Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 992723 )Opus Dei : la fin d’un modèle ? Et si le futur des tradis devait se jouer ailleurs… par DumVolviturOrbis (2025-10-18 17:37:13) 

La nouvelle, relayée par InfoVaticana et reprise par plusieurs blogs catholiques, est lourde de conséquences : les nouveaux statuts de l’Opus Dei, approuvés prochainement par Rome, marqueraient la fin de l’unité juridique et spirituelle de l'Œuvre.

Concrètement, l’Opus Dei serait désormais scindé en trois entités distinctes :
- une prélature cléricale (pour les prêtres incardinés) ;
- une Société sacerdotale pour les prêtres diocésains associés ;
- et une association publique de fidèles pour les laïcs.


Autrement dit, le prélat perdrait toute autorité sur les laïcs, et l’Opus Dei cesserait d’exister comme corps unique. Ce serait la fin d’un modèle original de gouvernance où clercs et laïcs travaillaient ensemble, sous un même charisme.

Depuis un moment la situation canonique de l'Opus Dei était citée comme un exemple potentiel à suivre pour le monde tradi : créer une prélature personnelle pour tous les catholiques attachés à la liturgie traditionnelle.

Sur le papier, une prélature “de la Tradition” peut sembler rassurante : stabilité juridique, reconnaissance officielle, évêques amis…
Mais à long terme, ne risque-t-on pas de créer une Église dans l’Église ? Une structure à part, coupée de la vie ordinaire des diocèses, tolérée mais marginalisée ?

L’exemple de l’Opus Dei montre que ce type de statut, autrefois perçu comme protecteur, peut se retourner contre ses bénéficiaires.

Plutôt que de multiplier les régimes d’exception, peut-être faut-il retrouver une respiration liturgique dans la vie diocésaine elle-même.
Autrement dit : imposer la diversité liturgique comme une richesse, non comme une concession.
L’unité ne se construit pas en séparant, mais en laissant respirer toutes les formes du rite romain au sein des diocèses. Et c'est de cette manière qu'on pourra faire découvrir la liturgie traditionnelle à ceux qui ne la connaissent pas.

La réforme de l’Opus Dei rappelle une vérité simple : ce que Rome donne, Rome peut le reprendre.
C’est pourquoi il ne suffit pas de négocier des espaces protégés pour la Tradition : il faut que Rome impose clairement aux diocèses l’accueil de la liturgie traditionnelle, comme une part intégrante du patrimoine liturgique de l’Église universelle.
Ce n’est pas aux fidèles de mendier leur place, mais à l’autorité suprême de garantir le droit de tous les catholiques à prier selon la liturgie traditionnelle.
La paix liturgique ne viendra pas de structures à part, mais d’une volonté ferme de Rome d’ouvrir les diocèses à la Tradition.
 ( 992724 )Cela me semble grave par Roger (2025-10-18 17:46:12) 
[en réponse à 992723]

Essentiellement sur la forme car cela veut dire qu’un fondateur ne peut plus faire confiance au saint Siège pour protéger une œuvre pieuse.
Ensuite cela illustre la manie législative du saint Siège : moins il y a de prêtre s et de fidèles et plus il y a de lois !
Enfin Léon marche en cette affaire sur les traces de François qui aimait aussi les réformettes

Sur le fond cela me semble illustrer l’abandon de certains principes de Vatican II notamment la vocation des laïcs - mais ne suis pas assez expert sur ce point.
images/icones/iphone.jpg  ( 992732 )Raisonnement lacunaire par Signo (2025-10-18 20:11:48) 
[en réponse à 992723]

Le cas de l’Opus Dei est spécifique. Je pense que ce qui est reproché à l’actuelle organisation voulue par le fondateur, est qu’elle subordonne canoniquement des laïcs non religieux à une hiérarchie parallèle qui exerce sur eux une autorité quasi absolue, comme s’ils étaient religieux. Cela crée un modèle qui n’en fait certes pas une secte, mais dans laquelle des dérives sectaires sont possibles.
Certes beaucoup d’accusations lancées à l’encontre de cette organisation relèvent de fantasmes. Mais je pense néanmoins que certains aspects du charisme de l’Opus Dei sont réellement problématiques.
Si le cœur du charisme de l’Opus Dei est bien la sanctification des laïcs, je ne vois pas en quoi la nouvelle organisation remettrai ce charisme en cause.

Votre raisonnement sur la problématique des communautés traditionnelles me paraît lacunaire. D’abord parce que pour les communautés ex-ED c’est davantage un statut proche de celui des ordinariats anglicans qui est privilégié, la prélature personnelle n’ayant été évoquée que pour la FSSPX à ma connaissance.

