leur environnement, au point de ne plus percevoir les personnes qui les entouraient. De fait, de nombreux examens médicaux semblent confirmer cet état de conscience altéré.

Cependant, d'autres examens contredisent cette conclusion et sont généralement passés sous silence. En 1988, des investigations scientifiques indépendantes menées pendant les prétendues extases des voyantes ont démontré que, contrairement aux affirmations des médecins de l'association Regina della Pace en 1985, Marija Pavlović présentait une sensibilité cornéenne et un clignement des yeux parfaitement normaux, signes physiologiques d'un état de conscience intact : elle réagissait donc comme une personne pleinement éveillée, réfutant ainsi l'hypothèse d'un phénomène surnaturel.

En effet, le 14 janvier 1985, lors d'une apparition, Jean‑Louis Martin, un fidèle, décida de « tester » lui-même l'extase supposée et fit soudain un geste de karaté, pointant deux doigts vers les yeux de la voyante Vicka Ivanković. Loin de rester impassible, elle ferma les yeux et tourna brusquement la tête. L'épisode fut filmé puis analysé.

Il semble donc que nous soyons face à un phénomène complexe, où des états de conscience modifiés alternent avec des moments de pleine conscience ordinaire. Cette oscillation, loin de suggérer une supercherie délibérée, indique une tromperie d'origine surnaturelle, c'est-à-dire une action diabolique permise par Dieu.

De ce point de vue, les « déficiences » ou incohérences apparentes du phénomène – la perte et le retour de la sensibilité, les réactions physiques normales, les métamorphoses de la figure apparue – ne seraient pas accidentelles, mais révéleraient des signes de son origine non surnaturelle, un moyen par lequel la Providence permettrait à la véritable nature de l’apparition d’être révélée « à ceux qui ont des yeux pour voir », comme le dirait l’Évangile.

C) Messages véhiculant des hérésies

L’élément le plus grave du phénomène de Međugorje concerne le contenu des messages attribués à la Gospa. Nombre d’entre eux sont répétitifs, voire banals. Cependant, dissimulés au sein de cette véritable logorrhée, se trouvent également plusieurs affirmations théologiquement erronées ou ouvertement hérétiques, contraires au dépôt de la foi catholique. Je n’en rapporte ici que quelques-unes.

Le 2 juillet 2017, la Gospa aurait dit à Mirjana : « [Jésus] était homme et Il est Dieu, un et trine. » De toute évidence, cette confusion entre les Personnes divines et l’identité du Christ ne peut provenir de la Vierge et constitue une erreur trop grossière pour être justifiée par une simple faute de frappe de la voyante ou une erreur de traduction.

Mais même en supposant qu’il s’agisse d’une erreur, d’autres points posent problème. Par exemple, comme l’a souligné Mgr Perić, la voyante Vicka a d’abord déclaré avoir été appelée par la Vierge à la vie religieuse, avant de décider de se marier. Vicka l’a expliqué ainsi : « La Vierge Marie nous a donné le libre arbitre. Chacun peut répondre à l’appel qu’il souhaite. Bien que mariée, je continuerai à diffuser les messages de la Vierge Marie, car la foi chrétienne peut aussi s’exprimer dans le mariage. »

Les bons fruits ne prouvent pas nécessairement que l'arbre qui les produit est bon.

Une telle conception de la vocation chrétienne est pour le moins singulière, si l'on entend par là que l'homme peut déterminer de manière autonome l'appel divin à suivre, comme si la vocation n'était qu'une possibilité parmi d'autres, laissée entièrement à son choix. La liberté chrétienne, en réalité, ne consiste pas à pouvoir arbitrairement contredire la volonté de Dieu, mais à pouvoir la reconnaître et y adhérer librement. Certes, l'homme peut rejeter un appel de Dieu et vivre autrement que ce à quoi il est appelé ; mais cela ne rend pas son choix conforme à la volonté divine.

