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images/icones/info3.gif  ( 997771 )Interview de Dom Pateau traitant de liturgie par Laurent Dastros (2026-04-09 10:03:40) 

Une longue interview de Dom Pateau est parue sur le blog Silere non possum, traitant notamment de la proposition de Dom Kemlin, de la crise et des débats liturgiques, ainsi que des usages liturgiques à Fontgombault.

https://silerenonpossum.com/en/intervista-silerenonpossum-domjeanpateau/

Traduction française (par Google) :

Révérend Père Abbé, merci de nous accorder un peu de votre précieux temps. Nous souhaitons présenter cette précieuse communauté monastique à nos lecteurs et en apprendre davantage sur votre témoignage. Combien de moines vivent à Fontgombault ? Accueillez-vous des novices ? La communauté est-elle relativement homogène ?
La communauté bénédictine Notre-Dame de Fontgombault, au cœur de la France, compte actuellement 57 moines vivant à l’abbaye. Nous avons 4 novices : 2 au noviciat des moines de chœur et 2 au noviciat des frères convers. On peut parler d’une certaine homogénéité au sein de la communauté, dans la mesure où toutes les tranches d’âge sont représentées de manière à peu près égale. Le dernier départ significatif de moines remonte à 2013, lorsque le monastère de Wisques, dans le nord de la France, a été repris. Cela fait maintenant 13 ans, et aujourd’hui, ce départ se fait sentir parmi les moines d’âge mûr.

À Fontgombault, la liturgie occupe une place fondamentale dans la vie monastique. De quelle manière le chant grégorien façonne-t-il intérieurement le moine ? Est-il simplement une forme esthétique ou une véritable école de prière ?
Si le chant grégorien n’était qu’une forme esthétique de chant, il est fort probable qu’il n’aurait pas été transmis pendant plus de mille ans. L’histoire de la musique montre que, si le chant grégorien a donné naissance à d’autres formes d’esthétique musicale, comme la polyphonie d’église, son style originel – simple et dépouillé – a toujours perduré, parfois très discrètement, donnant lieu à des réformes chaque fois qu’il s’est avéré nécessaire de le redécouvrir plus largement. Le travail de restauration du chant grégorien entrepris par Dom Guéranger en est un exemple. Saint Benoît recommande : « Ut mens nostra concordet voci nostrae » – « Que notre esprit soit en harmonie avec notre voix » (Règle, chapitre 19). Le but du chant grégorien n’est pas l’esthétique pour l’esthétique, mais la prière ; en effet, il est la prière chantée de l’Église, dans la mesure où le chant grégorien est le chant propre de l’Église romaine. Les fidèles ne chantent pas le chant grégorien pour leur propre plaisir : ils prêtent leur voix à l'Église, qui chante à travers eux. Deux manières d'aborder la question se présentent alors : le point de vue personnel, qui part de l'individu, et le point de vue communautaire et ecclésial, où chaque personne s'inscrit dans un corps qui la précède et la dépasse. Une interprétation qui chercherait à charmer le cœur et les sens, tout en faisant perdre de vue la relation avec Dieu, n'aurait pas sa place dans l'Église. Simone Weil écrivait : « Le chant grégorien est à la fois pure technique et pur amour, comme l'est d'ailleurs tout grand art. » Il convient donc particulièrement aux moines en raison de la simplicité et de la sobriété de sa mélodie et de son rythme. Il puise généreusement ses textes dans le trésor des Saintes Écritures. Sa mélodie apaisante introduit au mystère du Dieu de paix. L'introït Resurrexi le matin de Pâques en est un témoignage frappant. Dom Gajard disait : « Les courbes mélodiques font naître, appellent, les courbes des âmes. » Divo Barsotti affirmait également que le chant grégorien « exprime avec beauté la vérité de la communion fraternelle ». N'est-ce pas précisément cette communion que les moines cherchent à vivre, surtout lorsqu'ils chantent ensemble l'Office divin ? 

Quel est le rapport entre la solennité du culte et la simplicité de la vie quotidienne au monastère ?
Il faut parler du culte dans les mêmes termes que ceux employés pour parler du chant grégorien. La vie quotidienne du moine est simple. Le culte, même solennel, ne doit jamais perdre cette simplicité. Plus il est naturel, plus il devient surnaturel. La simplicité au sein de la solennité garantit que le culte demeure un tremplin vers quelque chose de plus grand, vers Dieu. La simplicité ne captive pas – ou, si elle le fait, elle oriente. La solennité du culte rappelle au moine que toute sa vie est grande dans la mesure où elle est offerte à Dieu. La simplicité de sa vie lui rappelle que le culte qu'il célèbre, aussi solennel soit-il, tire sa valeur non pas principalement de sa forme matérielle, mais de la sainteté de celui qui l'accomplit et, surtout, de Celui à qui il est adressé. Simplicité et solennité ne doivent pas s'opposer, de même qu'il ne faut pas opposer l'immanence et la transcendance de Dieu. La solennité du culte est là pour nous rappeler la grandeur et la transcendance de Celui à qui il est offert. On ne s'approche pas de Dieu comme on s'approcherait d'un conjoint, avec familiarité ou, pire encore, vulgarité. En même temps, Dieu désire être infiniment proche de nous, et la simplicité caractérise l'immédiateté et l'intimité de cette relation.

Votre communauté allie des temps de recueillement profond à des moments de récréation fraternelle. Comment conciliez-vous silence et communion fraternelle ?
Le secret d'une vie humaine pleinement vécue est de vivre l'instant présent. Saint Benoît donne au moine un mot d'ordre : « Cherchez Dieu. » Dans le silence de la prière solitaire, dans le chant de l'Office, dans la communion fraternelle des loisirs, le moine ne doit poursuivre qu'une seule chose : sa quête de Dieu. Alors sa vie ne fait plus qu'un. Il ne se cherche plus lui-même, il cherche Dieu.

À Fontgombault, le rite ancien est vécu au sein d'un cadre monastique bénédictin très solidement établi. On y vit également une stabilité qui contraste fortement avec la culture contemporaine de mobilité et de fragmentation. De quelle manière concrète le Vetus Ordo façonne-t-il la manière de prier, de travailler et de vivre des moines ? Est-il aussi une école de stabilité intérieure ?
Je crois que la stabilité dont nous jouissons provient avant tout de la vie monastique elle-même. La paix et la stabilité ne sont pas recherchées au monastère pour elles-mêmes, mais comme de précieux soutiens sur le chemin de Dieu. Madeleine Delbrêl disait : « Il me semble que le fondement du silence, pour nous, pourrait être une phrase qui paraît peut-être très profane : “On n’interrompt pas Dieu quand il parle.” [1] » Tout ce qui nuit à la paix et à la stabilité peut interrompre la parole de Dieu. Le rite ancien laisse beaucoup moins de place à l’initiative du célébrant. De ce point de vue, on peut dire qu’il s’agit d’une école de stabilité intérieure, une invitation à se laisser façonner par la parole de Dieu. C’est une école d’abandon. 

Célébrez-vous également le rite de saint Paul VI au monastère ? 
Oui. La messe conventuelle est célébrée selon un missel proche de celui de 1965, très proche du missel de 1962. Elle n’est généralement pas concélébrée. Les moines-prêtres célèbrent les messes basses après les matines et les laudes, selon le missel de 1962 ou celui de 1969. De plus, chaque matin à l'infirmerie, une messe est concélébrée selon le missel de 1969, avec les lectures en français. Nous avons instauré cette célébration pour les moines âgés ou malades qui ne peuvent plus célébrer seuls et qui avaient l'habitude de célébrer selon le Novus Ordo . Cette concélébration est présidée par un moine volontaire qui célèbre habituellement selon le Vetus Ordo . Je suis heureux que de nombreux moines-prêtres se soient portés volontaires pour ce service fraternel. 

