Le Forum Catholique

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images/icones/tele.gif  ( 994920 )Les sacres de la FSSPX : schisme, excommunication ? par Pétrarque (2026-01-09 11:47:21) 

La FSSPX a mis récemment en ligne une vidéo de l'abbé Weil qui a le mérite de revenir de manière factuelle et dépassionnée, sur l'épineuse question des sacres de 1988 et de leurs conséquences canoniques.

Cette vidéo argumente donc la position de la Fraternité sur la question, dont chacun connaît la teneur.

Je ne la place pas ici dans un esprit de polémique, ni pour planter un énième marronnier, mais surtout pour sa qualité didactique et la synthèse argumentative qu'elle constitue.

Elle peut servir à comprendre la position de la FSSPX, même si on ne la partage pas.

Ceci dit pour éviter que le fil ici ouvert ne dégénère pas une fois de plus en champ de bataille...

Merci d'avance à tous.


images/icones/iphone.jpg  ( 994954 )Remarquable vidéo par Signo (2026-01-09 22:42:57) 
[en réponse à 994920]

Clair, apaisé, précis, factuel. Qui plus est avec de nombreuses références magistérielles, canoniques et historiques, on apprend beaucoup de choses.

Je ne suis pas canoniste et Dieu sait si je suis habituellement critique envers le lefebvrisme, mais cette démonstration me paraît tenir la route et le positionnement ecclésial de la FSSPX me paraît à présent nettement moins bancal.

A diffuser largement car il y a de quoi nourrir intelligemment le débat.
images/icones/1n.gif  ( 994960 )Vous trouvez ? par Athanasios D. (2026-01-09 23:55:00) 
[en réponse à 994954]

Le ton calme et apaisé semble avoir anesthésié votre jugement. Cette "démonstration" est une parfaite illustration de cherry picking, à l’image de la comparaison finale, totalement hallucinante, que l’abbé tente d’établir avec saint Athanase. Comparer les actes et les sanctions canoniques de Mgr Lefebvre à la pseudo-excommunication de saint Athanase — arrachée au pape Libère par l’empereur sous la contrainte physique, puis dénoncée dès le décès de ce dernier peu après — n’est pas sérieux.

Ath
images/icones/iphone.jpg  ( 994969 )Réponse par Signo (2026-01-10 09:34:17) 
[en réponse à 994960]

1. Je n’ai pas dit que j’adhérais à la thèse de la vidéo. J’ai dit que l’argumentation était cohérente, sans outrances, relativement claire, et donc que le point de vue de la FSSPX apparaît moins bancal. Moins bancal ne signifie pas juste.

2. La FSSPX pratique certes abondamment le cherry picking, mais elle est loin d’en avoir le monopole. En réalité, tout le monde le fait, vous et moi compris. C’est une tendance naturelle de l’esprit humain. Par exemple, brandir des citations magistérielles de Pie XII ou autre sorties de leur contexte et les appliquer à des réalités pour lesquelles elles n’ont absolument pas été formulées, c’est aussi du cherry picking. Bien évidemment que les papes d’avant le concile enseignaient l’obéissance absolue aux autorités. Mais ces mêmes papes ont aussi écrit Pascendi, Mirari Vos, le Syllabus, etc, des actes du magistère difficilement compatibles (doux euphémisme) avec Assise, la déclaration d’Abu Dhabi, et bien d’autres choses. Nier que sur ce point il y ait un réel problème, une contradiction évidente, c’est aussi avoir une analyse partielle de la réalité, sélectionner ce qui arrange et rejeter le reste. Qui peut sérieusement affirmer que Pie X ou même encore Pie XII n’aurait pas été scandalisé par un événement comme Assise?
La réalité est que, le maintien de la communion ecclésiale étant sauf (et c’est là la limite qui me sépare de la FSSPX), il faut trouver des réponses nouvelles à un contexte radicalement nouveau, en prenant le magistère du passé comme constituant autant de points de repères permettant d’élaborer nos choix pour aujourd’hui, mais certainement pas comme constituant un arsenal de formules toutes faites, brandies comme des arguments définitifs instrumentalisés pour clore le débat.

J’ajoute qu’en employant exactement la même méthode, on pourrait très bien nier la juridiction universelle du pape… en brandissant un acte infaillible du magistère pontifical. Ceux qui en veulent la preuve n’ont qu’à relire la fameuse lettre du pape S. Grégoire au patriarche Jean de Constantinople, qui, apparemment, constitue une condamnation de toute la doctrine de Vatican I sur le ministère pétrinien.