Le 1er octobre 1981, la Gospa aurait déclaré : « Les membres de toutes les confessions sont égaux devant Dieu. Dieu règne sur chaque foi comme un souverain sur son royaume. Dans le monde, toutes les religions ne sont pas égales car tous les hommes n'ont pas respecté les commandements de Dieu. Ils les rejettent et les dénigrent. »

Curieusement, on pourrait dire que la Gospa a anticipé de façon surprenante le Document d'Abou Dhabi, où il est affirmé que Dieu aurait « voulu » (sic) la pluralité des religions, et plus généralement l'attitude indifférentiste du pape Bergoglio : « Les religions sont des langages différents pour atteindre Dieu, mais Dieu est Dieu pour tous, et nous sommes tous enfants de Dieu. »

La Gospa a également anticipé Bergoglio et son protégé Fernández sur un autre point, à savoir le refus du titre marial de Médiatrice de toutes les grâces. En effet, dans son message du 31 août 1982, elle aurait déclaré : « Je ne dispose pas de toutes les grâces. Je ne reçois de Dieu que ce que j'obtiens par la prière. » Quelques jours plus tard, le 4 septembre 1982, La Gospa est revenue sur le sujet : « Jésus préfère que vous vous adressiez directement à Lui plutôt que par un intermédiaire. »

Un autre message particulièrement significatif concerne l'une des déclarations les plus singulières attribuées à la Vierge Marie : le 5 août serait le jour de la naissance de la Vierge Marie.

Le 1er août 1984, la Vierge Marie aurait communiqué avec les voyants : « Ce 5 août marquera le deuxième millénaire de ma naissance », demandant également une préparation spirituelle particulièrement intense durant les trois jours précédents et invitant chacun à ne pas travailler ces jours-là.

Medjugorje est peut-être moins un mystère d'apparitions qu'un mystère de discernement ecclésial.

Il ne s'agit donc pas d'une simple dévotion populaire apparue spontanément à Međugorje : la date aurait été explicitement indiquée par la prétendue apparition comme étant son propre anniversaire.

La difficulté, cependant, ne tient pas seulement à l'origine incertaine de cette information. Elle tient surtout au fait que le 5 août n'est pas une date neutre dans la tradition mariale de l'Église. L'Église célèbre en effet la Nativité de la Vierge Marie le 8 septembre. C'est l'une des plus anciennes fêtes mariales. Il est pour le moins singulier qu'une prétendue apparition mariale intervienne pour substituer à cette tradition une date totalement différente, et ce, en prétendant révéler des informations restées inconnues pendant près de deux mille ans.

Mais il y a un détail encore plus intéressant. Le 5 août est déjà une fête mariale : c'est la dédicace de la basilique Sainte Marie Majeure, la plus ancienne et la plus importante basilique mariale d'Occident. La tradition l'associe au miracle de la neige tombée sur l'Esquilin durant l'été 352, à la suite duquel le pape Libère aurait identifié l'emplacement prévu pour la construction de la basilique.

Nous nous trouvons donc face à une coïncidence difficile à ignorer : une prétendue révélation mariale introduit le 5 août comme la « véritable » naissance de la Vierge Marie, précisément le jour où l'Église célèbre depuis des siècles l'une de ses plus importantes fêtes mariales. La conséquence pratique est évidente. Si les fidèles acceptent la révélation de Međugorje, le 5 août acquiert une signification nouvelle et extraordinaire. La fête liturgique de la Tradition se trouve ainsi inévitablement éclipsée par une nouvelle célébration fondée sur une révélation privée.

Et c'est précisément là que l'on comprend pourquoi, si l'on devait émettre l'hypothèse d'une origine surnaturelle et trompeuse du phénomène, ce choix pourrait trouver une explication cohérente. Du point de vue chrétien, Satan ne cherche pas seulement à entraîner l'homme vers un culte ouvertement païen ou vers un reniement explicite de la foi. Une forme de tromperie bien plus subtile consisterait à contrefaire ce qui est authentiquement catholique, en préservant une apparence de dévotion chrétienne tout en introduisant progressivement des éléments étrangers à la Tradition. De ce point de vue, le choix du 5 août serait particulièrement habile à tromper. Il ne s'agirait pas d'une date choisie au hasard, mais d'une date déjà consacrée à la Vierge Marie, sur laquelle une nouvelle observance serait superposée.