Ces dernières heures, la France s'est retrouvée au centre de l'attention en raison des paroles adressées par Léon XIV aux évêques réunis à Lourdes et, les jours précédents, de la lettre que votre abbé président, Dom Geoffroy Kemlin, a adressée au Saint-Père sur la question liturgique. Dans ce contexte, Fontgombault porte elle aussi une histoire importante, profondément liée à la liturgie. Comment avez-vous accueilli ces deux interventions ? 
Comment ne pas accueillir avec gratitude, joie et reconnaissance des interventions qui cherchent à apaiser les tensions malheureusement accumulées pendant des décennies autour de l’autel et du sacrement de l’amour ? Le Saint-Père ne cache pas son inquiétude à ce sujet et nous invite à « un nouveau regard que chacun porte sur l’autre, avec une plus grande compréhension de sa sensibilité… un regard capable de permettre à des frères, enrichis par leur diversité, de s’accueillir mutuellement, dans la charité et dans l’unité de la foi ». Il implore la lumière de l’Esprit Saint afin que « des solutions concrètes soient trouvées, qui incluent généreusement ceux qui sont sincèrement attachés au Vetus Ordo », en ce qui concerne les orientations liturgiques souhaitées par le Concile Vatican II. » Le missel de 1965 est précisément la mise en œuvre des orientations souhaitées par le Concile Vatican II. Saint Paul VI l'a reconnu. Quant à la proposition de l'abbé Geoffroy Kemlin, elle permettrait aux prêtres utilisant le Novus Ordo de bénéficier de la richesse des signes et des gestes de l' Ordo Missae de 1962 , tout en conservant les lectures et certaines prières du missel de 1969. Pour les communautés utilisant le Vetus Ordo , cependant, sa mise en œuvre serait difficile. Il n'y aurait plus de cohérence entre les lectures de la messe et celles de l'Office divin contenues dans le bréviaire et l'antiphonaire. À ce propos – et cela est peu connu – un lectionnaire a été élaboré en 1966, enrichissant celui du missel de 1962. Il conserve toutes les lectures existantes et, pour les jours de semaine où les lectures du dimanche étaient auparavant répétées, propose des lectures appropriées. Son utilisation était laissée à la discrétion de l'ordinaire du lieu. Il a été utilisé en France. Elle répond à la demande des Pères conciliaires d'enrichir le lectionnaire et permet de préserver la cohérence avec l'Office divin. En tout état de cause, la décision d'aborder la question de l'enrichissement des missels de manière pragmatique, quelle que soit la solution proposée, me semble très positive et la seule voie fructueuse à long terme. Elle permet d'éviter deux écueils : la rigidité et l'idéologie. La liturgie est, après tout, avant tout une pratique. 

Pourriez-vous nous raconter l'histoire de la réforme telle qu'elle a été vécue dans votre monastère ? Comment la liturgie a-t-elle évolué au fil des ans ? Quels missels avez-vous adoptés ? Quelles étaient vos relations avec Rome ? Et quelles particularités conservez-vous encore aujourd'hui ? 
À partir du premier dimanche de l'Avent 1974, une fois la traduction française du missel approuvée, le nouveau missel est devenu obligatoire en France. L'abbaye célébrait alors la messe conventuelle selon le missel de 1969. Quant aux messes parlées, à cette époque, seuls deux missels étaient disponibles. La première édition était épuisée. Ce n'est qu'avec l'édition de 1976 qu'on en trouva un exemplaire sur chaque autel. Suite à l'indult Quattuor abhinc annos du 3 octobre 1984, le missel tridentin put de nouveau être utilisé. L'archevêque de Bourges, chargé d'autoriser cet usage, limita le nombre de jours par semaine où la faculté était accordée. Début 1989, la Commission Ecclesia Dei nous accorda la pleine liberté d'utiliser le missel de 1962, dans lequel nous avons introduit, avec les autorisations nécessaires, plusieurs éléments empruntés au Ritus servandus de 1965 et au Missel de 1969, notamment une prière universelle les dimanches et jours de fête, le Per Ipsum chanté et le Pater noster. Et ainsi de suite. Nous utilisons également le calendrier liturgique en vigueur. La fête du Christ Roi est célébrée le dernier dimanche de l'année liturgique. Enfin, quatre fois par an – le Jeudi Saint, à la messe de minuit et à la messe de l'Aurore à Noël, et à la veillée pascale – la messe conventuelle est concélébrée selon l'Ordre de concélébration de 1964, qui s'inspire du Vetus Ordo . En conclusion, je peux témoigner avoir toujours été très bien reçu à Rome. Je me souviens notamment d'une audience avec le pape Benoît XVI, au cours de laquelle il prit mes mains dans les siennes et me dit, en présence de mon prédécesseur, l'abbé Antoine Forgeot : « Restez fidèle à l'héritage du cher Père Abbé. » Le pape Benoît XVI connaissait bien nos usages liturgiques. 

Aujourd'hui, la question liturgique continue, malheureusement, de susciter des tensions et des oppositions. Léon XIV l'a également rappelé, exhortant chacun à dépasser les raisonnements partisans afin de favoriser un climat de paix au sein de l'Église, y compris sur le plan liturgique. D'un côté, certains groupes font de l'ancienne liturgie un marqueur identitaire, la chargeant souvent de significations qui dépassent sa dimension proprement ecclésiale ; de l'autre, d'autres interprètent la réforme liturgique en termes idéologiques, comme si elle devait s'affirmer en opposition à ce qui existait auparavant. Dans ce contexte, je voudrais vous interroger : comment vivez-vous la liturgie à Fontgombault ? De quelle manière la forme que vous célébrez nourrit-elle votre relation personnelle avec le Seigneur et soutient-elle la communion fraternelle au sein de la vie monastique ?
C'est précisément la question : quel est le but de la liturgie ? Est-ce un étendard à brandir ? En tant que moines, nous n'avons rien à prouver. Nous devons simplement consommer nos vies devant Dieu. La célébration de l'Office divin et de la Messe sont des lieux privilégiés pour cette rencontre. La devise du pape Léon XIII est riche de sens pour nous : « In Illo uno, unum » – « En Celui qui est un, nous sommes un ». La communion fraternelle est le fruit de la communion avec le Christ. Autrement dit, plus la communion avec le Christ est forte, plus la communion fraternelle le sera. Je reste convaincu que la célébration d'une messe basse par chaque prêtre du monastère, immédiatement après les Matines et les Laudes, est spirituellement essentielle dans la relation du moine-prêtre avec Dieu, dans sa relation avec l'Église universelle, et aussi dans sa relation avec cette Église particulière qu'est le monastère. On pourrait objecter que la concélébration manifeste elle aussi l'unité de la communauté dans le Christ. C'est certainement vrai. La diversité manifeste la richesse d'un mystère qu'aucune pratique ne peut épuiser. Il faut toutefois noter que certains jeunes hommes choisissent d'entrer dans notre communauté en raison de cette célébration matériellement solitaire où toute l'Église est présente. Le cardinal Ratzinger, lors de sa visite à Fontgombault en 2001, en fut profondément touché et conclut : « Voilà l'Église catholique ! »

N’y a-t-il pas un risque que le rite ancien se réduise à un simple étendard culturel ou sociologique ? Comment, au contraire, préserver sa vérité spirituelle et catholique ?
Tout ce qui distingue doit être considéré avec prudence. Est-il légitime de se distinguer ? Saint Benoît, au huitième degré d’humilité, invite ses moines à ne rien faire d’autre que ce que recommandent la règle commune du monastère et l’exemple des anciens. Le danger d’adopter une attitude moralisatrice est donc loin d’être illusoire. Le pape François a parlé de ceux qui contemplent l’Église du balcon. Le moine ne doit pas être ainsi. Il est pleinement intégré à l’Église, qu’il aime et sert par sa prière. Il vit humblement et dans le secret. Son mode de vie oriente son art de la célébrité non vers l’apparence, mais vers l’être. Loin d'être un manifeste, le rite ancien, dans sa dimension plus contemplative, est pour lui une voie privilégiée vers l'Éternel. 

Nombreux sont ceux qui pensent que le climat de polémique et de confrontation idéologique a également servi de toile de fond à un document controversé tel que Traditionis custodes . Selon cette interprétation, le texte n'a pas pleinement atteint son but : d'une part, il a touché des fidèles sincèrement attachés au Vetus Ordo et exempts de tout esprit polémique ; d'autre part, il n'a pas vraiment empêché ceux qui instrumentalisaient déjà la question liturgique comme champ de bataille ecclésial de poursuivre leurs agissements. Je voudrais vous demander : comment avez-vous accueilli ce document à Fontgombault ? 
Face à un document qui soulève des questions légitimes, la première chose à faire est de chercher à comprendre les raisons de sa publication. Le Pape les a partiellement expliquées. Concrètement, le Motu Proprio n'a eu aucun impact sur nous. Les réactions les plus vives, cependant, sont venues des prêtres diocésains qui se sont trouvés dans une situation délicate. Pour eux, construire des ponts était devenu impossible. En fait, j'ai perçu ce texte comme une blessure. Malheureusement, ce n'était pas la première. Je me contenterai d'en mentionner deux : le manque d'intérêt pour l'enrichissement mutuel pourtant appelé par le pape Benoît XVI, et la rigidité, voire l'idéologie, en matière liturgique. Que la liturgie vive dans la grande Tradition de l'Église. Écoutons l'Esprit, qui ne cesse de nous parler. 

