CHAPITRE XXXIV
(SUITE DU PRÉCÉDENT.)
L’Europe prend des villes réputées imprenables, et elle a peur. Avec une poignée de soldats, elle remporte au loin des victoires éclatantes sur des ennemis puissants, et elle a peur. Quatre millions de baïonnettes veillent à sa défense, et elle a peur.
Elle dompte les éléments, elle supprime les distances, elle chante avec orgueil les miracles de son industrie ; l’or en abondance coule de ses mains ; dans ses vêtements, la soie a remplacé la bure ; la nature entière est devenue tributaire de son luxe ; sa vie ressemble au festin de Balthasar, et elle a peur. La peur est partout.
Les nations ont peur des nations. Les rois ont peur des peuples ; les peuples ont peur des rois. L’homme a peur de l’homme. La société a peur du présent et plus peur de l’avenir. Elle a peur de quelqu’un ou de quelque chose, dont le nom est un mystère.
Pourquoi a-t-elle peur ? Parce que l’instinct de sa conservation l’avertit qu’elle n’est plus régie par l’Esprit de vérité, de justice, de charité, sans lequel il n’y a ni ordre possible, ni société durable, ni sécurité pour personne. Ces craintes ne sont pas vaines. Pour les nations comme pour les individus, entre la Cité du bien et la Cité du mal, entre Bélial et Jésus-Christ : pas de milieu.
Or, en revenant dans le monde, Satan, quoi qu’en disent ses apologistes, y revient tel qu’il est, tel qu’il a toujours été, tel qu’il sera toujours : la HAINE. Forçat de l’enfer, qu’il sorte du bagne, débarrassé de la puissante camisole de force qu’on appelle le catholicisme, et nous verrons ce qu’il fera.
Orgueil et cruauté, mensonge et volupté, il fera demain ce qu’il a fait à toutes les époques, où il fut Dieu et Roi, ce qu’il continue de faire chez toutes les nations soumises encore à son empire. La guerre sera partout ; le sol se couvrira de ruines. On verra couler des fleuves de larmes et des fleuves de sang. L’humanité avilie subira des outrages inconnus dans l’histoire : châtiment adéquat d’une révolte contre le Saint-Esprit, sans analogue dans les annales des peuples chrétiens.
A moins d’un miracle, tel est, il ne faut pas se le dissimuler, l’abîme béant vers lequel nous marchons. Comment nous arrêter sur la pente ? Arrière tous les moyens de salut de la sagesse humaine. Non, cent fois non :
l’Europe infidèle au Saint-Esprit ne sera sauvée ni par la philosophie, ni par la diplomatie, ni par l’absolutisme, ni par la démocratie, ni par l’or, ni par l’industrie, ni par les arts, ni par l’agiotage, ni par la vapeur, ni par l’électricité, ni par le luxe, ni par les beaux discours, ni par les baïonnettes, ni par les canons rayés, ni par les navires cuirassés. Comment donc sera-t-elle sauvée, si elle doit l’être ?
La réponse est facile. Perdu pour s’être livré à l’Esprit du mal, le monde moderne, comme le monde ancien, ne sera sauvé, qu’en se donnant à l’Esprit du bien. L’enfant prodigue ne retrouve la vie qu’en retournant à son père.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde