Le Forum Catholique
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( 993026 )
Le DDF dénie à Marie son titre de Corédemptrice par Abbé Claude Barthe (2025-11-04 09:50:05)
Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi va publier à midi une "Note doctrinale sur certains titres mariaux qui se réfèrent à la coopération de Marie à l’œuvre du salut", intitulée Mater Populi fidelis dont le passage principal est au n. 22 :
« Compte tenu de la nécessité d’expliquer le rôle subordonné de Marie au Christ dans l’oeuvre de la Rédemption, l’utilisation du titre de Corédemptrice pour définir la coopération de Marie est toujours inopportune. Ce titre risque d’obscurcir l’unique médiation salvifique du Christ et peut donc générer une confusion et un déséquilibre dans l’harmonie des vérités de la foi chrétienne, parce qu’« il n’y a de salut en personne d’autre », car « il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4, 12).
(BOLLETTINO N. 0829 - 03.11.2025 34)
Pie XI, 30 novembre 1933 : « Le Rédempteur se devait, nécessairement, d’associer sa Mère à son œuvre. C’est pour cela que nous l’invoquons sous le titre de Corédemptrice. »
Sans faire ici de longs raisonnements théologiques, il suffit de rappeler celui de saint Pie X, qui vaut mieux que celui du cardinal Fernandez :
« Quand vint pour Jésus l'heure suprême, on vit la Vierge "debout auprès de la croix, saisie sans doute par l'horreur du spectacle, heureuse pourtant de ce que son Fils s'immolait pour le salut du genre humain, et, d'ailleurs, participant tellement à ses douleurs que de prendre sur elle les tourments qu'il endurait lui eût paru, si la chose eût été possible, infiniment préférable" (saint Bonaventure, I Sent., d. 48, ad Litt., dub. 4). La conséquence de cette communauté de sentiments et de souffrances entre Marie et Jésus, c'est que Marie "mérita très légitimement de devenir la réparatrice de l'humanité déchue", et, partant, la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par sa mort et par son sang. […]. Il s'en faut donc grandement, on le voit, que Nous attribuions à la Mère de Dieu une vertu productrice de la grâce, vertu qui est de Dieu seul. Néanmoins, parce que Marie l'emporte sur tous en sainteté et en union avec Jésus-Christ et qu'elle a été associée par Jésus-Christ à l'œuvre de la rédemption, elle nous mérite de congruo, comme disent les théologiens, ce que Jésus-Christ nous a mérité de condigno, et elle est le ministre suprême de la dispensation des grâces. "Lui, Jésus, siège à la droite de la majesté divine dans la sublimité des cieux" (Hébreux 1, 3) » (Pie X, Ad Diem illum, 2 février 1904).

( 993028 )
Ils n’ont rien de mieux à faire ? par Vincent F (2025-11-04 10:39:19)
[en réponse à 993026]
Sans rentrer dans le débat sur l’opportunité de ce titre, il y a peut être d’autres sujets d’occupation pour le Saint Office.

( 993029 )
Le DDF condamne-t-il aussi saint Paul ? par Regnum Galliae (2025-11-04 11:38:26)
[en réponse à 993026]
Col 1, 24
Maintenant je suis plein de joie dans mes souffrances pour vous, et ce qui manque aux souffrances du Christ en ma propre chair, je l'achève pour son corps, qui est l'Eglise.
Ce passage ne risque-t-il pas "d’obscurcir l’unique médiation salvifique du Christ" ?

( 993032 )
[réponse] par Réginald (2025-11-04 12:29:07)
[en réponse à 993029]
Non, le DDF ne « condamne » pas saint Paul : il reprend au contraire son principe, en reconnaissant le fond de la doctrine — Marie coopère réellement à l’œuvre de la Rédemption — tout en formulant une réserve ferme sur le titre. Corédemptrice est jugé inadapté parce qu’il pourrait donner à croire à une relativisation de l’unicité du Rédempteur.

( 993042 )
Peut-on avoir la référence ? par Chabert (2025-11-04 14:58:16)
[en réponse à 993032]
Aux termes de laquelle le DDF "reconnaitrait - selon vous - le fond de la doctrine" ?
Nous pourrions faire la liste de tous les termes utilisés aujourd'hui - jusque dans la liturgie - et qui sont inappropriés sur le plan théologique.
Je remarque que comme d'habitude, c'est à la Mère de Dieu qu'on refuse les titres qui lui sont dus.
Regarder comment Notre Dame est traitée est la meilleure manière de juger de l'orthodoxie d'une doctrine.
De Maria numquam satis.

( 993067 )
Le problème vient du préfixe co par Réginald (2025-11-04 18:27:59)
[en réponse à 993042]
Je vous invite à lire le document, qui, pour l’avoir parcouru, me semble très équilibré.
Le problème vient du préfixe co- : il évoque aujourd’hui la parité plutôt que la subordination (comme dans coprésident ou cofondateur), et a donc progressivement donné au mot une connotation ambiguë. Il semble placer Marie sur le même plan causal que le Christ. Cette équivoque brouille la distinction classique entre le mérite de condigno — propre au Christ seul, fondé sur la justice — et le mérite de congruo, qui exprime la coopération subordonnée de Marie, fondée sur la convenance. Ainsi, sans nier la réalité de sa participation à l’œuvre du salut, le Dicastère juge ce titre inopportun, car il risque d’obscurcir l’unicité du Rédempteur et de détourner la dévotion mariale de son centre christologique.

( 993030 )
Une conséquence de Nostra Aetate... par Vistemboir2 (2025-11-04 12:10:01)
[en réponse à 993026]
À Rome, on ne veut pas contrarier les protestants...

( 993031 )
vous avez manifestement lu par Réginald (2025-11-04 12:16:14)
[en réponse à 993030]
Nostra Aetate… de très loin !
Cette déclaration ne traite ni de Marie ni du salut, mais des relations de l’Église avec les religions non chrétiennes. Elle parle des bouddhistes, des musulmans et des juifs, pas de la Corédemptrice.
Si vous tenez à y voir une « conséquence » du Concile, il faudra sans doute chercher du côté de Lumen Gentium (n° 60-62), qui, lui, parle de la coopération de Marie au salut.

( 993033 )
Vous n'avez pas bien compris... par Vistemboir2 (2025-11-04 12:48:46)
[en réponse à 993031]
mon propos, aussi, pour vous, je vais mettre les points sur les i : en citant Nostra Aetate, je n'ignorais pas, bien sûr, que la Déclaration traitait des religions non chrétiennes... Mais je voulais dire que l'esprit libéral de la déclaration avait contaminé Rome, d'où la décision de nier que la Vierge Marie est Corédemptrice !...

( 993035 )
Une très bonne décision ! par Athanase (2025-11-04 13:21:53)
[en réponse à 993031]
Il y a peu, j’ai été témoin, dans un pèlerinage, d’un prêtre qui insérait dans les litanies mariales l’invocation « Marie corédemptrice, priez pour nous ». Ce titre est trop ambigu et méritait d’être clarifié au regard de l’enjeu christologique. « L’allergie » à ce titre n’est nullement liée au problème des modernistes, mais était aussi partagée dans des écrits préconciliaires. On ne peut pas déplorer la crise dogmatique tout en tolérant une théologie déficiente dans le « milieu ».

( 993037 )
Le DDF ne dit pas que Notre Dame n'est pas co-rédemptrice par Regnum Galliae (2025-11-04 14:10:25)
[en réponse à 993035]
Vous remarquerez que le DDF ne dit pas que le titre de co-rédemptrice est inexact, mais que son utilisation est "toujours inopportune", sous-entendu que ça pourrait changer à l'avenir.
Je suppose que ce titre doit constituer une pierre d'achoppement avec nos "frères séparés"...
Dans un autre domaine, Jean-Paul II disait que les parents sont "co-créateurs de leurs enfants", ce qui peut être contesté, Dieu seul étant créateur de toutes choses. Il me semble que la distinction est celle des causes premières et secondes. Je pense que c'est sous cette perspective que l'on doit comprendre la co-rédemption de Notre Dame. Après tout, n'a-t-elle pas elle aussi donné son fils unique et divin ? Toute l'économie du Salut n'a-t-elle pas dépendu de son fiat, lequel aurait pu ne pas être ?

( 993040 )
Dominus Jesus par Roger (2025-11-04 14:24:07)
[en réponse à 993037]
La déclaration de 2000 ne re affirme t elle pas la rédemption exclusive par le seul Jesus Christ - Verbe incarné?
N est ce pas cela le cœur du problème (et non les protestants)?

( 993051 )
Il y a quand même des raisons par Athanase (2025-11-04 16:22:49)
[en réponse à 993037]
qui ne tiennent pas qu'à des rapports avec les protestants. Au passage, le protestantisme est moins influent, surtout dans un Occident sécularisé.
Les raisons sont plus profondes et résident dans une christologie bien comprise. Que Marie soit proche du Sauveur, qu'elle ait dit OUI à l'Incarnation est une chose, mais elle reste du côté des sauvés et n'est pas le Sauveur, même si elle bénéficie, par rapport au reste du genre humain, d'une place éminente, puisque le péché originel n'a prise sur elle dès sa naissance.
Je renvoie à cette
étude qui date de 1939 et qui résume déjà les difficultés du rôle de Marie dans la Rédemption dite objective.
Il n'est pas non plus contestable que Marie, à l'instar de toutes les saintes âmes et dans une mesure bien supérieure, ait eu devant Dieu son lot de satisfactions et de mérites ; pas davantage qu'elle se soit unie d'une manière plus intime que toute autre, du moment qu'elle était la mère, au sacrifice de son Fils. Par où elle eut sa part (aliquid contulisse) dans notre salut, mais qui se vérifie très suffisamment dans l'ordre subjectif d'application (...), sans qu'on ait le droit de la transporter pour autant dans l'ordre objectif.
Le terme co-rédemption est trop ambigu et trop connoté pour que l'on puisse en user sereinement. "Co" est un terme synonyme d'égalité, d'idée que l'on se place sur un pied d'égalité (les co-présidents qui sont présidents à part entière, etc.).

( 993083 )
Votre raisonnement repose sur un présupposé erroné par Regnum Galliae (2025-11-05 09:33:53)
[en réponse à 993051]
Si pour vous le préfixe co- exprime l'égalité, alors oui, vous avez raison de rejeter le vocable de corédemption.
Pourtant le Larousse définit ce préfixe comme suit : "du latin cum, avec, entrant dans la composition de nombreux mots où il indique l'association, la participation, la simultanéité : coauteur, coexister, etc."
Je ne vois pas de notion d'égalité. Je peux collaborer à un travail sans y participer autant que les autres. Deux phénomènes peuvent coexister sans qu'il y ait d'équivalence ou d'égalité entre eux.
Par la corédemption, Notre Dame a participé à la Rédemption. Êtes-vous en désaccord avec ce que j'écris ?

( 993084 )
[réponse] par Réginald (2025-11-05 09:41:49)
[en réponse à 993083]
Je ne suis évidemment pas en désaccord avec l’idée que Marie ait participé à la Rédemption : c’est une vérité classique, affirmée par les papes et Vatican II.
Le problème n’est pas la réalité de cette coopération – que le DDF reconnaît expressément – mais le mot qui la désigne. Le préfixe co- vient bien de cum, « avec », mais sa connotation a évolué : aujourd’hui, il évoque spontanément une parité fonctionnelle, comme dans coprésident ou cofondateur. Or ces termes modernes ne désignent plus une collaboration subordonnée, mais une fonction exercée conjointement et à égalité.
Appliqué à Marie, le mot Corédemptrice risquerait ainsi de suggérer une causalité parallèle au Christ, et non une coopération reçue de Lui et ordonnée à Lui.
C’est précisément pour cela que le DDF conclut avec sagesse : « Lorsqu’une expression nécessite des explications nombreuses et constantes, afin d’éviter qu’elle ne s’écarte d’un sens correct, elle ne rend pas service à la foi du Peuple de Dieu. »

( 993087 )
[réponse] par Regnum Galliae (2025-11-05 09:48:24)
[en réponse à 993084]
Donc pour vous le DDF s'est prononcé sur une question de langue française ? L'idée de corédemption reste donc correcte pourvu qu'on l'entende sous un angle de subordination (ce que personne n'a rejeté me semble-t-il) ?
Je ne suis pas d'accord avec votre acception du préfixe co-. Je n'y vois pas de notion d'équivalence.

( 993109 )
un précédent historique : Virgo sacerdos par Réginald (2025-11-05 19:48:04)
[en réponse à 993087]
Non, le DDF ne s’est pas prononcé sur une question de vocabulaire français, mais sur un risque doctrinal né de l’évolution du langage. Le problème n’est pas que co- signifie formellement « égal », mais que, dans la réception ordinaire, il ne véhicule plus spontanément l’idée de subordination. C’est pourquoi le DDF juge ce mot inopportun : il ne reflète plus sans explication la hiérarchie des causes dans l’œuvre du salut.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’Église clarifie un titre devenu équivoque.
L’épisode de l'expresssion Virgo Sacerdos est éclairant : Pie X en avait d’abord approuvé la dévotion, allant jusqu’à accorder des indulgences à une prière ainsi intitulée (1907). Mais, en 1912, le Saint-Office restreignit son usage, craignant que le mot sacerdos ne laisse entendre un sacerdoce formel de Marie, contraire à la distinction essentielle entre le sacerdoce du Christ et celui des ministres ordonnés. Le dominicain Giovanni Lottini conclut alors que ce titre ne convenait qu’en sens métaphorique, non en sens strict.
Malgré plusieurs tentatives et approbations locales, la dévotion fut progressivement réduite au silence : en janvier 1913, le Saint-Office interdit les images s’y rapportant ; le décret fut repris et publié en mars 1916 pour bloquer toute diffusion. Enfin, en 1927, une lettre du cardinal Merry del Val rappela que, sans condamner la dévotion, il convenait de « laisser dormir entièrement cette question, que les âmes peu éclairées pouvaient ne pas comprendre exactement ».
L’Église n’a donc pas censuré la piété, mais voulu éviter une expression sujette à contresens. La situation est comparable pour Corédemptrice : le mot n’est pas faux en soi, mais il risque de suggérer une participation de même ordre que celle du Rédempteur. D’où la prudence du DDF : distinguer entre la vérité théologique, pleinement admise, et la forme lexicale, devenue inadaptée à la transmettre sans confusion.

( 993119 )
Le copilote est bien subordonné au pilote par Regnum Galliae (2025-11-06 09:43:50)
[en réponse à 993109]
Le seul argument des opposants au mot de corédemption de Marie est que le DDF, se substituant sans doute à l'Académie française, a simplement pris acte d'une évolution supposée (et que je ne partage pas) de la langue française. Mes collaborateurs me sont subordonnés. Le copilote ne pilote pas. Il n'y a pas d'idée d'égalité derrière ce préfixe et c'est vous qui faites dire au texte ce que vous voulez.
Arrêtons de tourner autour du pot : il n'est pas question de clarifier un titre mal compris, sinon le DDF aurait publié un texte aussi long que Dominus Jesus pour expliquer le terme, pour le coup très ambigu, de subsistit in. Le DDF aurait aussi pu s'attaquer aux dubiae.
Eût égard à l'éminente position du DDF, je n'ose interpréter les intentions des rédacteurs de ce texte.

( 993120 )
[réponse] par Réginald (2025-11-06 09:57:04)
[en réponse à 993119]
Le DDF ne se substitue pas à l’Académie française : il veille à la clarté de la foi.
L’enjeu n’est pas la sémantique du français, mais la théologie de la médiation du Christ.
Votre exemple du copilote n’est d’ailleurs pas pertinent : un copilote est précisément formé pour remplacer le pilote. Il existe une parité de fonction potentielle, non une pure subordination ce qui contredit exactement le modèle marial.
Le mot Corédemptrice est jugé inopportun parce qu’il risque de brouiller la distinction entre la cause principale (le Christ) et la cause subordonnée (Marie).
C’est la même prudence qu’appliqua le Saint-Office à propos du Virgo Sacerdos, pourtant bien plus largement attesté dans la tradition que Coredemptrix : non une censure de la piété, mais une clarification doctrinale.

( 993121 )
préfixe co et copilote par Réginald (2025-11-06 11:59:02)
[en réponse à 993119]
1. L'idée dominante : l'égalité et la parité Le préfixe co- est, dans l'usage français moderne, le marqueur incontesté de la collaboration sur un pied d'égalité. Des termes comme cofondateur, copilote ou codirecteur signalent systématiquement une parité fonctionnelle : chaque personne est investie de la même responsabilité et peut potentiellement remplir le rôle de l'autre. Cette lecture spontanée d'une égalité est si forte qu'elle est privilégiée dans la création de tout nouveau terme utilisant ce préfixe, écartant quasiment toute ambiguïté sur la hiérarchie.
Et le copilote alors ? Dans l'aviation civile moderne, le rôle du copilote (appelé officiellement Officier Pilote de Ligne ou Premier Officier) n'est pas celui d'un subordonné, mais d'un égal fonctionnel du Commandant de bord. Le copilote est entièrement qualifié pour piloter l'avion. Il partage le pilotage (le pilot flying) et la surveillance (le pilot monitoring) avec le commandant, et peut le remplacer immédiatement si nécessaire. C'est le sens de la parité de rôle que vous avez défini. Bien qu'il y ait une hiérarchie de commandement (le Commandant de bord a l'autorité finale), la fonction de pilotage est co-exercée à égalité.
2. Le sens étymologique : l'association et la participation Historiquement, le préfixe dérive du latin cum, qui signifie simplement "avec". Dans des mots figés ou anciens comme compagnon, collaborateur ou concitoyen, cette notion d'association ou de participation à une même action est présente, mais elle n'implique pas d'égalité stricte. Il s'agit simplement d'être dans le même groupe ou de faire partie du même effort, sans préjuger du rang de chacun. L'étymologie subsiste, mais le sens d'association est préféré à celui de la subordination.
3. La subordination : une exception contextuelle
Dans les rares cas où une subordination est observée, comme avec un évêque coadjuteur, elle n'est jamais le fait du préfixe co- lui-même. C'est la convention externe (canonique, politique, ou administrative) ou le nom de la fonction (adjoint, régent) qui impose la relation hiérarchique. Le préfixe co- insiste toujours sur une participation commune, mais c'est le contexte institutionnel qui vient, en quelque sorte, contredire l'égalité suggérée par le préfixe.

( 993123 )
on tourne en rond par Regnum Galliae (2025-11-06 12:40:08)
[en réponse à 993121]
Nous tournons en rond et je ne pense vraiment pas que la signification moderne du préfixe co- en français soit l'objet principal de ce texte rédigé en latin.
Co- peut exprimer une égalité ou pas, ça dépend. Un dernier exemple achèvera de vous contredire : dans le covoiturage, il y en a un seul qui conduit et l'autre peut même ne pas avoir le permis. Et dans un rallye, le copilote est celui qui tient la carte, pas le volant !
Ce n'est pas le cœur du sujet. Pour ma part, je comprends que le DDF ne souhaite pas que soit exprimée une coopération de Marie à l'œuvre du salut qui soit de nature différente de celle des autres hommes. Pourtant ce me semble être le cas : Notre Dame offre son fils, nous le recevons.
Mais peut-être que le terme de coopération exprime-t-il une égalité opératoire qui pourrait prêter à confusion. Que proposez-vous donc pour désigner le rôle de Notre-Dame dans le Salut, et pour désigner le nôtre ?

( 993124 )
[réponse] par Réginald (2025-11-06 13:04:30)
[en réponse à 993123]
Votre exemple du covoiturage confirme précisément ce que je dis : il y a parité fonctionnelle entre les participants — tous sont “co-voitureurs”, chacun étant reconnu comme acteur du trajet, même si un seul tient le volant.
Pour le reste, vous avez raison sur un point essentiel : le cœur du sujet n’est pas la philologie, mais la théologie de la médiation.
Le DDF ne nie nullement la coopération singulière de Marie (lisez le document) ; il précise seulement qu’elle n’est ni du même ordre que celle du Christ, ni de même nature que celle des baptisés.
La théologie classique exprime bien cette distinction :
– le Christ mérite de condigno, c’est-à-dire par justice et efficacité intrinsèque ;
– Marie mérite de congruo, par convenance d’amour, en dépendance absolue de la grâce de son Fils ;
– nous, enfin, coopérons moralement et sacramentellement, en recevant et en prolongeant les fruits de la Rédemption.
C’est pourquoi les expressions traditionnelles — « Mère du Rédempteur », « coopératrice à la Rédemption », ou « associée à l’œuvre rédemptrice » — rendent beaucoup plus justement la vérité que Corédemptrice, sans en diminuer la profondeur.
Le problème n’est d’ailleurs pas tant le latin du texte que sa traduction dans les langues vernaculaires, où le préfixe co- prend spontanément un sens de parité fonctionnelle : c’est cette réception pastorale que le DDF anticipe et veut éviter.
P.S. Vous éludez à nouveau la question du Virgo Sacerdos, pourtant directement liée au sujet : si la Rédemption est avant tout un sacrifice offert par un prêtre, la réserve du Saint-Office envers ce titre illustre bien la même prudence doctrinale — celle d’éviter toute confusion entre la coopération de Marie et le sacerdoce rédempteur du Christ.

( 993126 )
[réponse] par Regnum Galliae (2025-11-06 15:52:09)
[en réponse à 993124]
J'ai déjà entendu l'analogie entre la Présentation de l'Enfant-Jésus au temple et l'offertoire de la Vierge. Je ne sais pas ce que cela vaut.
Admettons que corédemption soit un terme abusif, il n'en reste pas moins que l'œuvre de la Rédemption est un travail d'équipe entre Notre Seigneur et Notre Dame, non par nécessité mais parce que Dieu l'a voulu ainsi (lire mon extrait de saint Alphonse dans ce même fil). Or il est évident que ceux qui parlent de corédemption ne mettent pas les deux sur le même plan. Le DDF croit-il vraiment que c'est le cas ? Seule cette raison pourrait justifier cette mise au point. Comme ce n'est pas le cas, je m'interroge sur la logique qui veut que l'on coupe les cheveux en quatre sur la corédemption, qui ne trompait personne, alors que l'on a fait couler beaucoup d'encre sur le très contestable "subsisit in", que personne ne demandait et qui est pour le coup moins clair que le "est" antérieur.

( 993144 )
[réponse] par Réginald (2025-11-06 23:37:39)
[en réponse à 993126]
Ce que le DDF rappelle, ce n’est pas que ceux qui parlent de corédemption mettent Marie sur le même plan que le Christ, mais que le mot lui-même peut, dans le langage actuel, laisser croire à une parité de causalité. Il est donc jugé théologiquement inopportun, non pour ce qu’il veut dire, mais pour ce qu’il risque de faire entendre.
Pour le reste, la note affirme expressément que la Sainte Vierge est « la première et la plus grande collaboratrice dans l’œuvre de la Rédemption et de la grâce ». (n°22)
N’est-ce pas exactement ce que vous écrivez vous-même en parlant d’un « travail d’équipe entre Notre Seigneur et Notre Dame » ?
Il n’y a pas de divergence doctrinale, mais seulement un ajustement lexical destiné à préserver la hiérarchie des causes.

( 993136 )
plus net encore les coprinces d'Andorre par Luc Perrin (2025-11-06 19:07:49)
[en réponse à 993124]
depuis le Moyen Âge, la suzeraineté est partagée à égalité entre un seigneur français coprince et l'évêque d'Urgell, autre coprince. Le roi de France depuis Louis XIII au moins puis les chefs d'État français sauf pendant la Ière République ont assumé ce titre.
Absolue parité entre les deux coprinces.
L'acception de co pour décrire une parité de pouvoir n'est donc pas récente. En outre ici elle porte sur un chef d'État, une souveraineté, ce qui est très proche du qualificatif pour la Vierge, plus que covoiturage et copilote. Il me semble que la remarque de Réginald à ce sujet est entièrement justifiée.

( 993095 )
Il est bien connu par ptk (2025-11-05 11:35:32)
[en réponse à 993084]
que les textes de l'église conciliaire sont toujours d'une clarté parfaite, sans ambiguité ni ne nécessitent jamais d'explication pour être bien compris.

( 993117 )
[réponse] par Réginald (2025-11-06 08:00:35)
[en réponse à 993095]
La théologie traditionnelle elle-même n’est pas d’une limpidité immédiate : elle demande toujours un effort d’interprétation et de précision conceptuelle. Prenez par exemple la notion du « renouvellement du sacrifice de la Croix » dans la messe. L’Épître aux Hébreux affirme pourtant : « En vertu de cette volonté, nous sommes sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus-Christ faite une fois pour toutes » (He 10, 10). Il a donc fallu des siècles de réflexion pour préciser que la messe n’ajoute rien au sacrifice du Calvaire, mais en actualise la présence sacramentelle. Autrement dit, même les vérités les plus reçues de la Tradition ont nécessité des clarifications théologiques.

( 993085 )
Saint Alphonse de Liguori, docteur de l'Eglise, a tranché le débat par Regnum Galliae (2025-11-05 09:41:50)
[en réponse à 993083]
Un homme et une femme ayant coopéré à notre ruine, il convenait, remarque saint Bernard, qu'un autre homme et une autre femme coopérassent à notre réparation ; et c'est ce qu'ont fait Jésus et Marie. Sans doute, ajoute-t-il, pour nous racheter, c'était assez de Jésus-Christ seul ; mais il était plus convenable que les deux sexes concurussent à notre salut, comme ils avaient concouru à notre perte. C'est pourquoi le bienheureux Albert le Grand donne à Marie le titre de Coopératrice de la Rédemption. Elle disait elle-même un jour à sainte Brigitte que, comme Adam et Ève ont vendu le monde pour un seul fruit, elle et son divin Fils l'ont racheté d'un même coeur. Selon la pensée de saint Anselme, Dieu a bien pu créer le monde de rien ; mais, le monde s'étant perdu par le péché, Dieu n'a pas voulu le restaurer sans la coopération de Marie.
Suivant Suarez, la divine Mère a contribué à notre salut de trois manières : c'est d'abord qu'elle a mérité d'un mérite de convenance, comme disent les théologiens, l'Incarnation du Verbe ; c'est ensuite que, pendant sa vie mortelle, elle s'est appliquée avec beaucoup de zèle à prier pour nous ; c'est enfin qu'elle a fait généreusement le sacrifice de la vie de son Fils pour notre rédemption. Eh bien ! en récompense de l'immense gloire qu'elle a rendue à Dieu et de l'ineffable amour qu'elle nous a témoigné en travaillant ainsi à la réhabilitation de tous les hommes, Dieu a statué avec justice qu'aucun n'obtiendrait le salut, si ce n'est par son intercession.
D'ailleurs, l'ensemble de ce cinquième
chapitre des Gloires de Marie intéressera le présent débat.

( 993088 )
Que nenni par Tibère (2025-11-05 09:52:55)
[en réponse à 993085]
Saint Alphonse de Liguori n'a rien tranché du tout, tout docteur de l'Eglise qu'il soit. C'est l'Eglise qui est habilitée à trancher pas un saint aussi éminent soit-il. Exemple : malgré la position de Saint Thomas d'Aquin, l'Eglise a tranché autrement la question de l'Immaculée conception.

( 993090 )
En effet par Regnum Galliae (2025-11-05 09:56:14)
[en réponse à 993088]
Le terme "tranché" est trop fort mais l'Eglise n'a pas encore contredit saint Alphonse et l'avis d'un docteur de l'Eglise vaut plus que celui de tel ou tel cardinal ou même pape s'exprimant en privé, ou a fortiori de membres de l'Eglise enseignée comme nous sommes sur ce fil.
Mais je suis d'accord, ça ne tranche pas le débat. Mea culpa.

( 993112 )
très beau passage par Réginald (2025-11-05 22:10:30)
[en réponse à 993085]
et très intéressant : Marie n’y est pas qualifiée de Corédemptrice, mais de Coopératrice à la Rédemption — c’est exactement le langage du DDF.
« Traditionnellement, la coopération de Marie à l’œuvre du salut a été abordée selon une double perspective : sa participation à la Rédemption objective, accomplie par le Christ au cours de sa vie et particulièrement dans la Pâque, et son influence actuelle sur ceux qui ont été rachetés. […] La participation de Marie à l’œuvre salvifique du Christ est attestée dans les Écritures […] Là, à cette “Heure”, se manifeste la collaboration de Marie qui prononce à nouveau le “oui” de l’Annonciation. […] La maternité de Marie à notre égard fait partie de l’accomplissement du dessein divin qui se réalise dans la Pâque du Christ. » (§ 4-6)

( 993099 )
C'est vous qui l'écrivez par Athanase (2025-11-05 12:10:02)
[en réponse à 993083]
Vous notez la difficulté du terme. Le latin "cum" signifie avec, mais la difficulté est que la traduction et le sens français sont toujours plus radicaux ou différents de la racine latine. Ainsi, le terme "amateur" vient d'une expression qui souligne l'amitié, mais on s'éloigne en Français de l'étymologie originelle... Le terme "co" est trop fort. Je songe aux recours aux expressions de "co-président", etc.
La note a raison de dire que "lorsqu’une expression nécessite des explications nombreuses et constantes, afin d’éviter qu’elle ne s’écarte d’un sens correct, elle ne rend pas service à la foi du Peuple de Dieu et devient gênante. Dans ce cas, elle n’aide pas à exhlter Marie comme la première et la plus grande collaboratrice dans l’œuvre de la Rédemption et de la grâce, parce que le danger d’obscurcir la place exclusive de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme pour notre salut, le seul capable d’offrir au Père un sacrifice d’une valeur infinie (...)". C'est malheureusement vrai: le fait de devoir préciser sans convaincre le concept prouve que quelque chose cloche et que l'on va au-delà de celle des Mystères qui sont inépuisables. Or le terme "co-rédemption" est trop controversé. Je pense que l'on dépasse le "jeu" normal des explications, car dans le terme "co-rédemption", il ne s'agit même plus de préciser, mais de corriger et de rectifier. S'il y a un problème c'est que quelque chose ne va pas. Soyons honnêtes.
Sur la question du terme "coopération", je suis d'accord. Le terme est plus approprié, et c'est peut-être lui qui aurait dû être davantage utilisé parce qu'il remet - un peu plus - les choses en perspective. Il y a bien une coopération de la Vierge Marie qui n'écarte cependant pas le rôle exclusif du Christ dans la Rédemption objective, et qui présente même un aspect spécifique par rapport aux autres créatures.
La note le dit très bien à plusieurs reprises:
"En ce sens, la coopération de Marie est unique et distincte de la coopération « des autres créatures »[76]."
"36. La participation de la Vierge Marie, en tant que Mère, à la vie de son Fils, de l’Incarnation à la Croix et à la Résurrection, donne un caractère unique et singulier à sa coopération à l’œuvre rédemptrice du Christ, en particulier pour l’Église (...)."
64. La coopération est rendue possible par le Christ et réalisée par l’action de l’Esprit qui, dans le cas de Marie, se distingue de la coopération de tout autre être humain par le caractère maternel que le Christ lui-même lui a attribué sur la Croix.
On peut réfléchir à une coopération à la Rédemption objective, qui ne rend pas Marie auteur ou co-auteur de la Rédemption, mais qui lui donne une place éminente et distincte des autres créatures. C'est peut-être dans cet approfondissement de cette coopération éminente, rendue possible par le Christ et découlant de Dieu, qu'il aurait fallu tendre.

( 993113 )
les sens de cum par Réginald (2025-11-05 22:48:01)
[en réponse à 993099]
cum latin peut véhiculer quatre idées principales :
a) Association ou collaboration sans hiérarchie : Il exprime la parité fonctionnelle ou l'association égale.
Exemples : Coauteur (personne qui écrit avec une autre) ; Coprésident (deux personnes exerçant ensemble la même fonction). C'est le sens contemporain dominant qui trouble la réception de Corédemptrice.
b) Participation subordonnée ou accompagnatrice : Il désigne une association ou une participation qui se fait sous l'autorité ou la direction d'un supérieur.
Exemple : Comitatus (suite, cortège : comes, celui qui accompagne la figure principale d'où le comte) C'est le sens hiérarchique, fréquent dans le latin classique et ecclésiastique.
c) Renforcement : Il exprime une dynamique d'action commune sans nécessairement impliquer l'égalité ou la subordination.
Exemples : Conferre (porter ensemble ; Committere (mettre ensemble : confier, engager).
d) Simultanéité temporelle ou circonstancielle : Il se rapporte à la simple concomitance des événements ou à une harmonie d'acte.
Exemples : Convivere (vivre avec) ; Conspirare (respirer ensemble : s’accorder, comploter).
2. L'Application et le défi Herméneutique
Dans le cas de Coredemptrix, le problème n'est pas linguistique à l'origine, mais herméneutique aujourd'hui. Le terme est piégé par un décalage sémantique :
L'intention théologique (Sens B) : Dans le latin théologique, le cum exprime la participation subordonnée. La Mère de Dieu est Corédemptrice en participant à l'œuvre salvifique « sub Redemptore et per Redemptorem » (sous et par le Rédempteur).
La réception moderne (Sens A) : Dans le langage courant français, le préfixe « co- » évoque spontanément l'association paritaire (coprésident, cofondateur).
C'est pourquoi le DDF juge le mot inopportun. Il ne communique plus clairement l'idée de subordination de Marie au Christ. Le risque est que l'interprétation moderne perçoive une égalité fonctionnelle dans la Rédemption, ce qui contredit la doctrine catholique qui reconnaît le Christ comme unique médiateur et rédempteur

( 993043 )
Que celui qui a des oreilles, qu'il entende par Chabert (2025-11-04 15:06:20)
[en réponse à 993035]
La doctrine de la corédemption de la Très Sainte Vierge Marie n'est déficiente que pour ceux qui ne veulent pas la "moindre pierre d'achoppement" avec nos "frères séparés"
La doctrine de la corédemption était sur le point de passer pour un dogme avant le Concile. Elle est critiquable sur le plan théologique bien sûr, comme tous les dogmes avant leur proclamation, mais elle est plus simple à comprendre que l'unicité en trois personnes, l'essence des personnes divines, le filioque ou la consubstantialité...
Elle était couramment enseignée, bien avant le Concile, au point qu'il serait téméraire aujourd'hui de nier cet enseignement.
Parler de théologie déficiente démontre assez joliment la prétention de l'ignorance.

( 993052 )
"Sur le point de passer pour un dogme avant le concile " ? par Athanase (2025-11-04 16:31:36)
[en réponse à 993043]
Expliquez alors les réticences, les refus de certains théologiens et aussi la réticence de Pie XII à l'égard du terme "médiatrice". L'Eglise pré-cconcilaire ne s'apprêtait pas à proclamer "Marie Co-rédemptrice": outre les réticences, il y avait déjà eu la proclamation du dogme de l'Assomption, lequel fit l'objet d'une méticuleuse enquête. Il y avait une division nette et des critiques à l'égard d'un terme ambigu.
Je note quand même dans cet
article publié en 1939 un dissensus assez patent chez les théologiens:
Des théologiens considérables depuis le cardinal Billot jusqu'au P. de la Taille et au P, Lennerz — pour ne rappeler ici que les plus marquants — ont pris une attitude formellement négative à cet égard, tandis qu'en établissant au jour le jour la faiblesse de ses justifications courantes d'autres indiquaient suffisamment le vice rédhibitoire d'une doctrine sur laquelle, en raison de sa nouveauté, pèse toute la charge de l'onus probandi.

( 993057 )
Le P. Garrigou-Lagrange par Peregrinus (2025-11-04 17:13:35)
[en réponse à 993035]
Le Père Garrigou-Lagrange, dont la théologie n'était pas déficiente, et qui avait certainement une conception de l'unicité de la médiation salvifique du Christ plus nette que l'inénarrable cardinal Fernandez, a utilisé à plusieurs reprises dans ses écrits (par exemple, comme je viens de le vérifier à l'instant, dans Le Sauveur et son amour pour nous, Cerf, 1933, p. 397).
Le titre de corédemptrice est peut-être discutable, mais le réduire à une théologie déficiente est aussi réducteur qu'abusif.
Peregrinus

( 993064 )
Vive Marie Co-Rédemptrice ! par Marco Antonio (2025-11-04 17:47:50)
[en réponse à 993031]
vous avez manifestement lu Nostra Aetate… de très loin !
Cette déclaration ne traite ni de Marie ni du salut, mais des relations de l’Église avec les religions non chrétiennes. Elle parle des bouddhistes, des musulmans et des juifs, pas de la Corédemptrice.
Si vous tenez à y voir une « conséquence » du Concile, il faudra sans doute chercher du côté de Lumen Gentium (n° 60-62), qui, lui, parle de la coopération de Marie au salut.
Choisissez le document de Vatican II auquel vous pensez qu'il est le plus approprié de faire référence. En tout cas, c'est la note elle-même qui admet que: «
Le Concile Vatican II a évité d’utiliser le titre de Co-rédemptrice pour des raisons dogmatiques, pastorales et œcuméniques » .
Vive Marie Co-Rédemptrice !

( 993034 )
Pas très synodal ! par Roger (2025-11-04 12:51:07)
[en réponse à 993026]
Sans aborder le fond on peut noter que la position de la curie n a pas été discutée dans un synode - ce qui donne une idée de la réalité des sujets qui seraient inscrits à l’ordre du jour du synode.
Le synode ne serait il pas restreint aux sujets de femmes et de libertins ?

( 993036 )
Deo gratias par abbé F.H. (2025-11-04 13:56:47)
[en réponse à 993026]
Rien de plus à dire.

( 993039 )
Et le pape a approuvé... par Aliocha (2025-11-04 14:18:56)
[en réponse à 993036]
Dans la ligne de son prédécesseur (La Corédemption ? "Tonterias!"), en plus lissé

( 993044 )
Pour vous extasier en connaissance de cause par Chabert (2025-11-04 15:10:39)
[en réponse à 993036]
Vous pouvez lire cet excellent article de l'abbé Barthe, publié sur son blogue au printemps :
https://www.resnovae.fr/defense-doctrine-coredemption/

( 993047 )
Franchement... par abbé F.H. (2025-11-04 15:23:06)
[en réponse à 993044]
Vous pensez qu'après 31 ans de sacerdoce, je ne suis pas un peu au courant de la question théologique?
En plus, rien de pro-réformé (puisque c'est pour vous plus haut le seul argument à l'origine de ce texte), vous ne trouverez pas plus anti-parpaillot que moi!

( 993045 )
« C’est un peu court, jeune homme ! » par Adso (2025-11-04 15:17:12)
[en réponse à 993036]
Je mets la citation entre guillemets de façon à ce qu’on imagine pas que je vous manque de respect, mais effectivement c’est un petit peu court ; concrètement qu’est-ce que vous reprochez à cette dénomination ?

( 993048 )
Exactement ce que dit le texte de la DDF par abbé F.H. (2025-11-04 15:27:37)
[en réponse à 993045]
qui est un excellent exposé de ma position sur la question (soit dit avec toute mon humilité! ;P)
C'est contraire aux affirmations très claires du NT, et comment Marie se serait-elle corrachetée? (simple résumé très schématique, peut-être un St Bonaventure répondra à cette objection comme il l'a fait à St Thomas pour l'imm. C., peut-être un jour, peut-être jamais)

( 993104 )
C'est également ma position par Nemo (2025-11-05 18:06:57)
[en réponse à 993048]
Je trouve plus claires les notions d'hyperdulie et de latrie qui montrent bien la différence.
Il y a clairement dans le mot corédemption une ambiguïté : des coéquipiers sont clairement à égalité, ce n'est pas du tout le cas entre le Christ et la Sainte Vierge.
Bref je ne comprends pas ce terme et j'étais choqué de voir certains clercs en faire pratiquement un dogme.
Et manquait-il vraiment de titres à la Sainte Vierge pour lui en ajouter un qui n'est pas très clair ? Elle en a déjà tant dans les litanies !

( 993130 )
En effet par Regnum Galliae (2025-11-06 16:52:59)
[en réponse à 993104]
mais dans ce cas, pourquoi le DDF met-il le sujet sur la table ? On ne peut pas dire que la corédemption fasse la une des journaux.
Quand je pense que Rome n'a jamais mis en garde contre, pour pendre un exemple, le baptême dans l'esprit pratiqué par le renouveau charismatique.

( 993046 )
Comme il a raison! par Le Cap (2025-11-04 15:20:13)
[en réponse à 993026]
Dans le genre de risque supposé de "confusion et de déséquilibre dans l’harmonie des vérités de la foi chrétienne", c'est doute le plus grave par rapport à la roupie de sansonnet que sont les "confusions et les déséquilibres dans l’harmonie des vérités de la foi chrétienne" AVERES professés pendant des années par l'ancien chef de ce cardinal (pacha mama, fiducia supplicans, etc…)

( 993050 )
Clarifier le débat théologique par Jean-Paul PARFU (2025-11-04 15:55:57)
[en réponse à 993026]
Lorsqu'on parle de Marie Corédemptrice, affirme-t-on que la Très Sainte Vierge est Cause efficiente principale de la grâce ou cause instrumentale ?
C'est sans doute pour éviter cette confusion que le dogme n'a, jusqu'à ce jour, par été proclamé.
Quelques rappels :
Aucune créature, même la plus haute, ne peut être cause efficiente principale de la grâce, la grâce étant surnaturelle !
Il existe deux hiérarchies : la hiérarchie naturelle dans l'ordre de la nature et la hiérarchie surnaturelle dans l'ordre de la grâce.
Dans l'ordre naturel, la créature la plus élevée est l'ange le plus élevé.
Dans l'ordre surnaturel, donc dans l'ordre de la grâce, la créature la plus élevée est la Très Sainte Vierge, reine des anges et du Ciel.
C'est à ce titre que la Très Sainte Vierge, Mère de Dieu et Immaculée-Conception, "pleine de grâce", est la cause instrumentale la plus haute de la grâce.
A ce titre, elle peut être dite "médiatrice de toutes grâces" et associée de manière unique au Seul Rédempteur, son fils, Le Christ Jésus !
C'est la raison pour laquelle nous devons prier les Coeurs de Jésus et de Marie !

