Le Forum Catholique

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images/icones/croix_byzantine.png  ( 992985 )En passant par Pavlodar par Ludwik (2025-11-02 15:05:17) 

Voici un récit très personnel.
Une manière de faire découvrir aux lecteurs du forum une autre catholicité — méconnue et héroïque.
Pas sûr que cela plaise, mais sait-on jamais.

Nord-Est du Kazakhstan : une immense plaine, prolongement naturel à la fois de la steppe kazakhe et de l’immensité sibérienne.
Direction Pavlodar, à peine 500 km de Karaganda.

Nous rendons visite au père Iaroslav, prêtre gréco-catholique ukrainien, qui a quitté ses Carpates natales il y a près de trente ans pour l’immense steppe.
En trois décennies, il a fondé une famille étonnante (six enfants), est devenu prêtre, a construit une église… et bien d’autres choses encore.

Nous les avons rencontrés chez nous à Karaganda : ce sont, en quelque sorte, nos voisins — 500 km au Kazakhstan, c’est si peu !
Alors, en route.

Trois cents kilomètres de route somme toute correcte : les ravines sont peu profondes, le marquage au sol présent presque partout ; puis deux cents kilomètres d’autoroute parfaite.
Et la steppe, parsemée de lacs bleus azur (uniquement nourris par la pluie) et de troupeaux de chevaux semi-sauvages.
Sur la route, d’énormes 4x4, des camions ; dans la steppe, des bergers à cheval.

Arrivée à la nuit.

Pavlodar, de jour comme de nuit, est une ville soviétique sibérienne typique : assez étendue, très grise.
Ce qui frappe immédiatement, c’est l’odeur du charbon, omniprésente — plus encore qu’à Karaganda.
À Karaganda, le centre-ville est relativement épargné par le smog ; à Pavlodar, le charbon reste partout : la neige en est noire.

On voit encore de nombreuses petites maisons, parfois abandonnées, en bois, avec de jolies fenêtres sculptées et d’affreuses toitures en tôle.
Autrefois ville fermée (industries militaires obligent), il en subsiste les anciens postes de garde de part et d’autre du pont qui enjambe l’Irtych — cette (très) grande rivière prenant sa source en Chine, traversant le Kazakhstan avant de se jeter en Russie, affluent de l’Ob.
Un pont colossal est en construction à quelques dizaines de mètres du pont soviétique.

Le père Iaroslav et sa famille habitent dans une maison voisine de l’église — impossible de la manquer.
La maison est en cours de réaménagement : elle abritait jusqu’à récemment une chapelle (l’église n’a été ouverte qu’il y a un an) et la salle paroissiale.
Il était temps : deux chambres pour accueillir dix personnes (le père Iaroslav, son épouse, leurs six enfants et deux filleuls qu’ils ont de facto adoptés), c’était un peu juste…

Famille étonnante : tous les enfants sont musiciens, comme leur mère. L’ambiance est excellente.
L’aînée part d’ailleurs ce soir à Astana, ayant remporté le concours des 100 meilleurs enfants du Kazakhstan pour son interprétation d’une chanson kazakhe.
Tous sont capables de chanter l’intégralité de la liturgie, etc.
Bref, une famille riche de talents, de gentillesse et de débrouillardise.

Nos filles sont ravies, et nous aussi.
La fin de la semaine s’annonce très sympathique.

Nous logeons directement sous la petite église, où se trouvent une grande salle et toutes les commodités.
Le vendredi commence merveilleusement bien : divine liturgie, déjeuner mémorable.
En trente ans, le Kazakhstan a tellement changé… Les anecdotes sont innombrables.

L’arrivée de l’Église gréco-catholique ukrainienne dans cette région est particulièrement intéressante :
après la chute de l’URSS, au milieu des années 1990, l’association des Ukrainiens de la ville s’est mise à la recherche d’un prêtre qui pourrait prier dans leur langue, c’est-à-dire en ukrainien.
Ce qui n’est pas sans sel, car les Ukrainiens de Pavlodar, contrairement à ceux de Karaganda, n’ont pas été victimes de déportations massives : ils étaient de bons communistes venus librement d’Ukraine centrale ou orientale dans les années 1970 pour industrialiser le sud sibérien.
Autant dire que le russe est devenu largement leur langue maternelle…
Mais la prière est sans doute plus belle — peut-être plus efficace — dans la langue des pères.

Le patriarcat orthodoxe de Kiev ayant refusé, et la communauté ukrainienne n’ayant pas les moyens d’entretenir un prêtre, ils se sont alors tournés vers l’Église gréco-catholique.

C’est ainsi qu’il y a trente ans, celui qui n’était pas encore le père Iaroslav, mais un simple frère basilien, est venu en exploration : trois mois pour voir et évaluer les possibilités de fondation.
La voie monastique n’étant finalement pas la sienne, après la fin de ses vœux temporaires, il entre au séminaire de Karaganda… dont le directeur spirituel était alors Athanasius Schneider.
Une forte amitié est restée.

