Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 996348 )Léon XIV aux prêtres de Madrid par Justin Petipeu (2026-02-21 05:37:41) 

Chers fils,

Je suis heureux de pouvoir vous adresser cette lettre à l’occasion de votre Assemblée presbytérale et de le faire avec un sincère désir de fraternité et d’unité. Je remercie votre archevêque et, du fond du cœur, chacun d’entre vous pour votre disponibilité à vous réunir en tant que presbyterium, non seulement pour traiter des questions communes, mais aussi pour vous soutenir mutuellement dans la mission que vous partagez.


J’apprécie l’engagement avec lequel vous vivez et exercez votre sacerdoce dans des paroisses, des services et des réalités très diverses ; je sais que souvent ce ministère se déroule dans la fatigue, dans des situations complexes et dans un dévouement silencieux dont seul Dieu est témoin. C’est précisément pour cette raison que je souhaite que ces paroles vous parviennent comme un geste de proximité et d’encouragement, et que cette rencontre favorise un climat d’écoute sincère, de communion véritable et d’ouverture confiante à l’action du Saint-Esprit, qui ne cesse d’œuvrer dans votre vie et dans votre mission.

Le temps que vit l’Église nous invite à nous arrêter ensemble pour une réflexion sereine et honnête. Non pas tant pour nous en tenir à des diagnostics immédiats ou à la gestion des urgences, mais pour apprendre à lire en profondeur le moment que nous vivons, en reconnaissant, à la lumière de la foi, les défis et aussi les possibilités que le Seigneur ouvre devant nous. Sur ce chemin, il devient de plus en plus nécessaire d’éduquer notre regard et de nous exercer au discernement, afin de pouvoir percevoir plus clairement ce que Dieu est déjà en train d’accomplir, souvent de manière silencieuse et discrète, au milieu de nous et de nos communautés.

Cette lecture du présent ne peut faire abstraction du cadre culturel et social dans lequel la foi est aujourd’hui vécue et exprimée. Dans de nombreux milieux, nous constatons des processus avancés de sécularisation, une polarisation croissante du discours public et une tendance à réduire la complexité de la personne humaine, en l’interprétant à partir d’idéologies ou de catégories partielles et insuffisantes. Dans ce contexte, la foi risque d’être instrumentalisée, banalisée ou reléguée au rang de l’insignifiant, tandis que s’affirment des formes de coexistence qui font abstraction de toute référence transcendante.


À cela s’ajoute un changement culturel profond qui ne peut être ignoré : la disparition progressive des références communes. Pendant longtemps, la graine chrétienne a trouvé un terrain largement préparé, car le langage moral, les grandes questions sur le sens de la vie et certaines notions fondamentales étaient, au moins en partie, partagés. Aujourd’hui, ce substrat commun s’est considérablement affaibli. Bon nombre des présupposés conceptuels qui, pendant des siècles, ont facilité la transmission du message chrétien, ne sont plus évidents et, dans bien des cas, ne sont même plus compréhensibles. L’Évangile ne se heurte pas seulement à l’indifférence, mais aussi à un horizon culturel différent, où les mots n’ont plus le même sens et où la première annonce ne peut être considérée comme acquise.

Cependant, cette description n’épuise pas ce qui se passe réellement. Je suis convaincu – et je sais que beaucoup d’entre vous le perçoivent dans l’exercice quotidien de votre ministère – qu’au cœur de nombreuses personnes, en particulier des jeunes, s’ouvre aujourd’hui une nouvelle inquiétude. L’absolutisation du bien-être n’a pas apporté le bonheur escompté ; une liberté détachée de la vérité n’a pas généré la plénitude promise ; et le progrès matériel, à lui seul, n’a pas réussi à combler le désir profond du cœur humain.