Tout cela culmine dans la promesse bien connue des « dernières apparitions de Marie et de Jésus sur terre » et dans les dix secrets, un stratagème qui cherche clairement à reproduire celui de Fatima, mais en dénature le sens : tandis que Fatima présentait un mystère unique à portée eschatologique et ecclésiologique, Međugorje – tout comme Garabandal, autre série troublante et problématique d'apparitions mariales présumées – en offre une version apocalyptique caricaturale, plus spectaculaire que spirituelle, signe d'un phénomène qui s'éloigne progressivement de la théologie catholique pour prendre les traits d'une mystification.

La réforme du discernement des apparitions par François

Les apparitions de Međugorje ont provoqué, au moins indirectement, la grave décision du pape François de modifier le processus de discernement des apparitions et, plus généralement, des révélations dites privées.

En 2016, comme l'a rapporté David Murgia, 33 membres de la Commission Ruini – parmi lesquels des théologiens et des évêques – ont voté secrètement sur l'authenticité des apparitions. Les deux tiers des évêques s'y sont opposés : constat de non supernaturalitate, « elles sont jugées non surnaturelles ». Dans le langage technique de la théologie, cela peut signifier que le phénomène est en réalité une supercherie humaine ou une manipulation diabolique (on parle alors d'un phénomène préternaturel plutôt que surnaturel), voire les deux. Le diable joue souvent avec les intentions maléfiques de ceux qu'il manipule.

Il convient de noter que le groupe de 33 théologiens était assez diversifié ; on pourrait dire que ce rapport reflétait fidèlement le spectre des « sensibilités théologiques » malheureusement présentes dans l’Église aujourd’hui : parmi elles, des ultra-progressistes, des modérés, des conservateurs, et même des sympathisants de la Tradition. Malgré cet avis contraire de la Commission, François décida d’agir différemment.

Le 17 janvier 2014, Bergoglio dissout la Commission, celle-ci ayant achevé ses travaux d’analyse. Malgré l’avis négatif, le pape envoya l’archevêque et nonce polonais Henryk Hoser à Međugorje, afin d’analyser le phénomène non pas d’un point de vue doctrinal, mais d’un point de vue pastoral. Autrement dit : pour comprendre si le phénomène produisait des fruits positifs tels que des conversions, la prière, la dévotion, la fidélité au Magistère, etc.

Puis, le 12 mai 2019, après l’avis favorable de Hoser, François décida d’autoriser officiellement les pèlerinages à Međugorje. Cela n’aurait toutefois pas signifié l’approbation de l’authenticité des phénomènes qui s’y produisaient depuis 1981. C’est ainsi qu’est apparue la distinction entre jugement doctrinal et jugement pastoral, distinction qui allait bientôt être érigée en critère officiel de discernement par le pape Bergoglio.

En effet, le 17 mai 2024, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a promulgué les nouvelles « Normes pour la conduite du discernement des phénomènes surnaturels allégués ». Leur nouveauté est loin d’être négligeable, car elles modifient profondément la manière dont l’autorité ecclésiastique est appelée à se prononcer sur les apparitions, locutions, visions et autres phénomènes mystiques allégués.

Ces nouvelles Normes établissent que le discernement doit notamment s’assurer de la présence de signes d’action divine dans les phénomènes, de la conformité des messages avec la foi et la morale, de la possibilité d’apprécier les fruits spirituels et de l’opportunité d’un accompagnement pastoral. Mais ils introduisent aussitôt une clarification décisive : « d’une manière générale, il n’est pas prévu dans ces Normes que l’autorité ecclésiastique reconnaisse positivement l’origine divine des phénomènes prétendument surnaturels. » Autrement dit : l’Église ne doit plus approuver les révélations privées.

