Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 993544 )Erreur répandue de considérer la Communion comme but de la Consécration. par La Phalange Liturgique (2025-11-17 12:41:33) 

Une erreur répandue, et qui l'a toujours été, est de considérer la transsubstantiation, ou par elle la Communion, comme le but de la Consécration. Or c'est le Sacrifice qui est le but de la Consécration. La messe est un sacrifice que Dieu le Fils adresse à Dieu le Père, et nous fidèles, nous nous joignons à ce culte. Ce n'est pas en premier lieu un mouvement qui va de haut en bas, mais de bas en haut, et c'est dans un deuxième temps que, en réponse à ces adorations qu'il reçoit, Dieu le Père fait descendre les grâces sur nous, entre autres par l'intermédiaire de la Communion.

Mais le but de la messe n'est pas de produire la Communion, même si on ne peut pas retirer la Communion de la messe, puisqu'elle en fait partie essentiellement, en tant que participation plénière, au Sacrifice. Il faudrait même alors dire que c'est la Consécration qui est le but de la Communion, en ce sens que la Communion est ordonnée au Sacrifice. En outre, la dévotion adressée à la sainte Réserve, (dévotion bien sûr très sainte) n'est pas d'institution humaine, mais ecclésiastique (autour du XIème siècle). Les processions au Saint Sacrement, ont par rapport au Sacrifice de la messe aucune valeur, puisque c'est Dieu qui fait la messe, mais ce sont les hommes qui font les processions. Il convient dans le même temps de voir que toute la liturgie et toutes les cérémonies de la liturgie tirent leur valeur de la messe, et du Sacrifice qui se produit pendant la Consécration.

Une vidéo que j'ai réalisée montre, à partir des principes de saint Thomas d'Aquin, l'ordre qui régit la Consécration, sous l'aspect Théologique et Liturgique et développe la réfutation de cette erreur qui veut faire de la messe un rite destiné à produire la transsubstantiation. https://youtu.be/-QppBpFDzGY (13mn)

Louis Djeddi
images/icones/fleche2.gif  ( 993549 )Un commentaire par Signo (2025-11-17 16:22:50) 
[en réponse à 993544]

Tout d’abord permettez moi de vous remercier et de vous féliciter pour l’ensemble de vos vidéos didactiques sur le sacrifice de la messe, que j’ai eu l’occasion de visionner sur internet, et qui sont précises, rigoureuses, et d’excellente facture.

Je ne peux cependant m’empêcher de souligner une nuance -tout en restant ouvert au débat- sur la thèse que vous énoncez dans ce post.

Vous écrivez en effet que "c'est le Sacrifice qui est le but de la Consécration".

Oui… mais pas seulement.

Le sacrifice que le Christ a offert au Père éternel sur le Golgotha il y a deux mille ans est unique et a été offert une fois pour toutes.
La messe elle rend présent, renouvelle, actualise (de mémoire le concile de Trente parle de representatio) cet unique sacrifice, de manière à ce que les fidèles puissent s’y unir et en recevoir les fruits.

Il est effectivement réducteur de dire que la consécration n’a pour finalité que de produire la présence réelle. La consécration est sacrifice, dans le sens ou elle est actualisation du mouvement d’offrande et d’immolation du Fils vers le Père, dans l’amour. Mais si précisément l’unique sacrifice est sans cesse « représenté » et actualisé à travers l’histoire par le ministère de l’Eglise, c’est précisément parce que ce sacrifice ne consiste pas seulement en l’offrande du Fils au Père, mais parce que tout entier il tend à entrainer, à la suite du Christ, l’humanité rachetée (c’est-à-dire le peuple des baptisés), constituée en Corps Mystique, dans ce grand mouvement de retour au Père. Il en résulte donc que l’union des fidèles dans le Christ, et par le Christ, au Père, est bien la finalité du sacrifice eucharistique. Comme l’enseignent les saints Pères catholiques, « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » (S. Athanase), et pour que l’humanité soit rendue « participante de la nature divine » (2 P. 1, 4). Et cette union/déification s’accomplit lorsque les fidèles, s’unissant au sacrifice que l’Eglise offre par les mains du prêtre, communient au Corps et au sang du Fils de Dieu, et sont ainsi rétablis dans la filiation divine.

