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images/icones/vatican.gif  ( 994652 )le STO, précurseur de Vatican II par Cristo (2025-12-29 18:17:07) 

décidément, on n'en finit plus de découvrir les racines multiformes de V. II :


60 ans de Vatican II : en quoi le STO fut aussi un laboratoire de ce concile historique
Par Régis Grosperrin
Mise à jour 23 décembre 2025


Le travail forcé de Français en Allemagne est une page moins connue de la Seconde Guerre Mondiale. Parmi eux, des catholiques seront arrêtés et déportés. Cinquante seront béatifiés ce samedi 13 décembre 2025 à Notre-Dame de Paris. Leur expérience d’Église présente des traits étonnamment nouveaux.
Entre 1942 et 1943, 600 000 jeunes français sont envoyés outre Rhin au service de l'économie de guerre nazie. Le Service du Travail Obligatoire (STO) est la forme la plus connue du travail forcé organisé par l'État français :

En septembre 1942, il instaure la réquisition d'ouvriers désignés « volontaires » au nom d'une œuvre de « solidarité nationale » : le retour de paysans prisonniers. 300 000 hommes partent en quelques mois.
En février 1943, il établit, sur le modèle du service militaire, le STO. Les classes d'âge de 1920 à 1922 sont réquisitionnées. L'opinion publique y est profondément hostile.
À l'automne 1943, le gouvernement de Vichy renonce à poursuivre cette mesure devant les refus croissants d'obéir et le développement des maquis alimentés en partie par les « réfractaires ».

L’Église du STO : laïcs, jeunes et militants
Le 20 décembre 1942, le cardinal Suhard, archevêque de Paris, transmet à l'administration nazie une note indiquant : « l'épiscopat a été saisi par de nombreuses familles de demandes d'assistance religieuse à leurs membres, partis travailler en Allemagne ». En effet, beaucoup d'hommes réquisitionnés vont approfondir leur foi au cours de ces mois ou de ces années d'exil douloureux.

Dans cette Église atypique prédominent les laïcs, notamment les militants formés par l'Action catholique et le scoutisme, mouvements nés durant les années 1920 dans un souci de rechristianisation de la société française. Jean Lépicier, militant de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, fait partie des 50 « martyrs de l'apostolat » béatifiés en décembre 2025. Il est envoyé à Cologne d'où il écrit en avril 1943 : « Il y a de bons camarades qui travaillent avec moi mais ils ne sont pas tous religieux pratiquants aussi j'essaie de les ramener mais c'est dur, enfin j'y arriverai bien. »

Ces jeunes catholiques affiliés en France à des mouvements recréent des groupes en Allemagne. En novembre 1943, Jean écrit : « J'ai fait la connaissance des Jocistes de Cologne où il y a une section de formée mais on n'en parle pas car c'est défendu. » Raphaël Spina, historien du STO, cite un requis, militant de la JOC qui résume ainsi son expérience d'Église : « L'Église hiérarchique, Pape, Évêque était devenue inexistante. Nous avons vécu cette époque en proximité avec les Actes des Apôtres. »




Eucharistie en pays ennemi

Pour ces catholiques engagés, la communion et la confession sont des piliers de leur vie. Ils cherchent des prêtres. Dans la même lettre de novembre 1943, Jean raconte avoir participé à une messe pour « les prisonniers morts en captivité et les ouvriers morts pendant les bombardements [alliés sur la ville de Cologne] ». C'est un prêtre prisonnier qui la célèbre dans un cimetière – des milliers de prêtres sont prisonniers de guerre.

Au sein des camps existent ainsi des aumôneries officielles. Jean Batiffol, prêtre du diocèse de Paris, est l'un des 50 martyrs. Prisonnier en Autriche, il est responsable d'une aumônerie qu'il décrit comme « une paroisse de 10 prêtres et 20 000 âmes. » Prisonniers et travailleurs forcés se croisent dans des cérémonies et parfois dans les usines.

Jean Batiffol déploie son activité hors du cadre légal pour répondre aux besoins des travailleurs forcés de sa région. Utilisant un dispositif de l'administration allemande, 273 prêtres prisonniers, soit un cinquième des aumôniers militaires, demandent en 1943 à obtenir un statut de travailleurs afin de pouvoir rejoindre les jeunes requis du STO.

Enfin, quelques prêtres partent clandestinement de France au STO sous une fausse identité. Les conditions habituelles de la messe ou de la confession ne sont pas toujours réunies. Alors, on innove : on célèbre l'Eucharistie en plein air ou dans des pièces discrètes ; bien avant l'introduction du nouveau missel publié en 1970, l'usage du français (au lieu du latin) gagne dans la liturgie ; des laïcs portent la communion dans des boîtes pour pouvoir la partager à des camarades ; les prêtres confessent discrètement, en civil, sur un banc ou en marchant…

À partir de décembre 1943, l'administration nazie s'inquiète de ce réseau catholique diffus dans les usines, plus difficile à contrôler que l'aumônerie des camps. Suivront l'interdiction et, au cours de l'année 1944, l'arrestation des groupes et des personnes les plus en vue.