Ce que je constate en définitive, c’est une certaine tendance argumentative consistant à instrumentaliser des citations magistérielles du passé en faisant totalement abstraction du contexte, c’est à dire en mettant de côté l’histoire. Ces citations sont ainsi artificiellement mis au service d’un système intellectuel abstrait, totalement et artificiellement déconnecté des contingences historiques qui sont pourtant essentielles. On abouti ainsi à un système intellectuel rigide, qui, au lieu de stimuler notre intelligence pour la rendre capable d’élaborer des solutions originales pour aujourd’hui, paralyse toute réflexion personnelle en affirmant que toutes les problématiques actuelles ont déjà trouvé des réponses toutes faites dans ledit système. C’est là une maladie typique du catholicisme moderne depuis déjà plusieurs siècles.

Par ailleurs, le lefebvrisme, et le traditionalisme en général, ne sont en définitive que des réactions animales, relevant de l’instinct de survie, apparues d’abord en réaction à la crise de l’Eglise et du magistère, puis radicalisées par les persécutions et brimades diverses exercées par les autorités à leur encontre. Une réaction animale est forcément outrancière. On ne répond pas à une réaction animale par des abstractions argumentatives froides et impersonnelles, déconnectées de tout contexte. Un animal acculé qui sait qu’on veut lui faire la peau n’écoutera aucun argument rationnel. La seule manière de résorber le lefebvrisme est 1. De faire preuve de charité, de patience et de compréhension à son égard (ce que Benoît XVI avait parfaitement compris) et 2. de travailler à mettre fin à la crise de l’Eglise, c’est à dire à exiger des autorités qu’elles se ressaisissent sur le plan doctrinal, qu’elles cessent de répandre des ambiguïtés scandaleuses qui blessent la foi et nourrissent le lefebvrisme.
 ( 995001 )Tout à fait d’accord par Roger (2026-01-11 15:45:28) 
[en réponse à 994969]

Et je me réjouis que votre analyse claire des faits débouche sur deux propositions concrètes précises et réalistes - autrement dit très convaincantes de mon point de vue.
images/icones/mitre4.png  ( 994989 )Remarquable vidéo en effet par Jean-Paul PARFU (2026-01-11 00:02:05) 
[en réponse à 994920]

Juste la précision suivante, que l'intervenant ne donne pas volontairement pour s'en tenir au droit de l'Eglise tel qu'il existe depuis plusieurs siècles :

Le mandat pontifical pour le sacre d'un évêque relève bien du pouvoir de juridiction. Seulement, si le pouvoir suprême de juridiction appartient bien de droit divin dans l'Eglise au Pape, le mandat pontifical pour le sacre d'un évêque n'a pas toujours existé dans l'Eglise. Il a été imposé par le Pape en 1063 et est donc de droit ecclésiastique. Et c'est la raison pour laquelle il peut y être dérogé en cas de nécessité.
images/icones/fleche3.gif  ( 994991 )Vous oubliez systématiquement une donnée par Candidus (2026-01-11 07:12:06) 
[en réponse à 994989]

Chaque fois que le sujet est abordé, vous ignorez le fait qu'il existe une différence considérable entre une consécration épiscopale SANS mandat pontifical, et une CONTRE LA VOLONTÉ EXPLICITE du souverain pontife. On vous l'a pourtant fait remarquer plus d'une fois.
images/icones/pelerouin1.gif  ( 994992 )Cette objection ne tient pas par Jean-Paul PARFU (2026-01-11 08:43:55) 
[en réponse à 994991]

Pour la simple et bonne raison que les accords du 5 mai 1988, signés par le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre, prévoyaient le sacre d'au moins un évêque !

C'est l'absence de date précise donnée pour ce sacre par le St Siège qui a convaincu Mgr Lefebvre de sacrer 4 évêques le 30 juin suivant, le lendemain des ordinations qui ont lieu chaque année à Ecône le 29 juin.

En outre, le Pape n'avait aucune raison de refuser ce sacre, lui qui avait accepté celui de Mgr Gaillot.