( 993053 )
Rome a raison, Billot dixit ! par Denis SUREAU (2025-11-04 16:36:07)
[en réponse à 993026]
Le cardinal Billot, éminent théologien qu'on ne peut soupçonner de modernisme, était hostile au vocable de "corédemptrice" : "la Vierge elle-même avait besoin de rédemption ; elle était, elle aussi, au nombre de ceux que le péché d’Adam avait perdus, et que tout ce qu’il y a en elle de grâces, de perfections, de mérites, de sublimes prérogatives et d’incomparables grandeurs, tout cela lui est venu de la rédemption qui est dans le Christ Jésus, per redemptionem quae est in Christo Jesu (Rm 3,24). Sa condition donc ne diffère en rien de la nôtre sous ce rapport, et comme il est évident que nous ne pouvions coopérer, en quoi que ce soit, à l’acquittement de la rançon exigée par la justice divine pour notre libération, il est évident de la même évidence, qu’à la satisfaction et au mérite propre de la rédemption commune, Marie, rachetée elle aussi (disons plutôt, elle la première), n’a pu avoir, et par là même, n’a eu effectivement aucune part. Si donc, par ce titre de co-rédemptrice que quelques auteurs modernes n’ont pas craint de lui donner, on entendait une contribution quelconque apportée par elle au prix même de la rédemption de Jésus-Christ, ce serait à mettre au compte de ces pieux excès que l’intention excuse sans doute, mais qui n’en sont pas moins, objectivement parlant, en opposition formelle avec les données les plus certaines du dogme catholique."

( 993056 )
il y a plus fiable que Billot par Regnum Galliae (2025-11-04 17:07:19)
[en réponse à 993053]
Bien que créature, Notre Dame est la mère de Dieu. Pourquoi ne serait-elle pas co-rédemptrice bien que sauvée ?
L'article
ci-joint donne plusieurs références de papes ayant utilisé le mot sinon l'idée de co-rédemption. Leur avis ne vaut-il pas mieux que celui du cardinal Billot ou a fortiori du nôtre ?

( 993058 )
Pas concluant par Denis SUREAU (2025-11-04 17:14:15)
[en réponse à 993056]
La quasi-totalité des déclarations de papes cités par La Porte Latine ne comportent pas le terme de corédemprice.

( 993061 )
un peu quand même par Regnum Galliae (2025-11-04 17:35:44)
[en réponse à 993058]
Le terme est utilisé par le Saint office de saint pie X puis par Pie XI, ce qui n'est pas rien et me suffit.
Les autres reprennent l'idée à leur compte, certes sans utiliser le mot, ce qui est cohérent avec ma lecture du texte du DDF : l'idée n'est pas condamnée (ni confirmée j'en conviens) mais l'emploi du mot est inopportun à ce jour.

( 993074 )
[réponse] par Réginald (2025-11-04 21:09:42)
[en réponse à 993061]
Si l’on voulait désigner le rôle unique de Marie dans l’œuvre du salut sans risquer l’équivoque du préfixe co-, le mot sub-rédemptrice serait infiniment plus exact : il rendrait compte de sa coopération réelle, mais radicalement subordonnée à celle du Christ, selon l’ordre de la dépendance et de la convenance, non selon celui de la justice et de la causalité propre.

( 993080 )
Regina, Vita, Spes nostra… équivoques aussi ? par Marquandier (2025-11-04 23:38:51)
[en réponse à 993074]
La doctrine chrétienne orthodoxe des fidèles est-elle mise en danger lors du chant du Salve Regina ? On donne sans timidité à la Sainte Vierge le nom de "Vie", qui n’est autre qu’un des noms de Dieu et de Notre Seigneur Jésus-Christ, il me semble ! Et n’y aurait-il pas également d’espérance (Spes) qu’en Dieu seul ?
Dans certains pays ou certaines époques, la reine est parfois seule à régner de plein droit…
J’ai l’impression que l’intelligence des fidèles laïcs est moins estimée de nos jours par les clercs qu’au moyen-âge et dans l’antiquité…
Et pourtant de nos jours, la subordination de la mère au père, dans la famille, ne va plus de soi pour un grand nombre de nos contemporains. Le titre de Mère des croyants ne risque-t-il alors pas aussi de devenir inopportun ?

( 993081 )
La différence est simple par Réginald (2025-11-05 00:12:31)
[en réponse à 993080]
La différence est simple : Vita et Spes nostra sont des titres poétiques reçus par la liturgie, compris analogiquement. Corédemptrice, en revanche, se présente comme un terme doctrinal, porteur d’un risque de causalité équivoque : il pourrait sembler contredire le principe paulinien de l’unus Mediator (1 Tm 2, 5).
Marie coopère réellement à la Rédemption, mais comme rachetée, non comme rédemptrice ; de congruo, non de condigno – par convenance d’amour, non par justice. Employer Corédemptrice sans ces précisions risque de brouiller l’ordre des causes : le Christ est cause principale et suffisante, Marie cause instrumentale, dispositive et subordonnée.

( 993062 )
Le problème par abbé F.H. (2025-11-04 17:39:46)
[en réponse à 993056]
que ce soit dans l'article de la Porte Latine ou dans l'étude de l'abbé Barthe (avec tout le respect que je lui doit) c'est l'absence de l’Écriture sainte (une citation pour l'abbé Barthe, 0 pour LPL).
En plus, les papes cités par LPL commencent au Bhx Pie IX...
On est donc loin d'une pensée traditionnelle trouvant sa source dans l’Écriture (qui dit plutôt que Marie ne peut pas...) et dans toute la Tradition apostolique.
De plus, l'Immaculée Conception et l'Assomption s'articulent parfaitement avec l'histoire du salut.
La définition d'un "état permanent" pour la Ste Vierge (Médiatrice de toute grâce) ou d'une "corrédemption" ne trouvent pas leur place "logique"
Pie XII a utilisé, je crois, l’excellente expression "Éminente associée du Rédempteur". JE ne crois pas qu'aujourd'hui on puise aller au delà.

( 993118 )
Tout à fait d’accord monsieur l abbé par Roger (2025-11-06 08:40:42)
[en réponse à 993062]
Avec votre position

( 993055 )
Je suis admiratif, vraiment... par Pétrarque (2025-11-04 16:54:07)
[en réponse à 993026]
En lisant ce fil, je prends la mesure de mon ignorance et de ma pusillanimité.
Je vois s'opposer des gens - et même des prêtres, qui ont fait leur théologie - sur la question de la qualité de corédemptrice de la Sainte Vierge.
On convoque Vatican II, Pie XI, le cardinal Billot, saint Pie X et saint Thomas d'Aquin, je prends soigneusement note des pour et des contre, mais, je vais vous faire une confidence, je me sens pour ma part parfaitement incapable d'avoir un quelconque avis sur la question.
Ma foi m'incline à considérer la Sainte Vierge comme médiatrice de toutes grâces, ça, oui, mais de là à savoir si elle est - ou n'est pas - corédemptrice, là, vraiment...
Suis-je le seul dans ce cas ?

( 993059 )
Un peu comme vous par Peregrinus (2025-11-04 17:17:14)
[en réponse à 993055]
Si cela peut vous rassurer.
Je dirais que dans cette affaire, je suis inopportuniste, mais dans les deux sens : la définition comme la condamnation du titre de corédemptrice sont inopportunes. Il y a déjà suffisamment de dogmes mariaux ; il faut laisser le reste à la piété et à la libre discussion, dans les limites du dogme, bien évidemment, en attendant qu'éventuellement les choses se décantent avec plus de clarté et que l'apparition de nouvelles erreurs rende nécessaire une définition doctrinale.
Peregrinus

( 993071 )
Votre réflexion est jute sous une condition par Athanase (2025-11-04 20:11:06)
[en réponse à 993059]
Que le titre « Marie coredemptrice » ne soit pas imposé aux fidèles en pèlerinage comme je l’ai vu à l’étranger.
Ce titre n’a aucune valeur officielle et si on part d du fait que l’Église ne doit ni ne peut se prononcer, il est sage de ne pas l’imposer à la dévotion des fidèles.
« Inopportuniste » : cher Peregrinus, ce n’est pas un petit clin d’œil à ceux qui estimaient en 1869 et 1870 que l’Infaillibilité pontificale ne devait pas être proclamée ?

( 993073 )
"Imposer" par Peregrinus (2025-11-04 21:00:23)
[en réponse à 993071]
À ce compte, je crois que le clergé m'impose régulièrement toutes sortes d'opinions qui me paraissent discutables. Dans la mesure où il est manifestement possible de donner un sens pleinement orthodoxe à l'idée de corédemption de la très sainte Vierge, que le terme soit heureux ou non, je ne crois pas qu'il y ait lieu de s'en scandaliser outre mesure.
Ce qui m'agace personnellement (cela rejoint un peu ce qu'a écrit Luc Perrin), ce n'est pas la promotion du titre de corédemptrice, mais plutôt le réflexe grégaire qui consiste à en faire une sorte de passage obligé ou de case que l'on coche sur la carte du parti du parfait tradi.
Effectivement, le terme d'inopportuniste est un petit clin d'œil à la minorité de 1869-1870. Je crois que la minorité, pour avoir eu au moins partiellement tort, ne mérite pas d'être insultée et traînée dans la boue comme n'a pas manqué de le faire une certaine polémique ultramontaine, d'autant plus qu'on lui doit sans doute en partie d'avoir eu une définition doctrinale équilibrée, loin des outrances des maximalistes.
Peregrinus

( 993100 )
On est d'accord par Athanase (2025-11-05 12:21:22)
[en réponse à 993073]
L'aspect "grégaire" où l'on doit tout cocher est pénible. Des tradis se sont mis à soutenir telle thèse parce que c'est le "jeu" du milieu ou parce que c'est en vogue. Ou parce qu'un colloque en a fait la publicité.
Ce qui me gêne, c'est que ce terme est débattu, controversé et contesté, mais se trouve, comme je l'ai vu, proposé publiquement à la dévotion des fidèles. S'il est aussi controversé, il ne saurait donc être utilisé dans une litanie dite après une méditation. Ce n'est pas prudent et son utilisation ne traduit pas un courage, mais une imprudence (on peut quand même louer la Sainte Vierge de façon appropriée: les prières ne manquent pas !).
Les thèses discutables d'un certain clergé - qui ne sont que des hypothèses - ne sauraient justifier celles d'un clergé "tradi". En l'état actuel des choses, il n'est pas opportun d'embarquer des fidèles en leur faisant répondre "ora pro nobis" à un titre fort controversé.
Je salue comme vous cette minorité qui a joué un rôle dans une meilleure précision des textes, et cela a été autant le cas à Vatican I qu'à Vatican II. Je pense même que Vatican I a été beaucoup plus prudent que ce qui aurait pu advenir initialement.