Je répète encore une fois que sans ordinaire dédié, les problématiques actuelles demeureront sans solution et le statut de la liturgie traditionnelle demeurera précaire. L’usage du Rituel et du Pontifical anciens demeurera sans légitimité puisque ne correspondant plus à aucune réalité ecclésiale, et finira donc tôt ou tard par disparaître.

Vous pointez le risque d’une « Eglise dans l’Eglise », mais non seulement cela existe déjà mais c’est même la règle dans l’Eglise catholique : toute Eglise particulière avec un évêque à sa tête (Eglise orientale, ordinariat, diocèse, etc) est par définition une « Eglise dans l’Eglise ». Cela ne choque que ceux qui ont une compréhension purement humaine et politique de l’Eglise, qu’ils comparent à un État. Il ne peut pas y avoir d’Etat dans l’Etat (encore que, seulement dans le modèle politique centralisé français) mais l’Eglise catholique n’est rien d’autre qu’une communion d’Eglises particulières.
images/icones/hum2.gif  ( 992753 )Le Charisme de l'Opus Dei ? par Regnum Galliae (2025-10-20 10:22:57) 
[en réponse à 992732]

Vous écrivez

Si le cœur du charisme de l’Opus Dei est bien la sanctification des laïcs


Mais la sanctification des laïcs, comme des religieux d'ailleurs, n'est-elle pas la mission de l'Eglise ?
images/icones/carnet.gif  ( 992754 )Voir post de Roger plus bas par Regnum Galliae (2025-10-20 10:26:42) 
[en réponse à 992753]

Le charisme de l'OD "implique la recherche de la sanctification à travers le travail et les engagements familiaux et sociaux".
C'est plus précis.
images/icones/iphone.jpg  ( 992755 )C’est un peu l’ambiguïté par Signo (2025-10-20 10:39:03) 
[en réponse à 992753]

L’Opus Dei a innové en créant un statut de mi-fidèles mi religieux, vivant dans des maisons, astreints au célibat, mais travaillant dans le monde, soumis à un devoir d’obéissance comparable à celui des religieux mais sans le cadre religieux traditionnel… tout cela est ambigu et peut ouvrir la porte à des dérives.

Et avec une fin très large -la sanctification des laïcs par ou dans le travail, ce qui n’est pas très clair- qui justifie mal les spécificités propres à l’Oeuvre. En fait l’un des objectifs semble être surtout de l’entrisme dans les milieux d’influence (politiques et économiques). Certains ont parlé de « franc-maçonnerie catholique ». Il y a également peut-être aussi une vénération presque malsaine du fondateur et une valorisation excessive du travail et de l’obéissance (que l’on retrouvait déjà chez les Jésuites, ordre avec lequel il y a des points communs). Un certain volontarisme dans la spiritualité aussi.

La tradition nous a pourtant donné bien des moyens d’assurer la sanctification des fidèles qui versent moins dans ce genre d’ambiguïtés: outre les moyens ordinaires (vie paroissiale ordinaire), l’oblature monastique et les Tiers-Ordres, dans lesquels les laïcs ont davantage de liberté spirituelle, remplissent cet objectif.

Mais peut-être que quelqu’un ayant une connaissance plus approfondie de cette organisation pourrait nous en dire plus et dissiper les ambiguïtés.
images/icones/idee.gif  ( 992764 )par contraste avec la vision négative par Luc Perrin (2025-10-21 11:12:54) 
[en réponse à 992755]

développée par Signo.

Si on remet l'Opus Dei dans l'histoire, elle est un élément d'une vaste entreprise de "reconquête chrétienne" lancée surtout depuis Léon XIII mais déjà au début du XIXe.

Mettre l'accent sur le monde du travail et la militance laïque est très banal pour les années 1920 : la JOC fait de même, la JEC - Jeunesse étudiante chrétienne - pour le milieu intellectuel et étudiant qui est la cible première de l'Opus Dei à ses débuts.

Mieux saint Josemaria Escriva de Balaguer, consciemment ou inconsciemment je ne connais pas assez sa biographie pour le dire, imite les AA et les confréries mariales des jésuites, moyen d'apostolat répandu dans toute l'Europe catholique au XVII-XVIIIe. Pour un Espagnol lettré, on peut penser que l'imitation est consciente.

Dernier point de contexte qui éclaire l'O.D., l'Espagne d'Alphonse XIII qui bientôt passe à la Seconde République violemment anticléricale est marquée par ce qu'on appelle en histoire espagnole par la "génération de 1898". Pratiquement tout ce que compte le pays d'artistes, d'écrivains, poètes, intellectuels est farouchement hostile à l'Espagne catholique, sauf le très pieux Antoni Gaudi qui est nettement plus âgé (+1926).