Car Mgr Lefebvre ne faisait que faire ce qu'il avait fait en sa qualité d'archevêque de Dakar et de délégué apostolique pour toute l'Afrique francophone et ce pourquoi il avait été félicité et promu par Pie XII ! J'attire votre attention sur le fait que 49 prêtres ont été sacrés évêques sur proposition de Mgr Lefebvre dont au moins 4 ou 5 d'entre eux par Mgr Lefebvre lui-même entre 1947 et 1962 (et plus spécialement pour la période 1948-1959).

Enfin, le bon sens devrait aussi vous faire vous demander pourquoi aucun prêtre n'a été sacré évêque pour la messe traditionnelle depuis 1970, hors Mgr Rifan qui le fut d'ailleurs par un cardinal et un évêque sacré par 3 des 4 évêques de la FSSPX !
images/icones/mitre4.png  ( 994996 )Encore un point sur lequel on vous reprend chaque fois par Candidus (2026-01-11 14:07:48) 
[en réponse à 994992]

Mgr Lefebvre aurait reçu le mandat pontifical quelque temps auparavant. Oui, c'était un des éléments de l'accord, mais l'accord a été dénoncé par une des parties, et dès lors le mandat potentiellement reçu n'existait plus, voire il lui a été substitué une interdiction formelle de procéder à une consécration, a fortiori à quatre.

La raison mise en avant par Mgr Lefebvre était le retard romain à fixer une date, notons que ce retard n'avait rien d'anormal, il correspondait aux délais romains habituels pour une nomination épiscopale. Vous citez Mgr Gaillot, le temps écoulé entre le départ de son prédécesseur à Evreux, Mgr Honoré, et sa nomination, a été de presque 9 mois, et on peut dire que sa nomination a été rapide. En comparaison, le délai imposé à Mgr Lefebvre était bien moindre puisque le cardinal Ratzinger s'était engagé par écrit à ce qu'un évêque soit consacré le 15 août, soit seulement 4 mois et 10 jours après la signature du protocole.

Votre autre argument laisse songeur : "le pape n'avait aucune raison de refuser ce sacre". Si chaque évêque, notamment ceux ayant déjà procédé à de nombreuses nominations épiscopales, était juge de la pertinence d'un sacre épiscopal, pourquoi demander le mandat au pape alors ?

Et enfin le fait qu'aucun évêque n'ait été nommé par la suite pour la mouvance Ecclesia Dei, illustre seulement le fait que l'octroi d'un évêque était essentiellement une concession psychologique faite à Mgr Lefebvre, et cela n'a pas empêché le développement des communautés ED.

Le dernier argument, que vous ne reprenez pas dans ce message, c'est que ces sacres ont permis le développement des communautés ED ; sans ces sacres, la Rome moderniste aurait étouffé la Tradition. Or, l'apparition régulière de successeurs des apôtres qui reprennent à des degrés divers le flambeau de la Tradition est là pour montrer que rien n'aurait empêché ce développement s'il était voulu par Dieu. Je pense aux figures de NNSS Schneider, Eleganti, Mutsaerts, Vigano etc.

Ceci dit, je ne pense pas que Mgr Lefebvre ait encouru une quelconque excommunication parce qu'il était sincèrement convaincu de l'existence d'un état de nécessité.
images/icones/carnet.gif  ( 995042 )Les deux considérations suivantes par Marco Antonio (2026-01-12 18:26:47) 
[en réponse à 994996]

Les deux considérations suivantes me semblent contradictoires, du moins du point de vue de la compatibilité des principes sous-jacents avec l'ordre juridique.


Votre autre argument laisse songeur : "le pape n'avait aucune raison de refuser ce sacre". Si chaque évêque, notamment ceux ayant déjà procédé à de nombreuses nominations épiscopales, était juge de la pertinence d'un sacre épiscopal, pourquoi demander le mandat au pape alors ?



je ne pense pas que Mgr Lefebvre ait encouru une quelconque excommunication parce qu'il était sincèrement convaincu de l'existence d'un état de nécessité.



Un (vrai) pape est juge de la pertinence d'un sacre épiscopal, mais il est également juge de la validité et licéité d'une excommunication, et ce d'autant plus si elle découle d'une consécration épiscopale contraire à son jugement.
 ( 994997 )Ce que prévoyait exactement l’accord du 5 mai 1988 par Roger (2026-01-11 14:42:37) 
[en réponse à 994992]

Il s’agit du point 5.2


5.2. Mais, pour des raisons pratiques et psychologiques, apparaît l’utilité de la consécration d’un évêque membre de la Fraternité. C’est pourquoi, dans le cadre de la solution doctrinale et canonique de la réconciliation, nous suggérons au Saint-Père de nommer un évêque choisi dans la Fraternité, sur présentation de Mgr Lefebvre. En conséquence du principe indiqué ci-dessus (5.1.), cet évêque n’est pas normalement supérieur général de la Fraternité. Mais il paraît opportun qu’il soit membre de la Commission romaine.



