Le Forum Catholique

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images/icones/porrectus.png  ( 994556 )Prononciation du latin et grégorien par Candidus (2025-12-26 08:46:13) 

Comment se fait-il que les moines de Solesmes ne roulent pas les "R" dans leur interprétation du grégorien, et que par voie de conséquence nous ne le fassions pas non plus en France ? C'est pourtant une caractéristique de la prononciation romaine du latin que nous sommes censés suivre, non ? N'est-ce pas ainsi que devraient être prononcés les "R" ? La réponse n'est-elle pas tout simplement que beaucoup de francophones ne sont pas capables de produire ce son ?
images/icones/carnet.gif  ( 994557 )Merci par Ludwik (2025-12-26 09:34:26) 
[en réponse à 994556]

Pour le lien.
Magnifique !
images/icones/nounours.gif  ( 994558 )Sur le "r" roulé par Jean-Paul PARFU (2025-12-26 10:00:27) 
[en réponse à 994556]

Les chanteurs français avaient l’habitude de rouler les "r".

Car l’enseignement du Conservatoire notamment, qui imposait le "r" roulé, continuait, en effet, à faire loi chez les chanteurs ou les acteurs en termes d’articulation, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

"Le français standard moderne n'utilise pas ce son. Cependant, il était utilisé en ancien français et en moyen français, et par une partie de la population française, jusqu'après la Seconde Guerre mondiale.

Ce n'est qu'à la fin du XVIIe siècle que le [ʁ], non roulé uvulaire voisé, est devenu standard (pour l'élite parisienne d'abord).

Ces allophones sont encore utilisés dans certains endroits, comme en Belgique, en Bourgogne, en Polynésie, dans le Midi, au Québec et en Afrique. Le caractère rural de son emploi lui a donné un aspect impopulaire auprès des jeunes générations, et l'amène aujourd'hui à disparaître partout en France et au Québec." (Wikipédia).

En tout état de cause, (si c'est là que vous voulez en venir), il n'y a pas une manière liturgique et admise ou pas par l'Eglise ou par Dieu de chanter le grégorien ou de prononcer le latin (ou le grec) d'Eglise.

Sur ce dernier point, j'attire votre attention sur le fait que les Allemands, par exemple, prononcent "kyrie" : "kurié"; Caesar : Kaé sar, d'où d'ailleurs le mot "Kaiser", etc ...
images/icones/nounours.gif  ( 994602 )Et aussi par Alex (2025-12-27 22:56:41) 
[en réponse à 994558]

Le R latin était une consonne roulée alvéolaire voisée.

Voici un lien utile qui permet de comprendre les mutations complexes de la prononciation de cette lettre et de ce son.

… En quelques siècles, le R latin, qui avait survécu pendant plus d’un millénaire en français, a été ainsi complètement « dénaturé ». Le R fricatif n’est plus une consonne roulée, et encore moins alvéolaire, cependant elle a encore quelque chose en commun avec le R latin : les deux sont dites rhotiques – c’est-à-dire, pour simplifier, de « type R ». Mais pour combien de temps encore ?



D’ailleurs, l’on saisit des différences notables dans ce Puer Natus est, par exemple entre d’une part processit, regnas, revelat, reges (c’est-à-dire souvent l’r au début du mot), ou encore dans cordibus et Christum du refrain, et d’autre part aurum, myrrham (même avec la consonne doublée),offerunt, et jusqu’au laudetur
D’ailleurs aussi, l’r n’est pas prononcé dans præsepio. Est-ce normal ?
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Ce n'est qu'à la fin du XVIIe siècle que le [ʁ], non roulé uvulaire voisé, est devenu standard (pour l'élite parisienne d'abord).


L'on peut ajouter:

En ce qui concerne l’apparition de l’r dorso-vélaire dans la prononciation de la haute-société parisienne au XVIIᵉ siècle, il nous paraît vraisemblable que ces milieux s’efforçaient de renouveler l’r traditionnelle qui était en voie de désarticulation, mais qu’ils n’y sont pas parvenus, ne réussissant pas à tendre convenablement la pointe de la langue pour produire les battements nécessaires. C’est donc l’arrière-langue, nullement atteinte de faiblesse organique, qui s’est inconsciemment approchée de la voûte palatine en remplacement du mouvement articulatoire de la pointe défaillante.