Bref l'O.D. s'inscrit entièrement dans le catholicisme intransigeant et intégral, dans l'émergence d'une spiritualité du travail qui est à la source de plusieurs mouvements et saluée plus tard par Jean Paul II (Laborem exercens), d'une forte implication d'une militance laïque, d'une réponse à un problème national espagnol qui s'étend en fait à tout l'Occident.

Les "moyens ordinaires" sont aussi "modernisés" à la même époque mais n'obtiennent pas les résultats escomptés, comme chacun sait.

Gardons nous de cette funeste vision issue du jansénisme tardif : une seul type de chrétien, un seul ordre, je ne veux voir qu'une seul tête. L'Église a toujours bénéficié de la multiplicité des charismes, des apostolats spécialisés : Dieu sait que réimplanter la foi chrétienne dans le milieu étudiant, académique, intellectuel, s'impose en 2025 plus encore qu'en 1929.

S'il y a des problèmes, comme pour les Légionnaires du Christ et tant et tant de mouvements et instituts, diocèses, écoles, paroisses, la hiérarchie est là pour veiller à des mesures de sauvegarde des baptisés. Rien que de très banal là aussi.


images/icones/1a.gif  ( 992771 )Opus Dei par Fidelio (2025-10-21 16:36:31) 
[en réponse à 992764]

Bonjour à tous.
Je voulais profiter de l'invitation de Signo à compléter son propos pour me présenter sur un forum qu'il m'arrive de lire. Cadre administratif en Ile-de-France, 46 ans, j'ai été membre de l'Opus Dei pendant plus de 10 ans. L'analyse de Signo dit à peu près tout sur le sujet, avec une grande lucidité ; Luc Perrin replace très justement la question dans son contexte historique (un aspect complètement occulté en interne), mais je me permets quand même d'ajouter au "côté obscur" : un certain manque de discernement, parfois, dans l'accueil des vocations ; un intérêt qui peut sembler excessif à se garantir des moyens financiers (mêlé au spirituel) ; la non-reconnaissance du for intérieur dans la direction spirituelle ; un manque de liberté/responsabilité personnelle qui pouvait descendre très bas (lecture du courrier, autorisation pour lire un livre, ...) ; une obsession du quantitatif (afficher la puissance) ;
... au côté "clair" : une sûreté doctrinale éprouvée ; une fiabilité liturgique reconnue (même pour le missel de 1969), un dynamisme apostolique certain ; un sens évident de la communication, de l'organisation et de la mobilisation.
Je partage le constat que la prélature personnelle n'était pas la bonne formule : des chrétiens "ordinaires", puisque c'est comme cela qu'ils se présentent, fondus dans la masse comme le levain dans la pâte, ne pouvaient pas ne pas être soumis à l'Ordinaire du lieu...
Luc Perrin le dit bien, la hiérarchie ne fera rien d'autre, si les indications que nous avons se vérifient, que rectifier ce qui devait l'être, pour le bien de l'Eglise.
images/icones/2a.gif  ( 992774 )AA ? par Regnum Galliae (2025-10-21 18:05:49) 
[en réponse à 992764]

alcooliques anonymes ?
images/icones/info2.gif  ( 992804 )Aa jésuites par Luc Perrin (2025-10-22 21:22:54) 
[en réponse à 992774]

ce sont des cercles laïcs au départ, les meilleurs éléments recrutés dans les collèges pour faire partie de ces "assemblées des amis", avec des exercices pieux.
Les collèges au XVII sont très élitistes déjà au départ donc cela ressemble énormément à ce que don Escriva tente dans les années 1920 dans le milieu étudiant espagnol puis au-delà très restreint aussi.

Par la suite les membres des Aa devenaient serviteurs du souverain, notables et grands seigneurs parfois ou au niveau des élites urbaines.
Ces cercles comme les "congrégations mariales" sont la préhistoire de ce qui se développe au XIXe puis sous Pie X et Pie XI se structure en Action Catholique.

A côté des Aa, il y avait aussi des cercles parfois mixtes pour couples ou féminins/masculins séparés visant diverses couches de la société surtout urbaine jusques dans l'artisanat, la magistrature ...
Ceci était répandu dans toute l'Europe et dans les empires hispaniques jusqu'à la suppression de la Société de Jésus qui assurait l'aumônerie de ces innombrables groupes.

On parle aussi des "dévots" dont les Aa sont un peu l'embryon. Molière, avec l'appui du roi soleil, s'en prend à eux dans Le Tartuffe.