On notera qu’il s’agissait
- d’une simple suggestion et non d’un engagement
- portant sur un seul évêque



images/icones/abbe1.gif  ( 995062 )Vous oubliez trois points par Pétrarque (2026-01-13 07:54:15) 
[en réponse à 994997]

1. Les traditionalistes étient réduits à la minorité au sein de la commission romaine.

2. Le cardinal Ratzinger demandait que la nouvelle messe soit célébrée à Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

3. La crise de 99 à la FSSP et l'invalidation de l'élection de l'abbé Bisig ont clairement montré de quel côté penchait Rome.
images/icones/fleche2.gif  ( 995021 )Candidus a raison par Regnum Galliae (2026-01-12 09:38:36) 
[en réponse à 994992]

Sacrer ces évêques était un acte inadmissible au regard du devoir d'obéissance au pape et de la clarté de l'interdiction.
Pour autant, tout le monde est bien content que cela ait été fait. Comment résoudre ce paradoxe ?
images/icones/carnet.gif  ( 995023 )Ce n'est pas un paradoxe par Candidus (2026-01-12 11:58:17) 
[en réponse à 995021]

C'est même le mode de prédilection de l'agir divin : choisir les instruments les plus imparfaits, les plus improbables et inadéquats, pour que le résultat soit plus clairement attribuable à la Providence. Ajoutez à cela le fait que Dieu ne permet le mal que pour en tirer un plus grand bien, et vous avez la clef d'interprétation de ces événements.

Le refus d'accepter l'engagement du cardinal Ratzinger de pouvoir consacrer un évêque le 15 août 1988 n'était pas justifiable (abstraction faite de l'aspect psychologique), mais le bien qui en a résulté a été immense et je ne doute pas de la bonne foi de Mgr Lefebvre qui a été poussé à bout par l'exacerbation de la crise de l'Eglise.
images/icones/carnet.gif  ( 994999 )choc psychologique des décisions de Mgr Lefebvre par Roger (2026-01-11 15:08:51) 
[en réponse à 994991]

pour bien comprendre toute l'affaire des sacres il faut , je crois, être attentif à la chronologie des faits qui explique le choc provoqué par les sacres

- 5 mais 1988 : grande paix et grande joie avec la signature de l'accord voulu par les deux côtés
(suggestion de sacrer UN évêque présenté par Mgr Lefebvre) - évidemment désespoir parmi les ennemis de la Tradition
- 24 mai 1988 : revirement spectaculaire (préparé par un message téléphonique du 6 mai semble-t-il) : demande de sacrer TROIS évêques choisis par Mgr Lefebvre
- 15 juin : la tension monte d'un cran lorsque Mgr Lefebvre annonce sa volonté de sacrer QUATRE évêques sans l'accord de Rome
- 17 juin : avertissement canonique de Rome indiquant qu'un sacre sans mandat est illicite et donnera lieu à excommunication latae sententiae
- 30 juin : désolation générale dans une large partie des milieux traditionnels (le Baroux, Madiran, etc ...) - joie chez les ennemis de la Tradition !



On voit que
- soit Mgr Lefebvre a changé d'avis, reniant sa signature (ce qui est peu honorable)
- soit voulait dès le début sacrer trois ou quatre évêques et aurait donc trompe sciemment le cardinal Ratzinger (c'est tellement déshonorant pour l'ancien archevêque de Dakar que je n'y crois pas)

Dans cette affaire le cardinal fut publiquement humilié et même ridiculisé pour avoir non seulement négocié mais même signé un accord avec un interlocuteur dont on dira pudiquement qu'il n'était pas parfaitement fiable - j'imagine que cela peut être expliqué par son grand âge ("la vieillesse est un naufrage")

ces dégâts seront à demi rattrapés par la fondation des instituts ED - qui regroupement aujourd'hui à peu près la moitié des fidèles et du clergé attachés à la liturgie traditionnelle. Mais les dégâts peuvent encore se voit aujourd'hui , hélas !
images/icones/iphone.jpg  ( 995003 )Le cœur du problème… par Signo (2026-01-11 17:06:30) 
[en réponse à 994999]

… c’est l’absence de confiance réciproque entre les deux parties. C’est cette absence de confiance qui empoisonne constamment les relations entre les autorités romaines et les milieux traditionnels.