( 993138 )
Pas vraiment par Peregrinus (2025-11-06 19:53:18)
[en réponse à 993100]
Plusieurs papes, même récents (Jean-Paul II), ayant utilisé le titre de corédemptrice, et le Saint-Siège ayant approuvé officiellement des prières qui l'utilisent, il me semble qu'il n'est pas scandaleux qu'un prêtre y recoure dans un contexte dévotionnel et même lors d'une prière collective. Cela peut nous plaire ou nous déplaire ; mais c'est une autre question.
Ce qui est inacceptable, c'est que l'on donne abusivement ce titre pour un dogme qu'on ne peut refuser sans faire naufrage dans la foi (et je suis d'accord qu'il peut exister des fidèles et des ecclésiastiques qui, sans atteindre cette extrémité, semblent parfois y tendre très regrettablement). C'est une question libre.
Nous sommes sans doute à peu près d'accord sur la minorité de 1869-1870.
Peregrinus

( 993063 )
Comme vous par MG (2025-11-04 17:44:02)
[en réponse à 993055]
Nous sommes plusieurs !
Je cois que vu mon âge (68 ans aujourd'hui) j'aurai la réponse au Ciel.

( 993066 )
Très juste, gare aux réflexes pavloviens ou de "parti" par Luc Perrin (2025-11-04 18:21:46)
[en réponse à 993055]
Oui moins de 300 vota pour le concile Vatican II, de mémoire on trouvera le chiffre exact chez R. de Mattei ou Y. Chiron et les différents auteurs, souhaitent cette définition en 1959-1960. C'est à la fois notable et peu au vu de l'ensemble des réponses.
Oui parce que la "Minorité" a été championne du maximalisme marial et désireuse d'empiler les titres de la Bienheureuse Vierge Marie et oui parce que la Minorité activiste réformatrice-révolutionnaire voulait bloquer toute définition nouvelle pour complaire aux protestants ou par haine viscérale de la dévotion mariale chez un Congar op par ex., faut-il pour autant automatiquement se ranger du côté de la Minorité traditionnelle par réflexe, sans réfléchir ?
A mon sens non. Il y a eu débat à ce sujet à Vatican II et la solution trouvée est, selon moi, équilibrée : la Sainte Vierge est très honorée en chapitre ultime de la constitution sur l'Église, ce qui La valorise comme l'ont constaté après 1965 les anciens observateurs protestants plutôt que d'être reléguée dans un petit décret annexe, ses titres traditionnels sont bien repris et Paul VI, un avec la majorité des Pères, lui reconnaît un nouveau titre de Mater Ecclesiae en 1964.
A cela, Jean Paul II a ajouté une encyclique mûrement pesée Redemptoris Mater (1987) qui dit tout en évitant d'écorner la médiation suprême du Christ, comme Bossuet déjà la célébrait.
22. Nous pouvons dire ainsi que dans cette page de l'Evangile de Jean nous trouvons comme une première manifestation de la vérité sur la sollicitude maternelle de Marie. Cette vérité a été exprimée également dans l'enseignement du récent Concile, et il est important de remarquer que le rôle maternel de Marie est illustré dans son rapport avec la médiation du Christ. Nous lisons en effet: «Le rôle maternel de Marie à l'égard des hommes n'offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ: il en manifeste au contraire la vertu», parce qu'«il n'y a qu'un Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même» (1 Tm 2, 5). La médiation maternelle de Marie découle, suivant le bon vouloir de Dieu, «de la surabondance des mérites du Christ; elle s'appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d'où elle tire toute sa vertu» 44. C'est précisément dans ce sens que l'événement de Cana en Galilée nous présente comme une première annonce de la médiation de Marie, tout orientée vers le Christ et tendue vers la révélation de sa puissance salvifique.
Du texte johannique il ressort qu'il s'agit d'une médiation maternelle. Comme l'affirme le Concile, Marie «est devenue pour nous, dans l'ordre de la grâce, notre Mère». Cette maternité dans l'ordre de la grâce découle de sa maternité divine elle-même, car, étant en vertu d'une disposition divine la mère du Rédempteur, celle qui l'a nourri, elle a été «associée généreusement à son œuvre à un titre absolument unique, humble servante du Seigneur» qui «apporta à l'œuvre du Sauveur une coopération sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle» 45. Et «cette maternité de Marie dans l'économie de la grâce se continue sans interruption jusqu'à la consommation définitive de tous les élus» 46."
et le n°41 qui récapitule tout le débat, avec toutes les références voulues :
"41. Par sa médiation subordonnée à celle du Rédempteur, Marie contribue d'une manière spéciale à l'union de l'Eglise en pèlerinage sur la terre avec la réalité eschatologique et céleste de la communion des saints, puisqu'elle a déjà été «élevée au ciel» 107. La vérité de l'Assomption, définie par Pie XII, est réaffirmée par le Concile Vatican II, qui exprime ainsi la foi de l'Eglise: «Enfin, la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Ap 19, 16), victorieux du péché et de la mort» 108. Par cet enseignement, Pie XII se reliait à la Tradition, qui a trouvé de multiples expressions dans l'histoire de l'Eglise, tant en Orient qu'en Occident.
Par le mystère de l'Assomption au ciel se sont réalisés définitivement en Marie tous les effets de l'unique médiation du Christ, Rédempteur du monde et Seigneur ressuscité: «Tous revivront dans le Christ. Mais chacun à son rang: comme prémices, le Christ, ensuite ceux qui seront au Christ, lors de son Avènement» (1 Co 15, 22-23). Dans le mystère de l'Assomption s'exprime la foi de l'Eglise, selon laquelle Marie est «unie par un lien étroit et indissoluble» au Christ, car si, en tant que mère et vierge, elle lui était unie de façon singulière lors de sa première venue, par sa continuelle coopération avec lui elle le sera aussi dans l'attente de la seconde venue; «rachetée de façon suréminente en considération des mérites de son Fils» 109, elle a aussi ce rôle, propre à la Mère, de médiatrice de la clémence lors de la venue définitive, lorsque tous ceux qui sont au Christ revivront et que «le dernier ennemi détruit sera la Mort» (1 Co 15, 26) 110.
A cette exaltation de la «fille de Sion par excellence» 111 dans son Assomption au ciel est lié le mystère de sa gloire éternelle. La Mère du Christ est en effet glorifiée comme «Reine de l'univers» 112. Celle qui s'est déclarée «servante du Seigneur» à l'Annonciation est restée, durant toute sa vie terrestre, fidèle à ce que ce nom exprime, se confirmant ainsi véritable «disciple» du Christ, qui avait fortement souligné le caractère de service de sa mission: le Fils de l'homme «n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude» (Mt 20, 28). C'est pourquoi Marie est devenue la première de ceux qui, «servant le Christ également dans les autres, conduisent leurs frères, dans l'humilité et la patience, jusqu'au Roi dont on peut dire que le servir, c'est régner» 113, et elle a pleinement atteint cet «état de liberté royale» qui est propre aux disciples du Christ: servir, ce qui veut dire régner!
«Le Christ, s'étant fait obéissant jusqu'à la mort et pour cela même ayant été exalté par le Père (cf. Ph 2, 8-9), est entré dans la gloire de son royaume; à lui, tout est soumis, en attendant que lui-même se soumette à son Père avec toute la création, afin que Dieu soit tout en tous (cf. 1 Co 15, 27-28)» 114. Marie, servante du Seigneur, a sa part dans ce Royaume de son Fils 115. La gloire de servir ne cesse d'être son exaltation royale: montée au ciel, elle ne suspend pas son rôle salvifique dans lequel s'exprime la médiation maternelle «jusqu'à la consommation définitive de tous les élus» 116. Ainsi, celle qui, sur terre, «garda fidèlement l'union avec son Fils jusqu'à la Croix» continue à lui être unie, alors que désormais «tout est soumis à lui, en attendant que lui-même se soumette à son Père avec toute la création». Et ainsi, dans son assomption au ciel, Marie est comme enveloppée dans toute la réalité de la communion des saints, et son union même à son Fils dans la gloire est toute tendue vers la plénitude définitive du Royaume, lorsque «Dieu sera tout en tous».
Même à ce stade, la médiation maternelle de Marie ne cesse d'être subordonnée à celui qui est l'unique Médiateur, jusqu'à la réalisation définitive «de la plénitude du temps», c'est-à-dire jusqu'à «la récapitulation de toutes choses dans le Christ» (cf. Ep 1, 10)."
Faut-il vraiment en rajouter ? Pour le coup le DDF me semble être raisonnable et conforme à l'élaboration théologique pré et post Vatican II.

( 993072 )
Merci... par abbé F.H. (2025-11-04 20:52:16)
[en réponse à 993066]
In medio stat virtus,
Et tant la position du Concile que celle de St Jean-Paul II que celle aujourd'hui du DDF sont objectives.
Rien n'empêche une ultérieure réflexion plus "déterminatrice", mais cela doit être l’œuvre des théologiens dans le respect de la source unique de la Révélation divine.

( 993060 )
Vive Marie Co-Rédemptrice ! par Marco Antonio (2025-11-04 17:29:12)
[en réponse à 993026]
L'attaque infernale contre le titre de Co-Rédemptrice de la Sainte Vierge Marie, menée par Fernandez et Léon XIV, ne peut que causer une sensation de terreur et une profonde douleur dans l'âme de tous les catholiques.
Vive Marie Co-Rédemptrice !

( 993105 )
N'importe quoi par Justin Petipeu (2025-11-05 18:08:13)
[en réponse à 993060]
Ce titre n'a jamais été employé par l'Eglise. Vous pouvez le penser à titre privé. En attendant, la terreur, c'est vous. Ca devient comique.