En effet, les propositions dominantes, ainsi que certaines lectures herméneutiques et philosophiques qui ont voulu interpréter la destinée de l’homme, loin d’offrir une réponse suffisante, ont souvent laissé un sentiment accru de lassitude et de vide. C’est précisément pour cette raison que nous constatons que de nombreuses personnes commencent à s’ouvrir à une recherche plus honnête et plus authentique, une recherche qui, accompagnée de patience et de respect, les conduit à nouveau à la rencontre du Christ. Cela nous rappelle que pour le prêtre, ce n’est pas le moment de se replier sur soi-même ou de se résigner, mais d’être fidèle et généreusement disponible. Tout cela naît de la reconnaissance que l’initiative vient toujours du Seigneur, qui est déjà à l’œuvre et nous précède par sa grâce.

Ainsi se dessine le type de prêtres dont Madrid — et l’Église tout entière — a besoin en ce moment. Certainement pas des hommes définis par la multiplication des tâches ou par la pression des résultats, mais des hommes configurés au Christ, capables de soutenir leur ministère à partir d’une relation vivante avec Lui, nourrie par l’Eucharistie et exprimée dans une charité pastorale marquée par le don sincère de soi. Il ne s’agit pas d’inventer de nouveaux modèles ni de redéfinir l’identité que nous avons reçue, mais de proposer à nouveau, avec une intensité renouvelée, le sacerdoce dans son essence la plus authentique — être alter Christus —, en laissant Dieu façonner notre vie, unifier notre cœur et donner forme à un ministère vécu dans l’intimité avec Dieu, le dévouement fidèle à l’Église et le service concret aux personnes qui nous ont été confiées.

Chers enfants, permettez-moi aujourd’hui de vous parler du sacerdoce en utilisant une image que vous connaissez bien : votre cathédrale. Non pas pour décrire un édifice, mais pour en tirer une leçon. Car les cathédrales, comme tout lieu sacré, existent, tout comme le sacerdoce, pour conduire à la rencontre avec Dieu et à la réconciliation avec nos frères, et leurs éléments recèlent une leçon pour notre vie et notre ministère.

En contemplant sa façade, nous apprenons déjà quelque chose d’essentiel. C’est la première chose que l’on voit, et pourtant elle ne dit pas tout : elle indique, suggère, invite. De même, le prêtre ne vit pas pour s’exhiber, mais pas non plus pour se cacher. Sa vie est appelée à être visible, cohérente et reconnaissable, même si elle n’est pas toujours comprise. La façade n’existe pas pour elle-même : elle conduit à l’intérieur. De la même manière, le prêtre n’est jamais une fin en soi. Toute sa vie est appelée à renvoyer à Dieu et à accompagner le passage vers le Mystère, sans usurper sa place.

En arrivant au seuil, nous comprenons qu’il ne convient pas que tout entre à l’intérieur, car c’est un espace sacré. Le seuil marque un passage, une séparation nécessaire. Avant d’entrer, quelque chose reste à l’extérieur. Le sacerdoce se vit également ainsi : être dans le monde, mais sans être du monde (cf. Jn 17, 14). C’est à ce carrefour que se situent le célibat, la pauvreté et l’obéissance ; non pas comme un renoncement à la vie, mais comme la forme concrète qui permet au prêtre d’appartenir entièrement à Dieu sans cesser de marcher parmi les hommes.

La cathédrale est aussi une maison commune, où chacun a sa place. C’est ainsi que l’Église est appelée à être, en particulier envers ses prêtres : une maison qui accueille, qui protège et qui n’abandonne pas. Et c’est ainsi que doit être vécue la fraternité presbytérale : comme l’expérience concrète de se sentir chez soi, responsables les uns des autres, attentifs à la vie du frère et disposés à se soutenir mutuellement. Mes enfants, personne ne devrait se sentir exposé ou seul dans l’exercice de son ministère : résistez ensemble à l’individualisme qui appauvrit le cœur et affaiblit la mission !

En parcourant le sanctuaire, nous remarquons que tout repose sur les colonnes qui soutiennent l’ensemble. L’Église y a vu l’image des Apôtres (cf. Ep 2, 20). La vie sacerdotale ne se soutient pas non plus d’elle-même, mais dans le témoignage apostolique reçu et transmis dans la Tradition vivante de l’Église, et gardé par le Magistère (cf. 1 Co 11, 2 ; 2 Tm 1, 13-14). Lorsque le prêtre reste ancré dans ce fondement, il évite de construire sur le sable des interprétations partielles ou des accents circonstanciels, et s’appuie sur le roc solide qui le précède et le dépasse (cf. Mt 7, 24-27).