D'après votre expérience, comment ce Motu Proprio a-t-il été concrètement appliqué par les évêques à travers le monde ? Y a-t-il eu une réelle uniformité, ou des pratiques différentes ?
Les témoignages varient considérablement d'un pays à l'autre, et même au sein d'un même pays. Le pape François lui-même a très souvent dispensé de l'application de son Motu Proprio lorsqu'on lui en faisait la demande personnellement, ce qui a donné lieu à des pratiques divergentes. Dans certains endroits, les évêques ont appliqué le Motu Proprio, appliqué à la lettre au texte, tant pour la messe que pour les autres sacrements, a suscité des réactions parmi les fidèles et conduit certains à rejoindre la Fraternité Saint-Pie-X. D'autres, considérant par exemple que le Motu Proprio Summorum Pontificum avait instauré une paix véritable et une fraternité réelle, et qu'il n'était pas souhaitable de les remettre en question, ont opté pour le statu quo. Quoi qu'il en soit, on imagine combien la situation était délicate pour tous. L'invitation du pape Léon XIV aux évêques français à faire preuve de bienveillance envers les fidèles sincèrement attachés au Vetus Ordo devrait s'accompagner d'une plus grande latitude accordée aux évêques dans la réglementation de l'usage de l'ancien rite pontifical, puisqu'ils sont les mieux placés pour évaluer la situation dans leurs diocèses. 

Pourquoi, selon vous, Léon XIV a-t-il choisi d'aborder précisément ce sujet en s'adressant aux évêques de France ? La question liturgique traverse aujourd'hui de nombreux contextes ecclésiaux et ne concerne certainement pas un seul pays. Qu'est-ce qui, selon vous, rend la situation française suffisamment importante pour justifier une intervention explicite du Saint-Père ? Cette sensibilité est-elle plus marquée en France aujourd'hui qu'ailleurs ?
La question est particulièrement douloureuse en France. C'est vrai. Il y a une raison historique liée à la mise en œuvre de la réforme conciliaire et à la naissance de la Fraternité Saint-Pie-X. Il faudra sans doute un jour faire son mea culpa concernant le silence des autorités ecclésiastiques face aux abus liturgiques. Ce n'est pas le lieu de les énumérer. Il est vrai aussi qu'à l'époque, une intervention épiscopale pouvait paraître inopportune et démodée, car l'esprit du temps était à l'émancipation de toute règle. Pendant longtemps, j'ai cru que cette époque était révolue. Malheureusement, je sais maintenant que ce n'est pas le cas. Les silences et les abus qui persistent alimentent l'éloignement et le mépris du Novus Ordo . À la question liturgique s'ajoute celle de l'enseignement de la foi. Nombre de familles se tournent vers les communautés pratiquant le Vetus Ordo , déçues par la catéchèse dispensée à leurs enfants dans leur paroisse. Il en résulte des jalousies, des haines et des ressentiments profonds au sein des familles et des diocèses. Plus encourageant, certains évêques français souhaitent aborder cette question, non pour exclure, mais pour progresser sur la voie d'un accueil mutuel. L'encouragement du Saint-Père leur apporte un soutien précieux. 

Selon vous, quel est le malentendu le plus fréquent chez ceux qui observent l'ancien rite de l'extérieur ? 
Avant tout malentendu, il y a souvent un manque de connaissances. Naturellement, cela engendre la distance, la peur, et la peur donne naissance à la violence, qui peut prendre de nombreuses formes. Ce mécanisme s'applique des deux côtés. Depuis plusieurs années, au sein de la Congrégation de Solesmes, nous avons une petite commission composée pour moitié de supérieurs de monastères utilisant le Novus Ordo et pour moitié de supérieurs de maisons utilisant le Vetus Ordo . Nous avons commencé par étudier les rites de la messe et partager nos réflexions. Cette démarche s'est avérée très fructueuse. Elle permet de déconstruire les caricatures qui sont trop souvent à la base de positions ou de décisions trop radicales. S'il n'est pas bon de regarder l'Église de l'extérieur, il n'est pas bon non plus de regarder les traditionalistes de l'extérieur. Je crois donc qu'avant d'être une question de rite, la question du traditionalisme est une question d'ecclésiologie. On accuse trop vite les traditionalistes de ne pas « être l'Église ». Ce n'est pas toujours totalement infondé. Mais il convient peut-être d'abord de réfléchir à ce que signifie réellement « être l'Église ». La devise du pape Léon XIII est un témoignage précieux, un repère sur le chemin, et sans doute une invitation à un examen de conscience pour tous : « In Christo uno, unum ».

Dans les paroles du Pape, on perçoit également la conscience que de nombreux jeunes se rapprochent des communautés où le rite ancien est pratiqué. D'après votre expérience, ce rite les attire-t-il principalement par le sens du sacré, le silence et la continuité avec la tradition, ou parce qu'il soulève une question plus radicale sur Dieu ? 
Les deux sont liés. Mais avant tout, je pense qu'il faut se garder de toute caricature. Certaines communautés célèbrent le Novus Ordo avec un souci du sacré, du silence et de la continuité avec la Tradition, et ces communautés attirent effectivement des fidèles. Ce n'est donc pas propre au Novus Ordo ; cela dépend plutôt de la manière dont la liturgie est célébrée. À cet égard, je vous renvoie aux réflexions présentées dans le document « Desiderio desideravi » . Une liturgie célébrée avec négligence aura bien du mal à élever les cœurs et à les ouvrir à Dieu. Une liturgie sacrée, distincte du profane, pieuse et recueillie, conduit naturellement – ​​précisément par contraste avec la vie ordinaire – aux questions « Pourquoi ? » et « Pour qui ? », et finalement à la question de Dieu. Les jeunes ont soif de redécouvrir la radicalité de l’Évangile. 

Que diriez-vous à un jeune attiré par le Vetus Ordo principalement par fascination esthétique, sans avoir encore saisi la dimension de conversion et de sacrifice qu’implique la liturgie ?
Tout d'abord, je ne serais ni surpris ni inquiet. L'image et le son véhiculés par les médias sont le pain quotidien de notre époque. Les jeunes sont particulièrement réceptifs à ce mode de communication. Le Vetus Ordo , par ses signes, le déploiement de l'action liturgique qu'il contient, le chant latin et grégorien, touche les jeunes et les conduit au service de l'autel et aux chorales. Tout cela favorise les vocations. À cet égard, on peut regretter que les possibilités de richesse liturgique également présentes dans le Novus Ordo – telles que l'usage de l'encens, la célébration face à l'Orient et le chant grégorien – soient trop facilement mises de côté. Si l'on dit que « la beauté sauvera le monde » (Dostoïevski), alors la question devient : de quelle beauté parle-t-on ? Une beauté qui emprisonne, ou une beauté qui fait avancer les choses ? On peut être emprisonné par la beauté, même par la beauté liturgique, si elle devient une fin en soi. Or, son but est de conduire à la beauté de Dieu, à Dieu lui-même. Accompagner un jeune qui aborde le Vetus Ordo principalement par fascination esthétique, c'est le conduire vers Celui pour qui cette beauté est manifestée, l'aider à comprendre que le corps glorieux du Christ ressuscité, au matin de Pâques, porte les marques des clous et la plaie de son côté – certes transfiguré, mais toujours le souvenir de la Croix. « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » On ne va à Dieu que par le Christ, et par le Christ mort et ressuscité. On peut se chercher soi-même et trouver satisfaction dans l'action liturgique. Si la liturgie ne conduit pas au don de soi à Dieu et au prochain, si elle ne passe pas par le sacrifice, alors elle aura manqué à sa mission. 