Autrement dit, si le sacrifice eucharistique n’avait pas pour but de permettre l’union concrète des fidèles de chaque époque au Christ et à son unique sacrifice, il serait inutile, et il ne serait pas nécessaire que l’unique sacrifice accompli par le Christ sur la croix il y a deux mille ans soit sans cesse rendu présent. En ce sens, on peut dire que le sacrifice eucharistique qui s’opère par la consécration, a pour but, non pas seulement la transsubstantiation (qui n'est pas une finalité), mais l’union des fidèles au Christ par la communion. C’est pourquoi la communion fait partie intégrante du sacrifice, qu’elle se réduise au prêtre seul ou qu’elle soit le fait de tout ou partie de l’assemblée présente.
images/icones/livre.gif  ( 993550 )Une tentative d'explication par Jean-Paul PARFU (2025-11-17 17:04:55) 
[en réponse à 993549]

1) De manière générale

"Ils s’écartent donc du chemin de la vérité ceux qui ne veulent accomplir le saint sacrifice que si le peuple chrétien s’approche de la table sainte ; et ils s’en écartent encore davantage ceux qui, prétendant qu’il est absolument nécessaire que les fidèles communient avec le prêtre, affirment dangereusement qu’il ne s’agit pas seulement d’un sacrifice, mais d’un sacrifice et d’un repas de communauté fraternelle, et font de la communion accomplie en commun comme le point culminant de toute la cérémonie."

Pie XII, encyclique "Mediator Dei", 20 novembre 1947


2) Depuis la réforme liturgique

La messe traditionnelle est :

- une action liturgique, un sacrifice propitiatoire, renouvellement ici et maintenant de l'unique sacrifice du Christ ; elle est célébrée face à Dieu sur un autel par un prêtre sacrificateur qui agit "in persona Christi" ;

La nouvelle messe est :

- une "eucharistie", comme ils disent, un rassemblement fraternel, une simple représentation liturgique, comme l'affirmait Luther, où l'on "fait Eglise" et où on rend grâce en faisant mémoire du Jeudi-Saint sous la présidence d'un animateur spirituel délégué par l'assemblée, à la manière protestante ; animateur qui partage le pain sur une table, ne célèbre qu'en présence de fidèles et tournés vers eux.

C'est pourquoi les fidèles du "NOM" pensent que le moment le plus important de la messe est la communion, communient tous systématiquement sans s'être examinés, parce qu'assister à la messe, c'est communier.

Tout l'aspect tragique de la messe et de la réparation due à Dieu à cause du péché est plus ou moins évacuée.
images/icones/iphone.jpg  ( 993555 )Effectivement par Signo (2025-11-17 18:26:56) 
[en réponse à 993550]

Tout cela demande des précisions, on est sur une ligne de crête, et il est difficile de ne pas tomber dans un excès ou dans l’excès opposé.

En effet, lorsque Pie XII écrit:

et ils s’en écartent encore davantage ceux qui, prétendant qu’il est absolument nécessaire que les fidèles communient avec le prêtre, affirment dangereusement qu’il ne s’agit pas seulement d’un sacrifice, mais d’un sacrifice et d’un repas de communauté fraternelle, et font de la communion accomplie en commun comme le point culminant de toute la cérémonie.



… je pense qu’il vise une certaine conception moderne et horizontale de la messe, qui n’admettrait que du bout des lèvres sa dimension sacrificielle pour insister sur sa dimension de repas communautaire au sens humain du terme, ce qu’assurément la messe n’est pas. C’est une dérive effectivement courante dans le cadre de la messe de Paul VI, et dont certaines tendances se faisaient sans doute déjà sentir à l’époque.