Avant d’arriver au presbytère, la cathédrale nous montre des lieux discrets mais fondamentaux : dans les fonts baptismaux naît le Peuple de Dieu ; dans le confessionnal, il est continuellement régénéré. Dans les sacrements, la grâce se révèle comme la force la plus réelle et la plus efficace du ministère sacerdotal. C’est pourquoi, chers fils, célébrez les sacrements avec dignité et foi, en étant conscients que ce qui s’y produit est la véritable force qui édifie l’Église et qu’ils sont la fin ultime à laquelle tout notre ministère est ordonné. Mais n’oubliez pas que vous n’êtes pas la source, mais le canal, et que vous avez aussi besoin de boire de cette eau. C’est pourquoi, ne cessez pas de vous confesser, de toujours revenir à la miséricorde que vous annoncez.


À côté de l’espace central s’ouvrent différentes chapelles. Chacune a son histoire, sa dédicace. Bien que différentes dans leur art et leur composition, elles partagent toutes la même orientation ; aucune n’est tournée vers elle-même, aucune ne rompt l’harmonie de l’ensemble. Il en va de même dans l’Église avec les différents charismes et spiritualités par lesquels le Seigneur enrichit et soutient votre vocation. Chacun reçoit une façon particulière d’exprimer sa foi et de nourrir son intériorité, mais tous restent orientés vers le même centre.

Regardons le centre de tout, mes enfants : c’est là que se révèle ce qui donne un sens à ce que vous faites chaque jour et d’où jaillit votre ministère. Sur l’autel, par vos mains, le sacrifice du Christ s’actualise dans la plus haute action confiée à des mains humaines ; dans le tabernacle, demeure Celui que vous avez offert, confié à nouveau à vos soins. Soyez des adorateurs, des hommes de prière profonde, et enseignez à votre peuple à faire de même.

Au terme de ce parcours, pour être les prêtres dont l’Église a besoin aujourd’hui, je vous laisse le même conseil que votre saint compatriote, saint Jean d’Avila : « Soyez tout à lui » (Sermon 57). Soyez saints ! Je vous confie à Sainte Marie de l’Almudena et, le cœur rempli de gratitude, je vous donne la bénédiction apostolique, que j’étends à tous ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux.

Vatican, le 28 janvier 2026. Mémoire de saint Thomas d’Aquin, prêtre et docteur de l’Église. LEÓN PP. XIV


Source
images/icones/attention.gif  ( 996349 )Andrea Grillo s'étouffe ! par Justin Petipeu (2026-02-21 05:41:50) 
[en réponse à 996348]


Andrea Grillo, l’idéologue de “Traditionis custodes”, attaque Léon XIV qui voit dans le prêtre un “alter Christus”
18 février 2026 17 h 37 min


Le grand idéologue de Traditionis custodes, Andrea Grillo, a encore frappé. Mais cette fois, au lieu d’œuvrer à la disparition de la messe traditionnelle, il dénonce carrément la conception du sacerdoce de Léon XIV – qui se trouve être celle de l’Eglise et qui consiste à voir le prêtre comme un alter Christus. Lorsqu’il consacre le pain et le vin, lorsqu’il absout les péchés au confessionnal, le prêtre (nous enseigne l’Eglise et à travers elle le Seigneur Lui-même) n’agit pas au nom du Christ ou comme une sorte de délégué. Il est, au contraire, l’instrument du Christ Lui-même, qui opère à travers lui. Et le prêtre, à ce moment-là, disparaît, laissant la place au Christ.

Ce grand moderniste d’Andrea Grillo, professeur de liturgie, vient de publier sur son blog un article très critique envers le pape actuel, qu’il cite nommément dans le titre. Non content de critiquer cette référence au concept d’alter Christus, Grillo va jusqu’à l’accuser de détourner la pensée de saint Augustin dans sa récente lettre au clergé madrilène. Voilà Léon XIV traité de manipulateur, et d’adepte d’une fausse vision, très XIXe siècle, du sacerdoce.