D’une manière générale, là où il y a des Ukrainiens au Kazakhstan, il y a Athanasius Schneider… Peut-être font-ils front ensemble : solidarité de parias.
Comme le dit le père Iaroslav : « Personne n’aime la vérité, pas plus le clergé que le monde ! »

Et puis, les Allemands et les Ukrainiens en Asie centrale ont une longue histoire commune.
Depuis, les Allemands sont repartis, et le clergé latin s’est largement polonisé : les relations semblent moins cordiales.

La subsistance du père Iaroslav et de sa talentueuse famille tient du miracle : les dons sont rares, et l’unique source de revenu, ce sont les intentions de messe.
Le noyau de fidèles ne dépasse pas trente ou quarante personnes — une centaine pour les grandes fêtes.
Il dessert également, pour les grandes solennités, plusieurs villages dont le plus proche est à deux cents kilomètres.
Parmi eux, un étonnant village… absolument pas ukrainien, mais mordve.

Le père Iaroslav s’est équipé en conséquence : un petit bus 4x4, douze places, de quoi dormir, un réfrigérateur…
Que serait un missionnaire sans un solide esprit pratique et une espérance à toute épreuve ?

Quelques photos de la consécration de l’église du père Iaroslav : Ici
images/icones/carnet.gif  ( 992987 )Contact ? par Candidus (2025-11-02 17:21:54) 
[en réponse à 992985]

Le P. Iaroslav dispose-t-il d'une adresse email que vous pourriez me communiquer via la modération ? Ce serait pour lui adresser des intentions de messe, s'il existe un moyen de lui faire parvenir les honoraires.
images/icones/coeur.gif  ( 992988 )Contact par Ludwik (2025-11-02 17:52:14) 
[en réponse à 992987]

Alors ça, c’est une surprise — et une excellente, d’ailleurs !
Je pensais que ça n'interesserait (quasiment) personne de lire mon post précèdent.

Le courriel du père Yaroslav se trouve en bas de cette page (vous y trouverez aussi un résumé de l’histoire de la paroisse de Pavlodar).


ici

Je vous le remets ici : yaroslav.golovchuk@gmail.com

S’il s’avère que cela est compliqué pour une éventuelle offrande, vous pouvez me contacter directement.
J’ai un compte français et un compte kazakh, et je peux faire l’intermédiaire.

Sinon, le plus simple reste peut-être de passer par une application comme Paysend, etc.

Mais je sais que des européens ont aidé pour la construction de l'Eglise dont il doit y avoir un moyen simple de transférer de l'argent.
images/icones/hum2.gif  ( 993000 )L'adresse email n'est plus active par Candidus (2025-11-02 21:45:47) 
[en réponse à 992988]

Mon message n'a pas pu être délivré...
images/icones/fleche3.gif  ( 993005 )Contact par Ludwik (2025-11-03 09:04:32) 
[en réponse à 993000]

En effet, milles excuses.

Voici:
o.jaroslav@mail.ru
yaroslaw.golovchuk@gmail.com

Le père Iaroslav vient de me les renvoyer.
Je les met dans un post, car de toute façon, ces adresses sont accessibles librement.

images/icones/iphone.jpg  ( 992990 )Très intéressant récit, merci par Capucin (2025-11-02 18:36:47) 
[en réponse à 992985]

Son apostolat s’est peut-être un peu plus étendu car beaucoup d’ Ukrainiens se sont exilés à l’étranger en raison de la guerre et un petit nombre a atterri au Kazakhstan à ma connaissance.

S’agissant de l’orthodoxie, connaissant très bien la Russie et l’Ukraine, je pense que certains orthodoxes peuvent être convertis à la foi catholique, mais seule une foi solide peut répondre à l’aspiration de ces nations. Impossible de convertir qui que ce soit à la nouvelle messe (désolé pour ceux qui y croient encore).

La fraternité de la transfiguration de Merigny œuvre, parmi d’autres, en ce sens. Il ne faut pas hésiter de parler de ces œuvres autour de soi.


images/icones/carnet.gif  ( 992993 )Passionnant, votre voyage..... par Pol (2025-11-02 19:45:06) 
[en réponse à 992985]

....au Kazakhstan, je vous remercie d'élargir nos horizons et vues du monde. Et merci pour les photos !
images/icones/coeur.gif  ( 993007 )Merci par Ludwik (2025-11-03 12:28:20) 
[en réponse à 992993]

ça me fait bien plaisir.
images/icones/carnet.gif  ( 993009 )Et quelle langue utilisée..... par Pol (2025-11-03 12:47:42) 
[en réponse à 993007]

....pour toute correspondance avec le Prêtre?
images/icones/fleche3.gif  ( 993010 )Le français par Ludwik (2025-11-03 12:58:54) 
[en réponse à 993009]

Vu la performance des outils de traduction maintenant à disposition...
Je pense que vous pouvez lui écrire dans la langue de votre choix.

images/icones/carnet.gif  ( 993038 )Merci Ludwik.... par Pol (2025-11-04 14:18:48) 
[en réponse à 993010]

....je suis un peu en retard !!!!