Mais en fait, comme le prouve le texte du O sacrum convivium de S. Thomas cité sur un fil précédent par Réginald, il y a bien dans la messe, non pas une dimension de « repas de communauté fraternelle », mais plutôt de « banquet mystique », le « festin des noces de l’Agneau » dont parle l’Apocalypse (Ap. 19, 9), c’est à dire le repas surnaturel et eschatologique dans lequel Dieu et l’humanité seront à jamais réunis, que la communion eucharistique anticipe et réalise hic et nunc sous le voile des saintes espèces. Or, les théologiens les plus orthodoxes, comme Louis Bouyer, ont bien montré à quel point il est vain d’opposer la notion de sacrifice à la notion de « banquet », car la notion de sacrifice contient en elle-même la notion de consommation de la victime. Et c’est pourquoi au moins le prêtre doit communier pour que le sacrifice soit pleinement consommé.

Notons que la communion du peuple ne saurait être rendue absolument nécessaire, puisqu’il peut exister de justes raisons pour que les fidèles ne communient pas (par exemple, s’ils ne sont pas en état de le faire), mais même dans ce cas là la communion de tout le peuple est comme « réduite » à celle du célébrant, « représentée » par celle du prêtre. Cela ne signifie pas que la communion ne soit pas la finalité du sacrifice (en effet Pie XII parle bien de la communion en commun et pas de la communion tout court; la nuance est importante).

On notera également que dans la conception naturaliste et moderne (donc fausse) de la liturgie que vise le texte de Pie XII, la messe n’est légitime qu’en présence du peuple. C’est là une grave erreur, qui réduit la messe à un acte purement naturel et humain, oubliant que même une messe sans peuple est toujours concélébrée avec les anges et les saints, c’est à dire avec toute l’Eglise, notamment dans sa dimension triomphante. Elle est donc toujours un acte de l’Eglise, donc un acte communautaire, même en l’absence d’assemblée, et jamais un acte de piété privée.
images/icones/carnet.gif  ( 993556 )Attention à la précision des termes par Abbé Claude Barthe (2025-11-17 18:31:35) 
[en réponse à 993550]

"Une erreur répandue, et qui l'a toujours été, est de considérer la transsubstantiation, ou par elle la Communion, comme le but de la Consécration."
La communion reste le but ultime du sacrifice eucharistique accompli par la consécration. D'ailleurs, la communion du prêtre est nécessaire à l'intégrité (pas à la validité) de la messe.
La transsubstantiation est le but immédiat de la consécration. C'est la transsubstantiation du Corps puis du Sang qui "montre" le "vrai et propre sacrifice" de l'autel, les espèces séparés figurant la séparation du Corps et du Sang. C'est ce que Pie XII précise, dans Mediator Dei , en suivant saint Thomas : "Le sacrifice de l’autel n’est pas une pure et simple commémoration des souffrances et de la mort de Jésus-Christ, mais un vrai sacrifice, au sens propre, dans lequel par une immolation non sanglante, le Souverain Prêtre fait ce qu’il a déjà fait sur la croix en s’offrant lui-même au Père éternel comme une hostie très agréable. […] Le sacrifice de notre Rédempteur est montré de façon admirable par des signes extérieurs qui renvoient à la mort. En effet par la "transsubstantiation" du pain en Corps et du vin en Sang du Christ, son Corps ainsi que son Sang sont réellement présents, et les espèces eucharistiques sous lesquelles il est présent figurent la séparation du Corps et du Sang".
 ( 993563 )Paul VI citatnt le Concile de Trente par Roger (2025-11-18 09:49:41) 
[en réponse à 993550]

« Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il fut livré, a institué le Sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang, afin de perpétuer ainsi le Sacrifice de la Croix à travers les siècles jusqu'à sa venue, laissant de la sorte à l'Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection; sacrement de piété, signe d'unité, lien de charité, banquet pascal, où on reçoit le Christ, où l'âme est comblée de grâce et par quoi est accordé le gage de la gloire à venir".

Ces paroles exaltent en même temps le Sacrifice, qui est de l'essence même de la Messe qu'on célèbre chaque jour, et le Sacrement, auquel les fidèles prennent part

Paul VI (1965)