Lorsque l'ambiguïté engendre le succès pastoral, l'Église hésite ; lorsque la Tradition suscite la résistance, l'Église sanctionne.

Tout au plus peut-elle accorder un Nihil obstat, comme ce fut précisément le cas à Međugorje. Cette formule n'indique pas que le phénomène a été reconnu comme surnaturel. Elle signifie plutôt que, sans exprimer de certitude quant à son authenticité, de nombreux signes de l'action du Saint‑Esprit sont reconnus. C'est pourquoi l'évêque est encouragé à promouvoir pastoralement cette expérience et même à encourager les pèlerinages.

Et c'est précisément là que le problème se pose. Aucun catholique ne peut nier l'importance des fruits spirituels. Notre Seigneur lui-même a dit : « C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Mt 7,20). Cependant, ce principe évangélique ne signifie pas que tout phénomène produisant de bons fruits provienne nécessairement d'un bon arbre. En effet, la bonté de certains fruits peut n'être qu'une perception, et non une réalité.

L'Écriture dit aussi : « Ne croyez pas à tout esprit ; mais voyez par l'épreuve si les esprits sont de Dieu » (1 Jn 4,1). Le discernement chrétien ne se limite donc pas au simple décompte des conversions et des retours aux sacrements. Si l'on part du principe que tout ce qui porte des fruits spirituellement positifs provient automatiquement de Dieu – une idée très répandue à Medjugorje –, alors la présence de conversions, de vocations, de prières et d'œuvres de charité devient une sorte de certification implicite de l'origine divine.

Pourtant, la sagesse traditionnelle de l'Église a toujours défendu une perspective tout autre. Une personne peut se convertir dans des circonstances qui, considérées en elles-mêmes, ne viennent pas de Dieu. Dieu peut providentiellement se servir d'un événement humain, d'une erreur, voire d'une situation difficile, pour conduire une âme à Lui. Le fait que Dieu tire le bien du mal ne rend pas bon le mal dont ce bien est issu.

L'histoire du mysticisme chrétien offre un exemple frappant illustrant combien il est dangereux d'identifier une réputation de sainteté et des phénomènes extraordinaires à une origine divine. C'est le cas de Madeleine de la Croix, une franciscaine espagnole ayant vécu entre le XVe et le XVIe siècle. Pendant plus de vingt ans, elle fut considérée comme une sainte vivante. Dès son enfance, des phénomènes extraordinaires lui furent attribués, et sa renommée grandit considérablement au fil de sa vie religieuse. On la considérait comme dotée de dons prophétiques et capable de réaliser des prodiges mystiques. Sa réputation atteignit les cercles importants de la société espagnole et de l'Église, incitant des foules entières à réciter le chapelet et à participer à des processions pénitentielles, et attirant même l'attention des cardinaux. En 1543, lorsqu'elle tomba gravement malade, la situation commença à se dégrader. Magdalena confessa que derrière nombre des phénomènes qui lui étaient attribués se cachaient tromperie, simulation et, selon ses propres aveux, des relations constantes avec Satan.

Le critère principal du discernement : l’obéissance

Il ne suffit pas de s’en tenir au jugement « pastoral » pour approuver, même indirectement, une prétendue révélation privée ; cela peut même être très trompeur. Il est donc nécessaire de retrouver un critère traditionnel de discernement catholique, qui risque d’être occulté par l’accent mis aujourd’hui sur les « fruits pastoraux ».

Ce critère est l’obéissance. Or, l’obéissance ecclésiale se distingue à deux niveaux. Premièrement, il y a l’obéissance à la foi de l’Église, c’est-à-dire au dépôt de la foi : à l’Écriture, à la Tradition et au Magistère – auxquels tous les catholiques, y compris le Pape (et même la Vierge Marie !), doivent obéir.