Pensez-vous qu'il serait utile aujourd'hui de rétablir un organisme qui, sous des formes adaptées au présent, accomplirait la mission autrefois confiée à la Commission pontificale Ecclesia Dei , instituée par saint Jean-Paul II pour préserver la communion ecclésiale dans un domaine si délicat ? Et, selon vous, quelle forme devrait prendre un tel organisme : devrait-il être intégré au Dicastère pour la Doctrine de la Foi, lié au Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, ou devrait-il avoir sa propre autonomie ?
La question est délicate, et je ne dispose certainement pas de tous les éléments nécessaires pour y répondre de manière définitive. Je me contenterai de livrer quelques réflexions. Il ne me semble pas judicieux de créer une nouvelle commission pontificale sur le modèle d’ Ecclesia Dei. Avec des pouvoirs disciplinaires complets, que ce soit en matière liturgique ou pour la gouvernance des instituts, les dicastères concernés se sentiraient plus ou moins exclus de domaines qui relèvent de leur compétence. Un problème doctrinal devrait être traité par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi ; un problème liturgique par le Dicastère pour le Culte Divin ; et de même pour les questions relevant du Dicastère pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique. Que dire, dès lors ? Il me semble qu’il faudrait avant tout une instance d’écoute au Vatican, rattachée peut-être à la Secrétairerie d’État, capable de recevoir les anciens instituts Ecclesia Dei , d’avoir une vision d’ensemble de leur situation, d’en informer le Saint-Père, de susciter la réflexion et, bien sûr, d’orienter les instituts vers les dicastères compétents pour le traitement des questions qui les concernent. Il serait indispensable que les dicastères – et notamment le Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements – comptent parmi leurs membres des personnes connaissant le Vetus Ordo et les rites anciens, et qui les considèrent, ainsi que les Instituts, avec un regard juste et bienveillant, en appliquant des directives claires conformément à la volonté du Saint-Père. Il est urgent et vital que tous les Instituts rétablissent une relation de confiance avec le Saint-Siège. C’est la condition essentielle avant même d’envisager un dialogue. Ce dialogue, et le chemin parcouru ensemble par la suite, auront un impact important sur la situation dans les diocèses et ne pourront que contribuer à la paix. On pourrait s’attacher à discerner, à la lumière du Concile Vatican II, ce qui, dans le rite ancien, doit être réformé et ce qui a peut-être été abandonné trop hâtivement et mérite d’être rétabli. Il ne s’agit pas de juger l’un ou l’autre camp, mais de servir. Une fois encore, un tel travail ne peut se faire que dans une confiance mutuelle. Est-ce trop demander à ceux qui se disent frères et qui, par leur sacerdoce, ont consacré leur vie au service du Christ et de son Église ? Malgré nos hésitations, de nombreux jeunes et de nombreux prêtres attendent avec espoir que le véritable travail commence.

Nous avons eu l’occasion de rencontrer plusieurs communautés bénédictines à travers le monde et, en observant l’Allemagne, la Belgique et l’Autriche, nous avons constaté des formes de vie monastique sensiblement différentes de celles que l’on trouve en France. Le monachisme italien présente également des caractéristiques distinctives par rapport aux modèles français et allemand. Comment expliquez-vous ces différences ? Existe-t-il, selon vous, des raisons historiques qui nous aident à les comprendre ?
Je partage cette observation sur la grande diversité des monastères bénédictins à travers le monde, et j'en fais l'expérience au Congrès des abbés bénédictins, qui se tient tous les quatre ans à Rome. Nous affirmons tous la Règle de saint Benoît, et cette Règle est véritablement au cœur de notre vie et de notre spiritualité. Pourtant, les activités, le temps consacré à la célébration de l'Office divin, à l'apostolat, aux travaux manuels et à la lectio varient considérablement d'un monastère à l'autre. Si l'on considère l'histoire de l'Ordre bénédictin, on constate l'influence réciproque entre les monastères et la société. Le monastère est situé dans un lieu particulier. Il est inséré dans un contexte politique. Ce mode de vie surprend et intrigue. Les contacts sont nombreux. Malheureusement, ces contacts peuvent parfois nuire à la vie monastique. Cluny et Cîteaux ont souffert de leur implication dans la société et l'Église de leur temps. Parfois, une influence extérieure s'impose. Ainsi, l'empereur d'Autriche Joseph II, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, a instauré le contrôle de l'État sur l'Église. Parmi ses réformes, il supprima les ordres religieux jugés inutiles à la cité, qui n'enseignaient pas, ne soignaient pas les malades et ne se consacraient pas à l'étude. Ce faisant, il incita les monastères à adopter un mode de vie plus apostolique, situation que l'on observe encore aujourd'hui. 


Il apparaît clairement que Léon XIV souhaite conduire l'Église vers un climat de paix qui englobe également la vie liturgique. Cela se manifeste non seulement dans ses paroles, mais aussi dans son style de gouvernement : une manière de procéder qui semble éviter les oppositions, les tensions et tout ce qui alimente les divisions internes. Sur le plan liturgique également, on perçoit la volonté d'encourager, sans gestes spectaculaires, une voie de pacification ecclésiale. Dans cette perspective, quelle contribution une communauté comme Fontgombault peut-elle apporter aujourd'hui à l'édification de la paix liturgique au sein de l'Église ? 

À l'abbaye, la vie liturgique se vit dans le calme et la simplicité. Nombre de nos hôtes le remarquent et s'en réjouissent. Il en va de même pour nos relations avec le clergé paroissial et le diocèse. Ces relations sont nombreuses et nous participons avec joie aux grands moments de la vie diocésaine. Un abbé bénédictin vit une stabilité relative, du fait des déplacements qu'implique sa charge. Il n'en demeure pas moins stable dans son ministère. Élu abbé en 2011, j'en suis déjà à mon quatrième évêque. Je peux témoigner que mes relations avec chacun d'eux ont été excellentes, empreintes d'une profonde fraternité. Il en va de même avec de nombreux autres évêques français avec lesquels je suis régulièrement en contact. Je ne suis d'ailleurs pas le seul abbé à pouvoir en dire autant. Concernant la pratique liturgique, le problème, comme l'a souligné le cardinal Ratzinger lors des journées liturgiques de Fontgombault en 2001, suite à une conférence du professeur de Mattei, réside dans le passage de l'Église universelle à l'Église locale – autrement dit, dans la régulation de l'usage de deux rites. La question est très simple, a observé le cardinal, dans une abbaye ou au sein d'un ordre. Elle se complexifie pour les fraternités œuvrant dans les diocèses. Le monastère est un lieu de vie pour beaucoup. Je souhaite et j'espère que tous s'y sentent les bienvenus. Il devrait en être de même pour tous les membres de l'Église. Nous entendons les souffrances des uns et des autres : celles de ces prêtres mis à l'écart pour excès de zèle ; celles de ces prêtres blessés de voir leurs fidèles les quitter pour les traditionalistes, alors qu'eux-mêmes ne font que célébrer la messe qui leur a été enseignée ; celles de ces évêques épuisés, qui consacrent leur temps à gérer des conflits interminables qui semblent sans issue.

Que faire ? D'abord, contribuer au dialogue, à l'établissement d'une relation de confiance avec le Saint-Siège. Afin d’encourager l’Église à assouplir les règles introduites par Traditionis custodes et à redonner aux évêques – tout en les exhortant à faire preuve de bienveillance – une plus grande autorité concernant les permissions liées à l’usage de l’ancien missel et du rituel, étant donné qu’ils connaissent la situation dans leurs diocèses et les personnes ou les prêtres à l’origine des demandes. Deuxièmement, l’abbaye, par sa vie liturgique, témoigne concrètement de la possibilité de vivre le Vetus Ordo.

Dans l’esprit du Concile Vatican II, sans perdre les spécificités du missel et du rituel anciens, qui ont fait leurs preuves, constituent une véritable richesse et n’ont d’ailleurs pas été remis en question par les Pères conciliaires. Cette expérience pourrait servir de base à un dialogue. Nous avons parlé de blessures. Il y a aussi des joies, et de grandes joies. Je garde un souvenir plein d’émerveillement de ma bénédiction abbatiale, conférée le 7 octobre 2011 par Mgr Armand Maillard de Bourges. À cette occasion, il a accepté de présider une messe concélébrée selon l’Ordre de 1964. Des prêtres d’horizons très divers se sont rassemblés sans difficulté autour de l’autel. Tous ont témoigné de leur action de grâce. Le moine cultive la pureté de cœur, qui rend possible l’accueil de l’autre et une écoute respectueuse, sans calcul ni préjugé. Il faut demander cette grâce pour ceux qui sont appelés à réfléchir à ces questions délicates et importantes, qui ne sont pas sans conséquences pour la relation de l’homme avec Dieu et pour la forme de sa prière liturgique.

Aujourd’hui, la situation est douloureuse. Tout semble figé, sans issue apparente… un Vendredi saint. Le premier devoir des abbayes, avant tout, est de prier pour que les cœurs s’ouvrent au chemin lumineux de la réconciliation et de la paix. Il y a une Pâque liturgique à vivre, et elle ne se vivra qu’avec le Christ et dans le Christ. In Illo uno, unum. Il n’y a pas de Vendredi saint sans un matin de Pâques. 