Déjà bien avant les sacres il y avait eu l’expérience éphémère du séminaire Mater Ecclesiae qui avait été créé, sur la base de belles promesses, pour accueillir des transfuges de la FSSPX qui voulaient réintégrer l’Eglise officielle. Deux ans après le séminaire fut fermé et les prêtres dispersés dans les diocèses.

Concernant les sacres, il est évident que Rome n’avait aucune intention de procéder à ces sacres. Il n’y a d’ailleurs jamais eu autre chose que de vagues promesses dans ce sens. Et si on se met du point de vue des bureaucrates du Vatican, on le comprend: pourquoi autoriser Mgr Lefebvre à sacrer, ce qui allait nécessairement prolonger indéfiniment le problème traditionaliste, alors qu’il suffirait d’attendre qu’il meure pour que le problème s’éteigne de lui-même ? Il faut bien comprendre que par delà la bonne volonté de quelques individus (le pape Jean-Paul II, le cardinal Ratzinger, aujourd’hui le pape actuel), il y a inévitablement une logique « d’Etat profond », une logique bureaucratique, administrative, de pouvoir et de contrôle, inhérente à toute administration, qui s’exerce. Cette logique, froide, impersonnelle, va toujours dans le même sens: pas de vagues, pas de problèmes, pas de divergences, pas de personnalités fortes. Uniquement de l’uniformité grise, des personnalités lisses, sans relief, dociles. C’est ce qui explique la médiocrité de notre épiscopat. C’est un système de pouvoir dans tout ce qu’il a de plus humain et de plus classique, et les notions de tradition, de salut des âmes, d’orthodoxie et de communion fondée sur la foi, de souci pastoral n’ont aucun sens ni aucune importance dans cette logique purement administrative.

Mgr Lefebvre qui était une personnalité forte aux convictions aiguisées était conscient de cette indifférence du système romain envers le bien des fidèles, et donc du fait que ce même système attendait sa mort pour permettre la « solution finale » du problème traditionaliste, qui se serait éteint de lui-même faute d’ordinations sacerdotales. C’est ce qui explique le retrait de la signature de l’accord et finalement les sacres illicites de 1988.

Même si ces sacres sont incontestablement une « atteinte grave à l’unité de l’Eglise », replacés dans leur contexte ils ont sans doute été providentiels. Du fait de la logique bureaucratique que j’ai décrite plus haut, on peut légitimement douter que les communautés ED eûssent reçu tous les avantages qui leur furent octroyés si il n’y avait pas eu en dehors de la communion romaine une institution sacramentellement autonome avec ses évêques. L’expérience de TC a bien montré à quel point ces avantages étaient et demeurent précaires.

Ratzinger est le seul hiérarque à avoir réellement compris en profondeur le problème traditionaliste et ses enjeux pour toute l’Eglise. Ni Paul VI, ni Jean-Paul II, encore moins François n’ont compris le problème, et malgré toute son intelligence et sa bonne volonté il est probable que le pape actuel n’y comprenne rien non plus (il n’a d’ailleurs pas connu l’Eglise d’avant Vatican II et n’est donc absolument pas conscient de la gravité de la rupture). La majorité du collège cardinalice ainsi que la majorité de l’épiscopat est soit indifférent à la question soit hostile et souhaitent également la disparition de l’ancienne liturgie. Il faut espérer que Léon XIV ait le courage d’imposer à son entourage et à la hiérarchie la solution de l’ordinariat, et j’avoue que sur ce point j’ai une pointe d’inquiétude. Les papes ont souvent été très mal conseillés sur ce dossier depuis 1970 et le souci en soi légitime du pape actuel d’être à l’écoute des évêques et cardinaux peut se retourner contre nous en paralysant toute décision et donc en nous enfermant dans la logique exterminatrice de TC.