Armando Rubio, lecteur d’Infocatólica, commente finement l’offensive de Grillo qui, au bout du compte, montre à quel point Léon XIV voit le prêtre d’une manière parfaitement traditionnelle. Car il ne s’agit pas d’une simple « dispute académique », souligne-t-il dans sa tribune : c’est au contraire une question essentielle. Qu’est-ce que le prêtre ? Et pourquoi existe-t-il ?



Andrea Grillo fait la leçon à Léon XIV sur le sacerdoce
Léon XIV aborde cette question dans sa lettre en évoquant la sécularisation galopante, la polarisation du discours public et l’évaporation du langage moral commun qui, pendant des siècles, facilitait la transmission de l’Evangile. « Les mots ne signifient plus la même chose », écrit le pape. Mais si les temps ont changé, il ne propose pas de modifier le message de l’Evangile, la manière de le présenter.

Les prêtres dont Madrid et, d’ailleurs, l’Eglise tout entière, ont besoin en ce temps, écrit le pape, ne sont « certainement pas des hommes définis par la multiplication des tâches ou par la pression des résultats, mais des hommes configurés au Christ, capables de soutenir leur ministère à partir d’une relation vivante avec Lui, nourrie par l’Eucharistie et exprimée dans une charité pastorale marquée par le don sincère de soi ». Et il poursuit : « Il ne s’agit pas d’inventer de nouveaux modèles ni de redéfinir l’identité que nous avons reçue, mais de reproposer, avec une intensité renouvelée, le sacerdoce en son noyau le plus authentique – être alter Christus –, en laissant que ce soit Lui qui configure notre vie, unifie notre cœur et donne forme à un ministère vécu à partir de l’intimité avec Dieu, de l’offrande fidèle à l’Eglise et du service concret aux personnes qui nous ont été confiées. »



Le prêtre alter Christus, une vérité insupportable

Voilà qui irrite les oreilles d’Andrea Grillo, qui condamnait en juin dernier, peu avant la canonisation de Carlo Acutis, l’attachement de ce dernier aux miracles eucharistiques en l’accusant d’avoir une compréhension « lacunaire, déficiente, unilatérale » de l’Eucharistie. Aujourd’hui, Grillo présente l’expression « alter Christus » comme une formule qu’Augustin réservait, selon lui, aux chrétiens en général et aux saints en particulier. C’est seulement à partir de 1800 qu’elle est diffusée comme faisant référence au prêtre, et en 1900 qu’elle devient un lieu commun chez les papes jusqu’à Pie XII avant de réapparaître chez Jean-Paul II et Benoît XVI. « L’expression ne résulte d’aucune tradition antique, elle apparaît comme une invention moderno-tardive », assure Grillo. Ce dernier prétend que cela trahit l’esprit de Vatican II, qui avait recouvré la vision augustinienne originale d’une église où tous les baptisés sont également « alter Christus », sans distinction, Alors qu’aujourd’hui, l’« alter Christus » fait référence à une « théorie sacrale » du ministère sacerdotal , faisant fi du sacerdoce commun des fidèles. Saint Augustin n’écrivait-il pas dans son commentaire sur l’Apocalypse dans La Cité de Dieu : « Nous considérons comme prêtres tous les fidèles parce qu’ils sont membres de l’unique prêtre » ?

Grillo conclut : « Une Eglise où alter Christus se réfère non aux baptisés ou aux saints mais aux ministres ordonnés est une Eglise pensée comme une société inégale, une société parfaite, selon la tentation du catholicisme entre 1870 et 1950. Même pour les prêtres madrilènes, il n’y aurait pas grand profit à retourner au ton et au style de ces temps-là. » Sous-entendu : c’est à cela qu’aboutirait le respect des conseils que leur a adressés Léon XIV…

Mais Armando Rubio insiste : c’est une fausse lecture, malhonnête, de la lettre de Léon XIV qui précise magnifiquement quel est le véritable rôle du prêtre – l’absence de la formule littérale « alter Christus » dans l’œuvre de Saint Augustin pour y faire référence ne change rien à l’enseignement deux fois millénaire de l’Eglise.