[1] Madeleine Delbrel, La joie de croire, 123
images/icones/fleche2.gif  ( 997774 )Intéressant par Signo (2026-04-09 16:12:05) 
[en réponse à 997771]

Je note en particulier ce passage :
Quant à la proposition de l'abbé Geoffroy Kemlin, elle permettrait aux prêtres utilisant le Novus Ordo de bénéficier de la richesse des signes et des gestes de l' Ordo Missae de 1962 , tout en conservant les lectures et certaines prières du missel de 1969. Pour les communautés utilisant le Vetus Ordo, cependant, sa mise en œuvre serait difficile. Il n'y aurait plus de cohérence entre les lectures de la messe et celles de l'Office divin contenues dans le bréviaire et l'antiphonaire. À ce propos – et cela est peu connu – un lectionnaire a été élaboré en 1966, enrichissant celui du missel de 1962. Il conserve toutes les lectures existantes et, pour les jours de semaine où les lectures du dimanche étaient auparavant répétées, propose des lectures appropriées. Son utilisation était laissée à la discrétion de l'ordinaire du lieu. Il a été utilisé en France. Elle répond à la demande des Pères conciliaires d'enrichir le lectionnaire et permet de préserver la cohérence avec l'Office divin.

La proposition du lectionnaire de 1966 ad libitum pour les messes de semaine (en dehors du Carême, de l’octave de Noel, de Pâques et de Pentecôte) est intéressante et bien plus réaliste que la proposition franchement hors-sol de Dom Kemlin : elle permet de préserver le cycle annuel des lectures du dimanches, très ancien et vénérable, et sa cohérence avec l’office. Cela permettrait de répondre à la demande du Saint-Père d’une prise en compte des orientations de Vatican II dans la pratique du rite traditionnel sans le dénaturer. Reste toutefois à savoir comment l’utilisation de ce lectionnaire s’articulera avec l’office quotidien…

Comme solution globale, je vois donc un ou plusieurs Ordinariats, calqués sur le modèle d’Anglicanorum Coetibus, avec comme rite propre l’ensemble des livres en vigueur en 1962 (Missel, Pontifical, Bréviaire, Rituel), mais avec un certain nombre d’indults :
- Possibilité d’utiliser les nouvelles préfaces (par exemple pour l’Avent…) ;
- Possibilité d’utiliser le lectionnaire de 1966 pour les messes de semaine (hors Carême, Quatre-temps et octaves) ;
- Possibilité d’utiliser la Semaine Sainte d’avant les réformes de Pie XII, excepté la prière pour les Juifs du Vendredi Saint ;
- Possibilité d’inclure les nouveaux saints dans le sanctoral ancien ;
- Possibilité de supprimer certains doublages de l’ordinaire et du propre (mais un indult est-il nécessaire pour cela ?)
- Possibilité d’user des ordo intermédiaires (1963, 1964, 1965) ;
- Possibilité d’user du Bréviaire d’avant Divinu Afflantu.

L’objectif est d’avoir d’une part un cadre juridique stable et protecteur pour les communautés attachées à la liturgie traditionnelle, tout en faisant de l’ensemble du monde traditionnel un laboratoire dans lequel un discernement pourra s’établir concernant l’ensemble des réformes du XXe siècle, en en reprenant le meilleur tout en écartant le moins bon ou le contestable.
images/icones/fleche2.gif  ( 997775 )La difficulté étant... par Laurent Dastros (2026-04-09 16:27:40) 
[en réponse à 997774]

...qu'avec tous les indults et les possibilités que vous proposez, cela devient compliqué pour les fidèles d'avoir un cadre stable et prévisible. Ne serait-ce que pour avoir le bon missel.
images/icones/iphone.jpg  ( 997776 )Pas vraiment par Signo (2026-04-09 17:24:35) 
[en réponse à 997775]

En réalité tous les indults dont je parle sont des ajustements à la marge qui auront peu de conséquences négatives concrètes sur la participation des fidèles.

Dans les paroisses qui choisiront d’utiliser le lectionnaire de 1966, les lectures seront de toute façon lues ou chantées en vernaculaire, il n’y aura donc pas besoin de missel et de toute façon ça ne concerne pas toutes les messes. Si les lectures sont chantées en latin on pourra toujours proposer des feuillets.

Pour les préfaces complémentaires, on pourra toujours proposer un feuillet avec le texte latin avec la traduction à insérer dans les missels pour que les fidèles puissent suivre.

Pour ce qui est de l’ancienne semaine sainte, ce sont surtout les rites qui changent, les textes sont assez similaires de mémoire, excepté pour les prophéties de la Vigile Pascale.

Pour résumer, les missels pour fidèles actuellement utilisés resteront globalement utilisables dans ces différents cas, les différences seront minimes.

Cela n’a rien à voir avec la proposition de Dom Kemlin dont l’adoption aurait rendu du jour au lendemain la totalité des missels utilisés par les fidèles quasi inutilisables…
images/icones/carnet.gif  ( 997777 )Avant Divino afflatu... par Montes Gelboe (2026-04-09 21:08:11) 
[en réponse à 997774]

Le bouleversement du cursus hebdomadaire des psaumes par Pie X (1910) a détruit l'usage antique que s. Benoit saluait "Sicut romana psallat Ecclesia".
La supression des trois psaumes constituant les "laudes" à la fin des matines, (pss 148, 149, 150) a détruit le lien qui unissait l'usage romain à la totalité des autres usages, tant latins (ambrosien, gothique ou mozarabe, monastique) qu'orientaux, essentiellement l'usage byzantin.
La restitution de cet office romain, et le retour aux hymnes non-corrigées par les humanistes et publiées par Urbain VIII, serait une mesure opportune. La longueur dont on l'a accusé n'est pas un obstacle, la différence n'est légèrement sensible qu'aux matines du dimanche.
C'est l'usage canonial antique, avec les simplifications de détails instaurées au XIIIe siècle par les frères mineurs. Devenus chapelains de la cour pontificale, leur rit été diffusé et proposé -mais non imposé- par Pie V en 1571.
Sait-on si cet office est éventuellement conservé, ou repris ou restauré, dans quelque congrégation, ou fraternité, ou isolément, par des clercs ou comme dévotion par des laïcs ?
images/icones/iphone.jpg  ( 997782 )Question sur le texte de l’office par Signo (2026-04-09 22:49:06) 
[en réponse à 997777]

Vous évoquez la malheureuse « correction » du texte latin de certaines hymnes de l’office romain par Urbain VIII sous l’influence néo-païenne de l’humanisme.
Assistant aux offices dans ma paroisse il m’est effectivement arrivé d’être surpris de constater que le texte de certaines hymnes dans mon diurnal romain n’était pas le même que celui auquel je m’attendais. Par exemple pour les vêpres du commun de la Dédicace des Eglises, le célèbre et magnifique Urbs Ierusalem beata est remplacé par le Caelestis Urbs Ierusalem, c’est à dire le même texte mais dans un latin bien différent. Je suppose que cet exemple illustre le fait que l’office romain suivi par les communautés traditionalistes, outre le fait de porter les stigmates des graves mutilations opérées par S. Pie X, contient également de malheureux restes des détestables réformes d’Urbain VIII: cet office ne peut donc pas être qualifié de témoin de la tradition dans sa plénitude, contrairement à l’office monastique qui a globalement conservé une structure traditionnelle. Un travail de réforme intéressant serait de restaurer dans l’office romain les hymnes dans leur forme originelle, patristique (ce qui ne serait pas de l’archéologisme, puisque ces hymnes n’ont jamais cessé d’être chantées, notamment dans l’office monastique).