( 993122 )
[réponse] par Marco Antonio (2025-11-06 12:25:59)
[en réponse à 993105]
Ce titre n'a jamais été employé par l'Eglise. Vous pouvez le penser à titre privé. En attendant, la terreur, c'est vous. Ca devient comique.
Pourquoi affirmez-vous que ce titre n'a jamais été employé par l'Église, s'il a été employé par le Chef de l'Église ?
« Il Redentore non poteva, per necessità di cose, non associare la Madre Sua alla Sua opera, e per questo noi la invochiamo col titolo di Corredentrice. Essa ci ha dato il Salvatore, l'ha allevato all'opera delle redenzione fino sotto la Croce, dividendo con Lui i dolori dell'agonia e della morte, in cui Gesù consumava la Redenzione di tutti gli uomini ».
(Pio XI, Discorso del 30 novembre 1933, in « L'Osservatore Romano », 1° dicembre 1933, n. 281, p. 1, col. 1).
Ce titre avait été déjà employé par le Saint-Office, dont le Chef est le Pape. Par exemple, ici :
DECRETUM. INDULGENTIA C DIERUM CONCEDITUR CERTAM PRECEM B. MARIAE VIRGINI, REPARATIONIS CAUSA, RECITANTIBUS.
Preghiera di riparazione alla beata Vergine Maria.
Vergine benedetta, Madre di Dio, volgete benigna lo sguardo dal cielo, ove sedete regina, su questo misero peccatore, vostro servo. Esso, benché consapevole della sua indegnità, a risarcimento delle offese a voi fatte da lingue empie e blasfeme, dall'intimo del suo cuore vi benedice ed esalta come la più pura, la più bella e la più santa di tutte le creature. Benedice il vostro santo nome, benedice le vostre sublimi prerogative di vera Madre di Dio, sempre Vergine, concepita senza macchia di peccato, di corredentrice del genere umano. Benedice l'eterno Padre, che vi scelse in modo particolare per Figlia, benedice il Verbo incarnato, che vestendosi dell'umana natura nel vostro purissimo seno vi fece sua Madre; benedice il divino Spirito che vi volle sua Sposa. Benedice, esalta e ringrazia la Trinità augusta che vi prescelse e predilesse tanto da innalzarvi su tutte le creature alla più sublime altezza.
O Vergine santa e misericordiosa, impetrate il ravvedimento ai vostri
offensori e gradite questo piccolo ossequio dal vostro servo, ottenendo anche a lui, dal vostro divin Figlio, il perdono dei propri peccati. Amen.
Die 22 ianuarii 1914.
Ssmus Dominus noster D. Pius div. prov. Pp. X, in audientia R. P. D. Adsessori S. Officii impertita, benigne concedere dignatus est ut christifideles, qui corde saltem contrito ac devote supra relatam orationem recitaverint, indulgentiam centum dierum, defunctis quoque applicabilem, quoties id egerint, lucrari valeant. Praesenti in perpetuum valituro, absque ulla Brevis expeditione. Contrariis quibuscumque non obstantibus.
D. CARD. FERRATA, Secretarius.
L. £B S.
f D. Archiep. Seleucien., Âds. S. O.
(Voir: AAS, 6, 1914, pages 108-109).
Et à plusieurs d'autres occasions.

( 993137 )
Jusqu'à mieux informé, par Justin Petipeu (2025-11-06 19:50:42)
[en réponse à 993122]
le titre de Co-Rédemptrice n'a pas été défini solennellement par l'Eglise. C'est le sujet. Que vous affirmiez d'emblée que Marie est co-rédemptrice et que c'est une terreur pour les chrétiens et une attaque infernale de la part de Rome de publier un texte pour le moins équilibré sur un sujet encore libre en matière de théologie est tout simplement grotesque.

( 993459 )
[réponse] par Marco Antonio (2025-11-15 22:45:31)
[en réponse à 993137]
le titre de Co-Rédemptrice n'a pas été défini solennellement par l'Eglise. C'est le sujet.
J'ai cru vous entendre dire :«
Ce titre n'a jamais été employé par l'Eglise ». Avez-vous déjà changé d'avis ?
Que vous affirmiez d'emblée que Marie est co-rédemptrice et que c'est une terreur pour les chrétiens et une attaque infernale de la part de Rome de publier un texte pour le moins équilibré sur un sujet encore libre en matière de théologie est tout simplement grotesque.
Mais si le sujet est libre, comment l'utilisation du titre peut être «
toujours inopportune » («
toujours inappropriée » dans la version italienne) ?
Ce qui serait grotesque, c'est de penser que la non-utilisation du titre peut éliminer même un seul gramme de confusion dans le monde. Le penser
serait grotesque... si ce n'était pas tragique.

( 993078 )
Un texte de Bouyer éclairant et très équilibré par Zbourgue (2025-11-04 22:41:03)
[en réponse à 993026]
Le culte de la Mère de Dieu dans l'Eglise catholique éditions de chevetogne 1954,pages 19 à 22:
"Et c’est dans la même ligne qu’on peut enfin la voir appelée « co-rédemptrice », malgré la grande réticence que garde l’Église à l’égard de cette expression, qu’elle n’a encore jamais passé même dans les liturgies locales. Co-rédemptrice, Marie l’est tout d’abord comme nous le sommes tous, c’est-à-dire en tant que la rédemption ne peut être simplement reçue passivement et comme subie par l’humanité. Il ne s’agit pas ici, comme nos frères protestants seraient peut-être tentés de le croire, de céder rien à la tendance semi-pélagienne. Nous ne voulons nullement insinuer l’idée que l’homme et Dieu, dans l’œuvre du salut, pourraient en quelque sorte collaborer sur le même plan, si petite, si minime qu’on y fasse la part de l’homme. Dans le salut comme dans la création, tout vient de Dieu. Mais précisément pour cela, le salut n’est pas moins efficace, pas moins réel que la création.(...)C’est pourquoi il n’y a pas de rédemption sans souffrance. Ce n’est pas que la souffrance humaine donne sa valeur à la croix de Jésus. C’est au contraire la croix de Jésus, parce qu’elle est la croix du Fils de Dieu, qui donne sa valeur à la souffrance humaine. Il reste que sans cette communion dans la peine que le péché d’Adam a value à l’humanité, celle-ci ne pourrait communier à la gloire du Fils de Dieu. « Si nous souffrons avec lui, nous dit saint Paul, nous serons glorifiés avec lui ». C’est dans ce sens qu’il faut entendre son exhortation à « travailler à notre salut avec crainte et tremblement ». Et c’est aussi qu’on peut comprendre comment elle ne s’oppose aucunement à ce qu’il ajoute : « …sachant que c’est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire ».
À la lumière de ces pensées, nous pouvons comprendre comment la très sainte Vierge, debout le glaive de la prophétie de Siméon, transpercé par le glaive de la prophétie de Siméon, représente éminemment cette co-opération que l’humanité tout entière doit apporter à son propre salut, encore qu’elle le doive à la seule vertu de son chef divin. Si l’on ajoute à cela deux considérations, il semble qu’on aura réuni tout ce que les théologiens ou les fidèles catholiques qui appliquent à Marie le titre de « co-rédemptrice » peuvent mettre sous cette expression. Dans le sens que nous avons déjà développé, on peut dire que c’est tout le corps mystique qui est « co-rédempteur ».
En quoi donc l’expression mérite-t-elle d’être appliquée spécialement à Marie ? Tout d’abord à cause de cette antériorité, non seulement chronologique mais ontologique, de sa réponse à la grâce par rapport à notre propre réponse. Autrement dit, l’application spéciale de ce titre à Marie n’est qu’une conséquence particulière de sa maternité de grâce. D’autre part, aussi bien la virginité que la maternité de Marie peuvent lui valoir cette attribution insigne. À cause de l’absence complète en elle du péché, en effet, la souffrance humaine trouve en la Vierge une perfection dans la correspondance à la souffrance proprement rédemptrice de Jésus qui est strictement incomparable. Nous sommes tous, au moins en quelque mesure, personnellement cause des souffrances que nous subissons. Elle seule, avec Jésus, a pu les accepter dans une générosité absolument pure. Sa « compassion » (au sens étymologique du mot, dépassant toutes les considérations sentimentales qu’il évoque) est donc d’une qualité absolument sui generis, et pour autant d’une vertu toute singulière pour l’ensemble du corps mystique. S’il est vrai que tout ce qu’un membre souffre et tout ce qu’il opère retentit sur tous, à combien plus forte raison lorsque sa souffrance est à ce point désintéressée, son action inaccessible à l’égoïsme !
Ceci étant dit, rien ne serait plus faux que d’en conclure à un moindre besoin, chez Marie, du salut et de la grâce qu’en nous tous. Si l’expression de « co-rédemptrice » pouvait amener une telle aberration, il n’y a pas de doute que l’Église catholique la condamnerait sans pitié. Car la vérité est absolument à l’opposé. Dans la théologie comme dans la spiritualité catholique, Marie est au contraire l’exemple même de ce qu’est, de ce que peut, de ce que fait la grâce divine. Non seulement elle a besoin du salut apporté par son Fils, tout autant que nous, mais ses privilèges reviennent à dire simplement qu’elle a été sauvée par lui plus merveilleusement que quiconque. C’est ce que va nous montrer une étude plus précise que la relation entre Marie et l’ensemble de l’Église.

( 993091 )
Balance par Bénigne (2025-11-05 10:15:40)
[en réponse à 993026]
Depuis cette longue échange, il paraît que le note s'explique par un glissement de l'usage du préfix co-X (X étant une fonction ou qualité d'une personne), ou au moins par ce qu'une confusion est à présent possible. Eviter les ambiguïtés n'est certes pas le fort de l'ère Vatican 2 et donc un effort dans cette direction devrait nous réjouir.
Que la Curie (et surtout le pontife précédent) nous a donné quelques documents très problématiques ne devra pas nous faire voir un attentat à la foi dans tout ce qu'elle fait ...

( 993092 )
Non, le DDF ne dénie pas à Marie son titre de Corédemptrice ! par jl dAndré (2025-11-05 10:15:47)
[en réponse à 993026]
Il déclare seulement que cette vérité est toujours inopportune !
On devrait en avoir l'habitude, car cela fait 60 ans que cela dure :
On semble renier les vérités de notre foi par une formulation différente censée être mieux acceptée par le monde moderne et, comme d'habitude, cela n'entraîne aucune sympathie des adversaires de notre foi, mais trouble profondément la foi des catholiques fidèles !

( 993093 )
Le DDF a raison... par Herne (2025-11-05 10:54:39)
[en réponse à 993026]
Le Dicastère pour la Doctrine de la foi ne déclare pas cette affirmation fausse en soi, mais souligne qu’elle suscite tant de confusions qu’il est préférable de l’éviter.
L’Église nous invite ici à la prudence.