Des prémices de Vatican II
Entre 1962 et 1965, le Concile Vatican dont nous fêtons le 60e anniversaire, réalise une refonte majeure de l'héritage catholique. Parmi les points principaux :

Une compréhension renouvelée des relations entre les laïcs et les prêtres. Le sacerdoce des prêtres est au service du « sacerdoce commun » de tous les baptisés. Cette expression souligne l'unité fondée sur le baptême entre prêtres et laïcs ainsi que la coresponsabilité de la mission de l'Église.
L'Eucharistie au cœur de l'Histoire. La compréhension de l'Eucharistie s'approfondit : elle est présentée comme la communion au Christ « dans l'Histoire » : autrement dit, elle accueille le contexte culturel dans lequel elle est célébrée – à commencer par la langue des fidèles ; elle est également comprise comme un envoi en mission dans le monde, pour un service matériel et spirituel des hommes.
Ces deux points trouvent certaines de leurs racines dans l'expérience vécue par les catholiques français, laïcs et prêtres, dans le contexte du STO. Il faut y ajouter une autre conséquence du STO dans l'Église catholique en France. L'épiscopat français n'était pas parvenu à formuler une condamnation claire et unanime du STO. Les débats suscités par cette réquisition au service de l'ennemi ont ainsi entamé la crédibilité de la hiérarchie épiscopale.

Le Concile Vatican II donnera une grande importance aux évêques : il soulignera à la fois leur responsabilité commune de guider l'Église (ce qui aboutira à l'institutionnalisation des conférences épiscopales) et leur charge de s'enraciner dans la vie du diocèse qui leur est confié.

https://www.lepelerin.com/patrimoine/histoire/60-ans-de-vatican-ii-le-sto-laboratoire-du-concile-13837
images/icones/iphone.jpg  ( 994655 )L’expérience du déracinement par Signo (2025-12-29 18:45:08) 
[en réponse à 994652]

La tendance au militantisme et au primat de l’action sur la contemplation de l’Action catholique d’avant-guerre, restée encore contenue dans des limites classiques sous Pie XI, va fermenter et se diffuser dans les masses à travers l’expérience de déracinement des masses de la seconde guerre mondiale: les camps de prisonniers de guerre, les camps de concentration, et puis évidemment le STO.

Cette fermentation à grande échelle va évidement jouer un grand rôle dans la diffusion des idéologies progressistes et ultrapastoralistes dans les structures de l’Eglise de France durant les années d’après-guerre.

Simone Weil avait bien compris et analysé les effets délétères de l’expérience du déracinement des masses dans les sociétés modernes. Ainsi, elle écrivait dans l’Enracinement (1943):


« Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines, car il se multiplie lui-même. Des êtres vraiment déracinés n’ont guère que deux comportements possibles : ou ils tombent dans une inertie de l’âme presque équivalente à la mort, comme la plupart des esclaves au temps de l’Empire romain, ou ils se jettent dans une activité tendant toujours à déraciner, souvent par les méthodes les plus violentes, ceux qui ne le sont pas encore ou qui ne le sont qu’en partie. (…) Qui est déraciné déracine. Qui est enraciné ne déracine pas. »



La radicalité de la révolution pastorale et liturgique des années 1960-1970 s’explique à mon avis en grande partie par ce déracinement des masses opérée lors des deux guerres mondiales.
 ( 994668 )Pas certain par Roger (2025-12-30 03:49:48) 
[en réponse à 994655]

On peut aussi soutenir que ces masses s’étaient ré enracinées dans leur nouvelle condition : le travail industriel et la vie en banlieue qui reposent sur une culture particulière et appelle des structures propres.
Ce que le PCF et la CGT avaient parfaitement compris - comme les nazis en Allemagne.
Ce que Pie XI et l’action catholique avaient aussi bien compris.

Le problème rencontré par l’église n’est peut etre pas uniquement lié à cette mutation du monde rural vers le monde urbain mais devrait plutôt être lié à la quasi trahison (après guerre) d’un certain clergé qui a livré ses brebis aux loups en acceptant d’adhérer plus ou moins clairement aux visions communistes.

Là où le clergé a résisté face aux communistes (Nord cher à Mgr Lefebvre, Franche Comté, Lorraine), l’effondrement est arrivé après les années 1960 (avec la fin des patronages par exemple).

Pour le STO on retrouve le problème bien identifié en 14-18 : dans l’épreuve, les personnes concernées (soldats dans les tranchées, deportés ou prisonniers) se découvrent des points communs qui peuvent paraître plus importants que les différences religieuses. Revenus chez eux ils vont le répéter à des prêtres et des laïcs qui n’ont pas de réponse solides à proposer.

Simone Weil était à mon sens une philosophe brillante mais trop intellectuelle et trop sensible pour produire une analyse psychologique et sociologique incontestable.

images/icones/fleche2.gif  ( 994672 )Et ne pas oublier... par Pétrarque (2025-12-30 08:27:09) 
[en réponse à 994655]

...le rapprochement et les contacts de plus en plus étroits que la guerre et la Résistance ont amené entre chrétiens et communistes.

L'expérience des prêtres ouvriers et les expériences oecuméniques de l'après-guerre peuvent aussi se lire à cette aune.