Traduction de l’article de Gaetano Masciullo paru le 13 janvier 2026 sur
The Remnant sous le titre : «
Extraordinary Consistory: what is its true meaning? »
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Le consistoire extraordinaire de janvier 2026 n'était pas une simple consultation, mais un tournant stratégique : sous les apparences du dialogue et de la « synodalité », se consolide un modèle parlementaire de l'Église qui relativise la primauté pétrinienne et présente la dérive néo-moderniste comme irréversible, tandis que le pape Léon XIV apparaît de plus en plus comme un arbitre des rapports de force. Ce consistoire extraordinaire de janvier 2026 ne doit pas être interprété comme une simple consultation, mais comme une étape décisive dans la tentative de refonder l'Église sur des bases procédurales et parlementaires étrangères à sa nature divine.
Le Consistoire extraordinaire, convoqué par le pape Léon XIV les 7 et 8 janvier, a constitué un moment crucial pour comprendre l'orientation que prendra la vie de l'Église dans les mois, voire les années à venir ; toutefois, sa véritable signification dépasse largement le cadre d'une simple formalité institutionnelle.
Cet événement – premier point à souligner – a coïncidé avec la conclusion du Jubilé de 2025 proclamé par le pape François et, de ce fait, selon de nombreux observateurs, aurait marqué le début concret du pontificat de Prévost, un pape qui, bien que qualifié de « modéré », apparaît aujourd'hui davantage comme le garant de la cohésion entre les courants opposés au sein de l'Église que comme le principal gardien de la foi catholique.
La convocation de cardinaux du monde entier à Rome avait été annoncée en novembre 2025 par une lettre du cardinal Re, qui a rapidement fuité et a été publiée dans les médias italiens puis américains dès le 16 décembre 2025.
Officiellement, selon les informations recueillies, les cardinaux devaient être réunis pour discuter de quatre grands thèmes : un examen approfondi de la Constitution apostolique
Praedicate Evangelium sur l'organisation de la Curie romaine, notamment concernant les relations de gouvernance entre le Saint-Siège et les Églises locales ; les modalités de la mission de l'Église dans le monde contemporain à la lumière de l'exhortation apostolique
Evangelii Gaudium du pape François ; la paix liturgique ; et enfin, la question de la synodalité.
Attention : comme me l’a précisé à l’époque le journaliste Nico Spuntoni, concernant la paix liturgique, la question n’aurait pas porté exclusivement et explicitement sur la restauration de la messe traditionnelle et le dépassement de
Traditionis Custodes, comme l’espéraient certains observateurs du Vatican, mais, plus largement, sur l’éventuelle nécessité d’intervenir d’une manière ou d’une autre dans la liturgie (n’oublions pas que le projet de « rite hybride » de Koch est toujours dans les tiroirs du Vatican, prêt à être exhumé).
Cependant,
lors du consistoire, il fut rapidement décidé, par vote, de réduire les thèmes de quatre à deux. L’écrasante majorité des cardinaux ont choisi de débattre de la synodalité et de la mission dans le monde moderne.
Il convient donc de relever un premier fait singulier de ce premier Consistoire extraordinaire du pape Léon XIII :
les cardinaux qui s'étaient préparés à intervenir sur la liturgie ou les relations avec les Églises locales se trouvèrent dans une situation délicate et embarrassante, tandis que ceux qui avaient préparé le terrain sur les thèmes de la synodalité et de la « mission » l'emportèrent. Ces derniers sont manifestement les plus proches de la pensée progressiste et bergoglienne, hostiles aux querelles liturgiques en cours, voire indifférents à celles-ci.
Le choix des modérateurs des trois sessions, tous des figures progressistes – Radcliffe, Tolentino et Tagle – n'est certainement pas fortuit, mais révélateur de cette tendance : la maîtrise du discours et de l'ordre du jour fut stratégiquement confiée à ceux qui incarnent le mieux l'héritage bergoglien. Même l'inversion de l'organisation traditionnelle eut un effet très concret. Alors que, par le passé, les séances plénières des synodes et des consistoires, avec les interventions libres des cardinaux, précédaient les travaux et les votes, cette fois-ci, ce fut l'inverse : d'abord les votes, puis les interventions.
Ainsi, comme on peut aisément le pressentir, les cardinaux « critiques » ne pouvaient rien faire d’autre qu’exprimer, une fois la décision prise, leur désaccord ou leurs doutes, et rien de plus, conformément aux meilleures traditions démocratiques occidentales.
Tout aussi préoccupant, du point de vue de la portée symbolique, était le recours aux tables rondes, selon la logique synodale déjà éprouvée, qui divisait les cardinaux selon un critère linguistique et conduisait de fait à l’isolement de certaines catégories – notamment les plus âgés et les non-électeurs. Il ne s’agit pas d’une simple opération d’organisation, que cela soit bien clair : c’est un instrument manifeste de contrôle et de marginalisation de la dissidence (voir la déclaration du cardinal Joseph Zen).