Autre surprise désagréable, dans mon missel (Ed. Sainte-Madeleine, 1990), le texte latin du Benedictus des laudes de la Vigile Pascale n’est absolument pas le même que celui auquel j’étais habitué d’entendre à laudes dans l’office monastique. Par exemple, dans le premier verset, à la place de quia visitavit et fecit redemptionem plebis suae, on a quia visitavit et redémit pópulum suum, et ainsi de suite. Je ne sais pas d’où vient cette étrange version…

Ce qui me paraît clair en revanche, c’est de rappeler que la prière liturgique relève de la tradition orale et repose sur la mémorisation, bien plus importante que la codification, surtout pour la psalmodie à l’Office. Cela suppose que le texte chanté reste stable à travers les siècles et demeure globalement tel qu’il est transmis par tradition, et donc cela exclut de procéder à de « nouvelles traductions », prétendument « meilleures », plus « scientifiques », ou plus proches d’une latinité fantasmée. Ces réformes et les modifications du texte brisent le processus de tradition en détruisant la mémorisation sur laquelle elle repose. La parution de la Néo-Vulgate a ainsi probablement contribué à la destruction des traditions orales (grégoriennes notamment) qui demeuraient dans de nombreuses paroisses jusqu’à la réforme liturgique.
images/icones/carnet.gif  ( 997786 )[réponse] par Réginald (2026-04-10 08:40:46) 
[en réponse à 997782]

Qualifier de « néo-païennes » ces corrections relève sans doute d’un raccourci excessif. Cette réforme s’inscrit dans l’esthétique classique de son temps : il s’agissait de conférer à la prière liturgique une forme de noblesse susceptible d’entrer en dialogue avec la culture des élites lettrées.

Surtout, le fait que ces formes aient été reçues paisiblement et aient nourri la prière de l’Église pendant plusieurs siècles invite à dépasser une lecture purement disqualifiante : ce qui a été durablement vécu ne peut être réduit à une simple altération.

De même, qualifier de « mutilation grave » la réforme de 1911 semble faire abstraction du contexte concret dans lequel elle s’inscrit. Avant cette réforme, la répartition du psautier était devenue si complexe et si lourde que l’office risquait de se transformer, pour de nombreux prêtres, en une obligation difficilement soutenable, parfois expédiée faute de temps. Cette réforme n'est pas tombée de nulle part: Il suffit, pour s’en convaincre, de consulter les témoignages pastoraux et les manuels de l’époque, qui laissent apparaître le poids que pouvait représenter l’office pour de nombreux prêtres.

La vraie question est alors la suivante : faut-il privilégier la conservation d’une structure héritée, au risque qu’elle devienne impraticable, ou adapter cette structure pour qu’elle demeure réellement vécue ?

Plus profondément, la tradition liturgique n’est pas un objet immobile : elle est une réalité vivante, portée par l’Église au long de son histoire. Sa plénitude ne réside pas dans la fixation d’un état donné, mais dans une continuité vivante, capable d’assumer des développements sans perdre son identité. Cela n’exclut pas la nécessité d’un discernement critique : toute évolution n’est pas également heureuse, et la question de la continuité demeure centrale. Mais ce discernement ne peut se réduire à une logique de retour pur et simple à un état antérieur. Comme le disait Dom Gérard, « la tradition n’embaume pas un cadavre, elle entretient un feu vivant ».
images/icones/iphone.jpg  ( 997789 )Réponse par Signo (2026-04-10 09:19:39) 
[en réponse à 997786]

J’ai répondu à la plupart de ces objections dans mon autre post sur le même fil, plus bas.

Pardonnez-moi mais présenter les données de la question comme vous le faites relève de la caricature et non de l’analyse: personne ici, et surtout pas moi, ne considère la liturgie comme « un objet immobile », il me semble que mes différentes interventions le montrent largement.

La question n’est pas de refuser « toute réforme », la question est de savoir si les réformes qui ont été effectivement mises en œuvre s’inscrivent dans une harmonie avec la tradition ou pas. Du reste, lorsque je critique une réforme, loin de prôner l’immobilisme je propose aussi une réforme alternative qui aurait peut-être pu atteindre l’objectif visé sans effectuer de rupture avec la tradition. Critiquer une réforme ne signifie pas affirmer que l’état précédant la réforme était parfait et ne posait pas certains problèmes.

De fait, je suis étonné du fait que vous semblez balayer d’un revers de main les explications de Montes Gelboe et présentées également par l’abbé Herman sur le site de la schola Sainte-Cécile, montrant que la réforme de Pie X a rompu avec une structure dont certains éléments remontaient à la tradition juive (donc celle du Christ lui-même et des apôtres…) et que l’on avait en commun avec certains rites orientaux… si pour vous tout cela n’est rien, je veux bien, mais qu’on aille pas parler ensuite de « rapprochement judéo-chrétien », ni de rapprochement œcuménique !

Par ailleurs quand vous écrivez:

Surtout, le fait que ces formes aient été reçues paisiblement et aient nourri la prière de l’Église pendant plusieurs siècles invite à dépasser une lecture purement disqualifiante : ce qui a été durablement vécu ne peut être réduit à une simple altération.



Ce propos peut tout à fait s’appliquer à Vigile Pascale célébrée le matin, ce qui a été le cas pendant des siècles sans poser le moindre problème à quiconque… et je ne parlerai pas du bréviaire de Quinones, approuvé par trois papes successifs avant d’être finalement abrogé, et dont la nature non-traditionnelle n’est plus sujet à débat.

Enfin vous me citez Dom Gérard et sa très belle citation. C’est oublier que précisément dom Gérard a pratiqué durant toute sa vie l’office monastique traditionnel, qui certes a évolué au cours de l’histoire, mais qui a conservé la structure de l’époque patristique telle que rapportée dans la règle de S. Benoît; et que non seulement il l’a pratiqué, mais il s’est battu contre les tentatives d’altération voire de destruction de cette liturgie, que ses supérieurs voulaient imposer avec des arguments similaires à ceux que vous avancez dans votre post…
images/icones/carnet.gif  ( 997790 )[réponse] par Réginald (2026-04-10 09:40:00) 
[en réponse à 997789]

Vous proposez des réformes alternatives, notamment un bréviaire « à deux vitesses ». L’idée peut séduire intellectuellement, mais est-elle ecclésiologiquement viable ?

L’histoire de la liturgie romaine est marquée par une tendance profonde à l’unification. Introduire durablement deux formes d’office, l’une monastique et l’autre séculière, reviendrait à entériner l’idée que la vie liturgique du clergé diocésain ne serait qu’une version atténuée, voire dégradée, d’un idéal monastique.

Or Pie X fait précisément le choix inverse : maintenir l’unité de l’office, quitte à en réformer profondément la structure, afin qu’il demeure réellement praticable et vécu par tous ceux qui y sont tenus.Proposer un office "à deux vitesses" est une solution théorique de chercheur, pas une solution de pasteur.

L’exemple du bréviaire de Quinones est invoqué, à juste titre, comme celui d’une réforme finalement rejetée. Mais il confirme plutôt un principe : l’Église, dans la durée, discerne et écarte ce qui ne correspond pas à son génie propre. Le fait que la réforme d’Urbain VIII ait été reçue pendant plusieurs siècles, et que celle de Pie X se soit imposée durablement jusqu’aux réformes postérieures, invite à reconnaître qu’elles ont été, malgré leurs limites, intégrées à la lex orandi de l’Église d’une manière bien plus profonde qu’une simple erreur passagère.
images/icones/iphone.jpg  ( 997797 )Réponse par Signo (2026-04-10 17:56:41) 
[en réponse à 997790]

La principe d’un ordo liturgique à plusieurs vitesses a toujours existé, partout, depuis toujours.

Dans l’Eglise orthodoxe russe, l’office paroissial est une réduction de l’office cathédral, avec des parties omises, etc.
Dans le premier millénaire à Rome, la liturgie célébrée dans les titulum, les paroisses romaines, était différente de celle célébrée à la cour papale.

Je ne parle pas de la liturgie de Paul VI qui contient tellement d’options que l’on peut aboutir à des liturgies radicalement différentes en fonction des choix qui sont faits.

II y a une confusion dans votre deuxième paragraphe : je ne propose pas une distinction entre un office monastique et un office séculier, distinction qui existe déjà, mais, à l’intérieur de l’office cathédral, un office chanté, communautaire, complet, et une version réduite pour être récitée par les clercs privatim, ce qui ne devrait être ni la norme ni le modèle. C’est pourtant selon cette optique que la réforme de Pie X a été conçue. On a sacrifié la liturgie solennelle au profit d’une logique individualiste et cléricale. Grave erreur: c’est toujours la liturgie épiscopale chantée qui doit servir de référence, sans quoi on abouti au moins disant liturgique.