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Sur ce dernier point, j'attire votre attention sur le fait que les Allemands, par exemple, prononcent "kyrie" : "kurié"; Caesar : Kaé sar, d'où d'ailleurs le mot "Kaiser", etc...


Concernant la prononciation allemande et le r guttural, l’on peut retenir :

On utilise un R guttural dans une grande partie de l’Europe de l’Ouest, où il touche au français, à l’allemand, au néerlandais, au danois, au suédois et au norvégien. Il a même existé en Northumbrie, en Angleterre, où il a été une particularité dialectale de l’anglais connue sous le nom de Northumbrian burr, et il est utilisé en émilien (Italie).
S’il est donc vrai que le R guttural est essentiellement germanique, le français ne l’a pas pris à l’allemand. Il est apparu indépendamment à de nombreux endroits d’Europe, et sa propagation a suivi les langues de prestige. Il est même probable que le R guttural de l’allemand se soit propagé à cause du prestige du français parisien qui l’utilisait !


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En tout état de cause, (si c'est là que vous voulez en venir), il n'y a pas une manière liturgique et admise ou pas par l'Eglise ou par Dieu de chanter le grégorien ou de prononcer le latin (ou le grec) d'Eglise.


Certes.
A noter toutefois que le 30 novembre 1904, l’évêque de Verdun, Louis-Ernest Dubois, qui servit enfant ou adolescent la messe à Solesmes, adresse une lettre pastorale aux prêtres de son diocèse afin de leur faire prendre connaissance du Motu Proprio de 1903 de Saint-Pie X et de leur imposer la prononciation romaine dans la liturgie.
Il sera nommé archevêque de Paris en décembre 1920 (après avoir été évêque de Verdun, de Bourges et de Rouen).
images/icones/find.gif  ( 994603 )Un peu de prudence par Jean-Paul PARFU (2025-12-27 23:34:19) 
[en réponse à 994602]

Ce que St Pie X demandait, c'est seulement un certain respect de la langue latine et une certaine unité de prononciation du latin d'Eglise.

Et il m'étonnerait fort, en effet, que le mot latin de "Caelum" (Ciel), ou son génitif "Caeli", aient été prononcés par Virgile ou même St Augustin : "Chéloum" ou "Chéli", comme c'est le cas dans nos paroisses traditionnelles, par exemple !

Ce qu'il faut comprendre, derrière le post de Candidus, c'est plus ou moins une tendance à tout vouloir ritualiser. Or, ce n'est tout simplement pas chrétien !

Quant au "R" roulé, car c'est de cela dont nous parlons, en ce qui me concerne, c'est tout simplement : Non merci !
images/icones/1e.gif  ( 994604 )Anecdote par Dysmas (2025-12-28 01:15:10) 
[en réponse à 994603]

Pardonnez d'avance mon ignorance des termes, mais il y a quand même une certaine différence entre un R "claqué" (un embryon de roulement), comme dans toutes les langues de l'Est, et le R rrrrrrroulé d'une Italienne qui s'énerve :)

Il ne me viendrait pas à l'idée de prononcer "Pater Noster" avec le r quasi inexistant parisien. Je trouve ça du dernier ridicule.

Anecdote : ça m'est arrivé de le faire, parfois, par négligence, pendant la prière du soir en famille, et ma fille qui avait alors 8 ou 9 ans m'a sérieusement remis en place. "Papa ! Arrêtez !"

images/icones/carnet.gif  ( 994559 )[réponse] par Alex (2025-12-26 10:13:00) 
[en réponse à 994556]

D’éminents musicologues et linguistes répondront probablement à cette question.
Sans évoquer le Quebec, ne serait-ce pas dû aux frontières de l’Occitanie et à son aire linguistique ? On peut en tout cas retrouver cette prononciation dans la transcription du trobar. J’avais aussi remarqué et apprécié ce roulement chez les moines de Silos.