La réalité est que le système romain, dans sa logique profonde, souhaite et œuvre constamment depuis soixante ans en vue de l’extinction des communautés traditionnelles. Dans l’Eglise d’aujourd’hui, le soin pastoral est étouffé par cette logique bureaucratique de contrôle et de pouvoir qui n’hésitera pas à piétiner les besoins les plus vitaux des fidèles pour établir partout l’uniformité liturgique. C’est pourquoi il est très important à la fois de garder le sensus Ecclesiae (c’est à dire le désir de rester uni au Siège apostolique), et de rester extrêmement ferme sur nos revendications: la liturgie romaine ancienne dans son intégralité ainsi que tout l’écosystème qui va avec, ce qui ne peut se faire que dans le cadre d’une structure canonique autonome avec un évêque ayant juridiction.

Sensus Ecclesiae parce que nous restons dans le cadre de l’Eglise sur laquelle nous gardons malgré tout un regard de foi; fermeté car nous avons aussi affaire à un système de pouvoir très humain qui ne connaît que les rapports de force.
 ( 995005 )Pas entièrement d’accord par Roger (2026-01-11 17:23:05) 
[en réponse à 995003]

Ce que je connais de Rome me conduit à penser que nous n’avons pas vraiment affaire à un État profond qui voudrait imposer sa ligne mais à une administration curiale ET UN ÉPISCOPAT européen profondément divisés entre deux courants adhérant à deux herméneutiques : rupture ou réforme.

On en déduit que le cardinal Ratzinger qui voulait la conciliation (et probablement Jean Paul II aussi) avait contre lui
- les partisans de la rupture qui ne voulaient aucun nostalgique du passé à l’intérieur de l’Eglise;
- une partie des partisans de la réforme sans rupture qui voyaient que la FSSPX serait un partenaire mal commode (en France position du cardinal Lustiger).

Bref presque tout le monde

Il n’en reste pas moins que
- l’accord de 1988 ne prévoyait pas explicitement le sacre d’un évêque (mais le suggérait)
- l’accord a été signé puis dénoncé par Mgr Lefebvre - et non par Rome (qui d’ailleurs l’a mis en œuvre pour la FSSP ) avec au moins un évêque ( Mgr Haas nommé à Coire en mars 88) qui assure les ordinations dans la forme traditionnelle.
images/icones/2e.gif  ( 995007 )L'histoire reconstituée par Roger par Jean-Paul PARFU (2026-01-11 18:38:45) 
[en réponse à 995005]

1) "L’accord de 1988 ne prévoyait pas explicitement le sacre d’un évêque (mais le suggérait)."

Non ! C'est la formulation habituelle.

2) "L’accord a été signé puis dénoncé par Mgr Lefebvre - et non par Rome (qui d’ailleurs l’a mis en œuvre pour la FSSP ) avec au moins un évêque ( Mgr Haas nommé à Coire en mars 88) qui assure les ordinations dans la forme traditionnelle."

Rome reculait sans cesse la date d'un sacre. Mgr Lefebvre en a eu assez. Rome n'a rien mis en oeuvre du tout. Rome n'a fait sacrer aucun évêque pour la messe traditionnelle. Rome n'a pas nommé Mgr Haas à Coire en mars 1988 en prévision de ce qui se passerait en Mai-Juin 1988. Et Rome a d'ailleurs dû "exfilter" Mgr Hass à Vaduz en 1997 en raison de l'opposition de son clergé et de la conférence épiscopale suisse à ses positions.

Vos propos concernant Mgr Lefebvre sont tout simplement scandaleux !

La première ordination sacerdotale conférée dans une église desservie par la fraternité St Pierre, et selon la forme tridentine du rite romain, a eu lieu le 29 juin 1993 et a été célébrée par le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon.

Elle l'a été sous la pression de l'existence de la FSSPX et de ses évêques.

C'est seulement à partir de 2017, il me semble, que Mgr Haas a commencé à régulièrement ordonner des prêtres pour la FSSP.
images/icones/fleche2.gif  ( 995022 )De même qu'il existe une différence tout aussi considérable... par jl dAndré (2026-01-12 11:55:16) 
[en réponse à 994991]

Entre une défaillance seulement physique de l'autorité (par exemple impossibilité matérielle de la joindre dans un délai raisonnable alors qu'il y a urgence);
Et une défaillance morale de cette même autorité (non seulement on ne cherche plus à convertir les non catholiques, mais on les conforte dans leur erreur en les invitant à venir à Assise prier leurs faux dieux dans des églises catholiques qu'on leur prête à cet effet).