Léon XIV propose une magnifique métaphore de l’alter Christus
Et il commente :

« Car Léon XIV ne se contente pas d’utiliser l’expression “alter Christus” et de s’en aller. Il l’entoure d’une catéchèse complète, structurée autour d’une métaphore : la cathédrale de Madrid. Et dans cette métaphore, que Grillo qualifie en passant de “forcée et réductrice” mais qu’il ne retranscrit pas, se trouve la clef de tout.

« Le pape invite les prêtres à contempler leur cathédrale élément par élément. La façade, dit-il, “indique, suggère, invite”, mais ne s’exhibe pas. Il en va de même pour le prêtre : visible mais pas protagoniste, renvoyant toujours vers Dieu. Le seuil marque une séparation : “Il ne convient pas que tout entre à l’intérieur, car c’est un espace sacré.” Et c’est là que Léon XIV justifie le célibat, la pauvreté et l’obéissance : “Etre dans le monde, mais sans être du monde.” Les colonnes représentent les apôtres, fondement de la Tradition que le prêtre ne peut modifier. Le confessionnal et les fonts baptismaux sont des lieux “discrets mais fondamentaux” où la grâce régénère le Peuple de Dieu. Et enfin, l’autel : “Par vos mains s’actualise le sacrifice du Christ dans la plus haute action confiée à des mains humaines.”

« Chaque image est une leçon de théologie sacramentelle. Et chaque leçon contredit frontalement la thèse de Grillo. »



Léon XIV évoque la grâce, la tradition, la configuration du prêtre au Christ
Voilà pour l’essentiel. Mais je ne résiste pas à proposer aux plus passionnés par cette affaire la traduction de la suite de ce commentaire d’Armando Rubio :

« Prenons seulement trois exemples :

« Premièrement : Léon XIV écrit que dans les sacrements “la grâce se révèle comme la force la plus réelle et la plus efficace du ministère sacerdotal”. Cette phrase n’est pas poétique : elle est doctrinale. Cela signifie que l’efficacité du ministère ne dépend pas du charisme personnel du prêtre, ni de sa capacité à “animer la communauté, ni de sa formation académique. Elle dépend du sacrement, de ce que les théologiens appellent ex opere operato : la grâce agit du fait même que le sacrement est célébré valablement, indépendamment de la sainteté du ministre.

« Mais si Grillo a raison et que le prêtre n’est qu’“un chrétien ayant une fonction organisationnelle”, alors la grâce ne vient plus du sacrement, mais de l’“authenticité” de celui qui le célèbre ou de la “participation active” de l’assemblée. Et c’est là que s’ouvre une boîte de Pandore : si l’efficacité dépend du ministre et non du sacrement, pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas célébrer l’Eucharistie ? Pourquoi un pasteur protestant bien formé ne pourrait-il pas le faire aussi ?

« Deuxièmement : le pape dit que le prêtre doit rester “ancré dans le témoignage apostolique reçu et transmis dans la Tradition vivante de l’Eglise, gardée par le Magistère”.

« Il ne s’agit pas d’une recommandation pieuse : cela rappelle que le prêtre n’invente pas sa doctrine, qu’il ne peut pas l’adapter aux modes culturelles, qu’il n’est pas maître du dépôt de la foi. Il est celui qui transmet – un canal, comme le dit Léon XIV dans une autre partie de la lettre : “Vous n’êtes pas la source, mais le canal.”

« Grillo, en revanche, propose implicitement le contraire. En niant que le prêtre ait une configuration ontologique particulière avec le Christ, il réduit son autorité à celle que la communauté veut lui reconnaître. C’est le modèle protestant : le pasteur est élu par la congrégation et peut être révoqué par elle. Il n’a pas de “caractère indélébile” qui le marque à vie. C’est un leader charismatique, pas un médiateur sacramentel.

« Troisièmement : Léon XIV utilise une expression que Grillo déteste probablement : “configurés au Christ”.

« Il ne dit pas “qui représentent le Christ” ou “qui agissent au nom du Christ”. Il dit “configurés”. C’est un terme technique emprunté à saint Thomas d’Aquin, qui explique dans la Summa Theologiae (III, q.63, a.3) que le sacrement de l’Ordre imprime un caractère, un sceau spirituel, qui “configure” le prêtre au Christ Prêtre.