Louis Châtellier a écrit en 1988 L'Europe des dévots, un livre fascinant.
Eh oui il y eut des jésuites évangélisateurs et fidèles en Europe.
images/icones/carnet.gif  ( 992743 )Diversité liturgique par Leopardi (2025-10-19 12:27:29) 
[en réponse à 992723]

A part octroyer un nombre important de paroisses personnelles, les tradis qui veulent un accueil du rite dans les paroisses se heurteront toujours aux réalités du quotidien:

- Marginalisation du VOM dans la paroisse à des heures non centrales (pas de messe "familiale" aux horaires autour de 10h00 mais 9h00 ou midi.
- Problème des doubles cérémonies pour Pâques et la Semaine sainte avec à nouveau des horaires non inadéquats pour les tradis.

Je suis toujours étonné que l'on occulte cet aspect du quotidien des fidèles.

images/icones/info2.gif  ( 992744 )double erreur d'appréciation à mon avis par Luc Perrin (2025-10-19 13:01:44) 
[en réponse à 992723]

- première erreur : cette seconde révision du statut de l'Opus Dei est, à la différence de la première, parfaitement classique. C'est une évolution statutaire qu'on a vu dans TOUTES les nouvelles communautés dites charismatiques, partout dans le monde. J'avais suivi cela en Côte d'Ivoire avec un puissant mouvement nommé la Communauté Mère du Divin Amour, né en 1989. La question du statut des clercs et des religieuses n'a cessé d'être posée quand les vocations ont explosé en son sein. En 2013, Rome et le cardinal Kutwan ont opéré de même que pour l'Opus Dei aujourd'hui.
C'est une simple harmonisation avec le Code de droit canonique.
J'ajoute que la notion de famille spirituelle est classique et permet de rassembler divers instituts, associations de fidèles provenant ou se réclamant d'une même source.
Ainsi pour les clercs de la CMDA, l'institut souligne : "L’Institut Religieux Masculin Mère du Divin Amour est une entité de la Communauté Mère du Divin Amour, laquelle communauté est une association privée de fidèle regroupant des personnes mariées, des laïcs consacrés, des religieux, des religieuses et des clercs. L’Institut Religieux Masculin Mère du Divin Amour est un institut religieux, clérical, apostolique et de droit diocésain."

- oui Rome retire parfois indûment ce qu'elle a approuvé, nul n'en disconviendra : S.P. avec la reconnaissance d'un droit existant et immémorial, saint Pie V auparavant et patatras tombe le monstrueux T.C. Comme partout, il appartient au peuple de Dieu de se battre, respectueusement, pour reconquérir ses droits et exprimer canoniquement son opinion et ses besoins pastoraux. A temps et à contretemps.
De là à écarter comme Dumvolvitur le fait en conclusion toute structure propre, il y a un saut dans le raisonnement. Ludwik rappelle ici même l'existence de son Église particulière depuis 1596 en pleine communion avec Rome, la notion de "loi particulière" dans l'Église latine est bien attestée et vivante pour les canonistes.
Je rejoins Leopardi quant aux problèmes pratiques posés dans les paroisses "ordinaires", pas insurmontables en soi mais qui sont parfois du poil à gratter - avant la paroisse personnelle, ce fut très irritant à Strasbourg et Colmar -, tout cela milite comme l'indique Signo pour l'existence d'une ou plusieurs structures propres : le ou les Ordinariats on y revient.


 ( 992745 )À propos de François par Roger (2025-10-19 13:35:13) 
[en réponse à 992744]

J’ai trouvé cette citation assez typique et effrayante de la manie législative du précédent pontife (sur le site de l’opus Dei)



Certains observateurs ont interprété les nouvelles règles sur les prélatures personnelles selon une grille de réduction d'influence. Qu'en est-il en réalité ?

La même question a été posée au pape François lors d'une interview dans un livre. Il a répondu : « Je ne suis pas d'accord. C'est une interprétation typiquement mondaine, étrangère à la dimension religieuse. D'une part, l'Opus Dei – qui reste une prélature – n'est pas la seule à avoir subi une réorganisation au cours de mon pontificat. Je pense, par exemple, à Communion et Libération, à la Communauté de Sant'Egidio et au mouvement des Focolari. L'Opus Dei relevait de la Congrégation pour les évêques, mais il relèvera désormais de la Congrégation pour le Clergé, comme c'est le cas pour les prélatures personnelles. Cela signifie que le rapport sur son travail ne sera plus quinquennal, mais annuel. Quant au fait que la personne à la tête de l'Opus Dei ne sera plus promue à l'épiscopat, la décision – comme le dit clairement le décret – vise à renforcer une forme de gouvernement basée non pas tant sur l'autorité hiérarchique, mais surtout sur le charisme qui, dans le cas de l'Opus Dei, implique la recherche de la sanctification à travers le travail et les engagements familiaux et sociaux » (El pastor, Sergio Rubin et Francesca Ambrogetti, Ediciones B, mars 2023).