La « Terreur Bergoglienne » (qui, par le passé, avait conduit au refus du traitement du cardinal Raymond Leo Burke ou à la rédaction d'une lettre programmatique, anonyme par crainte de représailles, publiée en février 2024) persiste, comme en témoigne la réticence manifeste de plusieurs cardinaux « mécontents » à s'exprimer publiquement.
De fait, dans les jours qui ont suivi le Consistoire extraordinaire, plusieurs cardinaux ont fait part de leur mécontentement au blog italien Messainlatino, sans toutefois avoir la courage de le dénoncer ouvertement. Ce sentiment de crainte largement répandu au sein du Collège explique en partie le silence de nombreux hauts prélats face aux choix et aux actes de Léon XIV, en contradiction flagrante avec la doctrine et la pratique catholique établie (notamment les nominations épiscopales très contestables).
Le Consistoire a confirmé la prééminence du Secrétariat du Synode dans l'organisation des événements. Les images diffusées par les médias du Vatican, montrant les cardinaux les plus progressistes constamment aux côtés du pape Léon XIV, renforcent l'idée d'un pontife s'efforçant de jouer les médiateurs entre courants opposés, par souci d'équilibre des pouvoirs internes et sous l'influence des héritiers de François.
On a pu constater la présence constante de Tagle, Tolentino, Grech, Radcliffe (qui a ouvert la voie avec une interview au
Telegraph), Fernández et d'autres figures du même courant, signe que le véritable moteur des décisions demeure le parti bergoglien, déterminé à consolider rapidement la « synodalisation » de l'Église et à rendre irréversible la dérive néo-moderniste.
L'exclusion stratégique de cardinaux non électeurs, et même de nombreux cardinaux de la Curie, révèle clairement la priorité : donner voix et poids au courant bergoglien-synodal, tandis que d'autres voix – non seulement celles des conservateurs, mais aussi celles des progressistes moins « alignés » – sont marginalisées.
L'annonce de la tenue annuelle du consistoire extraordinaire, la confirmation de l'Assemblée ecclésiale pour octobre 2028 et son rôle de point culminant de la mise en œuvre du Synode sur la synodalité confirment la volonté de procéder, avec une prudence apparente, à la pleine application des réformes initiées par d'autres.
Comme l'expliquait le cardinal Grech en mars 2025, l'Assemblée ecclésiale ne constituera pas un nouveau synode, mais la phase de mise en œuvre du Document final du Synode sur la synodalité, reconnu par François comme faisant partie du magistère ordinaire (prétendu infaillible).
Il apparaît donc de plus en plus évident que le Synode sur la synodalité n'est rien d'autre qu'une tentative de proposer un troisième concile Vatican II sous de faux prétextes, avec toutes les conséquences que cela implique pour l'Église catholique.
Selon ses promoteurs, un tel synode doit en réalité passer par trois phases : l'écoute (2022-2023), le discernement (2024) et la mise en œuvre (2025-2030). Nous sommes désormais entrés dans la troisième et dernière phase.
Le profil du pape Léon XIV, confirmé par le Consistoire, est une fois de plus celui d'un révolutionnaire de la décélération, mais inclusif, favorable au maintien de l'unité entre les divergences doctrinales, morales et liturgiques. Sa conception de l'Église et de la papauté est fortement marquée par l'influence montinienne : une structure quasi parlementaire, pourrait-on dire, dans laquelle le Collège des cardinaux et les Conférences épiscopales du monde entier assument des rôles analogues à ceux d'une Chambre haute et d'une Chambre basse d'un État moderne.
Cela explique aussi pourquoi, récemment, le Vatican a ressorti un vieux projet de Paul VI, resté en suspens : la rédaction d'une Loi fondamentale de l'Église, c'est-à-dire une sorte de Constitution dont découlerait toute codification canonique. Curieusement, ce projet a été présenté par le Dicastère pour les textes législatifs comme « conciliaire et synodal ».
Ante litteram, pourrait-on dire.
Une approche positiviste du droit qui trahit le complexe d'infériorité que certains hauts dignitaires catholiques nourrissent depuis des décennies à l'égard des pouvoirs institutionnalisés de la modernité.
Dans ce contexte, le parti bergoglien exerce encore une fonction déterminante, bien que François soit décédé et que Prevost lui-même n'appartienne pas – à proprement parler – à cette faction progressiste, aujourd'hui majoritaire. Néanmoins, comme nous l'avons souligné dans d'autres analyses récentes, il dicte en grande partie l'agenda du pape et souhaite « continuer d'accélérer » le processus de synodalisation initié au sein de l'Église par François. Après tout, Prevost a été élu (également) par ce parti et ne peut manquer d'éprouver envers lui un sentiment de « dette morale ».
La « gauche du Collège », pour reprendre une expression empruntée à la sphère politico-parlementaire moderne, à laquelle, malheureusement, l'Église, dans ses plus hautes hiérarchies, semble se référer (même si elle tend et tendra toujours à le nier publiquement), n'est pas homogène, contrairement à ce que l'on pourrait penser.
Les tactiques réformistes élaborées et mises en œuvre par les hauts prélats progressistes varient selon les écoles de pensée et les courants d'appartenance néo-modernistes. À mon sens, on pourrait diviser l'aile gauche du Collège en quatre grandes sections.