« Ce n’est pas une métaphore. C’est de l’ontologie sacramentelle : quelque chose change dans l’être de l’ordonné, quelque chose qui ne disparaît jamais, même s’il devient hérétique ou apostat.

« Grillo ne peut pas réfuter cela sans rejeter ouvertement saint Thomas, le Concile de Trente et le Catéchisme actuel. Il préfère donc ne pas en parler. Il cite la première partie diagnostique de la lettre papale (qui lui convient), attaque le paragraphe sur l’“alter Christus” (qui le dérange) et passe sous silence tout le reste.

« Il y a non seulement une déviation doctrinale, mais aussi beaucoup de malhonnêteté. »



Grillo, c’est la vision protestante ; il ne veut pas de la messe comme le Calvaire rendu présent
La suite de la longue tribune d’Armando Rubio est tout aussi intéressante et va au fond de la révolution qu’entraîne le refus de voir le prêtre comme un alter Christus. Elle dénonce notamment le détournement de la pensée de saint Augustin, qui a parlé tout à fait traditionnellement du sacrement de l’ordre et qui se bornait dans son commentaire de l’Apocalypse à « la vision eschatologique du royaume de Dieu consommé, où tous les sauvés participeront au sacerdoce du Christ dans la gloire », et où « il ne parle pas de la structure ministérielle de l’Eglise pèlerine sur cette terre ». « C’est sur cette terre que le Christ lui-même a institué des apôtres avec une autorité spéciale, afin de pouvoir “faire ceci en mémoire de moi” », observe Rubio. D’ailleurs, Lumen Gentium affirmait que le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel diffèrent essentiellement, et pas seulement en degré.

Pour finir, encore une citation de ce bel article que je vous invite à découvrir en entier :

« Si Léon XIV a raison, ce que vous trouvez [à la messe] c’est le Calvaire rendu présent. Le prêtre disparaît, et à sa place agit le Christ lui-même, qui renouvelle son sacrifice rédempteur. La grâce ne vient pas de la foi de l’assemblée (même si cette foi est nécessaire pour la recevoir fructueusement), mais du sacrement lui-même. Et c’est pourquoi le prêtre, même s’il est pécheur, même s’il est fatigué, même s’il prêche mal, peut faire descendre Dieu du ciel sur l’autel. Car il n’agit pas en son nom. Il agit au nom du Christ. »



Jeanne Smits


Source
images/icones/bravo.gif  ( 996355 )très beau texte en effet, on dirait du Benoît XVI par Luc Perrin (2026-02-21 13:43:17) 
[en réponse à 996348]

Comme pour le Message aux évêques de France de 2025, le pape Léon XIV a parfois une plume lumineuse car trempée dans l'encre de la Révélation et du déploiement de la Tradition la plus claire.

Je comprends que Grillo s'étouffe comme l'écrit Jeanne Smits.

Toute la néo-doctrine qui évacue le mot "sacerdoce" et vise à priver les prêtres et évêques de la grâce reçue à leur ordination pour les fondre dans le peuple de Dieu est ici écartée.

Il est même question du monde libéral à visage totalitaire de plus en plus sécularisé et ayant perdu tout sens moral car sans idée du Divin.
On dirait que le Saint-Père et ses secrétaires ont puisé dans Jean Paul II, Benoît XVI et font honneur au bon pape Pecci Léon XIII.

Rappelons au passage, la magnifique encyclique de saint Jean XXIII sur le sacerdoce publiée lors de l'anniversaire de saint Jean-Marie Vianney le 1er août 1959 : Sacerdotii nostri primordia.
A lire et relire, en plus elle n'est pas très longue.

ps. on dirait que le Docteur angélique a veillé d'en haut sur le texte sorti au jour de sa fête... Deo gratias.
images/icones/fleche2.gif  ( 996371 )Et pour une fois, par Vassilissa (2026-02-21 23:42:57) 
[en réponse à 996355]

Vatican II n'est pas cité ! Quel miracle !