( 993094 )
[réponse] par Regnum Galliae (2025-11-05 11:00:45)
[en réponse à 993093]
Eppure si muove

( 993127 )
C’est vrai par Vincent F (2025-11-06 16:03:01)
[en réponse à 993093]
Et d’ailleurs à chaque fois qu’une formulation pose problème elle est critiquée par ce dicastère. C’est bien connu.

( 993106 )
Même le titre de médiatrice n'a pas été accepté ..... par lumineux (2025-11-05 18:41:10)
[en réponse à 993026]
Et pourtant Pie XI, dans la conclusion de l’encyclique Miserentissimus Redemptor, dit :
> (…) par sa mystérieuse union avec le Christ et par une grâce particulière reçue de Lui, [la Vierge Marie] fut aussi réparatrice et gracieuse dispensatrice des mérites de Lui, [le Christ], seul Médiateur entre Dieu et les hommes, à vouloir pendant s’associer sa Mère comme avocate des pécheurs et comme dispensatrice et médiatrice de ses grâces.
De son côté, Pie XII choisit de faire lire le passage suivant à l’épître de la messe pour la fête du Cœur Immaculé de Marie qu’il instaura en 1944 :
> Je suis la mère du bel amour, de la crainte de Dieu, de la connaissance et de la sainte espérance. En moi est toute grâce de doctrine et de vérité ; en moi est tout espoir de vie et de force. (Ecclésiastique, XXIV, 17).
Que les grâces ne puissent nous être données que par la médiation de la Sainte Vierge, le concile l’oublia complètement. Pire ! Il refusa formellement d’accorder le titre de Médiatrice à Notre-Dame. Pourtant, trois cent évêques avaient demandé que soit défini le dogme de la Médiation universelle de la très Sainte Vierge. Mais le cardinal Montini y était fortement opposé, allant jusqu’à déclarer, le 20 juin 1962, lors de la discussion par la commission centrale du projet de schéma sur la Sainte Vierge :
> La proposition d’un nouveau titre, surtout celui de Médiatrice, à accorder à Marie très Sainte, me paraîtrait inopportune et même damnable. Le terme de médiateur ne doit être attribué uniquement et exclusivement qu’au Christ, selon ce dit l’apôtre : « Unus est mediator. » (…) Il vaut mieux parler de la maternité spirituelle universelle de Marie très sainte, de sa royauté et de sa merveilleuse, très bénigne intercession, mais non de médiation.
Cette déclaration ne constitue-t-elle pas un exemple du quatrième type d’outrage envers la Sainte Vierge ?
Lumen Gentium a également des formules très restrictives sur le rôle de Notre-Dame : « Le rôle maternel de Marie envers les hommes ne voile ou ne diminue en aucune manière cette médiation unique du Christ, mais elle en montre l’efficacité ».
Pour marquer le rôle très particulier de Notre-Dame dans l’économie du salut, la commission préparatoire du concile avait bien préparé un schéma particulier sur la Vierge Marie. Mais, le concile refusa d’en faire un schéma spécifique. Car pour les modernistes, l’enseignement de l’Église sur Marie était l’un des obstacles majeurs à l’œcuménisme, notamment à l’union entre catholiques et protestants. Des théologiens protestants menaçaient de rompre si le schéma était étudié. Pour sortir de l’impasse, il fut alors proposé d’inclure le schéma sur la Vierge Marie dans celui sur l’Église (Lumen Gentium). Présentée au vote des Pères le 29 octobre 1963, cette proposition fut acceptée par une toute petite majorité de 17 voix (1 114 votes positifs sur 1 193).
Le soir de cette journée, le père Congar, que Jean-Paul II nommera cardinal, nota dans son journal :
> « La mariologie, du moins celle qu’il veut toujours douter, est un vrai cancer. » ⁵⁷⁶
On est loin de saint Louis-Marie Grignion de Montfort disant :
> Il faut dire avec les saints : De Maria, numquam satis. On n’a point encore assez loué, exalté, honoré, aimé et servi Marie. Elle mérite encore plus de louanges, de respects, d’amour et de service. ⁵⁷⁷
De son côté, voici comment l’abbé Berto, théologien de Monseigneur Lefebvre au concile, ressentit ce vote :
> Le funeste vote (du 29 octobre 1963) apostasiant l’Évangile des noces de Cana, loin d’inviter la sainte Vierge, lui avait signifié son congé. Elle comprit. La Vierge Marie encombrait le concile, qui l’invitait à sortir. Oh ! Elle ne s’est pas fait dire deux fois ! La terre n’a pas tremblé, la foudre n’est pas tombée sur Saint-Pierre. La Vierge Marie est sortie discrètement, dans un profond silence ; seulement si discrètement, dans un silence si profond, qu’elle a pu dire : Vinum non habent [Ils n’ont plus de vin] ; et les destins de la deuxième session ont été scellés.
> Quand on est en concile œcuménique et qu’on fait sortir la sainte Vierge, on devrait au moins se rappeler qu’elle ne demande qu’à s’effacer ; c’est assez dire qu’elle pourrait bien s’effacer trop. La sainte Vierge n’ayant rien dit, Jésus n’a rien fait ; l’eau est restée de l’eau, même pas de l’eau potable, de l’eau croupie, toujours comme à Cana.
> Je pense que la sainte Vierge, quant à elle, se serait contentée de laisser le concile barboter dans toute cette eau pas trop propre. Mais au lieu de lui demander à genoux, dans une supplication solennelle, de prononcer le Vinum non habent, on l’a formellement déclarée gênante, embarrassante, encombrante, à la face de son Fils, elle, l’épouse du Saint-Esprit.
> Toujours, quand on est en concile œcuménique, on doit savoir que mettre la sainte Vierge à la porte est une opération qui peut avoir des suites, et peut-être pas ratifiée par quelqu’un qui lui a ouvert les portes du Ciel ; on dit voir plus haut. Mais il ne faut pas se figurer qu’on a droit au Saint-Esprit, comme ça, sur commande, du moment qu’on est un concile.

( 993107 )
Sur la Corédemption, l'excellent livre de l'abbé de Menthière par Abbé Claude Barthe (2025-11-05 19:17:12)
[en réponse à 993106]
Guillaume de Menthière, Marie, mère du salut : Marie corédemptrice ? essai de fondement théologique, Téqui | mars 1999

( 993108 )
plusieurs rectifications sur Vatican II et Marie par Luc Perrin (2025-11-05 19:19:21)
[en réponse à 993106]
- si le titre de "médiatrice" figure bel et bien dans Lumen gentium au chapitre VIII, n°62 alinéa 1 :
"C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice [186], tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ [187]."
La note 186 renvoie à plusieurs textes pontificaux dont celui de Pie XI que vous citez.
- oui l'intégration du mini schéma marial dans la constitution sur l'Église a été vécue comme une défaite le 29/11/1963 par la Minorité "romaine". Toutefois, ce vote obtenu d'extrême justesse a montré que la moitié des Pères étaient très attachés à la dévotion mariale. C'est le plus haut chiffre jamais vu à Vatican II pour la "Minorité".
D'autre part, comme je l'ai déjà indiqué, LOIN de diminuer ou d'outrager la Sainte Vierge, cette décision s'est révélé très inspirée en donnant une place majestueuse à Marie dans le chapitre final de Lumen gentium, ce que les théologiens y compris protestants reconnaissent.
La réaction à chaud de l'abbé Berto est de ce fait trompeuse.
- Jean Paul II a par la suite fait droit à la médiation maternelle de Marie dans Redemptoris Mater (1987) que j'ai largement citée précédemment.
- enfin et cela ne doit pas être oublié, Vatican II se refuse à trancher entre les débats d'école relatifs à Marie très explicitemen, le Concile maintient ouverte la discussion.
Le n°54 stipule :
"54. L’intention du Concile
Aussi, présentant la doctrine de l’Église en laquelle le divin Rédempteur opère notre salut, le saint Concile se propose de mettre avec soin en lumière, d’une part le rôle de la bienheureuse Vierge dans le mystère du Verbe incarné et du Corps mystique, et d’autre part les devoirs des hommes rachetés envers la Mère de Dieu, Mère du Christ et Mère des hommes, des croyants en premier lieu ; le Concile toutefois n’a pas l’intention de faire au sujet de Marie un exposé doctrinal complet, ni de trancher les questions que le travail des théologiens n’a pu encore amener à une lumière totale. Par conséquent, les opinions demeurent légitimes qui sont librement proposées dans les écoles catholiques au sujet de celle qui occupe dans la Sainte Église la place la plus élevée au-dessous du Christ, et nous est toute proche [174]."
- Enfin Paul VI à la suite de deux pétitions, dont celle des évêques polonais parmi lesquels Mgr Wojtyla, proclame avec quasiment la forme d'un dogme Marie Mater Ecclesiae in aula en décembre 1964.
Il est toujours important d'avoir tous les éléments pour bien apprécier une question.

( 993125 )
Au sujet des protestants par Roger (2025-11-06 13:05:03)
[en réponse à 993108]
J’avais lu qu’ils étaient furieux de l’inclusion du mini schéma marial dans LG qu’ils ont vécu comme un échec sérieux de leur point de vue.
Merci cher Luc pour vos précisions historiques

( 993135 )
"furieux" c'est excessif mais oui par Luc Perrin (2025-11-06 18:53:43)
[en réponse à 993125]
il y a le court terme : sur le moment en 1963, les observateurs protestants et les minimalistes ou anti-mariaux façon Congar jubilaient.
Avec le recul, ils ont changé d'avis et considéré, après la fin de Vatican II, que Marie était bien plus exaltée en étant la conclusion de Lumen gentium que d'être placée dans un décret modeste à la façon du décret Inter mirifica que personne ne lit.
Cela me semble évident : le Saint Esprit a tout de même fait quelques apparitions à Rome pendant le Concile tout en partant en vacances périodiquement. Ceci en est une preuve.
Une preuve supplémentaire tient à la réception de la mariologie post Vatican II. Dans tous les manuels de théologie, on lit que le Concile aurait marqué un coup de frein à la mariologie. J'avais eu un séminaire de Master quelques années où je démontrais que ce n'était pas vrai du tout. Ni dans le Magistère papal, ce dès Paul VI, ni dans la piété populaire, la dévotion mariale n'a régressé après décembre 1964.
Outre le titre de Mater Ecclesiae (1964), Paul VI a envoyé une rose d'or à Fatima en 1965 et s'y est rendu en pèlerinage, premier Pontife à le faire. En pleine crise de l'Église, il publie l'exhortation apostolique Marialis cultus (1974) pour ne prendre que ces exemples parlants. Pour Jean Paul II c'est bien connu.