La plus grande frange demeure, comme je l'ai dit, celle que j'ai appelée le « parti bergoglien », c'est-à-dire ceux qui, à l'instar de leur prédécesseur, sont des révolutionnaires de l'accélération mais exclusifs. Autrement dit, ils espèrent que les « réformes » tant désirées, à mener à bien au plus vite, entraîneront la sortie, ou du moins la marginalisation radicale, de toutes ces franges jugées dangereuses car réactionnaires, conservatrices, traditionalistes et peu enclines à la mondanité.
Il y a ensuite ces cardinaux qui, tout en partageant avec les bergogliens la nécessité de bouleverser l'Église dans sa nature et sa structure, estiment néanmoins que la meilleure stratégie pour atteindre cet objectif n'est pas l'exclusion forcée des « nostalgiques » mécontents, mais leur accueil. En d'autres termes, il faut donner aux « ennemis » une place dans la Nouvelle Église afin de les apaiser.
On les appelle donc révolutionnaires de l’accélération, mais inclusifs (ou libéraux, si vous voulez), et parmi eux on trouve des cardinaux qui, au temps de François, ont acquis beaucoup d’influence et beaucoup de pouvoir, comme le patron des évêques italiens Matteo Maria Zuppi ou le membre de Sant’Egidio de Marseille, Jean-Marc Aveline.
Cependant, sous le règne de Léon XIV, ces personnes semblent vouées à un destin peu enviable, bien que leur vote – comme on le murmurait dans les jours qui suivirent le conclave – ait révélé le désir de rompre avec le totalitarisme du pape jésuite et l’espoir d’obtenir une reconnaissance encore plus grande de l’Augustinien de Chicago.
Par ailleurs, on trouve les révolutionnaires de la décélération, c’est-à-dire ceux qui veulent appliquer à l’Église catholique la stratégie révolutionnaire qui, d’un point de vue historique, s’est toujours avérée la plus efficace : le fabianisme ou la « fenêtre d’Overton ». Les réformes liturgiques, doctrinales et morales doivent être très progressives, presque imperceptibles, afin de persuader, si possible, même les catholiques les plus conservateurs, du bien-fondé de leurs intentions.
Parmi eux, certains sont exclusifs ; ils veulent exclure d’emblée les plus conservateurs, notamment ceux attachés aux formes liturgiques traditionnelles : ce qui a été laborieusement « réformé » jusqu’ici, à force de réformes interminables, ne peut être défait. Le chef de file de ce parti est sans conteste le secrétaire d'État, Pietro Parolin, considéré, non sans raison, par nombre de laïcs et de prêtres, notamment en Italie, comme une figure conservatrice du Sacré Collège !
On retrouve ensuite le camp du pape Léon XIV lui-même, c'est-à-dire celui des révolutionnaires de la décélération (à l'instar de Parolin) mais aussi de l'inclusion (comme Zuppi et Aveline). Ceux-ci souhaitent préserver l'édifice ecclésial traditionnel dans ses formes extérieures, tout en transformant progressivement ses fondements doctrinaux, moraux et juridiques, misant sur une continuité apparente pour désamorcer toute résistance réelle. Pour eux, le dialogue et l'opérabilité restent possibles, même pour les plus conservateurs et les plus traditionalistes.
À mon sens, les révolutionnaires de l'accélération sont les plus dangereux, car ils sèment la discorde parmi les laïcs (qui, à ce jour, demeurent largement conservateurs dans le monde catholique) et parmi le clergé. Les révolutionnaires de la décélération, en revanche, apparaissent plus dangereux si on les observe sous un autre angle, à savoir celui du fait qu’ils ne se présentent pas et ne se conçoivent pas comme un phénomène de rupture, mais comme un « développement » ; non pas comme une révolution, mais comme un « discernement ».
Ainsi, la synodalité n’apparaît plus comme un événement extraordinaire, mais comme le nouveau principe constitutif de l’Église, destiné à relativiser la primauté pétrinienne, à diluer l’autorité magistérielle et à subordonner la vérité révélée au consensus ecclésial du moment.
Le consistoire extraordinaire de janvier 2026 ne doit pas être perçu comme une simple consultation, mais comme une étape décisive dans la tentative de refonder l'Église sur des bases procédurales et parlementaires étrangères à sa nature divine. Face à ce scénario, la question n'est pas tant de savoir si Léon XIV est progressiste ou modéré (sa position me semble claire), mais plutôt s'il entend exercer le
mandat de saint Pierre en tant que gardien de la Tradition reçue ou en tant qu'arbitre des équilibres entre forces idéologiques opposées.
Pour les fidèles catholiques de tous les temps, l'enjeu est désormais évident : il ne s'agit pas de préférences liturgiques ou de sensibilités pastorales, mais de la survie même de la forme catholique de l'Église.
En ces temps de confusion institutionnalisée, la seule véritable réforme demeure celle enseignée par les saints : le retour intégral à la foi, à la doctrine, à la morale, aux sacrements et à l'ordre voulus par Notre Seigneur Jésus-Christ. Tout le reste, aussi habilement dissimulé soit-il, n'est que politique ecclésiastique.