Deuxièmement, découlant du premier niveau, il y a l’obéissance concrète aux dispositions légitimes de l’autorité ecclésiastique, lorsqu’elle agit dans les limites de sa compétence. L’Église a toujours enseigné que si un évêque ordonne à un fidèle d’accomplir un acte qu’il juge déplaisant, inapproprié, imprudent, voire contraire à la pastorale, mais qui ne contredit pas la foi et la morale catholiques, le fidèle ne peut substituer son propre jugement à celui de l’évêque. Il peut demander des explications, exprimer son désaccord, voire solliciter l’aide d’une autorité supérieure, mais il ne peut désobéir.

À plus forte raison, cela ne peut se faire en invoquant une prétendue révélation privée non reconnue. C’est pourquoi, si une apparition présumée ordonne ce que l’évêque interdit, le problème n’est plus seulement d’ordre pastoral.

L'apparition attend un jugement définitif depuis 45 ans, mais l'Église semble avoir perdu la volonté de le prononcer.

Or, s'il nous faut véritablement décrire les fruits de Međugorje, parmi tous ceux que le récit de Međugorje nous présente quotidiennement, nous trouvons assurément le fruit de la désobéissance. On pourrait même dire que l'affaire de Međugorje est née de ce péché.

Lorsque les apparitions ont débuté le 24 juin 1981, les six voyants étaient spirituellement guidés par deux frères franciscains, Ivica Vego et Ivan Prusina, qui venaient d'être réprimandés par Mgr Žanić précisément pour désobéissance : l'évêque leur avait ordonné de quitter le lieu où ils exerçaient leur ministère, mais les deux frères – s'appuyant sur le pouvoir que l'ordre franciscain exerçait historiquement en Bosnie‑Herzégovine – ont résisté. Et c'est précisément au cours de cette controverse que la prétendue apparition a commencé à intervenir dans l'affaire, manifestement en faveur des Franciscains.

Le 19 décembre 1981, à peine six mois après le début des apparitions, Vicka Ivanković consigna dans son journal une réponse attribuée à la Vierge Marie concernant la controverse. Selon ce texte, la Vierge Marie aurait déclaré que Mgr Žanić était « responsable du désordre » et qu'Ivica Vego « n'était pas coupable », lui ordonnant même de rester à Mostar et de ne pas partir. Si c'était réellement la Vierge Marie, cela exigerait une explication théologique des plus sérieuses.

Ce que j'ai rapporté ici ne représente qu'une infime partie des nombreuses anomalies qui caractérisent l'histoire de Međugorje et qu'il m'a été impossible, faute de place, de relater. Et c'est peut‑être précisément cette ambiguïté sans bornes qui rend le cas de Međugorje si emblématique de l'Église contemporaine.

Une Église qui, lorsqu'elle devrait exercer son discernement, préfère suspendre son jugement, se réfugier dans l'indétermination et laisser le temps – en d'autres termes : le succès « pastoral » des expériences personnelles et la machine économique – décider à sa place.

La situation paraît d'autant plus paradoxale qu'on la compare à l'attitude que cette même Église réserve à la Tradition : lorsqu'il n'y a pas d'intérêts économiques majeurs à protéger, mais seulement la doctrine, la morale, la liturgie et la continuité de l'Église de tous les temps, alors soudain, la suspension disparaît et l'autorité se montre à nouveau étonnamment prompte à interdire, restreindre et condamner.

En ce sens, Međugorje semble presque être un « soutien » à l'Église synodale : toutes deux représentent une Église indulgente envers l'ambiguïté, pourvu qu'elle produise un large consensus, une participation et des résultats « pastoraux » où l'expérience personnelle prime sur l'infaillibilité du dogme.

Et c’est peut-être là la véritable anomalie que nous laisse le cas de Međugorje : non pas seulement celle d’une apparition qui attend un jugement définitif depuis quarante-cinq ans, mais celle d’une Église qui semble avoir perdu le courage, et même l’intérêt, de le prononcer.
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