Votre dernier paragraphe est curieux: je ne nie pas que le bréviaire de DA ait été intégré à la vie de l’Eglise, ce n’est pas la question. Ce n’est pas un critère de discernement décisif. La Vigile Pascale célébrée le matin du samedi saint a été une pratique encore plus intégrée dans la vie de l’Eglise que le nouveau bréviaire, elle a duré des siècles, approuvée par les autorités. Je trouve un peu étrange cette habitude de considérer qu’une réforme liturgique ne peut faire l’objet d’aucune critique. Quand au discernement de l’Eglise, vous n’en savez rien, aujourd’hui en 2026, ce que l’Eglise décidera dans 50 ans ou dans un siècle sur tous ces sujets. En attendant qu’elle décide, rien empêche d’en discuter et même de faire certaines expériences, ne serait-ce que pour éclairer un discernement ultérieur des autorités. C’est ce qui s’est passé avec le P. Bouyer, qui au lendemain de la guerre a pris lui-même l’initiative de célébrer la Vigile le soir avec ses étudiants, ce pourquoi il failli être sanctionné par son évêque car c’était interdit. Finalement l’autorité lui a donné raison.
images/icones/carnet.gif  ( 997799 )[réponse] par Réginald (2026-04-10 19:41:28) 
[en réponse à 997797]

Sur le plan de l’histoire et de la cohérence des signes, votre analyse est difficilement contestable. Cependant, la difficulté apparaît dans l’idéalisation implicite d’un âge d’or qui, dans les faits, n’a jamais constitué la norme vécue par le clergé ou les fidèles.

Dans cette perspective, la réforme de Pie X apparaît moins comme une rupture que comme un acte de réalisme pastoral. Ce que vous décrivez comme un appauvrissement peut aussi se comprendre comme un ajustement nécessaire pour que l’Office demeure effectivement prié, et non simplement maintenu en théorie, veillant « à ne pas imposer une charge plus lourde au clergé, dont le labeur dans la vigne du saint ministère est déjà si accablant par suite de la diminution du nombre des ouvriers ».

Mais au-delà de la question du temps, il y avait aussi un souci de vérité de la prière. Comme le montre Divino afflatu, la multiplication des offices de saints avait fini par étouffer les offices des dimanches et des féries : « Les Offices des Saints se multiplièrent peu à peu, au point que les Offices des Dimanches et des Féries ne se récitaient presque plus et que, par suite, de nombreux Psaumes étaient négligés, qui, néanmoins […] sont la voix de l’Église. »

Vous notez également que l’un des soucis du saint pape était d’éviter l’uniformité. Il rappelle lui-même, en s’appuyant sur Basile de Césarée, que « l’uniformité plonge fréquemment notre esprit dans une certaine torpeur […] ; mais si l’on varie la psalmodie, l’ardeur de l’esprit se renouvelle ». Cette dernière remarque mérite d’être méditée, y compris aujourd’hui dans la réflexion sur l’enrichissement du lectionnaire en semaine, car elle rappelle que la stabilité des formes ne doit jamais se faire au détriment de la vitalité de la prière.

Vouloir restaurer aujourd’hui cet usage ancien peut relever d’un désir légitime de beauté et de cohérence. Mais il faut se garder de projeter sur le passé une norme éthérée, qui reviendrait à considérer que, depuis le Moyen Âge, l’Église n’aurait cessé de dégrader sa liturgie.
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 997784 )Je réponds présent à votre appel, Montes Gelboe ! par Reminescence (2026-04-10 00:53:38) 
[en réponse à 997777]

(Et quel beau pseudonyme que le vôtre !)

Je vous remercie de votre message qui semble mettre un point d'orgue à mes réflexions sur la question du Bréviaire Romain, qui me tourmente depuis bientôt deux ans.

Nous touchons un sujet peu abordé en profondeur, un « sujet de niche » mais ô combien important pour comprendre les réformes liturgiques successives du XXe siècle...

Le sujet me semble hélas bien méprisé par la plupart des catholiques, y compris par les « tradis », et souvent balayé d'un revers de la main.

On se contente de dire qu'effectivement, le bréviaire « d'avant » étant absolument compliqué, long, fastidieux, etc, etc, etc... Je ne rentre pas en opposition avec des critiques légitimes : il est vrai qu'en 1911, le Sanctoral semblait en opposition avec le Temporal : si peu de jours libres dans le mois pour l'office férial et tant pour l'office des saints ! C'était à se demander pourquoi est-ce que nous en étions arrivés là ; mais il est vrai que la multiplication des fêtes "doubles", utilisant donc les psaumes spécifiques du Commun, rendaient l'Office répétitif, ce qui pouvait probablement ennuyer bien des clercs ayant reçu l'honneur et l'obligation de prier le Bréviaire.

De plus, la plupart de ses Saints, - ayant une fête double, n'étaient pas forcément des Saints dont le peuple avait une dévotion très grande, du moins cela dépend du siècle, de la période en question... Mais nous pouvons bien y trouver quantité de confesseurs français ou italiens, ayant créé des ordres religieux n'existant plus par exemple à notre époque.

S. Pie X, d'une manière qui m'évoque curieusement les réformes postérieures à celle-ci, convoquera donc au début du XXe siècle une « commission d'expert » (déjà...) qui se trouve chargée de réformer l'antique Bréviaire que peu de papes avaient osé toucher avant.
Finalement, nous nous trouverons quelques années plus tard avec un Bréviaire Romain qui n'a plus grand chose de Romain : le psautier antique, qui comme vous le dites, se trouvait déjà sous les yeux de St. Benoît de Nursie, se trouve totalement refondu, dans une curieuse disposition qui n'est pas sans rappeler celle des bréviaires néo-gallicans que Dom Guéranger, d'heureuse mémoire, combattait.

Oui, assurément ce nouveau psautier n'est pas aussi « répétitif » que l'ancien, mais c'est oublié que cet ancien psautier avait presque 1500 ans d'existence.
Ironiquement, S. Pie X qui se trouve considéré par beaucoup comme le marteau du modernisme et des hérétiques, comme le grand héros de la Tradition, c'est lui qui va porter un coup grave sur la liturgie romaine : le premier d'une longue série qui s'étalera tout au long du XXe siècle.

Toucher à cet ancien psautier, c'était aussi négliger un aspect fondamental, que j'ose qualifier d'aspect « psychologique » : l'âme de ce psautier était effectivement une répétition, une immersion, une rumination des mêmes psaumes chaque jour...
À Laudes, les ps. 148 à 150, mais prié d'une traite comme un seul, pratique absolument antique qu'on peut déjà faire remonter à la Synagogue, et probablement observé par Notre Seigneur.
Aux petites heures, le très long et très beau psaume 118, divisé de manière à pouvoir être prié tout au long de la journée.
Puis à Complies, les mêmes psaumes chaque soir, savoir le ps. 4, les premiers versets du ps. 30, puis le ps. 90 et enfin le ps. 133.
Oui, un Psautier répétitif mais ô combien vénérable et compréhensif de la nature, de la psychologie humaine ?
Je comprends que cet argument ne soit pas recevable par tout le monde, cependant je constate les effets de la répétition de ce Psautier toujours un peu plus et je ne peux qu'en rendre grâce... Sans parler du fait qu'étant étranger au latin, l'avoir abordé directement avec le Psautier fait qu'une douce familiarité s'installe rapidement et permet des progrès dans la compréhension.

La Réforme de Pie X semble avoir à mes yeux beaucoup d'autres effets malheureux, comme le déséquilibre numérique des psaumes...
Ainsi, nous nous retrouvons avec des Vêpres, des Complies ou des Petites Heures à deux ou trois psaumes voire quatre, plutôt que les cinq habituels pour les Vêpres... Ce qui est assez étrange symboliquement ou numériquement.
De même, prier les psaumes fériaux même aux fêtes doubles selon les rubriques du bréviaire de Pie X, fait que cette fête en théorie importante perd justement en quelque sorte de l'importance : on semble la banaliser, et finalement, là où dans l'ancien Bréviaire, ce Confesseur ou cette Vierge avait des psaumes du commun des Saints, psaumes qui étaient utilisés aussi pour les fêtes de Notre-Seigneur ou de Notre-Dame, et ainsi donnaient le sentiment d'une certaine importance, nous nous retrouvons avec des psaumes fériaux, qui ne font de toute manière que de toujours «passer» et donne ainsi l'impression que ce Saint de classe double n'est qu'un saint parmi tant d'autres...

Finalement, je suis de ceux qui pensent qu'une vraie réforme liturgique devrait se baser sur le Bréviaire Romain tel qu'il était réformé en 1570, avec ce calendrier sobre, élégant, donnant de la place aux Temporal sans oublier le Sanctoral.

