Canonisation, nouvelle Russie soviétique et (ex)KGB
Le Forum Catholique
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Ludwik - 2026-07-14 07:28:03
Canonisation, nouvelle Russie soviétique et (ex)KGB
Après la censure des ouvrages historiques ne célébrant pas assez la gloire de l'Armée rouge ou rappelant ses crimes, après la fermeture de "Mémorial", aprés l'utilisation du mémorial de Katyn lui-même (le site russe, près de Smolensk, où le NKVD a exécuté environ 22 000 officiers, policiers et intellectuels polonais au printemps 1940) pour une exposition intitulée « Dix siècles de russophobie polonaise », après la nazification constante de l'Ukraine, voici le temps venu d'événements encore plus comiques.
Le comique étant une spécialité soviétique.
Voici l'arrêt d'un procès de canonisation suite à l'annulation de la réhabilitation d'un brave métropolite !
Le Métropolite Joseph (Ivan Mikhaïlovitch Tchernov), né le 2 juin 1893 à Moguilev, est mort le 4 septembre 1975 à Alma-Ata.
Moine dès 1918, higoumène à Taganrog, il est sacré évêque en 1932. Arrêté une première fois en 1935 pour « agitation antisoviétique », il passe cinq ans au camp d'Oukhto-Ijemsk. Sous l'Occupation allemande, il vit à Taganrog, où il est arrêté en 1944 et jugé dans un procès collectif de 43 personnes. Il aurait passé au total une vingtaine d'années en détention.
Nommé au Kazakhstan en 1956, il devient métropolite d'Alma-Ata et du Kazakhstan en 1968, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort. Pressenti comme candidat au trône patriarcal en 1971, il décline. Réhabilité en 1992, il est vénéré depuis des décennies comme un saint au Kazakhstan, bien que non canonisé, avant que sa réhabilitation ne soit annulée en 2024 et ne bloque sa canonisation.
Notez bien, que pour être devenu Métropolite d'Alma-Ata, il fallait nécessairement une certaine collaboration avec le KGB.
L'important restant la ligne du parti, et la ligne du parti a changé.
Le cas Tchernov s'inscrit dans une entreprise bureaucratique assumée au sommet de l'État russe. En septembre 2024, le procureur général Igor Krasnov a présenté un projet d'ordonnance chargeant son ministère de réexaminer, de façon permanente, les décisions de réhabilitation prises dans les années 1990 et 2000 à l'encontre de personnes aujourd'hui requalifiées de "complices des nazis" ou de "traîtres à la patrie". Le texte s'appuie explicitement sur l'article 67.1 de la Constitution russe, révisé en 2020, qui érige la défense de la "vérité historique" sur la Grande Guerre patriotique en principe constitutionnel.
Le bilan chiffré donne le vertige : en deux ans, le parquet a réexaminé quatorze mille dossiers de réhabilitation et jugé que quatre mille d'entre eux concernaient, à ses yeux, des membres de la SS, des collaborateurs des administrations d'occupation, des "bandéristes" ou des "vlassoviens". Plus de deux cent cinquante personnes ont déjà vu leur réhabilitation annulée par décision de justice, l'essentiel de ce mouvement s'étant enclenché en 2023 — deuxième année de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine. La coïncidence n'est pas cosmétique : la réécriture du passé soviétique et la guerre présente avancent main dans la main, la première légitimant la seconde par un même vocabulaire — traîtres, collaborateurs, ennemis de l'intérieur.
Le fantôme du KGB dans les archives
Ce qui rend l'affaire vertigineuse, ce n'est pas seulement le résultat, mais la matière première : les dossiers rouverts par le parquet en 2024 sont, pour l'essentiel, les mêmes dossiers d'instruction constitués par le NKVD puis le MGB dans les années 1930 et 1940 — les mêmes aveux arrachés, les mêmes témoignages de complaisance, les mêmes accusations fabriquées pour briser des réseaux religieux ou punir des survivants de l'Occupation. Ces archives, aujourd'hui gérées par les héritiers institutionnels du KGB, ne sont pour la plupart pas rendues publiques : plusieurs journalistes d'investigation ont relevé que la majorité des nouveaux dossiers restent classifiés, connus seulement par leur numéro et leur qualification pénale. On ne juge donc pas sur pièces, mais sur la foi renouvelée d'un service dont la vocation historique fut précisément de fabriquer la culpabilité qu'il s'agit aujourd'hui de raviver.
L'Église prise à son propre piège
L'ironie ne s'arrête pas là. L'Église orthodoxe russe a fait des "nouveaux martyrs" du XXᵉ siècle l'un des piliers de sa légitimité post-soviétique, canonisant par milliers prêtres et laïcs fusillés ou déportés. Mais ce grand récit martyrologique entre aujourd'hui en collision frontale avec un autre grand récit sacré de l'État russe contemporain : celui de la Victoire de 1945, sanctuarisée par la Constitution elle-même. Quand un confesseur de la foi se trouve aussi avoir survécu sous l'Occupation — ce qui fut le lot de milliers de clercs dans les territoires occupés — sa mémoire devient un champ de bataille entre deux mythologies d'État.
Le dossier de canonisation de Joseph Tchernov, instruit depuis des années par la commission ecclésiastique du Kazakhstan, sur la foi de témoignages de miracles et d'une vénération populaire jamais démentie, se heurte ainsi non pas à un doute théologique, mais à une décision de police politique. Le parquet qui rouvre le dossier n'est pas un tribunal de la foi ; c'est l'héritier de l'institution qui a persécuté cet homme, statuant une seconde fois sur son innocence — et concluant, cette fois, qu'il avait raison de le faire condamner. Étonnant, non ?
PS: et maintenant que vont faire les français invertis plus ou moins "tradis" et moscophile ? Soutenir l'Eglise ou l'état moscovite ? Il faudrait choisir... Parions qu'ils n'en diront pas un mot. Le gnôme du Kremlin jouissant déja de la vision béatifique, il ne peut se tromper. Amen.
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