Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=997350
images/icones/croix_byzantine.png  ( 997350 )Retour au Karlag par Ludwik (2026-03-26 06:32:01) 

En mémoire de tous les martyrs du karlag.

Hier, je suis retourné au musée du Karlag, de son nom complet : musée-mémorial des victimes de la répression politique.

Le mot « goulag » est un acronyme désignant le système concentrationnaire soviétique. Celui-ci était composé de milliers de camps répartis dans les régions les plus hostiles du gigantesque empire rouge.
Le systéme a été mis en place sur un calcul simple: il est plus rentable d'avoir une armée d'esclaves plutot que de fusiller systématiquement.
Le Karlag était un ensemble de camps à proximité de Karaganda.
D’ailleurs, la ville en est en grande partie issue, car, une fois les camps fermés à la fin des années cinquante, les ex-prisonniers restaient assignés à résidence dans une région donnée.

Le Karlag était un ensemble immense (la superficie de la France) qui a vu passer près d’un million de prisonniers.
C’est l’un des bâtiments administratifs, de commandement, de ce Karlag qui a été sauvé de la ruine et transformé en musée — très bien fait d’ailleurs.
Dans la cour, quelques monuments en mémoire de certains groupes de prisonniers : un pour les Japonais, un pour les Lituaniens…
Le bâtiment a été certes restauré, mais les pièces qui le composent ont le plus souvent gardé leurs meubles et leurs fonctions d’origine, cette fois à titre pédagogique.

Au rez-de-chaussée, plusieurs salles :
- l’une d’entre elles consacrée aux grandes famines : celle des années 1920, après la guerre civile et l’instauration du bolchevisme — des centaines de milliers de morts, et d’autres centaines de milliers sauvés par les livraisons américaines et catholiques de grain…
Ni les Soviétiques ni les Russes n’aiment se rappeler cette aide providentielle de Washington et du Vatican.

Puis la terrible famine de 1932, qui anéantit une grande partie (près de la moitié !) de la population kazakhe.
La collectivisation et la sédentarisation forcée, la confiscation du bétail conduisirent à la disparition de 90 % du cheptel.
Images affreuses, rappelant celles de la grande famine ukrainienne : enfants mourant de faim, cadavres squelettiques entassés dans des charrettes… Des vertus de la collectivisation.

Puis plusieurs salles avec de nombreuses photos de ces déportés, car le NKVD aimait les archives, les photos et les fiches. Ici, pas de discussion possible sur le nombre de victimes : chaque détenu fût pesé, mesuré, photographié ; sa fiche, avec condamnation et motif, est dûment remplie.

Le sous-sol est resté en l'état : cellules d’isolement, infirmerie, nurserie.
Pourquoi une nurserie ? Parce que des milliers de femmes enceintes ou mères de jeunes enfants ont été condamnées et déportées (camps spéciaux, appelés par leur acronyme: ALZHIR) ; les enfants étaient élevés dans l’enceinte du Karlag, avec une mortalité effrayante (En 1939, il y avait 451 jeunes dans le camp, 114 enfants moururent en un an).
Le nombre de femmes prisonnières de ce camp est donné par nationalité (au sens soviétique de ce terme) : en-tête : Russes, Juives, Ukrainiennes… mais on trouve aussi quatre Françaises !
Dernières pièces du sous-sol : la chambre d’exécution… et, resté intact le brancard en bois pour évacuer les corps.

Au premier étage, les pièces administratives et les espaces de vie des cadres de cet enfer. Confortables, bien équipés pour l’époque : gramophone, radio, etc.
Quelques photos : les commandants du Karlag, des visages de bolcheviks caricaturaux, faces de brutes, on dirait des droits communs.

Passage sur le chemin du retour au cimetière de « Mamochkine » (littéralement, le cimetiére des méres), cimetière d’enfants et de prisonniers du Karlag, un parmi de nombreux autres.
Terrain vague, désormais clôturé. Les quelques croix restantes se désagrègent lentement ; restent surtout des monuments plus récents : à la mémoire du bienhereux Oleksiy Zarytskyi (dont le corps a depuis été ramené en Ukraine), une stèle pour les catholiques morts au Karlag avec la citation de Tertullien : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens. » Et quelques tombes d'enfgants avec des poupées et des nounours posés dessus, en voie de décompostition avancée.

Retour à Karaganda.

P.S.:
- Un certain nombre de camarades, convaincus que l’URSS était sur la voie du communisme radieux, migrèrent en URSS, ce qui leur valut de goûter aux joies du Goulag : Espagnols ayant combattu du côté républicain, et peut-être ces quatre Françaises du camp…

- Des personnes remarquables passèrent dans ce camp : toute une partie de l’intelligentsia kazakhe, mais aussi ukrainienne. Alexandre Soljenitsyne passa par la division d’Ekibastouz ; Lev Goumilev — orientaliste, fils d’Anna Akhmatova et de Nikolaï Goumilev — séjourna dans la division d’Abaï au printemps-automne 1951…

- le chanteur Hubert-Félix Thiéfaine a consacré une chanson intitulée Karaganda (Camp 99), paroles remarquables soit dit en passant: Lien
 ( 997355 )Émouvant et intéressant par Roger (2026-03-26 09:38:36) 
[en réponse à 997350]

Merci beaucoup pour ce petit reportage
N’oublions pas ces crimes ni ce système criminel !
images/icones/hum2.gif  ( 997365 )De l’autre côté de la frontière... par Tonailys (2026-03-26 14:33:44) 
[en réponse à 997350]

... le musée du Goulag de Moscou (que j'avais visité avec un grand intérêt en 2018) a été fermé et va être remplacé par un musée dédié aux crimes des nazis.

Ce serait un peu l’équivalent de remplacer le Mémorial de la Vendée par un musée des excès de la Terreur blanche.

Je me demande sincèrement ce qu’en pense Soljenitsyne du fond de sa tombe du monastère Donskoï.
images/icones/fleche3.gif  ( 997373 )Ils avaient fait un travail remarquable d'édition... par Ludwik (2026-03-26 16:11:49) 
[en réponse à 997365]

Mais dans la nouvelle Russie, on installe des monuments à la gloire de Staline, et la critique de l’URSS est réduite à la portion congrue.
Mais tout n’est pas perdu, puisque la religion occupe une place de plus en plus importante dans la vie des nouveaux Russes, comme le montrent ces magnifiques images :

Pieuses et émouvantes images


400 000 personnes ont ainsi prié à Moscou

Le plus intéressant est l’extension de ces rassemblements dans des provinces où le phénomène n’existait pas précédemment.