Je ne partage pas du tout la position de ceux qui veulent s'en tenir à tout prix à 1962, car les livres liturgiques de 1962 sont transitionnels, avec leurs rubriques nouvelles, leurs simplifications importantes, leurs éloignements concrets de ce qui était fait avant...
La suppression d'une quantité non négligeable d'Octaves pourtant très antiques pour certaines (Octave de l'Épiphanie, où te trouves-tu ?) est un fait assez parlant, à côté des autres suppressions de fêtes typiquement romaines (St Jean devant la Porte Latine, Apparition de St Michel...), de la suppression de la plupart des Premières Vêpres, de la suppression des classes de fêtes pourtant si anciennes et remplacées par un système nouveau et numérique... Il y aurait beaucoup à dire... Sans parler du Missel, avec l'introduction dans le Canon du Nom de St. Joseph qui n'était même pas envisageable un siècle en arrière, avec un Pape, (Pie IX, je crois ?) qui aurait répondu, lorsqu'on lui aurait demandé d'introduire St. Joseph dans le Canon de la Messe, qu'il ne pouvait pas, car il n'était « que le Pape ».

Non, plutôt je suis d'avis que retourner à l'état précis dans lequel se trouvait le Bréviaire en 1570 ne serait pas absurde, mais en prenant en compte le meilleur de ce qui est venu ensuite, car certaines idées de Pie X et Jean XXIII ne me semblaient pas absurdes.

Ainsi, on prendrait le Psautier Romain immémorial tel qu'il était jusques en 1911.
On prendrait les Rubriques de Pie V.
On garderait évidemment les fêtes importantes, donc celles de Notre-Seigneur, de Notre-Dame, de certains saints majeurs, comme St Benoît, St Pierre et St Paul, etc...
De même pour les Octaves les plus importantes, sans en ajouter de manière abusive.
On enlèverait certains saints du calendrier, car à chaque époque ses modèles, avant d'en ajouter de nouveaux, avec parcimonie, tout en faisant que certaines fêtes soient fixes comme l'avait fait St. Pie X...
On pourrait également donner la priorité au Dimanche, mais en laissant l'avantage à des fêtes importantes comme c'est déjà le cas avec Pie X.

Bref, c'est en quelque sorte un doux rêve que le mien, mais pourtant pas si déconnecté de la réalité car je rappelle que Mgr Schneider partage un intérêt certain pour l'ancien Bréviaire dans son état antérieur aux réformes de Pie X, comme le prouve cet article en anglais (https://web.archive.org/web/20181229181618/https://onepeterfive.com/society-cruel-chastity-schneider/) :

« Well, this is to say, in answer to your question, that the reform of the breviary under Pius X, in 1911, was unfortunately also a revolutionary reform. It is for me an enigma how he could do this, Pope Pius X, because he changed completely the entire structure of the psalm distribution, which the Roman Church kept almost inviolably since the times – even before – of Pope Gregory I. So, already from the 6th century, maybe even earlier, the Roman Church had from this time, substantially, through at least 1,300 years, always kept the order of the distribution of psalms in the breviary during the week. The order of psalms was called the cursus romanus – cursus, meaning the course or sequence: the psalms are running through the week, from Sunday to Saturday. It was very harmonious, very logical, when you observe it. And Pius X completely, radically, changed the entire distribution of psalms. It never happened thus in the Roman Church. This is for me an enigma. How could he make such a revolution ? »

Bref, sujet passionnant que celui du Bréviaire Romain et j'espère vraiment qu'au fil du temps, une réflexion profonde et pertinente aura lieu à ce sujet.

Aujourd'hui, il me semble que la lourde interdiction, la prohibition de l'ancien Psautier par le Pape Pie X soit un obstacle certain, mais la prière du Bréviaire est la prière de toute l'Église, prêtres comme laïques bien que ces derniers ne soient pas obligé à sa récitation quotidienne, et je continue de penser et d'affirmer que nous ne pouvons pas nous baser éternellement sur des livres liturgiques transitionnels...
Je préfère quant à moi puiser dans liturgie construite sur le roc plutôt que le sable, roc éprouvé lui-même pas le flot des siècles et des générations.

Reminescence, qui s'excuse pour ce long message désordonné.
images/icones/carnet.gif  ( 997785 )A Reminiscere par Montes Gelboe (2026-04-10 08:33:53) 
[en réponse à 997784]

Merci pour les "Montagnes de Gelboé sur lesquelles ne viendront ni la pluie ni la rosée, parce que le bouclier des forts en a été rejeté"...
De Joseph qu'ils allaient vendre, ses frères disaient : "Voici le rêveur qui arrive", et pourtant le rêveur les sauva de la famine...
images/icones/iphone.jpg  ( 997787 )L’erreur de Saint Pie X par Signo (2026-04-10 08:48:18) 
[en réponse à 997784]

À été à mon avis de vouloir réformer l’office sur la base de la pratique dominante à l’époque, à savoir la récitation privée du bréviaire par les clercs.
Or l’office traditionnel n’est pas conçu pour être récité mentalement privatim, mais pour être chanté solennellement en communauté. D’ailleurs les psaumes ont été composés dans la tradition hébraïque pour être chantés.

Réciter en privé ou chanter en communauté sont deux expériences très différentes : la première, sèche, cérébrale, individualiste. La seconde, poétique, liturgique, musicale, ce qui favorise la mémorisation et donc paradoxalement une meilleure « intériorisation » des psaumes, favorisée aussi par des repères stables et par la répétition. Sans compter la dimension corporelle (inclinations) et la dimension rituelle qui s’ajoute pour les principaux offices (processions, encensements, paramentique pour laudes et vêpres), tout cela favorisant une expérience totale, une véritable immersion dans le mystère de la grande prière de l’Eglise.

Je ne suis pas spécialiste de la question mais il me semble qu’une saine réforme aurait été de conserver la structure de l’office traditionnel en se contentant de rétablir le primat du Temporal et peut-être effectivement d’élaguer légèrement certaines octaves; on aurait pu créer en parallèle un bréviaire allégé et simplifié pour la récitation privée des clercs. On aurait ainsi respecté la tradition tout en procédant à certaines adaptations pragmatiques.

L’erreur de la réforme de S. Pie X (refondre entièrement l’office sur la base de la récitation privée) se retrouve dans la conception du missel de Paul VI, reposant en partie sur la messe basse et non, comme cela aurait dû être le cas, sur la messe chantée solennelle. Par exemple la récitation du Confiteor par tous les fidèles au début de la messe selon le nouveau missel montre bien cette influence de la messe basse, car dans l’ancien missel le confiteor n’est récité en principe que par le prêtre et l’acolyte, et ne l’a été par les fidèles que dans le cadre de la « messe dialoguée » dont le concept n’apparaît que dans les années 1930-1940… or normalement dans la tradition liturgique tout ce qui est dit à haute voix doit être chanté (au moins recto tono) et non pas récité. De fait, il suffit de visionner même les célébrations papales actuelles pour percevoir cette prégnance de la mentalité de messe basse/dialoguée sur la nouvelle liturgie: même la préface n’est plus chantée mais simplement récitée, ce qui est un comble (on parle de la messe papale…!!).

Concernant l’histoire de l’office romain, et les réformes successives qu’il a subies, voir cet article très intéressant.
images/icones/carnet.gif  ( 997792 )[réponse] par Regnum Galliae (2026-04-10 11:34:05) 
[en réponse à 997774]

Qu'avez-vous contre la prière pour les Juifs du Vendredi Saint ? Je trouve ridicule que l'on s'offusque de l'adjectif perfidem au motif que des gens qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez le traduisent à tort par perfide alors que le sens moderne de ce mot n'a plus rien à voir avec le sens étymologique.
images/icones/1v.gif  ( 997778 )Des projets d'usines à gaz liturgiques par Jean-Paul PARFU (2026-04-09 21:32:29) 
[en réponse à 997771]

Pour jouer au diplomate, ne pas froisser ce qui sont aux commandes et ne pas dire clairement que la réforme de 1969 fut une catastrophe !
images/icones/fleche2.gif  ( 997779 )Un ajout par Jean-Paul PARFU (2026-04-09 21:36:51) 
[en réponse à 997778]

Ceux qui sont aux commandes
images/icones/frFlag.gif  ( 997788 )Traduction française par La Nef par Laurent Dastros (2026-04-10 08:50:31) 
[en réponse à 997771]

https://lanef.net/2026/04/09/dom-jean-pateau-leglise-a-besoin-dune-paix-liturgique-loin-de-toute-rigidite-et-de-toute-ideologie/
images/icones/carnet.gif  ( 997798 )Quelle rigidité ? par JFB33 (2026-04-10 19:32:35) 
[en réponse à 997788]

Tout est dans le titre...
Pauvres journaleux